Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Chapitre 15 : Le roi Tatsu
Quand il se réveilla le lendemain matin, Iruka sut qu'il n'était pas seul dans l'appartement. L'ambiance était différente, l'atmosphère moins silencieuse.
Il se prépara un peu plus soigneusement que d'habitude, démêlant et attachant ses cheveux et profitant de la salle de bains pour se laver le visage.
Lorsqu'il longea le couloir, ce qu'il avait pressenti depuis la chambre se confirma. Il entendit distinctement des bruits de cuisine et trouva sans surprise Kakashi s'affairant devant l'évier.
Ils se fixèrent et se saluèrent maladroitement.
« Je t'ai réveillé ? », s'inquiéta Kakashi.
« Oh non ! Moi, tu sais, quand je dors, je dors. »
Kakashi opina, intérieurement soulagé.
« J'ai fait du thé. Je t'en sers une tasse ? »
« Volontiers. »
Il alla s'installer au comptoir, ne distinguant plus que le dos de Kakashi qui s'affairait toujours.
« Je prépare des légumes pour ce midi, ça te va ? »
« Très bien. »
Iruka but tranquillement son thé, tout en observant Kakashi. Il attendit qu'il termine ce qu'il était en train de faire et quand il vit qu'il prenait le torchon pour s'essuyer les mains, il demanda :
« Alors, ta mission est finie ? »
Kakashi se retourna et pencha légèrement la tête sur le côté avant de répondre :
« En effet. »
« Tu as l'air soulagé, constata encore Iruka. La satisfaction du devoir accompli ? »
« En quelque sorte. »
Le laconisme du jounin fit sourire le jeune homme.
« Tu ne m'en diras pas plus sur cette fameuse mission, hein ? »
« Non. »
Au moins, il ne tournait pas autour du pot.
Iruka, se souvenant des dernières conversations qu'il avait eues avec Shizune, tenta quand même :
« Et ta santé ? Pas de blessure à signaler ? »
« Aucune. »
« Aucune, hein ? Tu vas me faire croire qu'en presque trois mois de mission 'importante et difficile', tu n'as jamais été blessé ? Sois honnête, s'il te plaît. »
Kakashi s'appuya sur le plan de travail, s'éloignant du même coup d'Iruka.
« Là, tout de suite, je te dis la vérité : je ne suis pas blessé. Nous nous sommes arrêtés en chemin dans un Pays allié. On m'a soigné là-bas. »
« Donc tu as été blessé. C'était grave ? »
« Pas plus que d'autres fois. J'étais surtout fatigué. »
« Si tu es fatigué, il faut te reposer. Je vais te laisser la chambre cette semaine et... »
« C'est bon, le rassura immédiatement Kakashi, je vais bien, vraiment. Mais c'est gentil de t'en inquiéter. »
« La carte aussi, c'était gentil. »
Iruka l'avait dit un peu abruptement mais pour une raison qu'il ignorait, il avait voulu évoquer le sujet tout de suite. Il avait peur de ne plus oser le faire s'il attendait trop.
Les doigts de Kakashi se raidirent sur le torchon qu'il tenait toujours dans ses mains, maintenant sèches.
« C'était rien d'extraordinaire. », minimisa-t-il.
« Peut-être mais ça m'a aidé à me relaxer. Je l'avais avec moi quand j'ai passé mon examen. »
De nouveau, le jounin pencha la tête sur le côté et Iruka sentit qu'il devait sourire.
« Est-ce que tu vas repartir ? Si tu es en bonne santé, ils peuvent te faire repartir, non ? »
« Pas tout de suite, lui expliqua le jounin. J'ai droit à une semaine de récupération. C'est comme ça quand on est affecté à une mission longue durée. Ensuite, je serai de nouveau à disposition de Konoha mais Tsunade devrait me donner des missions plus… abordables pendant quelques temps. »
Iruka opina vivement de la tête pour montrer qu'il comprenait. Il n'avait pas spécialement envie que Kakashi reparte.
« Et si tu me disais plutôt comment s'est passé ton examen ? », relança le jounin.
« Oh ! s'excita instantanément le jeune homme. Ça tombe vraiment bien que tu en parles ! C'était vraiment dur, j'ai trouvé ! Je peux te montrer mes brouillons ? »
« Si tu veux, accepta le jounin légèrement étonné, mais je ne suis pas spécialiste… »
« Bien sûr que si ! On se met au bureau ? »
Ils passèrent le reste de la matinée à relire les sujets d'examen tombés et à étudier les brouillons du jeune homme. Kakashi essaya de se montrer objectif. Il n'y avait toutefois aucune chance pour qu'on ait proposé un examen pareil à des gamins de seize ans. Beaucoup trop difficile. Il préféra cependant ne pas le mentionner.
« J'arrive pas à croire que j'ai pas cité les théories de Meigen ! », se désolait encore Iruka au moment de passer à table.
« C'est pas si grave, essayait de le tranquilliser Kakashi, ce n'est pas un auteur très connu… »
« Pas très connu ? Il a pile travaillé sur le sujet demandé ! Toi, tu y as pensé tout de suite alors que tu n'as même pas révisé ! C'est impardonnable de ne pas l'avoir cité ! Non, là c'est sûr, j'ai tout foiré… »
« Parce que tu as oublié un auteur ? Tous tes plans sont valables et répondent aux sujets, c'est ça le principal…Moi, je me fais pas de souci. »
« Oui, mais toi tu n'es pas objectif… »
« Je t'assure que si. Tu n'as qu'à demander à Naruto : j'adore ce gosse mais ça ne m'a jamais empêché de lui administrer un certain nombre de coups de pied au cul quand il faisait n'importe quoi ! »
Iruka eut un rougissement furtif. C'était le verbe « adorer » qui lui chauffait la tête.
« Tu prends pas d'aubergines ? »
Kakashi venait de servir le déjeuner. Ils s'étaient assis l'un à côté de l'autre, les plats placés entre eux sur le comptoir.
Cela faisait bien longtemps qu'Iruka n'avait pas mangé avec quelqu'un. Il s'était un peu laissé aller pendant l'absence de Kakashi, demandant souvent à Lee de lui ramener de la nourriture à emporter. Il prenait sa préparation à son examen comme excuse pour ne pas cuisiner mais force est de constater qu'il ne s'y était pas beaucoup remis depuis que cette période était révolue.
Kakashi avait préparé plusieurs garnitures, du poisson, du riz mais Iruka se souvint que le jounin raffolait surtout des aubergines.
Il lui fit un sourire de politesse.
« Fais-toi plaisir, je te laisse ma part. »
~/~/~
« Franchement, Iruka, c'est pas si grave. Ce n'est pas parce que vous n'avez pas cité ce type, là, que vous avez tout raté… »
« Kakashi y a pensé tout de suite, lui ! »
Shizune fixa son stylo à bille, jouant un peu avec.
« Bon, alors, si Kakashi y a pensé… »
Le ton était moqueur, Iruka s'en rendit parfaitement compte.
« Vous vous fichez de moi, là ? »
« Aucunement, répondit Shizune en battant des cils. Je constate simplement que l'opinion de Kakashi a pris beaucoup plus d'importance pour vous ces derniers temps. »
« Pas son opinion en général, tint à préciser Iruka, mais il a eu cet examen à huit ans. De quoi je vais avoir l'air si je le rate ? Je vais passer pour un abruti ! »
« En même temps, moi aussi je passe pour une abrutie si je me compare à Kakashi… »
Il fronça les sourcils et, un peu hésitant, il demanda :
« Comment ça ? »
~/~/~
« Tu es un putain de génie et tu ne me le dis même pas ? »
Kakashi, complètement amorphe sur le canapé, se redressa péniblement sur ses coudes pour apercevoir Iruka qui venait de rentrer.
Ce dernier traversa le salon d'un pas trop rapide et se servit un verre d'eau du robinet qu'il but en quelques gorgées.
« Un 'génie', répéta Kakashi, tout de suite les grands mots… »
Iruka se rapprocha du canapé, ancrant ses doigts crispés par l'énervement dans un des coussins. Kakashi se recula un peu, l'autre étant juste au-dessus de lui.
« Tu n'as pas fait que passer l'examen civil quand tu avais huit ans, annonça Iruka d'un ton accusateur, tu es surtout devenu chuunin ! »
« Euh… Ouais, ça se pourrait… »
A vrai dire, c'était six ans. Mais il jugea bon de ne pas rectifier.
« Non, c'est pas que 'ça se pourrait', c'est que c'est sûr ! Donc à huit ans, tu avais atteint le grade qui est l'apogée de ma carrière à moi ! »
« Mais ça ne t'intéressait pas de passer jounin, tenta d'expliquer Kakashi. Tu voulais être instructeur des aspirants genins. Ca ne t'aurait servi à rien de… »
« C'est ça oui, coupa l'autre, ça va être de ma faute, en plus ! »
« La faute de quoi ? Je comprends même pas ce que j'ai fait de mal. »
Et Kakashi adorait ça. Souvent, Iruka revenait furieux du boulot et passait sa colère sur lui. Il faisait toujours le dos rond, attendant que la tempête passe pour profiter d'une éventuelle réconciliation. Ca ne le dérangeait pas d'être un peu malmené à la maison. A l'extérieur, c'était plutôt lui qui malmenait les autres et ce n'était pas forcément un rôle qu'il tenait à endosser continuellement.
« Ce que tu as fait de mal ? rugit Iruka alors que la veine sur sa tempe prenait des proportions inquiétantes. Mais tu ne me dis jamais les choses importantes ! »
« Parce que, depuis le temps, tu n'avais pas compris tout seul que j'étais un peu plus intelligent que la moyenne ? »
Les yeux d'Iruka s'écarquillèrent.
« Eh bien non, monsieur le génie, je n'avais pas compris ! Parce que je suis apparemment un abruti fini, un couillon de mec normal !
« Qui passe un examen de fin d'études après moins de deux mois de préparation et à peine cinq mois après sa sortie du coma… T'as raison, t'es un mec tout à fait con, en définitive. »
« Ah ! Tu vois ! Tu le dis toi-même ! »
« Oh ! se désespéra Kakashi en s'avachissant de nouveau dans le canapé et se cachant le visage sous un coussin. Moi, j'abandonne. »
Iruka baissa les yeux sur lui et le fusilla du regard tout en mettant les poings sur ses hanches.
Kakashi le remarqua bien, l'œil dépassant du coussin et ne perdant pas une miette de cette posture. Son cœur bondissait dans sa poitrine. Combien de fois Iruka l'avait-il engueulé en mettant ainsi ses poings sur ses hanches ? Ca le tuait, rien que d'y penser.
« Tu refuses le dialogue, là ! », hurlait le Iruka du présent mais c'était une phrase que son Iruka du passé lui avait dite souvent.
« Tu fais le dialogue tout seul… », répondit-il, d'une voix étouffée par le coussin.
L'autre, exaspéré, alla bouder dans sa chambre.
Ça aussi, son Iruka d'avant le faisait.
~/~/~
« Iruka ? »
Seul le silence lui répondit alors que le jeune homme n'était pourtant qu'à quelques mètres de lui. S'il s'était décidé à sortir de sa chambre après plus d'une heure, Iruka l'ignorait ostensiblement depuis.
« Iruka ? », retenta-t-il.
L'autre ne leva même pas le nez de son livre.
« I-ru-ka ? », accentua-t-il d'une voix volontairement insupportable.
« Mais quoi, à la fin ? »
Il s'était arrêté dans sa lecture et le toisait d'un air mal-aimable.
« Je vérifiais juste que tu étais toujours en vie. »
Kakashi se recroquevilla derrière le canapé seuls tignasse et œil valide dépassant des coussins comme s'il redoutait de recevoir des projectiles.
« Tu ne vois pas que je lis, là ? Tu me déranges ! »
« Désolé. », lança-t-il, penaud.
« Si tu ne sais pas quoi faire, tu peux mettre la table, proposa Iruka d'une voix lointaine. On va bientôt manger. »
« Hum, reprit Kakashi d'un air bien plus détaché, non, je le ferai pas. »
Iruka en sortit pour de bon de sa lecture.
« Pardon ? »
C'était lui qui avait préparé le dîner. Celui qui ne cuisinait pas mettait la table, ça faisait partie de leurs accords de cohabitation.
Kakashi daigna s'expliquer :
« Je ne vais tout de même pas lever mon génial postérieur et user de mes géniales mains pour exécuter une tâche aussi ingrate. »
« Génialement ingrate, tu veux dire ? »
Kakashi se retint de sourire. Il avait envie de jouer.
« Ah, non, non. Il n'y a que ce qui se rapporte à ma géniale personne qui soit génial. Ca me parait pourtant évident. Même pour toi. »
Il allait peut-être un chouia trop loin mais l'excitation du jeu le poussait à prendre des risques.
« Tu plaisantes, là, j'espère ? »
« Ah, pas du tout. Lequel des génials mots que j'ai utilisés n'as-tu pas compris ? »
« On dit : 'géniaux'. »
« Plaît-il ? »
« On ne dit pas 'des génials mots' mais 'des mots géniaux'. », soupira Iruka.
« Tu es sûr de toi ? »
« Oui, je suis sûr de moi. Mais si tu ne me crois pas, on peut toujours demander à un élève d'élémentaire. »
« Hum, ce ne sera pas nécessaire. Il n'y a qu'un seul génie dans cette pièce et c'est forcément lui qui a raison. »
Ah, parler de lui-même à la troisième personne, il pouvait difficilement faire plus horripilant.
Iruka le fixa très sérieusement, cherchant à rester en colère contre lui mais l'œil complètement ahuri qu'il discerna derrière le coussin du canapé l'acheva. Il explosa de rire.
« Mais t'es vraiment trop con, en fait ! »
« Ah ! répondit Kakashi sur un ton victorieux. Tu vois ? Shizune te raconte n'importe quoi ! Je suis un crétin, je t'assure ! »
Ils rigolèrent tous les deux et tout en refermant son livre, Iruka reprit :
« Et est-ce que Sa Génialissime Débilité voudrait bien mettre la table ? »
Kakashi se leva de bon cœur.
« C'est si gentiment demandé… »
~/~/~
« Vous ne vous ennuyez pas trop depuis que votre examen est terminé ? »
« Si, avoua Iruka, et, en plus, l'attente me tue. »
« Allons, il ne reste plus que deux semaines. Ca va passer vite maintenant. »
« Ca passerait vite si j'avais quelque chose à faire de mes journées. Là, je ne fiche rien et je déteste être inactif. Ca devait être pour ça que j'avais trois boulots avant, non ? »
« Oui, enfin… Vous aviez un peu levé le pied après avoir emménagé avec Kakashi. »
Il toussota légèrement.
« Oui, hm, je suppose que ce genre de choses – la mise en couple – ça doit prendre du temps. »
Elle resta stoïque pour ne pas insister sur le fait que c'était sûrement la première fois qu'il utilisait le mot « couple » en thérapie et, pour creuser le sujet, elle demanda :
« Et alors, cette cohabitation, comment ça se passe ? »
« Honnêtement, commença Iruka, je crois que ça se passe bien. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas disputé pour de vrai. Bon, l'unique chambre et l'unique salle de bain, c'est super pénible, mais plus pour lui que pour moi, au final, alors je ne vais pas me plaindre. »
Elle ne relança pas, persuadée qu'il n'avait pas terminé, et, effectivement, au bout de quelques secondes, il reprit :
« En plus, ça m'occupe. On discute, on se creuse la tête pour savoir quoi manger, qui va faire quoi. C'est plus vivant quand il est là. »
« C'est bien de l'admettre alors que vous aviez fait tout un cirque pour ne pas vivre avec lui. »
Il se tut. Avec le recul, il trouvait effectivement qu'il avait dépassé les bornes à sa sortie de l'hôpital. Maintenant qu'il connaissait un peu mieux Kakashi, il imaginait sans mal à quel point il avait dû être heurté par son attitude. Dans le fond, cependant, son avis restait inchangé.
« Je préférerais tout de même vivre seul, si je pouvais. »
« Mais vous ne pouvez pas et j'ai l'impression qu'avec Kakashi… »
« Pourquoi ? l'interrompit Iruka. Pourquoi je ne pourrais pas vivre seul ? Pour le moment, je n'y suis pas autorisé, ça, je veux bien. Mais pourquoi n'en serais-je pas capable un jour ? »
« Avec votre amnésie, vos problèmes d'orientation, la perte de votre odorat… Ce serait difficile pour vous. »
« Plus difficile que pour des personnes qui n'ont pas ces handicaps, je veux bien. Mais, enfin, je pense pouvoir me débrouiller. Je ne vais pas rester à la charge de Kakashi toute ma vie !
« Vous savez pertinemment que ça ne le dérange pas. »
« Oui mais, enfin, il dort sur le canapé ! C'est forcément provisoire cette situation. »
« Si vous parlez de ce problème à Kakashi, il serait capable de vouloir vous acheter un appartement plus grand. »
Bien sûr, il y avait aussi la possibilité qu'ils se remettent à dormir dans le même lit mais elle doutait qu'Iruka accepte un tel compromis.
« Ca n'aurait aucun sens. Je ne vais pas profiter de… l'affection que cet homme a pour moi pour me faire loger comme une poule de luxe ! En plus, on est jamais d'accord sur rien… »
« Comment ça ? »
« On a eu une conversation déco, la dernière fois… »
Elle écarquilla les yeux, se retenant de sourire et lui fit signe de continuer.
Il soupira.
« Il y a ce masque accroché dans le salon à côté de la bibliothèque. Bon, j'ai bien compris que le masque, c'était un truc de ninja. J'ai vu une ou deux fois des mecs qui en portaient dans le village. »
« Ce sont des ANBU. », précisa-t-elle.
« Oui, on m'a expliqué : des sortes d'agents secrets dont on ne doit pas voir le visage. D'où le masque. »
« C'est ça. »
« Du coup, bon, pour eux, je comprends. J'ai un peu plus de mal avec celui que porte Kakashi mais c'est pas le même genre de masque… »
« Donc, le recentra Shizune, il y a un masque accroché dans votre salon… »
« Oui, se rappela Iruka, oui ! Mais il est vraiment angoissant, ce masque. C'est une figure humaine mais complètement déformée, vous voyez ? Un peu comme une marionnette. C'est en bois, je crois. »
« Kakashi l'a rapporté du Pays du Vent ? »
« Oui ! Comment vous le savez ? »
« Ils ont de nombreux marionnettistes là-bas. Et leurs masques sont très réputés. Certains coûtent une petite fortune. »
Elle n'avait jamais compris pourquoi. Ces trucs étaient hideux.
« Voilà ! C'est ce que Kakashi m'a dit, que ça valait une fortune ! Comme si la valeur d'une chose témoignait de sa beauté ! C'est complètement absurde ! »
« Vous lui avez dit que ce masque vous mettait mal à l'aise ? »
« Oui mais j'étais un peu gêné : il me l'a offert pour un de mes anniversaires. Apparemment, j'étais ravi. Et c'est moi qui ai insisté pour qu'on l'accroche dans le salon. Après, à la place où il est, on ne le voit pas de l'entrée, il est caché par la bibliothèque. Je me demande si je ne l'ai pas fait exprès. »
« Vous pensez donc que vous n'aimiez déjà pas ce masque avant votre amnésie ? »
« Ou que mes goûts ont changé. Je ne sais pas trop. »
« Et comment vous en êtes venus à parler de ce masque ? »
« Hm ? Je lui ai demandé pourquoi on avait une horreur pareille accrochée dans le salon. Franchement, la nuit, quand je suis tout seul, avec le vent dans les arbres dehors, c'est assez flippant ! »
« Vous ne lui avez pas dit comme ça ? Vous n'avez pas dit que c'était une 'horreur' ? »
« Je ne me souviens plus du mot exact que j'ai employé mais, en gros, si. »
« Mais… vous ne pouvez pas lui en parler comme ça ! C'est un cadeau qu'il vous a fait ! »
« Je ne le savais pas quand j'ai demandé ! Vous êtes marrante, vous, je pouvais pas deviner ! »
« Justement, râla-t-elle, quand on ne sait pas, on prend des précautions… »
« Oh, ça va, c'était juste un masque. »
« Mais bien sûr que non, ce n'est pas juste un masque ! C'est un masque que vous n'aimez plus ! »
« Et alors ? »
« Et alors, c'est terrible ! Vous l'avez dit vous-même ! Ca signifie que soit vous mentiez avant pour lui faire plaisir, soit que vos goûts ont changé après votre accident. Dans les deux cas, c'est très cruel pour lui ! »
« Parce que je n'aime plus un masque ? Vous n'avez pas l'impression de dramatiser ? »
« C'est symbolique : c'est lui qui vous a offert ce masque. Masque que vous n'aimez plus et par conséquent… »
« … Je ne l'aime plus, non plus, termina Iruka. J'avais bien compris la portée symbolique de la chose, je vous remercie ! De toute façon, il sait bien que je ne l'aime pas, je le lui ai déjà dit plusieurs fois ! Il finira par s'y habituer et il trouvera quelqu'un d'autre. Je le lui souhaite, en tout cas. »
Cette dernière assertion la laissa bouche bée. Elle joignit verticalement ses deux mains devant sa figure et chercha ses mots pour ne pas se montrer trop blessante.
« Iruka, reprit-elle, cela vous est-il déjà arrivé de vous mettre un tout petit peu à sa place ? Imaginez que vous êtes éperdument amoureux de quelqu'un et que cette personne vous aime aussi. Et du jour au lendemain, non seulement cette personne ne vous aime plus mais elle ne se souvient même plus de vous. Elle vous a rayé de son existence. Est-ce que vous vous rendez compte d'à quel point c'est douloureux pour lui ? »
Il sentait bien qu'elle était énervée. Dans l'idée, il comprenait pourquoi. Il prit son temps pour répondre :
« Je ne peux rien imaginer de tout ça, Shizune, je n'ai jamais été amoureux. »
« Eh bien, laissez-moi vous dire que ça se voit. Quelqu'un qui l'aurait été ne serait pas aussi insensible. »
Il la trouva injuste, il ne se pensait pas insensible. Il avait peut-être été maladroit avec cette histoire de masque, il voulait bien l'admettre, mais il ne pouvait pas savoir quelle importance il avait pour Kakashi.
« Je voudrais que vous fassiez quelque chose pour moi, reprit autoritairement Shizune. Pour la semaine prochaine, vous allez avoir des devoirs. »
Il tendit l'oreille. Tout ce qui était d'ordre scolaire l'intéressait.
« J'ai beaucoup repensé à nos dernières conversations et à votre énervement quand je vous ai appris que Kakashi était un génie. Vous avez l'impression qu'il ne vous dit rien, qu'il vous met à l'écart mais je crois surtout que vous ne vous intéressez pas suffisamment à lui. Alors, pour la semaine prochaine, je voudrais que vous me fassiez un petit exposé sur Kakashi. Ça peut être à l'écrit ou à l'oral, comme vous voulez. Je veux juste que vous lui parliez pour de vrai. Il mérite que vous vous donniez cette peine. »
« Je ne vais pas me mettre à l'aimer parce que vous me donnez des devoirs à faire. »
« Ce n'est pas le but. »
« Ah bon ? Vous croyez peut-être que je ne remarque pas que vous faites tout ce que vous pouvez pour me jeter dans ses bras ? Vous êtes mon médecin, ne devriez-vous pas être de mon côté ? »
Elle hésita mais décida d'être honnête. Iruka mûrissait à vue d'œil.
« Il n'existe pas de preuve plus flagrante que je suis de votre côté que le fait que je veuille vous pousser dans les bras de Kakashi. Vous étiez heureux avec lui. Vous êtes heureux, maintenant ? »
« N'est-ce pas à moi de décider de comment trouver le bonheur ? »
« Si, admit-elle, mais vous négligez certaines options. »
« Si je fais ce que vous me demandez, vous me laisserez tranquille avec Kakashi ? »
« Si vous apprenez à le connaître et que vous ne changez pas d'opinion sur lui, je ne vous en parlerai plus jamais. », assura-t-elle.
Il se leva. Elle ne pouvait pas le motiver davantage.
~/~/~
« Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vu. », constata Aryuu alors qu'il décroisait les bras et émergeait de sa boutique.
« Oh oui, répondit négligemment Iruka, au moins dix jours. Ton chiffre d'affaire a dû gravement en pâtir. »
Le garçon lui sourit.
« En même temps, je comprends. Vous avez dû être occupé : j'ai entendu que Kakashi-san était de retour. »
La bonne humeur d'Iruka se perdit.
« Je ne vois pas le rapport. »
Il voulait garder un ton badin mais c'était une voix âpre qui lui avait échappé.
« Eh bien, murmura Aryuu, il me semblait… Vous ne vivez pas ensemble tous les deux ? »
« Nous sommes colocataires. », répondit Iruka de bonne foi.
« Ah ? Colocataires ? C'est comme ça que vous dîtes ? », commenta Aryuu le rire dans la voix.
« Oui, insista sèchement Iruka. Colocataires. »
« Sensei, vous savez, c'est pas la peine. Ça ne me dérange pas. Chacun fait ce qu'il veut chez soi tant qu'il est heureux, c'est ma philosophie. »
Iruka eut envie de lui hurler qu'il ne savait rien, qu'il croyait savoir mais qu'il se trompait lourdement. Mais il avait le sentiment que s'il insistait trop dans ses dénégations, il ne ferait qu'ancrer davantage Aryuu dans ses certitudes.
« Vous avez des envies de lectures particulières ? », relança Aryuu, inconscient du malaise qu'il avait provoqué.
Iruka haussa les épaules, le temps de se reprendre. Il interrogea finalement sur les nouveautés, les ouvrages qui avaient du succès ou qu'Aryuu avait particulièrement appréciés. Le jeune homme se montra professionnel, comme à son habitude. Iruka écoutait distraitement et, tout en feuilletant un des livres recommandés, il demanda :
« Quel livre tu consulterais si tu voulais récolter des informations sur un ninja ? »
L'autre eut l'air un peu surpris, sûrement parce qu'il considérait qu'Iruka était mieux placé que lui pour répondre à ce genre d'interrogation.
« Un ninja de chez nous ou d'un Pays adverse ? »
« De chez nous. »
« Un ancien ou un encore en activité ? »
« Un actif. »
Il fit la moue.
« Enfin, sensei, s'il est encore en activité, vous ne trouverez sur lui que des informations très générales ou même erronées. La faction communication de Konoha y veille. Vous savez bien que le seul moyen de récupérer des informations sur un ninja de notre propre camp, c'est de consulter son dossier. »
Iruka fouilla dans sa mémoire, se rappelant de ce que son cahier lui disait de son ancienne vie. C'était lui qui s'occupait de ces fameux dossiers quand il était encore chuunin.
« Si un civil voulait consulter le dossier d'un ninja en exercice, poursuivit-il, comment devrait-il procéder ? »
« Un civil ? s'étonna Aryuu. Les civils n'ont pas accès à ce genre d'information, à moins d'une autorisation spéciale. »
« Sauf que je suis repassé dans le civil, il me semble te l'avoir déjà dit. Et on me demande… d'enquêter, en quelque sorte, sur quelqu'un. C'est censé m'aider à guérir plus vite. »
Aryuu sembla hésiter et puis, plus bas, il demanda :
« Vos problèmes de santé, c'est surtout des problèmes de mémoire, non ? »
« Pourquoi dis-tu ça ? », répondit Iruka, sur la défensive.
« Parce que je vous apprends ce que vous m'avez-vous-même appris, sensei. Il est impossible que vous ignoriez quoi que ce soit sur les dossiers ninja… à moins de l'avoir oublié. »
« Disons, pour faire simple et flou, que j'ai reçu un choc à la tête et que ça a altéré ma mémoire. »
« Et en apprendre plus sur ce ninja en activité vous permettrait de retrouver vos souvenirs ? »
Iruka secoua négativement la tête.
« D'après Tsunade, mes souvenirs sont irrécupérables. Mais ce ninja pourrait me permettre d'en apprendre plus sur moi, de savoir plus précisément qui j'étais avant. »
« En fait, résuma Aryuu, vous enquêtez sur vous-même ? Ça me rappelle cette pièce de théâtre que j'ai lue quand j'étais étudiant. »
Ils rentrèrent dans la boutique et quand ils furent arrivés au rayon approprié, il ne fallut que quelques secondes à Aryuu pour retrouver l'œuvre évoquée. Il tendit le petit livre à Iruka.
« Le roi Tatsu ? lut-il. Jamais entendu parler. »
« C'est un classique, pourtant. C'est l'histoire d'un roi dont le royaume tombe en ruines. Il consulte un devin qui lui apprend qu'il faut qu'il identifie l'assassin de l'ancien roi pour que son pays retrouve sa grandeur. Il se met donc à enquêter sur ce meurtre sans savoir que c'est lui-même qui a tué cet homme, des années auparavant. »
« Il enquête sur lui sans le savoir ? »
« C'est ça. Et en cherchant l'assassin, il découvre le secret de ses origines et de sa vie. Ça vous parle ? »
Il ne fallut qu'une seconde à Iruka pour se décider.
« Je le prends. »
Il choisit deux autres titres, histoire de tenir un moment. L'un deux faisait plus de sept-cent pages. C'était le succès de l'été d'il y a deux ans.
« Vous savez, reprit Aryuu alors qu'il lui rendait sa monnaie, si ce ninja sur lequel vous devez enquêter est toujours en activité, il y a plus simple que de consulter son dossier. Pourquoi n'allez-vous pas simplement lui parler ? »
« Je ne veux pas lui faire de peine. »
« Parce qu'il vous faudrait l'interroger sur des sujets sensibles ? »
« Exactement. »
« Je ne voudrais pas vous décourager, sensei, mais même si vous arriviez à consulter le dossier de ce ninja, aucun sujet sensible n'y serait évoqué. Si c'est militaire, un civil n'y aura pas accès… »
« Ça n'a rien à voir… »
« Et si c'est personnel, continua Aryuu, eh bien, un dossier ninja ne contient que très peu d'informations personnelles. Ça ne vous apportera pas grand-chose. »
« Je vais tout de même essayer si tu n'y vois pas d'inconvénients… »
« Tout ce que je dis, insista Aryuu, c'est qu'il est parfois plus bénéfique de mettre les pieds dans le plat que de tourner autour du pot… »
Un peu comme maintenant, pensa Iruka. Au moins Aryuu suivait ses propres conseils.
« Et puis, conclut-il, tout le monde sait que Kakashi-san en a vu d'autres. Ce n'est pas une petite conversation personnelle qui va le traumatiser… »
A l'entente du nom, Iruka s'était crispé.
« Comment tu… », balbutia-t-il.
« Bah, le renseigna l'autre sans le laisser finir, je suppose que c'est en rapport avec votre collocation. »
« On est vraiment colocataire, tu sais. »
« Oui, oui, ça y'est, je l'ai compris. Et c'est ça le problème, non ? »
« Pas pour moi. »
« D'où le fait de faire de la peine. »
Iruka resta silencieux, ébahi par la perspicacité de son ancien élève.
« Et alors comme ça, tu as raté l'examen pour passer genin ? »
« Deux fois de suite. »
« C'est à n'y rien comprendre. »
Aryuu le raccompagnait jusqu'à la sortie.
« En même temps, tout le monde sait que le prochain Hokage sera Uzumaki-san. Et je ne crois pas me souvenir que son intelligence soit sa première qualité… »
