Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : Mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année ! Bonne lecture !
Chapitre 17 : Comparaisons
Le cabinet médical de Shizune n'avait jamais été aussi silencieux.
Elle ne savait pas quoi dire, quoi faire et elle se décida finalement à rester la plus rationnelle possible.
« Vous ne pouviez pas savoir que ce seraient vos derniers mots… », tenta-t-elle.
« Je partais en mission, bon sang ! s'énerva instantanément Iruka qui avait dû beaucoup réfléchir à la question. Il existe toujours un risque de ne pas revenir, non ? Je ne pouvais pas trouver mieux, franchement ? »
« Est-ce vraiment si important ? minimisa-t-elle. D'ailleurs, vous avez survécu. Ce ne sont pas réellement vos derniers mots. »
« Mais bien sûr que si ! trancha-t-il. Et il n'y a rien de beau, là-dedans ! Ca manque de classe ! Ca manque d'amour ! C'est tellement nul… »
« D'amour ? s'étonna-t-elle. Mais je croyais… »
« Je ne suis pas amoureux, moi ! la coupa-t-il. Mais l'autre l'était ! Et Kakashi méritait mieux que de se voir demander de sortir les poubelles ! Mais qu'est-ce que j'avais dans la tête ? »
« Kakashi méritait mieux ? », répéta-t-elle, de plus en plus surprise.
Il acquiesça et avec mauvaise humeur, il reprit :
« Vous et vos bonnes idées d'apprendre à le connaître ! Vous voyez dans quel état ça me met ? »
« Je ne suis pas sûre de comprendre. »
« Je ne voulais pas le faire. Discuter avec lui. Mais vous m'avez forcé ! Et il s'est passé exactement ce que je redoutais… »
Il s'était levé et gesticulait dans la pièce. Gentiment, elle lui demanda de se rasseoir.
« De quoi parlez-vous ? », interrogea-t-elle alors qu'il se laissait retomber dans son fauteuil.
« C'est quelqu'un de bien, soupira-t-il. Je m'en doutais déjà, bien sûr, mais maintenant c'est une certitude. C'est un chic type qui m'aimait sincèrement et… que j'aimais sûrement aussi. »
« Ca me paraît très positif… », commença-t-elle mais il ne la laissa pas terminer.
« Ca ne fonctionne pas, arrêta-t-il. Ca ne fonctionnera jamais. La situation dans laquelle on est est une impasse. Et c'était beaucoup plus facile à accepter pour moi avant que, dans mon esprit, Kakashi ne devienne un chic type. Vous croyez que ça m'amuse de lui faire du mal ? »
« Qu'est-ce que vous entendez par : 'ça ne fonctionne pas' ? »
« Vous savez bien, rouspéta-t-il. Rien ne va. Cette vie que j'ai. Ou plutôt, cette absence de vie. Je suis un parasite. J'ai peur de mon ombre. Je ne peux pas continuer comme ça… »
« Ca fait à peine six mois que vous êtes sorti du coma. C'est normal de ne pas retrouver tout de suite ses marques. »
Cette remarque l'agaça tant qu'elle le fit se relever. Il fit quelques pas, se retourna, alla finalement serrer de sa main le cuir du dossier de son fauteuil.
« Vous êtes médecin, non ? Vous devez bien avoir des statistiques sur ce genre de cas. En général, les amnésiques gardent-ils le même style de vie ? »
« Certains oui. »
« Et d'autres non ? »
« Il n'y a pas de règle… Ca dépend vraiment des cas. »
« Et les couples ? poursuivit-il, acide. Les couples résistent à ça ? »
« Pas toujours. »
« Pourquoi s'obstiner, alors ? Prolonger une situation qui fait du mal à tout le monde ? On a tous besoin d'un nouveau départ. »
« Mais vous changez, Iruka ! Vous évoluez tous les jours ! Vous ne supportiez pas Kakashi, il y a trois mois ! Qui sait où vous en serez dans quelques temps ? »
« Je n'en arriverai jamais au point que vous souhaitez, tempéra-t-il. Je ne retournerai pas avec Kakashi. Même si je n'avais pas de problème avec le fait que ce soit un garçon, je ne me sens pas attiré par lui. Je conçois, j'accepte l'idée de l'avoir été mais c'est une situation qui ne pourra jamais se reproduire, j'ai trop envie de changement. »
« De changement ? »
« Je veux voir de nouvelles têtes, Shizune. Des têtes réellement nouvelles. J'ai besoin d'air, j'étouffe ici. Vous comprenez ? »
Elle hésita :
« Vous pourriez demander à Kakashi de vous emmener en voyage. Ou, au moins, changer tout l'agencement de l'appartement. Un nouveau décor pour une nouvelle vie. Des études montrent que ça aide beaucoup certains amnésiques. »
« Des études ? sursauta-t-il. Quelles études ? »
« Des travaux écrits par des scientifiques qui ont travaillé sur l'amnésie antérograde. »
« Et qu'est-ce qu'elles disent d'autre, ces études ? Il y a des instructions à suivre pour se sentir mieux ? »
Elle soupira, n'osant pas répondre. Elle pensait à Kakashi : n'était-elle pas en train de lui nuire ? Elle ne pouvait pourtant pas ignorer des questions qu'Iruka était en droit de lui poser.
Elle se leva d'un geste las, alla jusqu'à son bureau et sortit d'un des larges tiroirs plusieurs documents reliés à la main.
Elle les tendit à Iruka : ce n'était que des textes sur la réadaptation des amnésiques à leur milieu.
« Je peux vous les prendre pour lire à la maison ? », demanda-t-il.
« Faîtes comme vous voulez mais gardez en tête que chaque amnésique réagit de manière différente et que votre handicap est très spécifique. Vous ne ressemblez à aucun autre patient. Ce qui a marché pour eux ne fonctionnera pas forcément pour vous. »
« Et qu'est-ce qui a marché ? », s'enquit-il alors qu'il lisait déjà le premier mémoire en diagonale.
« Vous verrez bien. », éluda-t-elle en regardant ses ongles.
Elle cachait ces études depuis des mois, espérant qu'Iruka ne réagisse pas comme les patients observés dans ces rapports. Mais il suivait pour le moment la même trajectoire et elle lui devait la vérité.
Comme elle se sentait déjà coupable, elle préféra avouer toutes ses fautes d'un coup.
« Autre chose, osa-t-elle, j'ai reçu les résultats de votre examen. »
Il releva la tête, la respiration soudainement difficile.
« Et ? »
« Vous êtes reçu, annonça-t-elle. De justesse mais reçu. »
Il eut un sourire fier et s'apprêta à la bombarder de questions.
« Cependant, poursuivit-elle très vite pour l'empêcher de parler, je n'ai pas été tout à fait honnête avec vous à ce sujet… »
Il fronça les sourcils : il abhorrait les secrets.
« Rasseyez-vous, l'implora-t-elle, je vais vous expliquer. »
~/~/~
« Tu rentres tard. », avait constaté Kakashi quand Iruka avait passé la porte.
Ce dernier eut un sourire automatique qui dissimulait mal son trouble.
« Désolé, je ne voulais pas t'inquiéter. »
Kakashi, de profil, se tourna à demi pour lui faire face. Il essuya négligemment ses mains sur le tablier qu'il portait.
« Un problème ? », demanda-t-il.
Iruka, dans ses pensées, mit quelques secondes pour nier.
« Juste un peu fatigué. »
Kakashi opina mais Iruka commençait à le connaître : il n'était pas dupe.
L'œil visible s'arqua.
« C'est bien que tu passes plus de temps dehors. »
« Oui, enfin, j'étais surtout dans le bureau de Shizune. »
Kakashi se remit à préparer le repas tout en jetant de nombreux coups d'oeil sur le jeune homme. Il remarqua le paquet qu'il portait contre son flanc.
« Tu es allé t'acheter des livres chez le libraire canon ? »
Iruka, distrait, fixa l'objet que Kakashi lui désignait de son couteau de cuisine.
« Ca ? Oh, non ! C'est Shizune. Elle m'a prêté des études sur l'amnésie. Pour que je comprenne mieux ce que j'ai, tu vois. »
« C'est intéressant ? »
« Je… n'ai pas commencé à les lire. », mentit-il..
A vrai dire, il n'avait pas pu s'en empêcher. Il s'était jeté dessus dès qu'il était sorti du bureau. Il avait croisé Sakura et elle lui avait indiqué un coin tranquille pour lire, trop contente de pouvoir lui être utile.
Ce qu'il avait découvert l'avait bouleversé. Toutes ces personnes dans le même état que lui, qui connaissaient les mêmes difficultés pour se reconstruire… Il aurait donné cher pour rencontrer l'une d'entre elles.
« Poisson blanc pour le dîner, ça te va ? »
« Très bien. », approuva Iruka.
Il délaissa son paquet sur la table basse et vint s'asseoir au comptoir. De nombreux accessoires de cuisine déjà utilisés trainaient un peu partout.
« Ca va faire de la vaisselle, constata Kakashi, désolé. »
Iruka haussa les épaules.
« Je m'en occuperai. »
Le menton sur le poing, il resta songeur un moment.
« On n'aurait pas de l'alcool quelque part ? », demanda-t-il.
Kakashi le toisa au milieu de ses préparations.
« De l'alcool ? reprit-il. Ce n'est pas trop ton truc habituellement. »
« J'ai eu mon examen. »
Le jounin resta stoïque. Puis son œil s'arqua et il se tourna pour ouvrir un placard et en sortir une bouteille.
« Effectivement, exulta-t-il, ça se fête. »
Deux verres furent remplis et ils trinquèrent.
« Je suis très fier de toi. », le complimenta honnêtement le jounin.
Iruka haussa les épaules et sirota son verre à petites gorgées. Il fallait qu'il réapprenne à boire de l'alcool.
« Tu n'as pas l'air très heureux. », constata Kakashi.
« Ca ne change pas grand-chose, cet examen. »
« C'est un bon début, une première étape. Que ce soit physiquement ou mentalement, ça veut dire que tu es remis. Il faudrait maintenant que tu reprennes l'entraînement. »
Iruka reposa un peu brusquement son verre.
« L'entraînement ninja, tu veux dire ? C'est hors de question. »
« Je ne te dis pas de retrouver ton niveau d'avant mais, enfin, c'est plus sûr, par ici, d'avoir une formation guerrière. Même la plupart des civils en ont reçu une. »
« C'est cette formation guerrière qui m'a mis dans cet état, fit remarquer Iruka. C'est tout vu. »
Kakashi n'osa rien répondre, ne voulant pas risquer une nouvelle dispute. Il se contenta d'évider les poivrons, tout en enterrant au fond de lui l'espoir qu'Iruka redevienne un jour professeur.
~/~/~
Iruka fut distrait les dix jours qui suivirent. Kakashi avait pourtant cru que la réussite à son examen le rendrait euphorique ou du moins fier de lui mais il semblait plutôt morne, presque triste, comme si ce succès était finalement une mauvaise nouvelle.
En même temps, il se montrait étrangement plus ouvert avec Kakashi. S'il passait une bonne partie de ses matinées dans sa chambre, il en sortait peu avant midi, ne manquant jamais de demander au jounin en quoi il pouvait lui être utile. Ils préparaient le déjeuner ensemble, tout en parlant de tout et de rien et après le repas, Iruka s'installait sur le canapé où il lisait ou étudiait. Souvent Kakashi s'asseyait à ses côtés et les après-midis s'écoulaient dans l'atmosphère tranquille des pages qu'on tourne et des discussions de salon.
La conversation qu'ils avaient eue sur la boîte à souvenirs semblait avoir débloqué quelque chose du côté d'Iruka et, depuis, ce dernier discutait plus volontiers avec Kakashi. Il lui posait des questions sur sa vie ou sur le fonctionnement du village – plus rarement sur eux deux – et s'enquérait de ses coéquipiers.
« Il faudrait les inviter, un de ces soirs. », avait-il suggéré.
Kakashi, relevant le nez de son bouquin, n'avait pas cherché à dissimuler sa surprise.
« Ah oui ? »
« Ils ont signé la carte d'encouragements quand j'ai passé mon examen. Il me semble normal de les inviter pour célébrer ma réussite. Ils pourraient venir manger un soir. Il fait encore suffisamment beau pour qu'on dîne dehors et la gardienne m'a dit qu'on avait le droit de faire des grillades dans la cour. On a ce qu'il faut, non ? »
« On a, avait confirmé Kakashi. Apparemment, tu as déjà tout prévu. Tu ne veux pas qu'on sorte plutôt ? On pourrait aller au restaurant. Ca nous ferait moins de travail. »
« Ca va. On est pas débordé non plus. Et puis, le restaurant… Dehors… »
« C'est un peu tôt ? »
« Oui, encore un peu tôt. »
Kakashi avait opiné, déjà très content qu'Iruka se propose de mieux connaître ses amis.
« Samedi qui arrive, tu crois que ce serait possible ? »
« Non, pas pour moi. Je serai en mission. »
Iruka claqua son livre un peu fort.
« Comment ça, 'en mission' ? Je croyais que tu avais le droit à des congés ? »
« Ils sont finis, mes congés, rétorqua le jounin. Tu crois donc que Konoha me paye à rien faire ? »
« Tu pars quand ? »
« Vendredi. Mais la mission ne devrait pas durer plus de trois jours. »
« Tu serais rentré lundi soir, donc, c'est ça ? »
« Sûrement. Mais ce n'est pas une science exacte, tu sais. »
Ca plaisait à Kakashi de voir Iruka si concerné par son départ.
« On peut lancer les invitations pour jeudi soir, alors, juste avant ton départ. Ou ça va trop te fatiguer ? »
« Non, c'est bien jeudi soir. Ce n'est pas une mission trop difficile. »
« Cela ne te fera pas rentrer blessé ? »
« Non, sembla promettre Kakashi, moqueur, je reviendrai en pleine forme. »
~/~/~
Ils étaient arrivés tous les trois ensemble et un brin gênés. C'était Iruka qui était allé leur ouvrir, Kakashi n'ayant pas fini de se servir de la salle de bain.
Kurenai était venue avec sa fille mais ce que remarqua Iruka à l'ouverture de la porte, c'était que ses invités s'étaient tous habillés en civils.
Kurenai portait en effet un magnifique kimono de soie, rouge éclatant, et il la trouva encore plus splendide que d'habitude. A ses côtés, Gai, qu'Iruka rencontrait pour la première fois mais que sa ressemblance avec Lee lui fit reconnaître tout de suite, avait fait dans le vert et l'extra-moulant si bien que le jeune homme ne put s'empêcher de détourner le regard d'une partie anatomique que le pantalon serré du jounin rendait un peu trop visible. Pour garder contenance, Iruka s'était finalement tourné vers Naruto. En l'absence de son bandeau, sa tignasse blonde et volumineuse tombait harmonieusement sur son visage et le pantacourt et le T-shirt blanc au logo évidemment orange achevaient de lui donner un air séduisant-décontracté qu'Iruka ne put s'empêcher de lui envier.
Ce garçon avait-il seulement conscience de l'attraction qu'il était capable d'exercer sur autrui ? C'était surtout ses cicatrices tellement fines et symétriques qu'Iruka lui jalousait. A côté, il avait l'impression que son propre visage était passé par les mains d'un apprenti-boucher.
Il fit poliment entrer dans l'appartement ce joli petit monde et leur proposa non moins courtoisement de prendre un rafraîchissement.
Ils allèrent sagement s'asseoir sur le canapé et Iruka se chargea d'amener verres et bouteilles en faisant volontairement tinter entre eux les récipients pour couvrir en partie le silence qui s'était installé.
Ce fut ce moment un peu lourd que Kakashi choisit pour sortir de la salle de bain et son arrivée fut accompagnée par des acclamations ravies des trois autres. Kakashi avait lui aussi fait un effort vestimentaire portant une chemise bordeaux sur un pantalon sombre. Il avait fait son entrée les mains dans les poches, s'était élancé tel un mannequin pendant un défilé, avait fait un tour sur lui-même et pris la pose de bonne grâce. Il avait ensuite passé en revue ses compagnons, sifflant sans vergogne Kurenai et se moquant des « attributs » un peu trop visibles de Gai. Seul Naruto échappa à ses commentaires, car ils avaient tous deux opté pour un look décontracté. D'ailleurs, si Iruka reconnut sans peine que le bordeaux allait particulièrement bien au teint pâle de Kakashi, il regrettait la taille trop ample des vêtements du jounin qui dissimulait un corps qu'il savait pourtant être grand et svelte. C'était comme si Kakashi avait honte de sa silhouette élancée.
Le jeune homme apprécia cependant l'effort qu'ils avaient tous fait pour lui. Habituellement, ces trois-là ne venaient à la maison que pour parler boulot avec Kakashi, l'uniforme ninja était donc incontournable. Mais comme ce soir c'était une invitation d'ordre amical pour célébrer le passage d'un examen civil, ils s'étaient tous mis au même diapason que le jeune homme.
Des gens formidables, pensa Iruka le cœur serré, tous autant qu'ils étaient.
Kakashi continua de détendre l'atmosphère en demandant à chacun ce qu'il voulait boire et quand tout le monde fut servi, il porta immédiatement un toast à la réussite d'Iruka.
Dès les premières gorgées bues et les premiers biscuits engloutis, les invités se mirent très sagement à interroger Iruka sur son examen, lui demandant quelles épreuves il avait passées, quelles notes il avait obtenues et s'il était content de lui. Iruka répondit du mieux qu'il put aux questions posées, ne se trouvant pourtant pas très intéressant alors que le groupe l'écoutait religieusement à chacune de ses interventions.
Kakashi, déjà parfaitement au courant des péripéties scolaires d'Iruka, écoutait le tout d'une oreille distraite mais bienveillante et dès qu'il y avait un blanc, il proposait de remplir les verres ou demandait ce que chacun préférait pour les grillades à venir.
L'apéritif se termina donc sans trop d'encombres et il y eut même des rires quand on s'aperçut que la petite de Kurenai remettait certains biscuits dans leurs ramequins après les avoir consciencieusement sucés pour en ôter tout le sel.
« Vous reprendrez bien un peu de salive ? », avait proposé Kakashi en tendant l'objet du délit vers ses invités. Iruka avait trouvé la remarque rigolote alors que Kurenai, morte de honte, grondait tout bas la fautive.
Comme il faisait encore suffisamment beau et chaud, tout le monde sortit accompagner Kakashi qui s'occupa de faire cuire la viande sur des pierres que des braises avaient rendues brûlantes. Selon les préférences de chacun, Iruka trempait préalablement les grillades dans de la sauce soja ou dans une marinade de gingembre et passait ensuite le tout à Kakashi.
Après les remarques d'usage sur la beauté de la cour qu'ils avaient pourtant vue mille fois, les invités se trouvèrent à court de sujets et chacun regarda un peu trop longuement son verre. Bravement, ce fut Iruka qui relança plusieurs fois la conversation, posant des questions sur l'enfant de Kurenai ou sur les occupations de Lee, ce qui ne manquait pas de faire réagir Gai. Ce dernier partit dans plusieurs élans lyriques sur l'avenir des jeunes pousses de Konoha et, encouragé par Kurenai, il raconta une ou deux anecdotes ridicules sur son enfance commune avec Kakashi. Depuis ses pierres brûlantes, le jounin bougonnait, d'autant plus que Naruto ne manquait pas de l'asticoter à chaque nouvelle révélation.
Les premières brochettes et autres viandes grillées furent servies et on les mangea, mal assis sur le petit muret près de la porte de l'appartement. Il n'y avait pas suffisamment de place dans la cour pour installer une table et des chaises.
Voyant que l'ambiance se refroidissait une nouvelle fois et profitant du fait que son masque l'empêchait de manger devant les autres, ce fut au tour de Kakashi d'interroger ses compagnons, demandant notamment à Naruto s'il allait enfin passer jounin instructeur. Le garçon éluda mais Kakashi revint plusieurs fois à la charge sans qu'Iruka ne parvienne à savoir s'il exerçait une véritable pression sur le jeune homme ou si c'était un simple moyen de maintenir la conversation. Naruto finit par s'en sortir en réclamant bruyamment une deuxième tournée de grillades, bientôt rejoint par Gai qui y mit cependant plus de politesse.
La marinade au gingembre allait bientôt manquer et c'était celle que préféraient les invités.
« Il faudrait en refaire, murmura Iruka en s'approchant de Kakashi, tu peux t'en charger ? »
Il ignorait la recette c'était le jounin qui s'en était occupé.
« Tu es sûr ? », interrogea Kakashi en jetant un regard appuyé vers leurs invités.
Iruka voyait bien où il voulait en venir : depuis le début de la soirée, c'était Kakashi qui servait de trait d'union entre lui et les autres. Iruka ne connaissait ces personnes que par ce que Kakashi lui en avait appris et, il fallait être honnête, il n'avait pas grand-chose d'autre que le jounin en commun.
« Je vais me débrouiller. », assura cependant Iruka.
Kakashi n'eut d'autre choix que de lui faire confiance, se jurant cependant de cuisiner le plus vite possible. Il s'empara du bol presque vide et s'en alla tout en traitant copieusement ses convives masculins de goinfres.
Dès qu'il eut disparu, l'ambiance retomba. On fit quelques remarques timides sur l'enfant de Kurenai qui marchait maladroitement dans la pelouse et puis, on ne trouva plus rien à dire. Avant de venir, Kurenai, Gai et Naruto s'étaient promis de ne pas parler travail pour ne pas mettre Iruka mal à l'aise mais c'était compliqué comme résolution car le travail, c'était presque toute leur vie et ça revenait donc dans beaucoup de leurs conversations.
Ce fut finalement Iruka qui, après avoir bu le fond de son verre de bière, s'approcha d'eux d'un pas décidé. Il avait attendu toute la soirée une opportunité de parler au groupe en dehors de la présence de Kakashi. Il ne devait pas laisser passer cette chance.
Les trois autres comprirent qu'il allait se passer quelque chose et, d'un geste commun, ils se relevèrent du muret où ils étaient assis et entourèrent bientôt le jeune homme.
« Je voulais vous remercier… », commença Iruka, un peu hésitant.
« C'est bon, le coupa immédiatement Naruto le sourire immense, c'était juste une carte. Vous n'allez pas nous reparler de ça jusqu'à l'année prochaine ! »
« Ce n'est pas de ça dont je suis en train de parler, rétorqua froidement Iruka, et si tu m'avais laissé finir, tu le saurais déjà. »
Son ton tranchant sécha tout le monde et Naruto, regardant ses sandales, marmonna :
« Pardon, sensei. »
Le titre fit rougir Iruka mais il refusa de se laisser déstabiliser pour si peu.
« Je voulais vous remercier, donc, pour la mission que vous avez effectuée pour moi. »
Ils relevèrent tous les yeux, interloqués, et échangèrent un regard lourd de sens.
« Je sais bien que vous n'avez pas le droit de me parler de ça et je ne vous demande rien. Mais j'ai vu Kakashi revenir à chaque fois un peu plus détruit par cette mission et, vu son seuil de tolérance, je me doute qu'elle a dû être éprouvante pour tout le monde… »
Il fit une pause et il vit bien que ses invités ne confirmeraient rien mais qu'ils ne se récriaient pas non plus. Alors, il poursuivit.
« Je sais que j'étais lié à cette mission. Je ne saurais dire exactement pourquoi si ce n'est que depuis que cette mission est terminée, Kakashi n'insiste plus pour que je m'enferme à clé quand il n'est pas là. Je ne crois pas qu'une porte fermée aurait arrêté grand-monde dans un village pareil mais je suppose que ça devait le rassurer tout de même un peu. Ce qui signifie qu'un danger planait au-dessus de moi et que cette mission a permis de supprimer ce danger. Et donc, je voulais vous en remercier. »
Ils haussèrent les épaules en regardant ailleurs. C'était idiot mais ils se sentaient émus.
« Je ne crois pas que vous ayez vraiment fait ça pour moi – ou alors, un autre moi. Je crois que vous avez surtout fait ça pour Kakashi. Parce qu'il est plus serein depuis que cette mission est terminée. Et je sais bien qu'il est très malheureux à cause de ce que je suis devenu, et j'en suis de plus en plus désolé, alors savoir qu'il a des amis aussi fidèles pour le soutenir, ça me soulage un peu. Merci pour ça, aussi. »
Ils le regardaient tous maintenant, les yeux un peu plus brillants qu'à l'accoutumée.
« C'était rien. », marmonna finalement Gai.
Il aurait probablement rajouté quelque chose sur la flamme inextinguible de l'amitié fraternelle si Naruto ne lui avait pas coupé le sifflet en se jetant dans les bras d'Iruka. Il le serra, un bras entourant son cou. Iruka resta raide, la proximité physique était quelque chose d'encore trop nouveau pour lui.
Naruto finit par se reculer un peu, un sourire magnifique aux lèvres.
« Pardon, s'excusa-t-il. Mais c'est juste que c'est tellement vous de dire des choses comme ça. »
Le garçon renifla alors qu'en son for intérieur, Iruka se sentit blessé par cette remarque. Il n'y en avait donc toujours que pour l'autre ?
« Alors, on profite que je ne suis pas là pour se faire des câlins ? »
Kakashi grommelait depuis l'entrée, son bol de marinade à la main.
« C'est Naruto qui fait son sensible. », commenta Kurenai, d'une voix maîtrisée.
Kakashi se garda bien de demander le pourquoi de cette émotion. Il voyait juste qu'Iruka et Naruto se rapprochaient et il souhaitait de tout cœur qu'un lien se recrée entre eux.
Et ce n'était pas le seul lien qu'il espérait voir se renouer un jour.
~/~/~
« Ca s'est plutôt bien passé. », fit remarquer Kakashi, empilant la vaisselle près de l'évier.
Tandis qu'il remontait ses manches, Iruka l'arrêta d'un geste.
« Laisse ça, lui demanda-t-il, je m'en occuperai demain. Il est presque minuit et tu dois être en forme pour ta mission. »
« C'est bon, le rassura le jounin. Ce n'est pas la première fois que je pars sans être parfaitement reposé. Et ce n'est qu'une mission de rang B. »
« Elle n'était pas de rang B, la mission durant laquelle je me suis fait enlever ? »
Kakashi lâcha un peu brutalement les ustensiles à barbecue dans les assiettes sales.
« Si. », admit-il.
« Alors, conclut Iruka, je crois qu'on peut dire qu'il n'y a pas de petites missions et qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. »
« C'est vrai. », concéda encore Kakashi.
« Va te coucher. », ordonna presque Iruka, se plaçant bien en face de lui.
Kakashi se montra obéissant mais quand il voulut disposer couette et oreiller sur le canapé, Iruka fut de nouveau intraitable : le jounin devait prendre la chambre.
« Ce sera toujours comme ça, maintenant ? rigola Kakashi. A chaque fois que je vais partir en mission, tu vas me traiter comme une petite créature fragile ? »
Iruka resta très sérieux.
« Chaque fois, je ne sais pas. Mais pour ce soir, au moins, fais ce que je te dis.»
~/~/~
Le lendemain, Kakashi se leva peu avant six heures. Il enfila un uniforme propre et saisit le sac à dos qu'il avait préparé à l'avance pour ne pas réveiller Iruka en traversant le salon. Il se glissa subrepticement dans le couloir et se faufila dans l'obscurité de l'appartement jusqu'à la porte d'entrée.
« Tu ne vas tout de même pas partir sans avoir mangé ? », lâcha une voix ensommeillée.
Kakashi se retourna et, dans le même temps, la lampe près du canapé fut allumée.
« Je t'ai réveillé ? », interrogea Kakashi, dépité.
« Pas du tout, répliqua Iruka en se redressant, je t'attendais. Tu pars toujours comme un voleur. »
Le jeune homme repoussa la couette qui le recouvrait encore en partie, enfila ses chaussons et se leva pour se diriger d'un pas lent vers la cuisine où il alluma la veilleuse près de la plante verte.
Pendant qu'il était de dos, Kakashi reposa son sac et en profita pour détailler le jeune homme : il était en pyjama et le jounin se souvint que pendant longtemps, Iruka avait refusé qu'il le voie dans un tel accoutrement.
Les choses changeaient, lentement.
« Je te fais quelques boulettes de riz ? »
Kakashi hésita, se sentant un peu bête.
« Ce serait pas de refus, avoua-t-il, mais je risque d'être en retard sur l'horaire… »
« Quoi ? plaisanta Iruka. Le grand Hatake Kakashi craint d'être en retard ? Tu rigoles ? »
Kakashi s'avança dans la pièce tout en cherchant à se justifier.
« Tu sais, tout ce que t'ont raconté Gai et Naruto hier soir n'était pas vrai. Je ne suis pas systématiquement en retard, non plus. C'est surtout quand je bosse avec eux, en fait. »
« Pour les enquiquiner ? », comprit Iruka.
« Je plaide coupable. », admit Kakashi en plissant l'œil.
Il alla finalement s'asseoir sur un des tabourets hauts du comptoir et attendit sagement d'être servi.
Pendant que le riz cuisait, Iruka leur prépara un thé à tous les deux.
« Tu t'en es très bien sorti, hier. », continua Kakashi pour meubler le silence.
« Merci. J'ai fait du mieux que j'ai pu. »
Le jeune homme souleva le couvercle de la théière.
« Il est suffisamment infusé, tu penses ? Il fait un peu sombre, j'ai du mal à discerner la couleur. »
Kakashi renifla : l'odeur était trop discrète.
« Laisse encore une minute. »
Sans l'odorat, il était parfois compliqué pour Iruka de faire correctement la cuisine. Ils avaient pris des habitudes pour palier le problème.
« C'est une nouvelle idée de Shizune ? »
Iruka fronça les sourcils.
« Quoi donc ? »
« Eh bien, tu sais : elle t'avait demandé de me parler. Là, elle veut que tu fasses de nouvelles connaissances ? C'est pour ça que tu as invité toute la bande ? Je te demande ça car tu as beaucoup vu Shizune cette semaine. Et, en même temps, je t'ai trouvé plus… ouvert. »
« Oui, abonda Iruka rougissant, j'essaye de faire des efforts. Ca fait partie de la thérapie. »
« C'est bien. », constata le jounin.
Le silence retomba, à peine troublé par le bruit du thé versé dans les tasses.
Iruka renifla son breuvage mais, comme d'habitude, ne sentit rien. Il appréciait cependant la chaleur de la vapeur sur le bas de son visage.
Il garda les yeux baissés, le temps que Kakashi boive son propre thé. Il savait maintenant exactement le temps que cela prenait et il se demandait toujours comment l'autre faisait pour ne pas se brûler la langue.
Se souvenant d'une conversation de la veille, il interrogea le jounin tout en soufflant sur son propre thé :
« Pourquoi tu insistes pour que Naruto devienne sensei ? Il a tout le temps pour ça. »
Kakashi appuya ses avant-bras sur le comptoir et croisa ses doigts, tranquille.
« Tous les jounins non-spécialisés doivent en passer par là, c'est obligatoire. Le plus tôt sera le mieux. »
« Laisse-le vivre, un peu. Toi, tu n'es devenu sensei qu'à vingt-sept ans. »
« Oui mais moi, je ne voulais pas devenir Hokage… »
« Quel rapport ? »
« Je te l'ai dit : c'est obligatoire. »
« Il ne pourra pas devenir Hokage tant qu'il n'aura pas été sensei ? »
« Voilà. Si tu fais du bon boulot avec les gamins, on te confiera éventuellement le village. »
« C'est pas illogique, admit Iruka. Mais Naruto n'a même pas vingt ans. »
« Justement. Il pourrait devenir le plus jeune Hokage de l'histoire de Konoha. Plus jeune encore que son père ! »
Kakashi n'avait pu dissimuler une légère pointe d'excitation dans sa voix, ce qui fit sourire Iruka.
« Je croyais que tu étais contre les pères qui mettent trop de pression sur leur fils. », commenta-t-il.
Le jounin répondit, un peu troublé :
« Le Quatrième est mort depuis longtemps… »
« Je ne parle pas du Quatrième et tu le sais très bien. »
Ils s'affrontèrent paisiblement du regard et Kakashi baissa l'œil le premier.
« Tu commences à connaître Naruto, non ? Ne crois-tu pas qu'il fera un Hokage formidable ? »
« J'ai du mal à croire qu'il soit la terreur que tu décris sur les champs de bataille et j'aurais plutôt tendance à dire qu'il manque un peu de maturité, non ? »
« En apparence, seulement, crois-moi. Il sait se comporter en adulte quand la situation l'exige. Ca fait partie de ses qualités, d'ailleurs. Il ne paie pas de mine aux premiers abords. »
Ca rappela quelqu'un d'autre à Iruka. Quelqu'un qui paraissait mou et maladif et qui avait pourtant un taux de réussite légendaire en terme de missions.
« Surtout, poursuivit le jounin, il est incroyablement bon et généreux. Alors qu'il a lui-même été victime de la méchanceté des autres. La grandeur d'âme qu'il faut avoir pour aimer comme il l'aime un village qui l'a d'abord rejeté. Il ignore ce que c'est que la rancœur. Ce n'est pas une histoire de fierté mal placée, tu sais, il sera vraiment un Hokage extraordinaire. J'ai juste envie de voir ça. »
« Tu veux dire que ce n'est pas uniquement une histoire de fierté mal placée. », rectifia Iruka dans un sourire mais il aimait la manière chaleureuse qu'avait Kakashi de parler de Naruto. Surtout qu'il ne laissait rien paraître de son admiration quand le garçon était là.
« Tu critiques, rétorqua Kakashi, mais tu étais pareil avant ! Tu l'asticotais bien plus que moi. Il n'y a pas de plus grand plaisir pour un professeur que de voir ses élèves réussir. »
« Je suppose. », répondit plus froidement Iruka.
Elle était sympa cette conversation, non ? Quel besoin avait Kakashi de lui parler de celui qu'il était avant ?
Il continua de se montrer souriant le reste du repas mais le cœur n'y était plus. Il ne gagnait jamais quand on le comparait avec lui-même.
