Chapitre 8


Jack huma l'air avec délice : autour de lui s'étendaient des champs emplis de fleurs de toutes les couleurs. Le mélange créait un tableau arc-en-ciel absolument magnifique, le plaisir des yeux s'ajoutant à celui du nez tant les odeurs qui émanaient des fleurs étaient délicieuses. Il faudrait qu'il emmène Rose ici.

Jack secoua la tête: il avait laissé son amie avec le Docteur, tous deux occupés à créer des petits abris en bois pour les animaux de compagnie du village, des espèces de petits renards roux avec une corne de licorne sur le front. Peu désireux d'étouffer dans l'air empli d'amour frustré qui les entourait, le jeune homme avait fui, quittant le village pour gambader gaiement dans la campagne alentour. James et Ariane avaient disparu après le repas, le couple parti semble-t-il pour une randonnée qui, Jack l'espérait, pousserait James à s'exprimer davantage. L'espoir faisait vivre.

Jack plissa le nez en sentant une odeur de sel venir lui taquiner les narines. Plissant les yeux, il regarda autour de lui, avant d'apercevoir en contrebas une rivière qui serpentait entre la colline et une forêt. Souriant, il se dirigea vers le filet d'eau, se demandant quel type de poissons il y trouverait et s'il parviendrait à en attraper.

Le capitaine fronça les sourcils en entendant des cris émaner de la rivière. Inquiet, il se mit à courir, avant de piler net en apercevant ce qui devaient être des adolescents courir en rond avec un filet. Un vieil homme les regardait faire, tendant ses mains désespéramment, son âge l'empêchant de récupérer son bien. Un garçon plus jeune l'accompagnait, mais semblait tout aussi impuissant. Jack siffla, furieux, et descendit la colline à toute vitesse, sa voix claquant comme le tonnerre lorsqu'il tonna :

-Trio de vauriens ! Vous n'avez rien de mieux à faire !

Les sacripants se figèrent, surpris, avant de paniquer en reconnaissant l'un des Dieux. Ils voulurent s'enfuir, mais la peur les figea sur place, permettant à Jack de débouler et en attraper un par le cou.

-Vous n'avez pas honte? Vous devriez l'aider! hurla-t-il en le secouant, avant de l'envoyer voler au sol pour se tourner vers ses camarades terrifiés. Est-ce que c'est ce que vos parents vous apprennent? Maltraiter vos anciens? rugit-il. Parce que si c'est le cas, je vais avoir une longue discussion en place publique avec eux!

La pensée que leurs familles puissent apprendre leur attitude sembla augmenter la peur des vauriens, qui rentrèrent la tête dans leur cou.

-Allez-vous-en avant que je vous tanne la peau avec ma ceinture, siffla Jack en faisant un pas vers eux.

Le trio déguerpit à toute vitesse, disparaissant dans les hautes herbes de la colline. Le jeune homme inspira profondément, tentant en vain de se calmer. Des souvenirs de son propre grand-père lui apprenant à tisser des filets alternaient avec des flashs de son père les tirant épuisé de l'eau. Il y passait des heures, sa mère l'accompagnant parfois lorsque leur maison lui en laissait le temps. Une vie dure, cruelle, qui réclamait de l'aide et du respect, pas ce mépris.

Son expression demeurait colérique lorsqu'il se retourna pour faire face au duo. Ce dernier le fixait, ébahi et quelque peu effrayé. Le regard de Jack s'adoucit, et il s'accroupit pour récupérer le filet, le pliant soigneusement avant de se rapprocher d'eux.

-Va te reposer, ancien, murmura-t-il respectueusement. Tu as mérité ta paix. Le garçon et moi allons nous charger de ramener le repas et faire des provisions.

Le vieil homme cligna des yeux, avant que la reconnaissance n'apparaissent sur ses traits burinés par l'air marin.

-Prend soin de mon petit-fils, Dieu de la joie, murmura-t-il. C'est un bon garçon. Ne lui en veux pas de n'avoir pas pu me défendre, la vie a été cruelle avec lui.

Jack jeta un coup d'oeil à celui-ci, son cœur se serrant en découvrant son pied droit estropié. Une blessure de chasse, sans aucun doute, le laissant handicapé et incapable de se défendre. Il hocha silencieusement la tête, avant de prendre le plus âgé par la main, le guidant avec son petit-fils jusqu'à un flanc ensoleillé de la colline.

-Repose-toi, répéta-t-il doucement. Nous viendrons te chercher quand le Soleil se couchera.

-Je suis heureux.. Un dieu en personne apportera notre pitance. Que demander de plus? sourit l'homme.

-De la tranquillité, répliqua Jack avant de se pencher pour déposer un baiser sur son front. Tu l'a gagnée.

Il redescendit ensuite jusqu'à la rivière, accompagné du plus jeune qui le fixait sans mot dire, sa reconnaissance se mêlant à l'interrogation dans son regard.

-Pose ta question, petit, soupira Jack en comprenant que celui-ci n'oserait pas parler tant qu'il n'y serait pas autorisé.

-Pourquoi .. pourquoi nous avoir défendus ?

Jack sursauta, et se retourna précipitamment vers lui, demandant plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu :

-Tu plaisantes, j'espère ?

-Par … pardon, je... je ne voulais pas me montrer irrespectueux, je..

Et merde.

-Calme-toi, murmura-t-il d'une voix apaisante. Je ne voulais pas te faire peur. Il soupira. C'est pourtant évident, non? Qui s'en prendrait à un vieillard et son petit-fils blessé? Seuls les abrutis ou les gamins mal élevés osent faire cela. Je ne les supporte pas. Pourquoi ne le dis-tu pas au chef? Ce n'est sûrement pas la première fois que cela arrive.

Le garçon secoua la tête.

-Qu'est-ce que cela changerait ? Ils trouveraient un autre moyen pour se venger.

Jack plissa les yeux.

-On verra cela, grogna-t-il, sa voix basse et menaçante faisant frissonner le plus jeune. Comment t'appelles-tu ?

-Mo'h, seigneur, murmura celui-ci.

-Oh, oublie le Seigneur, veux-tu? Appelle-moi Jack. Et tutoie-moi. Mo'h sursauta, surpris, mais Jack ne lui laissa pas le temps de l'interroger, lui faisant signe de s'approcher. Ce n'est pas le meilleur endroit pour récupérer du poisson, la rivière est trop large, pourquoi pas plus haut, au tournant ?

-Cela glisse..

Le capitaine comprit le sous-entendu, et lui décocha un sourire qui fit soudainement battre le cœur du jeune alien.

-Je le placerai, alors, et on réparera ensemble celui-ci, ajouta-t-il en montrant le filet que son compagnon serrait contre lui.


Placer le filet fut chose aisée: Jack constata émerveillé qu'il se souvenait toujours de l'enseignement de son père, le comblant de bonheur. Il aida ensuite Mo'h à pousser des rochers pour créer un piège où ils n'auraient plus qu'à se pencher pour récupérer les poissons. Un sourire aux lèvres, il le rejoignit sur la berge, le bas de son pantalon remonté mi-mollets pour éviter de le mouiller.

Son sourire augmenta et se fit connaisseur lorsqu'il vit le jeune alien rougir et détourner le regard, ses yeux l'examinant alors avec plus d'attention. Tout en lui était minceur et douceur, son corps davantage celui d'un artiste qu'un pêcheur à la vie robuste. De longues zébrures jaunes couvraient ses avant-bas, faisant ressortir davantage le vert pale de sa peau.

Se laissant tomber sur le sable, Jack fit signe à Mo'h de venir s'assoir entre ses jambes. Ce dernier rougit davantage mais obéit sans protester : Jack cala son torse contre son dos, son visage à quelques centimètres du sien alors qu'il saisissait ses mains pour le guider dans les gestes ancestraux.

Le duo travailla ainsi en silence pendant un certain temps, concentré sur la réparation en cours. Mo'h s'était détendu, s'appuyant sur Jack en même temps qu'il glissait et tirait le fil. Lentement, très lentement, l'humain se pencha et vint déposer un baiser sur sa mâchoire. Mo'h soupira et ferma les yeux. Jack sourit, et en laissa un autre dans son cou, avant de lâcher le filet d'une main et venir caresser le torse imberbe. Ses doigts trouvèrent un téton et le tordirent gentiment, arrachant une soudaine expiration à Mo'h qui s'agrippa au fil sous ses doigts. Jack continua à embrasser son cou et sa nuque, remontant jusqu'à son oreille avant de descendre le long de sa joue.

Son compagnon laissa tomber sa tête contre son épaule, sa tâche totalement oubliée. La main de Jack se faufila sous son pagne, y trouvant un membre au désir palpable. Un rire doux lui échappa alors qu'il le saisissait, arrachant un gémissement à Mo'h. Jack le caressa lentement, sa bouche errant le long de son visage avant de venir finalement saisir ses lèvres, l'embrassant longuement et voracement.

Le capitaine continua à le caresser ainsi pendant de longues minutes, sa main libre errant sur le corps de son compagnon. Les joues de celui-ci avaient viré au vert foncé, ses yeux clos alors que sa respiration se faisait plus chaotique sous les attentions de l'humain. Le sentant de plus en plus proche, Jack accéléra le rythme de sa main en même temps qu'il ravissait de nouveau sa bouche pour un baiser humide.

Un gémissement, un tressaillement plus fort, une pression de la main de Jack et Moh vient en un long geignement, s'effondrant contre le torse de son amant qui enroula un bras rassurant autour de lui, le pressant contre son corps. Il attendit que le rythme cardiaque du jeune homme se soit suffisamment calmé pour le relâcher, avant de le guider vers le sol où il l'allongea gentiment.

Moh se laissa faire, les yeux clos, sa peau toujours brûlante du plaisir qu'il avait ressenti. Il ne remarqua pas que Jack s'était éloigné quelques secondes vers la rivière, le temps de se nettoyer, avant de revenir et s'allonger par dessus lui.

Aucun mot ne fut échangé alors que Jack posait sa bouche sur la sienne, l'embrassant avec une lenteur calculée qui provoqua de violents frissons chez son compagnon. Sa langue traça le contour de ses lèvres avant de venir s'infiltrer en lui, se liant à la sienne un instant avant de reprendre son exploration. Les doigts de Mo'h se glissèrent dans ses boucles brunes alors qu'il accentuait l'échange, sa main libre posée sur la nuque de Jack.

Lorsque ce dernier recula finalement, à la recherche d'air, ce fut pour découvrir la vision d'un Mo'h à l'expression émerveillée. Un sourire grivois aux lèvres, il se pencha vers son cou, le parsemant de légers baisers aériens. Il explora ainsi chaque partie de son corps, le traçant de sa bouche dans un sens avant de repartir dans l'autre.

Il recommença ensuite avec ses mains, caressant et massant avec amour chaque morceau de peau offert à ses soins. Ses doigts vinrent retirer avec lenteur le pagne de son compagnon sans jamais qu'il ne le quitte ses yeux, notant comment le souffle de ce dernier se fit plus court.

Jack sourit et se redressa, retirant d'un mouvement son tee-shirt pour mieux révéler sa propre peau bronzée et ses muscles fins. Les mains de Mo'h vinrent se poser sur son pantalon, tentant maladroitement d'ouvrir le bouton. Se rappelant qu'un tel objet n'existait pas chez son peuple, Jack l'aida avant de se relever pour mieux se débarrasser de la couche encombrante.

Ils continuèrent à faire ainsi l'amour pendant ce qui leur sembla des heures, conservant ce rythme lent et tendre qui fit chavirer le cœur de Mo'h et comblait au plus haut point Jack. Ce dernier ne ressentait aucune envie d'accélérer les choses, parfaitement satisfait de la douceur en cours. Lorsqu'ils vinrent de nouveau, ce fut ensemble, leurs bouches liées et leurs mains jointes, les doigts de Jack enroulés autour de leurs deux membres.

Allongé sur le sable, Mo'h roulé en boule contre lui, le jeune homme sentit un sourire léger étirer ses lèvres, un soupir de contentement lui échappant alors qu'il resserrait sa prise sur son compagnon endormi. Ses doigts vinrent caresser ses boucles noires humides, un petit rire lui échappant lorsque Mo'h renifla et se blottit un peu plus contre son torse.

Il adorait voyager.