Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating: M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Ah, la dernière phrase de ce chapitre... Je l'ai eue en tête des années avant de pouvoir l'écrire enfin. Et maintenant, je publie ! En espérant que cette dernière phrase et le chapitre dans son ensemble vous plaisent !

Bonne lecture !


Chapitre 18 : A découvert

« Iruka-sensei ! hurla une voix. Iruka-sensei ! »

Iruka était en train de récupérer sa monnaie, sa commande déjà sous le bras.

La voix qui l'appelait lui était familière et il ne ressentit donc aucune angoisse à être reconnu. Il se contenta de reculer son visage et, derrière quelques clients accoudés au comptoir, il eut la confirmation que c'était bien Naruto qui lui faisait de grands gestes tout en beuglant son nom.

Le jeune homme s'approcha de lui en souriant. Naruto avait quatre bols de râmens vides en face de lui et, à ses côtés, une demoiselle aux cheveux roses.

« Bonjour Sakura. », salua poliment Iruka.

La jeune fille lui répondit par un signe de tête et un grand sourire.

Les voyant si proches et déjeunant ensemble, Iruka fut soudain pris d'un doute :

« Vous êtes en couple, tous les deux ? »

Les faces médusées qu'ils lui opposèrent suffirent à lui faire comprendre son erreur mais Sakura confirma sa méprise par un ricanement.

« Voyons, sensei, ça ne risque pas. Naruto est déjà pris. »

« Ah, oui ? » s'informa le jeune homme tout en s'asseyant entre eux et déballant sa commande.

« N'écoutez pas cette folle, répliqua Naruto. Elle raconte n'importe quoi… »

« Oui, oui, je raconte n'importe quoi, Monsieur-je-préfère-rester-tout-seul. »

« Il est tout seul, alors ? comprit Iruka. Pourquoi viens-tu de dire qu'il était pris ? »

« C'est son cœur qui est pris. », précisa Sakura alors que Naruto levait les yeux au ciel.

« Un amour à sens unique ? »

« A distance, je dirais, plutôt. »

« Une fille d'un autre village ? »

« Mais non, sensei, arrêta Sakura comme si c'était une évidence, il ne s'agit pas d'une fille. »

La ration de nouilles qu'Iruka venait de saisir resta bloquée dans son gosier. Il toussa tout son soûl pour la faire ressortir.

Les deux autres l'observèrent, inquiets, et Naruto jeta sur Sakura un regard assassin.

« Tu ne pouvais pas te taire. », l'admonesta-t-il.

Dès qu'il eut repris son souffle, Iruka se tourna vers Naruto.

« Tu es comme Kakashi ? », interrogea-t-il, le ton inquisiteur.

Le garçon sembla surpris par la question.

« Ca dépend de ce que vous entendez par là… »

« Tu aimes les garçons ? », précisa Iruka l'air de plus en plus suspicieux.

Naruto haussa les épaules et prit son temps pour répondre :

« Moi, j'aime tout le monde. »

Iruka baissa la tête, dépité. Vaguement, il se demanda s'il n'était pas responsable. Après tout, n'avait-il pas en partie élevé cet enfant ? Ne lui avait-il pas transmis son… sa différence ?

« Ce serait quand même un comble que ça vous dérange. », continua le garçon et Iruka discerna une once de déception dans sa voix.

« Parce que tu penses que je suis moi-même… »

« Parce que vous avez toujours prôné la tolérance en toute chose, le coupa Naruto, et que je porte ça en moi. »

Iruka se sentit fautif et aussi peiné de baisser dans l'estime de Naruto. Il se reprit.

« Pardon, j'ai été surpris, voilà tout. »

« Ce n'est pas si rare chez les ninjas, vous savez, lui expliqua Sakura. On est plutôt souple à ce niveau-là. »

Iruka opina, camouflant comme il pouvait une gêne persistante.

« Alors, qui est ce garçon dont tu es amoureux ? », tenta-t-il pour tuer le malaise qui s'était créé.

« C'est personne, minimisa Naruto. C'est juste Sakura qui vous charrie… »

« Pas du tout ! râla cette dernière. Tu es de mauvaise foi, là ! »

« Je ne suis pas amoureux de Sasuke. »

« Bah, bien sûr que non ! Même que tu attends désespérément son retour parce qu'il te manque quelqu'un pour jouer aux cartes. »

« T'as bon dos de dire ça ! T'as chialé pendant des années dès qu'on citait son nom ! »

« Mais j'ai évolué, moi ! Je suis passée à autre chose ! »

« Sasuke ? réalisa Iruka. Comme Sasuke, le déserteur ? »

Les deux autres se turent.

« Ne l'appelez pas comme ça, finit par confirmer Naruto. Disons qu'il est absent. »

« Et donc, poursuivit Iruka, tu l'aimes ou pas, ce garçon ? »

« C'est mon meilleur ami, éluda l'autre. Et j'aimerais bien qu'il rentre parce qu'il me manque. »

« Et en attendant, tu fous des râteaux à toute la moitié féminine de Konoha… », commenta Sakura.

« Parce qu'elles s'en foutent de moi, ces filles ! éclata le garçon. Y a quatre ans, c'était les mêmes qui me jetaient des cailloux ! »

« Et cette pauvre Hinata, alors ? Elle te fait les yeux doux depuis l'école primaire ! Ca en devient pathétique tant elle essaye d'attirer ton attention… »

« Ne parle pas d'elle comme ça, souffla Naruto. C'est une fille très belle, douce et gentille. Les gens s'en apercevraient si elle avait un peu plus de confiance en elle. »

« Tu n'as qu'à l'épouser, proposa ironiquement Sakura, tu possèdes suffisamment de confiance pour vous-deux. »

Naruto garda le silence et Iruka devina que c'était pour ne pas dire à voix haute qu'il ne ressentait aucune attirance particulière pour cette Hinata.

Sakura prit ça pour un aveu de défaite.

« Tu vois, conclut-elle, triomphante, tu es déjà pris ! »

Naruto observa ses bols de râmens sans plus rien dire mais la démonstration de Sakura n'avait pas spécialement convaincu Iruka.

« En fait, tu ne sais pas. », résuma-t-il.

Naruto lui adressa un regard surpris, tout comme Sakura.

« Tu avais quoi ? poursuivit Iruka. Treize ans quand il est parti ? »

Le garçon opina.

« C'est jeune pour être sûr de ses sentiments. Surtout que c'est après-coup que tu as dû te poser des questions. Avec l'adolescence et les hormones. Tu t'es demandé si cet attachement que tu avais toujours éprouvé pour ce Sasuke ne camouflait pas autre chose… Mais comme il ne revient pas, tu ne peux pas en être sûr et, du coup, tu attends. »

Naruto resta de nouveau muet mais Sakura dut comprendre à sa mine qu'Iruka n'était pas loin de la vérité.

« C'est absurde, commenta-t-elle. On ne reste pas toute sa vie tout seul à cause d'un doute. »

« Et si c'était le bon ? », marmonna Naruto.

« Le bon ? répéta Sakura. Mais mon pauvre, qu'est-ce que tu peux être naïf ! Fais des expériences au lieu de courir après un mirage ! Tu crois donc qu'il n'y a qu'une seule personne au monde à pouvoir te convenir ? »

Le garçon osa un bref regard du côté d'Iruka.

« Ca se serait déjà vu… », répondit-il, tout bas.

Naruto avait longtemps pensé que Kakashi resterait seul tant son célibat semblait être une obligation. Et puis, il s'était installé avec Iruka et, la surprise passée, il avait paru évident à tout le monde que ces deux-là ne se quitteraient plus jamais. Comment savoir s'il n'en était pas de même pour lui et Sasuke ? Il ne pouvait pas prendre le risque de passer à côté d'un tel bonheur.

Sakura avait dû faire la même association d'idées que Naruto car, après être restée un moment dans ses pensées, elle s'était tournée vers Iruka qui buvait son bouillon et lui avait demandé des nouvelles de Kakashi.

« Il est en mission depuis deux jours. », avait répondu le jeune homme en faisant mine de ne pas remarquer que cette discussion sur l'amour entre garçons se terminait immanquablement par l'évocation de l'homme avec lequel il cohabitait.

« Il rentre ce soir, je crois. », avait précisé Naruto.

Iruka avait confirmé non sans noter le rembrunissement du visage de son ancien élève : Kakashi rentrait, lui, contrairement à Sasuke.

C'était vrai que Naruto était naïf comme si vivre l'un près de l'autre permettait forcément d'être au clair avec ses sentiments.

~/~/~

Il ne bougea pas quand il entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Il resta sur le lit, admirant les orteils de ses pieds nus saisir des fibres du tapis.

Du bruit se fit dans le salon et, bientôt, Kakashi émergea du couloir et cala son épaule sur le chambranle de la porte ouverte.

« Tu ne dors pas ? s'étonna-t-il. Il est tard pourtant. »

« Pas tant que ça. », balbutia Iruka en le regardant à peine.

Le jounin semblait plutôt en forme même si l'uniforme était poussiéreux.

« Ca s'est bien passé ? », demanda tout de même Iruka.

« Très bien. Une vraie mission de remise en jambe. Et toi ? Aucun souci ? »

« Aucun. »

Kakashi avait rangé ses mains dans ses poches pour paraître plus à l'aise mais l'attitude d'Iruka l'étonnait, il le trouvait tendu. Attendre son retour n'était pas dans ses habitudes, surtout pour ne rien lui dire.

« Puisque tu ne dors pas, relança-t-il, ça te dérange si je prends la salle de bain dix minutes ? Juste une douche rapide pour me décrasser un peu. »

« Bien sûr. », accepta Iruka, la bouche pâteuse.

Il sembla à Kakashi qu'Iruka s'était arrêté en pleine lancée, qu'il avait quelque chose d'autre à annoncer mais qu'il n'était pas allé jusqu'au bout.

Il resta immobile, espérant que l'autre se décide, mais comme ça ne venait pas, son inaction devint bizarre. Il traversa donc la pièce en silence pour atteindre la salle de bain mais au moment où il y mettait le pied, la voix tremblante d'Iruka l'arrêta :

« Est-ce que tu accepterais de me faire l'amour ? »

Il fallut toute la souplesse de ses jambes de ninja à Kakashi pour ne pas en tomber à la renverse. Tremblant, il se tourna à demi.

« Pardon ? », articula-t-il.

« Tu as très bien entendu, murmura l'autre, ne me force pas à répéter. »

« Ce n'est pas drôle. », essaya encore le jounin.

« Je ne cherche pas à l'être. C'est très sérieux. »

Le regard d'Iruka était fuyant mais il osa lever les yeux vers Kakashi. Ses joues étaient rouges.

« Tu veux bien venir t'asseoir, s'il te plaît ? Qu'on en parle… »

Kakashi obtempéra, titubant jusqu'au lit où il s'installa près d'Iruka. Il garda le silence, attendant que l'autre s'explique.

Déjà la surprise disparaissait, laissant place à une sourde excitation dont le jounin avait honte. Mais il n'y pouvait rien, la demande d'Iruka réveillait en lui des instincts qu'il avait eu bien du mal à endormir. Baissant la tête, il se concentra sur leurs deux paires de pieds placées côte à côte sur le tapis mais, déjà, il se voyait toucher les pieds bien proprets du jeune homme, et puis sa peau toute entière, et l'embrasser, et… Il arrêta le fil de ces pensées ineptes car son corps y réagissait au quart de tour.

Iruka, lui, ne savait pas par quel bout expliquer. Que dire pour ne pas se trahir ? Il décida finalement d'être en partie honnête avec le jounin.

« Ce midi, j'ai déjeuné avec Naruto. », commença-t-il.

Évidemment, Kakashi ne comprit pas le rapport et cette entrée en matière l'irrita. Son excitation épuisait sa patience. Iruka le désirait-il ?

« On a pas mal discuté, continua l'autre, et il est devenu de plus en plus clair, au fil de la conversation, que Naruto était toujours vierge. »

Kakashi tourna sa tête vers lui. Doucement, un lien se formait entre Naruto et la situation étrange dans laquelle il se retrouvait.

« Je me suis souvenu de ce que tu m'avais dit sur Naruto, qu'il ferait un Hokage formidable. Mais je ne vois pas comment il pourrait l'être s'il est toujours vierge. »

« On ne lui demande pas d'être l'étalon de l'année, commenta acerbement Kakashi, on lui demande d'être un excellent guerrier. C'est là-dessus qu'on le juge. »

« Justement non, répondit immédiatement Iruka, ce n'est pas juste un guerrier. Tu as toi-même mis sa générosité et son amour des autres en avant. Parce qu'un Hokage, c'est d'abord un protecteur et un porte-parole. Naruto va devenir le visage de Konoha, c'est d'ailleurs pour ça que votre Mont Hokage existe. Or s'il est encore vierge, il reste ignorant d'un aspect important de la vie des gens. Il faut que sa formation soit complète pour qu'il puisse correctement accomplir sa tâche. »

« Naruto est un romantique. Il ne perdra pas sa virginité parce que ça ferait éventuellement de lui un meilleur Hokage. »

« Mais moi, je ne suis pas romantique. »

« Quel rapport avec toi ? »

« Eh bien, moi aussi, je suis vierge. »

« Pas du tout. », ne put s'empêcher de répondre Kakashi même si, bien sûr, il comprenait ce que l'autre voulait dire.

« Ne pas s'en souvenir, ça en revient au même. J'essaye de progresser ces temps-ci mais, tout comme Naruto, je ne pourrais jamais vraiment… comprendre le monde qui m'entoure tant que je resterai ignorant en matière de sexualité. Alors, je me suis dit que tu pourrais m'éclairer sur le sujet… »

« Tu veux que je t'apprenne ? »

« C'est ça. »

« Et ça ne te dérange plus que je sois un mec ? »

Kakashi n'était pas très agréable dans ses remarques mais il avait l'impression d'être une chose, un jouet, qu'Iruka se souvenait posséder après l'avoir longtemps relégué au placard.

« J'ai… évolué à ce sujet. »

« Le libraire canon ? », comprit Kakashi.

« Je n'ai pas du tout flirté avec lui… »

« Mais tu l'as regardé. », le coupa le jounin.

« Je l'ai regardé. », admit Iruka.

« Et tu en as regardé d'autres, depuis. »

« C'est vrai. »

Kakashi ne chercha pas à approfondir sur le sujet. Il n'était pas surpris de voir qu'Iruka revenait à ses premières amours même s'il savait qu'il ne faisait pas partie de ces hommes qu'il avait regardés. L'attraction entre eux ne revenait pas.

Il avait espéré, en voyant comment Iruka se montrait plus ouvert, que, peut-être, quelque chose pourrait renaître entre eux. Mais l'approche d'Iruka n'avait rien de sentimental. Le sexe ne semblait être pour lui qu'une étape sur le chemin de la guérison. C'était un élève studieux qui ne voyait en l'autre qu'un moyen d'acquérir de nouvelles connaissances.

C'était pire que tout.

« Alors, osa Iruka, tu veux bien ? »

« Pourquoi avec moi ? », retarda le jounin.

« Quitte à faire ça avec un homme, c'est logique que ce soit avec toi. »

« C'est plus facile aussi. »

« Tu veux ou pas ? », insista Iruka.

« Évidemment que je veux ! s'énerva Kakashi. Mais pas comme ça ! Ce n'est pas une bonne idée. »

« Quoi ? le railla l'autre. Il faudrait que j'attende le grand amour, c'est ça ? »

La remarque était particulièrement blessante car, pendant longtemps, Kakashi s'était considéré comme étant le grand amour d'Iruka.

« Ce n'est pas une bonne idée que ce soit moi, répéta-t-il plus calmement, surtout si c'est juste pour une fois. »

Se tournant plus franchement vers Iruka, le jounin alla jusqu'à saisir un de ses poignets, ce qui poussa l'autre à le regarder.

Plus bas, soufflant presque à son oreille, Kakashi poursuivit :

« Une première fois, c'est particulier. C'est hésitant et maladroit. On est encore un peu gêné de se découvrir et on s'apprivoise. On tâtonne et on cherche ce qui peut donner ou non du plaisir à l'autre... »

Iruka resta stoïque devant ces explications même si la teinte rouge de son visage redoubla. Il avala difficilement sa salive.

« Or si tu couches avec moi, continua crûment le jounin, ce ne sera ni hésitant, ni maladroit parce que je te connais par cœur. Je connais tes sensibilités, tes faiblesses, ce qui te fait ou non de l'effet. Et ce n'est pas ça, une première fois. Ce serait te donner une vision fausse du sexe, tu comprends ? »

« Je comprends que tu es ridicule et d'une suffisance incroyable, rétorqua Iruka en retirant son bras de l'emprise de Kakashi et en se relevant du lit pour s'éloigner de lui. En somme, tu ne veux pas pour mon bien ? Parce que je ne remettrai jamais de ton incroyable prestation ! »

« Ce n'est pas ce que je dis, rectifia énergiquement Kakashi, je dis qu'avec moi, ce ne sera jamais véritablement une première fois. Parce que, de fait, ça n'en est pas une. »

« Non, le contredit abruptement Iruka, ce qui te gêne, c'est que ça n'ait lieu qu'une fois ! C'est pour ça que tu me dis non ! »

« Bien sûr que ça me gêne ! cria Kakashi en se levant à son tour. Je suis amoureux de toi, je te rappelle ! Tu as une idée de ce que ça me coûte de te dire non ? »

Ils restèrent à se toiser alors qu'ils n'étaient pas à plus d'un mètre l'un de l'autre.

Iruka était horriblement en colère et vexé. Il ne s'était pas imaginé une seule seconde que Kakashi puisse le refuser. Comme le jounin l'avait dit lui-même, c'était facile. Il n'avait aucun doute sur les sentiments que Kakashi avait pour lui, il n'aurait donc pas dû opposer la moindre résistance.

A ce dépit se mêlait pourtant un autre sentiment : de l'admiration. Il fallait bien reconnaître que Kakashi faisait preuve d'une force de volonté incroyable pour résister à un appel de la chair pourtant ardemment désiré.

Iruka devait d'urgence éteindre cette volonté.

« Très bien, dit-il d'une voix faussement détachée, comme tu voudras. »

Il alla jusqu'à l'armoire et fit mine de chercher un vêtement dans sa penderie.

« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda Kakashi.

« Je me change, rétorqua l'autre. Je ne vais tout de même pas sortir comme ça. »

Le jounin était loin d'être stupide il comprit.

« Tu me fais chanter ? »

« Tu le prends comme tu veux, reprit l'autre en examinant une chemise qu'il avait démise de son cintre, je perds ma virginité ce soir, c'est décidé. Qu'importe, après tout, qui s'en chargera. »

« C'est très important, au contraire. »

« Pas du tout. On m'a parlé d'un bar dans le Quartier Est. Je ne suis pas très séduisant mais, l'alcool aidant, ça devrait le faire… »

Iruka ne le regardait pas, préférant laisser ses yeux vagabonder sur les vêtements qu'il passait en revue. Le cintre qu'il tenait fut soudainement balancé à travers la pièce et une main ferme le poussa contre l'armoire. Kakashi, malgré la fureur qui montait en lui, n'avait pas cherché à lui faire mal, mais Iruka pouvait sentir la force retenue dans le bras du jounin. L'esprit gagnait encore contre le corps mais plus pour longtemps.

Comme pour achever son œuvre, Iruka adressa à Kakashi un sourire narquois. Il se foutait bien que l'autre soit un guerrier légendaire, c'était tout de même lui qui gagnait la partie.

Kakashi ne pouvait pas supporter la vision d'Iruka, de son Iruka, dans un de ces bouges du Quartier Est. Il les avait lui-même pas mal fréquentés dans sa jeunesse et il savait quel genre d'hommes s'y retrouvaient. Nul doute qu'un beau petit cul comme Iruka y serait une prise de choix. On l'amènerait aux chiottes ou dans la petite ruelle de l'arrière-boutique et il se ferait déniaiser dans l'odeur d'urine et les graffitis salaces. Ça non plus, ça n'aurait rien d'une première fois digne de ce nom. Iruka le savait bien, d'ailleurs, et c'est là-dessus qu'il pariait. Kakashi ne pouvait pas le laisser faire ça. Il y avait, bien sûr, une importante probabilité pour qu'il bluffe. Il n'allait peut-être pas dépasser le pâté de maison et rentrer trois heures plus tard en prétendant être redevenu un homme. Et Kakashi s'imaginait déjà demander à Pakkun de suivre sa piste pour en avoir le cœur net.

De toute manière, il ne se voyait pas passer toute la nuit, seul dans son froc, à imaginer ce qu'Iruka pouvait être en train de faire. Ce serait trop pour lui. Il aurait pu le suivre, aussi, et menacer quiconque s'approcherait de lui. Mais il ne serait pas toujours là et nul doute qu'Iruka profiterait de sa prochaine absence pour mener son infâme projet à bien. Sans compter qu'il existait une dernière possibilité, la plus insupportable de toute, celle qu'il tombe sur un type sympa. Quelqu'un qui serait tendre et patient et qui lui apprendrait les choses comme il faut. Et la simple idée que ses premiers émois sexuels lui soient donnés par un autre que lui le rendait complètement fou.

Dans sa jalousie, il donna un coup dans l'armoire, juste à côté de la tête d'Iruka et ce dernier sut qu'il avait gagné.

L'œil de Kakashi, sombre, se posa sur lui.

« Je vais quand même prendre une douche. », murmura-t-il.

« On s'en fiche que tu sentes mauvais, je suis incapable de m'en rendre compte de toute manière. »

Kakashi aurait pu commencer la leçon, expliquer qu'une peau, ce n'était pas qu'une odeur. Qu'elle se goûtait aussi, se regardait, se caressait et que tous ces contacts étaient bien plus agréables quand la chair était fraîche et propre. Mais pour le moment, il était simplement furieux et cette fureur se caractérisait aussi par une grosse excitation sexuelle. Il avait besoin de se calmer et la douche était un moyen rapide et efficace d'y parvenir.

« Je n'en ai pas pour longtemps, grogna-t-il. Tu restes là. »

Iruka se retrouva subitement seul et s'apercevant que ses jambes flageolaient, il alla se rasseoir sur le lit. De nouveau, ses pieds jouèrent avec les fibres du tapis alors que ses mains frottaient un peu trop nerveusement ses cuisses.

Il avait eu gain de cause, finalement. Il allait faire l'amour cette nuit.

Il avait déployé tant d'énergie à convaincre Kakashi de participer à son projet qu'il en avait presque oublié le but premier : son initiation sexuelle. Mais maintenant qu'il avait vaincu le jounin, une certaine angoisse, somme toute assez naturelle, s'emparait de lui. Surtout que Kakashi, énervé comme il l'était, risquait de ne pas se montrer aussi attentionné qu'il l'espérait.

Il tenta de rester rationnel et tant que le bruit de l'eau dans la pièce attenante occupa le silence de la chambre, il y parvint. Mais quand l'eau cessa de couler, sa gorge se serra. Kakashi était toujours très rapide quand il s'agissait de s'habiller, il serait auprès de lui dans quelques secondes. Peut-être même, songea-t-il, qu'il n'allait pas se rhabiller. Peut-être allait-il sortir nu. Cette idée l'angoissa tant qu'il n'osa pas lever les yeux quand la porte s'ouvrit. Il n'avait jamais vu d'autre homme nu, il était même encore gêné par sa propre image quand il s'observait dans le miroir au sortir de la douche.

« Iruka ? »

La voix de Kakashi était calme, presque douce, ce qui encouragea Iruka à regarder de son côté. Le jounin portait des vêtements, ce qui le soulagea considérablement. Il était vêtu de son classique pantalon d'uniforme mais le haut du corps s'était allégé de la veste et du T-shirt traditionnels. Le torse n'était plus recouvert que par un haut moulant et sans manche, de la même teinte que le masque. Iruka n'arrivait d'ailleurs pas à discerner si le haut possédait un col roulé qui arrivait jusqu'au menton ou si, au contraire, c'était le masque qui descendait sur le vêtement.

Le visage du jounin était baigné dans une lumière éblouissante, celle de la lampe de la salle de bain qui créait un contre-jour. Kakashi se rapprocha et il préféra s'accroupir face à Iruka plutôt que de retourner s'asseoir à ses côtés.

« Ça va ? »

Le jeune homme acquiesça d'un mouvement de tête volontaire. Il était troublé par la gentillesse dont Kakashi était encore capable malgré le petit chantage malsain auquel il l'avait soumis. Il leva le nez pour lui faire face. Le jounin ne portait pas son bandeau et Iruka scruta instinctivement le mystérieux œil droit dissimulé d'ordinaire. Il était fermé et barré d'une longue et fine cicatrice verticale dont la noirceur contrastait avec la pâleur de la peau du jounin.

« Je peux voir ? »

Kakashi se soumit immédiatement à sa demande et l'œil s'entrouvrit tout comme les lèvres d'Iruka quand il distingua la teinte rouge de la pupille. Il recula la tête pour juger de l'aspect de l'ensemble.

« C'est encore un truc de ninja, je suppose. »

« On peut dire ça, oui. »

« Est-ce que tu peux voir avec ? Ou bien tu es vraiment borgne ? »

« J'ai perdu mon œil droit il y a bien longtemps. Celui-ci est un substitut. Il fonctionne mais c'est fatigant alors je l'utilise rarement. »

« En dehors du combat, tu veux dire ? »

« Je n'ai rien dit de tel. »

Ah oui, la confidentialité des missions, il oubliait.

S'il jugeait l'apparence de l'œil inhabituelle, il ne la trouva en rien dérangeante. Lui qui s'était préparé à voir une œil crevé ou brûlé était plutôt soulagé surtout que les cheveux qui recouvraient maintenant le front du jounin retombaient d'une manière bien plus élégante quand ils n'étaient pas resserrés par le bandeau ninja. Le haut du visage du jounin était, somme toute, assez séduisant.

Kakashi avança très lentement ses bras et vint les poser sur ceux d'Iruka qui, en réaction, se crispèrent sur ses genoux. Le jeune homme observa les muscles fins des épaules du jounin et la vision de ses bras nus le rendit tout chose. La tenue de Kakashi n'était en rien provocante et les bras étaient loin d'être une partie du corps véritablement intime mais, déjà, la proximité de ces muscles pâles le troublait.

« A quel point es-tu innocent ? », demanda doucement Kakashi, ce qui le sortit de ses pensées.

« Innocent ? »

« Selon ton expérience, tu vas être plus ou moins sensible à certaines choses. Alors, j'ai besoin de savoir : t'es-tu déjà touché, par exemple ? »

La crudité de la question frappa tant Iruka qu'il en sursauta. Avait-on vraiment besoin de parler de ça ?

Il se passa alors quelque chose d'étrange : Kakashi lui sourit. Non pas d'un œil comme à l'accoutumée mais de deux. C'était comme si son sourire pourtant toujours masqué était soudainement plus visible et cela le tranquillisa.

« Relax, le rassura le jounin. Y a aucune honte à avoir, tu sais, tout le monde le fait. Moi, par exemple, tu crois vraiment que j'ai besoin de vingt minutes pour prendre une douche ? »

Le ton était railleur Kakashi se dénigrait lui-même. Imperceptiblement, cela aida Iruka à se décontracter et, après l'aveu du jounin, il jugea la situation moins embarrassante.

« Ça m'est arrivé quelquefois. Pour savoir, par curiosité… »

« Tu n'as aucun besoin de te justifier. Ça m'arrange, même. »

D'un geste lent, il leva une de ses mains vers le visage d'Iruka et caressa quelques-unes des mèches des cheveux longs qui s'avançaient sur son front.

« Il va falloir enlever nos vêtements, souffla-t-il. Tu veux que je me retourne pendant que tu le fais ou que j'éteigne la lumière ? »

Iruka secoua énergiquement la tête sans chercher cependant à l'éloigner de la main de Kakashi.

« Tu crois que ce serait possible qu'on fasse ça normalement ? Je veux dire : c'est moi qui t'ai demandé. C'est donc pas la peine de me demander la permission pour tout… On aurait pas éteint la lumière, avant, si ? »

« Certainement pas. »

« Bien, faisons comme d'habitude, alors. »

« Je te déshabille ? »

« Eh bien oui, si c'est comme ça qu'on faisait, mais tu te déshabilles aussi. Entièrement, je veux dire. »

La précision n'avait rien d'anodin et Kakashi le comprit très bien. Iruka s'était plutôt montré patient et tolérant en ce qui concernait son masque mais là, leur relation prenait une autre dimension. Sa première expérience sexuelle devait posséder un visage, ça coulait de source.

Le jounin acquiesça timidement de la tête pour signifier son accord et, dans le même temps, attrapa le bas du pull d'Iruka.

« Lève les bras. », intima-t-il.

Le jeune homme obéit et, après une hésitation, Kakashi fit passer le T-shirt par-dessus sa tête, en même temps que le pull. Il ne lui paraissait pas forcément utile de faire durer la séance de déshabillage. Iruka se retrouva donc torse nu et, dans un geste réflexe, il avança ses épaules et croisa les bras sur sa poitrine.

Kakashi contra ce mouvement pour laisser le corps à découvert.

« Bien sûr, tu ne t'en souviens pas, mais ton corps nu, je l'ai déjà vu mille fois. Tu n'as pas à être gêné. C'est moi qui vais être jugé dans l'affaire. »

Une nouvelle fois, Kakashi cherchait à détendre l'atmosphère. Et, comme pour les mettre à égalité, il enleva son haut à son tour. Le masque, lui, ne bougea pas et sa noirceur faisait comme une tache au milieu du corps opalin du jounin.

Son torse et ses épaules étaient robustes mais l'ensemble restait svelte. Iruka, de son côté, était plus trapu et sa peau lui apparut vulgaire tant sa couleur paraissait sale à côté de la blancheur de celle du jounin. Il se prit à comparer ses tétons presque bruns à ceux à peine rosés de Kakashi. Ils étaient très différents et Iruka eut la désagréable impression qu'il sortait perdant de la comparaison.

Kakashi profita du fait qu'il était perdu dans ses pensées pour avancer sur lui. Comme cette proximité l'effrayait, Iruka se recula de lui-même, s'allongeant progressivement sur le lit. Kakashi, dans le mouvement, se retrouva au-dessus de lui, les genoux sur la couette. Son visage faisait face à celui d'Iruka, et les mèches grises, pendant autour de sa figure, frôlaient par intermittence le nez du jeune homme.

Un des bras de Kakashi, tendu, s'enfonçait dans le matelas alors que l'autre alla se poser prudemment sur le torse du jeune homme. Leurs respirations se firent plus hachées pour tous les deux mais cela n'empêcha pas Kakashi de descendre lentement sa main jusqu'au ventre d'Iruka qui se rentra sous le contact. Le jeune homme épiait chaque nouveau mouvement du jounin tandis que pour Kakashi, c'était les réactions d'Iruka qui primaient. Il fit errer sa main une bonne minute jusqu'à ce que le corps d'Iruka, habitué à cette nouvelle sensation, se soit apaisé. Alors, il s'arrêta et chercha le regard du jeune homme. C'était comme s'il quémandait une autorisation et Iruka, comprenant ce que l'autre voulait faire, donna finalement son accord. La main de Kakashi continua ainsi sa descente, allant jusqu'aux boutons du pantalon qu'il fit sauter d'un mouvement souple du pouce. Iruka sentit le haut de son pantalon s'ouvrir et il préféra regarder en l'air pour tenter de mieux gérer la situation. Quand il sentit les doigts du jounin sur son sous-vêtement, il retint sa respiration et, sans comprendre pourquoi, il fut pris d'une envie de pleurer.

« Tout va bien, chuchota Kakashi au-dessus de lui, on fait une pause, si tu veux. »

Mais Iruka voulait que ça se termine vite et s'ils faisaient une pause à chaque fois qu'il était gêné, ils y seraient encore dans trois jours. Néanmoins, il trouvait la situation déséquilibrée car il se jugeait bien plus exposé que Kakashi. Il voulait de l'égalité mais il lui paraissait en même temps impossible de se mettre lui aussi à fouiller dans le pantalon du jounin. L'intimité qu'il dévoilait n'avait qu'une seule équivalence chez Kakashi et elle ne se trouvait pas en-dessous de la ceinture. Essayant de le lui faire comprendre, Iruka observa fixement son compagnon dont les yeux le transpercèrent en retour.

C'était fou cette compréhension immédiate qui caractérisait parfois Kakashi.

Délaissant le pantalon du jeune homme, le jounin se redressa, avançant ses genoux pour finalement s'asseoir à califourchon sur Iruka, mettant volontairement leur entrejambe en contact. Leurs visages s'éloignèrent du même coup mais comme Iruka voulait avoir un bon point de vue, il se hissa sur ses coudes pour se relever en partie.

Le masque de Kakashi l'avait toujours intrigué et il s'était fait une opinion à son sujet : le visage, sous le tissu, devait être hideux.

Et quand Iruka pensait hideux, il ne s'agissait pas pour lui d'une simple irrégularité des traits mais d'une laideur insupportable, atroce, de celles qui font détourner le regard. Kakashi n'était en effet pas le genre d'homme à accorder suffisamment d'importance à son physique pour camoufler une banale épaisseur des traits sous un morceau de tissu. Kakashi portait perpétuellement son masque, pas juste pour sortir mais aussi pour manger, dormir, tout le temps. On ne s'imposait pas une telle torture juste parce qu'on avait des complexes.

Ce n'était probablement pas pour lui, d'ailleurs, que Kakashi se dissimulait mais pour les autres. Parce que la tare sous le masque ne pouvait inspirer que dégoût et répulsion. Iruka penchait pour une malformation, un bec-de-lièvre, peut-être bien. Quelque chose, en tout cas, qui justifiait qu'il ait porté cet affreux masque dès son plus jeune âge. Ou alors, il était né normal mais avait été défiguré dans son enfance. Durant la guerre, un combat ninja, une explosion…

D'ailleurs, la silhouette du visage de Kakashi l'intriguait parce qu'en vérité elle paraissait assez harmonieuse : le visage était d'un ovale agréable et le nez d'une taille idéale et d'une belle forme droite quand il était de profil. Cette apparente harmonie lui paraissait suspecte : la mâchoire et le nez de Kakashi étaient-ils bien réels ? Ou était-ce des prothèses qui remplaçaient des parties du visage manquantes ? L'hypothèse de la brûlure était également en bonne place dans les théories d'Iruka parce que Kakashi ne souffrait d'aucun des troubles du langage qui accompagnaient normalement les autres difformités qu'il suspectait. Mais au vu du haut du visage de Kakashi, il y croyait maintenant moins, surtout qu'il avait déjà croisé des ninjas, au village, à la peau salement amochée par les flammes et ils ne se cachaient pas pour autant.

Le moment qui s'annonçait allait donc être très pénible pour eux deux. Pour Kakashi, parce qu'il allait devoir se confronter au regard d'autrui, et pour Iruka parce qu'il allait devoir supporter la vue de ce visage abominable. Il s'était cependant préparé à cet événement et il s'était promis d'être courageux. Kakashi était quelqu'un de bien et, une fois déjà, il avait su l'accepter avec sa différence. Il devait se montrer l'égal de son ancien lui-même et ne laisser apparaître aucune réaction de dégoût : pas de regard écarquillé ou de bouche tremblante, pas même un geste de recul. Il était hors de question qu'il fasse de la peine à Kakashi en lui montrant le moindre signe de rejet.

Et c'est plein de cette bonne volonté qu'il observa, comme au ralenti, le masque se baisser.

Et malgré toutes ses belles résolutions, il ne put empêcher ses yeux de s'écarquiller et ses lèvres de trembler et sa tête de se reculer sous le choc.

Un choc terrible et insoutenable car la peau n'était pas brûlée et la bouche et le nez n'étaient pas soudés en un seul appendice monstrueux et la mâchoire n'était pas remplacée par un substitut de ferraille.

Le visage de Kakashi était époustouflant.

« La première fois aussi, sourit le jounin de ses lèvres fines et délicates, la première fois aussi, tu croyais que j'étais laid. »