Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Note : Merci beaucoup pour les reviews laissées au chapitre précédent. L'une d'entre elles évoquait le chapitre-bonus de Kishimoto sur le visage de Kakashi. Je préfère donc prévenir que je ne prends pas en compte ce chapitre et que le visage de Kakashi ne correspond pas à celui qui y est montré.
Chapitre 19 : Sortir les poubelles
« Est-ce que ça va ? demanda Kakashi en se redressant sur un coude. Tu n'as pas dit grand-chose depuis… Eh bien, depuis que tu as joui. »
Iruka se resserra encore un peu de son côté du lit, se cramponnant à son oreiller et ramenant ses jambes vers sa poitrine. Il fit mine de ne pas avoir entendu la remarque du jounin dans son dos. Ce dernier se tourna plus franchement vers lui.
« Tu sais, j'ai lu, et entendu dire aussi, que parfois, quand on perdait sa virginité, on déprimait juste après. Qu'on était triste sans trop savoir pourquoi. »
Iruka resta immobile mais les paroles de Kakashi se firent un chemin jusqu'à lui. Depuis de longues minutes, il retenait difficilement ses larmes et se sentait stupide d'être dans cet état. Il se sentait si peu homme, en vérité.
Il ne savait pas ce qui était le plus perturbant, d'avoir fait l'amour avec un garçon ou d'y avoir pris du plaisir. Il avait honte. Quand Kakashi lui avait tenu son petit laïus sur sa première fois qui n'en était pas une, il l'avait rabroué. Mais il comprenait maintenant.
A partir du moment où Kakashi avait posé ses lèvres sur les siennes, il n'avait plus rien contrôlé. Kakashi lui avait chuchoté à l'oreille de se laisser aller mais il avait tenté de faire tout l'inverse, sans toutefois y parvenir. Son corps l'avait trahi. Sa peau s'était mise à frissonner sous les caresses, ses lèvres à gémir sous les baisers, ses hanches à bouger sans qu'il ne le leur ait rien demandé. C'était comme si son corps s'était souvenu du jounin et lui avait répondu, faisant fi de sa volonté.
Et à la fin, alors que Kakashi était déjà en lui depuis un petit moment et qu'Iruka s'était habitué à cette présence étrange, il s'était même mis à l'encourager. Summum de l'humiliation. Même son esprit avait cédé à cet instant-là, pris tout entier dans ce nouveau plaisir qu'il découvrait. Il avait couiné et glapi comme une jeune fille en fleurs, puis haleté… pour se laisser finalement partir sous le regard perçant de Kakashi, au-dessus de lui.
Ce dernier s'était montré d'une tendresse irréprochable, calme dans ses mots, doux dans ses gestes, gardant la maîtrise de lui-même, ne se faisant jamais passer avant le plaisir de l'autre.
Mais quand Iruka s'était laissé retomber sur le matelas, l'esprit encore embrumé par son premier orgasme, Kakashi avait cherché à se retirer. Et malgré sa semi-conscience, Iruka avait maintenu la jambe qui était allée se cramponner aux reins du jounin, il ne savait comment.
« Je veux voir. »
Les yeux dépareillés l'avaient fixé.
Kakashi s'était déjà beaucoup donné ce soir, dans tous les sens du terme, mais le désir d'égalité persistait en Iruka. Il s'était livré comme jamais auparavant, lui aussi, et il voulait voir Kakashi en faire autant.
Alors le va-et-vient avait repris et la maîtrise de Kakashi s'était craquelée. Lui qui s'était montré plutôt terre-à-terre et silencieux jusqu'à présent fut bien obligé de perdre le contrôle à son tour. Et quand ses doigts se resserrèrent sur le matelas et que ses yeux se fermèrent et qu'il se mit à gémir, ce qu'il s'était longtemps empêché de faire, Iruka sut que le moment était proche. Les joues si pales et pures du jounin rosirent sous l'effort, la bouche fine s'entrouvrit et les traits du visage tout entier se contractèrent alors que le jounin poussait un dernier gémissement.
Il eut la force de ne pas s'écrouler, se maintenant par les bras au-dessus d'Iruka et ce dernier put l'observer tout à son aise et, l'espace d'une seconde, il se sentit fier d'avoir mis un tel éphèbe dans cet état.
Il avait eu un sourire furtif, un sourire d'orgueil, et c'est quand il avait pris conscience de ce sourire que la honte s'était abattue sur lui, le sortant du même coup de cet état euphorique dans lequel il ignorait avoir plongé.
Kakashi s'était retiré et s'était couché auprès de lui mais Iruka s'était détourné, le temps de faire le deuil de sa virginité.
« Ca t'a fait ça aussi ? marmonna-t-il en se plaçant finalement du côté du jounin. T'as déprimé après ta première fois ? »
Le jounin le jaugea des yeux, ne manquant pas le regard humide et la mine défaite. Il détestait voir Iruka malheureux.
« Oui, admit-il, mais ma première fois était très particulière… »
« C'est-à-dire ? », interrogea Iruka en se réajustant sur son oreiller.
« C'était en mission et j'étais trop jeune. »
« Quel âge ? »
« Treize ou quatorze, je ne saurai le dire. Je ne fêtais pas mes anniversaires. Rin venait de mourir et je me détestais. »
« Tu as rencontré quelqu'un lors d'une mission ? »
« Non, c'était mon coéquipier. Il en a eu envie, je ne l'ai pas arrêté. Je me suis dit que ce serait toujours un truc de moins à faire. »
« Un garçon, alors ? »
« Oui, le premier a été un garçon. Les filles sont venues plus tard. En fait, Rin était amoureuse de moi. Je crois qu'elle aurait bien aimé être ma première. Du coup, j'ai trouvé ça plus logique de commencer avec un garçon. »
« Mais tu n'as pas aimé ? »
« J'étais trop jeune. Je croyais que ça n'avait pas d'importance. Je n'étais même pas sûr que l'amour existait. Enfin, je savais que ça existait mais pas pour moi… Ce gars-là ou un autre, je ne voyais pas la différence. Après coup, j'ai regretté. Je crois que j'ai voulu me punir, en réalité. J'ai pensé que je ne méritais pas mieux que ça. »
« Tu méritais bien mieux que ça. »
Ils se regardèrent en silence et Kakashi le remercia de sa remarque par un sourire doux qui transperça Iruka.
Qu'ils étaient différents, ces sourires, quand le magnifique visage était à découvert.
Kakashi n'était pas seulement beau, il était parfait. C'était comme si tout était à sa place en lui, que les éléments du visage s'étaient exactement trouvés et rassemblés. Même l'œil rouge et la cicatrice qui étaient des pièces rapportée prenaient un sens, rajoutaient même du caractère à une beauté qui aurait peut-être été, sans cela, trop glaciale. La pâleur, les cheveux gris, les yeux dépareillés… Tous les hommes qu'il avait admirés avant et qu'il avait jugés beaux lui semblaient d'un physique médiocre à côté de l'idéal que représentait maintenant le visage de Kakashi.
Le jeune homme ne put se retenir davantage.
« Je ne comprends pas, osa-t-il en touchant furtivement une des joues de Kakashi. Pourquoi cacher ça ? »
Kakashi prit une expression plus sérieuse.
« Je n'ai pas le droit de savoir ? poursuivit Iruka. Je n'ai jamais su, c'est ça ? »
« Si, tu savais. C'est juste que ce n'est pas une histoire marrante à raconter. »
Iruka garda le silence, il ne voulait pas se montrer insistant même s'il était dévoré par la curiosité.
« Il y a longtemps, reprit le jounin, tu m'as parlé de ma mère et je t'ai dit que je ne savais même pas de quoi elle était morte. »
« Je me souviens. »
« J'ai menti. Je sais très bien de quoi elle morte : elle est morte de m'avoir mis au monde. »
« En couches ? »
« Non, de honte. Elle est morte de honte parce que je suis un wakibara. »
« Un bâtard ? traduisit Iruka. Comment ça ? »
Alors Kakashi se mit à raconter comment son père, dans sa jeunesse, avait été envoyé au Pays des Neiges pour y protéger un seigneur et sa famille. Après son départ, la fille aînée du seigneur était tombée mystérieusement malade et s'était absentée pour se soigner.
« Pour te mettre au monde, en fait, si je comprends bien. »
« Le Pays des Neiges possède des traditions bien plus strictes que les nôtres. Les jeunes filles ne tombent pas enceintes avant d'être mariées. Surtout pas avec un ninja de passage. Encore moins quand elles sont les aînées de grandes familles. »
Ils l'avaient enfermée, pas seulement le temps de sa grossesse mais aussi les deux premières années de vie de Kakashi.
« Je ne me souviens pas vraiment. Je sais juste qu'elle est morte. De chagrin, de maladie, personne ne me l'a jamais dit. Mais je sais bien qu'elle aurait vécu bien plus longtemps si je n'avais pas eu la mauvaise idée d'exister. D'ailleurs, ils le pensaient aussi. Les enfants, comme moi, au Pays des Neiges, on les ignore. Ils n'ont pas le droit de sortir, de rencontrer d'autres enfants, d'aller à l'école. Et ils doivent continuellement porter un masque. »
« Un masque ? réagit Iruka. Comme le tien, tu veux dire ? »
Kakashi opina.
« Ma mère m'a sauvé en mourant. Je suppose qu'ils n'ont pas su quoi faire de moi. Et comme j'avais grandi, s'ils ignoraient encore son identité, ils ont dû reconnaître mon père en moi. Je lui ai toujours beaucoup ressemblé. »
« Ils l'ont rappelé ? »
« Sûrement. En tout cas, à partir de trois ans, j'ai des souvenirs de Konoha. Et je me souviens aussi, ce moment où il m'a fait jurer, mon père. Il m'a fait jurer jusqu'à sa mort, tous les ans, de toujours porter ce masque. »
« Mais… pourquoi t'imposer ça ? Puisque tu n'étais plus chez eux. »
« Je crois qu'il a dû négocier pour me récupérer, promettre que je cacherai toujours mon visage. Et quand il est mort, j'ai fouillé ses affaires. J'ai trouvé des livres. Les croyances au Pays des Neiges sont différentes des nôtres. Ils pensent qu'une fille telle que ma mère n'obtiendra le salut que par le sacrifice de son enfant. »
« Ton masque garantit à ta mère l'accès à l'autre monde ? »
« C'est ça. »
« Mais… tu ne crois pas en tout ça, si ? Enfin, quoi, ça voudrait dire qu'une femme telle que Kurenai devrait imposer la même torture à son enfant ? »
« Ici, ce n'est pas là-bas. »
« Je suis bien d'accord : ton masque n'a donc pas lieu d'être. »
« Sauf que j'ai juré. J'ai juré à mon père. Et ma mère, quand elle est morte, elle devait être terrifiée à l'idée que je l'enlève un jour. D'ailleurs, je crois que mon père m'a aussi fait jurer pour elle. Il ne parlait jamais d'elle mais je sais qu'il se sentait coupable de l'avoir abandonnée. Cette histoire de masque, c'était aussi pour se racheter, lui, par rapport à elle. Si je l'enlevais, ce serait comme les trahir tous les deux. »
Iruka soupira. Il avait du mal à comprendre, en fait. Mais il ne se souvenait plus de ce que c'était que d'avoir une famille. On devait être prêt à bien des sacrifices pour elle.
Et, il se rappela comme son ancien lui-même aimait ses parents, comme il leur rendait hommage dès qu'il pouvait. Kakashi lui avait dit que ce respect pour les morts les avait rapprochés.
L'ancien Iruka avait sûrement compris, lui, et il avait accepté la présence du masque dans leur vie de couple. Etait-ce un si grand sacrifice quand on était amoureux ? Ne devait-on pas faire avec les bizarreries de l'autre ?
Iruka devait être capable de la même ouverture d'esprit que son ancien lui-même sinon il décevrait Kakashi comme il avait déçu Naruto en réagissant mal à l'annonce de sa sexualité. Et il en avait assez d'être une source de déception pour les autres.
Il observa de nouveau les joues du jounin à découvert et se nourrit de cette image.
« C'est vrai que ce n'est pas une histoire très rigolote… »
Kakashi se tourna vers lui et, plissant ses yeux, il ajouta :
« Mhaaa, le masque, ça me permet aussi de réduire mon fan-club. Je ne pourrais plus sortir de chez moi si les gens savaient que je suis une telle bombe sexuelle. »
Iruka eut un ricanement un peu forcé. Kakashi ne croyait pas si bien dire : avec un visage pareil, il pouvait avoir n'importe qui.
Leur histoire à tous les deux ne lui en paraissait que plus improbable.
Ils se dévisagèrent une nouvelle fois.
Iruka sentait que Kakashi avait envie de l'interroger, de savoir si ce qui venait de se passer avait changé quelque chose entre eux mais il s'en empêchait pour ne pas l'effrayer.
« Tu veux que je te laisse ? demanda-t-il à la place. Je peux aller dormir dans le salon, si tu veux. »
« Non, répondit l'autre immédiatement. J'ai pas envie d'être seul. Après ce qu'il vient de se passer, ça ne change pas grand-chose qu'on dorme ensemble, si ? »
Kakashi haussa les épaules comme si cela n'avait pas d'importance mais ça en avait. Il était en train de participer à un jeu dangereux.
« Juste pour cette nuit. », rajouta cependant Iruka parce qu'il se rendait bien compte qu'il brouillait les règles du jeu.
D'un geste, il roula sur son flanc opposé, tournant subitement le dos à Kakashi. Ce dernier eut la réaction qu'il espérait, il se rapprocha. Iruka sentait sa présence protectrice derrière lui et, rassemblant son courage, il tâtonna pour trouver le bras du jounin qu'il vint poser autour de sa taille. Kakashi n'eut pas besoin de plus d'encouragements pour se lover contre lui Iruka tourna son visage vers lui et leurs yeux se rencontrèrent.
« Juste pour cette nuit. », rappela le jeune homme.
« J'ai bien compris. », répondit le jounin en tendant son autre bras pour éteindre la lumière.
Iruka, apaisé à l'idée qu'il n'y ait aucun malentendu, reposa sa tête sur l'oreiller. Il ne lui fallut pas plus d'une minute pour s'endormir, le poids rassurant de la mâchoire de Kakashi contre sa clavicule.
~/~/~
Ce furent les légers mouvements du matelas qui le réveillèrent. Et alors qu'il papillonnait des yeux, s'habituant difficilement à la luminosité de la pièce, les souvenirs brûlants de la nuit passée lui revinrent à l'esprit. Les tiraillements qui accablaient son corps ne lui laissèrent d'ailleurs aucun doute : il avait bien fait l'amour avec Kakashi. Ce dernier ne reposait plus à ses côtés et aux discrets bruits qu'Iruka entendait, il comprit qu'il devait être en train de se rhabiller. Il ne bougea pas, se contentant de regarder le plafond. Il n'était pas sûr d'être prêt à parler avec Kakashi. Son champ de vision fut cependant subitement bouché par un visage masqué.
« Bonjour, le salua doucement le jounin, je t'ai réveillé ? »
Iruka ne répondit pas mais il nota le bandeau sur l'œil et le col de l'uniforme.
« Tu sors ? », interrogea-t-il en retour.
« Il faut que j'aille faire mon rapport, pour la mission d'hier. »
Cette nouvelle soulagea considérablement Iruka mais il fit tout son possible pour ne pas le montrer.
« Tu en as pour longtemps ? », demanda-t-il encore, d'une voix qu'il espérait neutre.
« Une heure. Peut-être un peu plus si les chuunins me prennent la tête. »
Il fit une pause avant de reprendre, plus hésitant :
« Je pensais m'arrêter à l'Ichiraku au retour, nous acheter de quoi petit-déjeuner. Ca t'irait ? »
Iruka, se sentant de plus en plus vulnérable, se contenta d'opiner de la tête.
« D'accord. », parvint-il à articuler.
« Et, continua Kakashi plus fébrilement, tu crois que pendant ce petit-déjeuner on pourrait reparler de ce qui s'est passé hier soir ? »
« Kakashi… », commença Iruka mais l'autre l'arrêta.
« Je sais. Pour toi, c'était juste un essai. Mais… pour moi, c'était autre chose, tu comprends ? Est-ce qu'on pourrait juste en reparler ? Histoire d'être au clair avec ce qu'on ressent ? »
C'était une très mauvaise idée mais Iruka manquait de courage ce matin, c'était comme si la nuit passée avait épuisé sa réserve.
« D'accord. », céda-t-il.
Et il vit bien à l'œil de Kakashi, œil qu'il déchiffrait facilement maintenant, que cette molle acceptation était comme une promesse pour lui. Il se berçait d'illusions mais Iruka n'eut pas le cœur de le détromper.
Le jounin se baissa un peu plus sur lui et cette proximité lui coupa temporairement la respiration.
« Tu devrais te rendormir, il est encore tôt. Je te réveillerai en rentrant. »
Encore une fois, Iruka ne fut capable que d'acquiescer. Il voulait juste que l'autre s'en aille.
Mais Kakashi n'avait pas fini de le torturer. D'un geste lent, il abaissa son masque et Iruka eut la confirmation que le visage était aussi beau que dans ses souvenirs. Il se surprit même à tenter de fixer cette image dans son esprit. Les mains de Kakashi ramenèrent ses cheveux épars en arrière et il sentit les lèvres douces sur son front. Cela ne dura qu'une seconde mais la trace de ce baiser furtif continua de le brûler bien après que Kakashi ait quitté la chambre.
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La douche, au petit matin, lui parut indispensable. Alors, même si Kakashi ne devait pas s'absenter plus d'une heure, il s'accorda dix minutes pour se laver. Ensuite, la panique commença à l'envahir et elle montait d'un cran à chaque fois qu'il consultait le réveil sur la table de nuit.
Le plus important, c'était les vêtements, il n'allait tout de même pas se balader nu. Il avait repéré un grand sac de voyage en haut de l'armoire mais il n'avait pas osé commencer à le remplir. Kakashi avait l'œil sur tout, remarquait les moindres changements de leur intérieur et Iruka ne pouvait pas se permettre qu'il se doute de quelque chose. Il engouffra tous les vêtements qu'il avait récemment achetés dans ce sac et après s'en être servi, il y ajouta ses affaires de toilette.
Pour le reste, il s'aperçut qu'il n'y avait finalement pas grand-chose. Il prit son carnet à souvenirs, l'appareil-photo qu'on lui avait offert, choisit une photo de ses parents et, après hésitation, il prit également celle où il mangeait des râmens avec Naruto.
Des meubles lui seraient livrés, il n'avait pas à s'inquiéter sur ce point. Il compléta son sac de ses quelques livres préférés et ceux qu'ils n'avait pas eu le temps de finir et se surprit à refermer la fermeture éclair d'un bagage à moitié plein. Sa vie ne se résumait-elle qu'à ça ? Même pas assez conséquente pour remplir un sac de voyage ?
Il soupira tout en regardant une nouvelle fois le réveil de la table de nuit : il lui restait vingt minutes. Et encore, si Kakashi se révélait ponctuel.
Il aurait pu partir et ne pas le croiser. C'était facile. Pas besoin d'expliquer, pas besoin d'avoir honte. Simplement disparaître. L'espace d'une seconde, ce programme lui parut alléchant. Et puis, le visage masqué mais souriant de Kakashi lui apparut. Comme il lui avait dit la veille, le jounin méritait mieux. Mieux qu'un appartement vide à son retour.
Alors, Iruka mit son sac sur son épaule et le déposa près du canapé. Pour les petites affaires, il avait pris un sac à dos qui alla rejoindre son grand frère dans le salon. Et comme il ne voyait vraiment pas quoi faire d'autre, Iruka se décida à s'asseoir et à attendre, le cœur battant.
Quand Kakashi passa la porte, il comprit tout de suite. Il avait laissé Iruka somnolent dans leur lit, il le retrouvait raide comme un piquet sur le canapé. La présence des bagages, à ses pieds, ne fit que confirmer ses doutes.
L'œil s'assombrit mais, très calmement, il alla s'asseoir auprès du jeune homme, déposant sur la table basse les deux sacs en papiers qui contenaient leur commande de l'Ichiraku.
« Je dois bien admettre, fit le jounin au bout d'un long moment, que je ne l'ai pas vue venir, celle-là… »
Iruka n'attendait qu'une parole de sa part pour se confondre en excuses.
« Je suis désolé… », s'empressa-t-il.
Mais, déjà, Kakashi l'interrompait.
« J'ai fait quelque chose ? C'est à cause d'hier soir ? »
Iruka secoua énergiquement la tête.
« Pas du tout. »
« Je sais que ça t'a bouleversé. On ne le fera plus. C'est toi qui commandes, tu sais. »
« Ca n'a rien à voir avec hier soir. J'avais pris ma décision bien avant ça. »
Cette révélation assombrit un peu plus l'œil de Kakashi. Hésitant, il reprit :
« Parce que tu crois que tu peux vivre seul. Mais c'est absurde. Tu as tout ce qu'il te faut ici. On peut même acheter plus grand, si tu veux. »
« Tu peux acheter plus grand, rectifia Iruka. Parce que c'est toi qui vis ici. C'est ton foyer. Et je m'y impose depuis trop longtemps. »
« C'est notre foyer. », tenta de le corriger Kakashi mais Iruka ne l'écoutait pas vraiment.
« J'ai besoin d'être indépendant. Tu savais très bien que ça finirait par arriver. Je n'allais pas vivre à tes crochets pour l'éternité. »
« Pour être indépendant, objecta un peu bassement le jounin, il te faudrait de l'argent... »
« Je me suis renseigné et j'ai le droit à une pension d'invalidité. »
« Une misère ! grogna Kakashi. Tu vivras mal avec ça ! »
« J'ai trouvé un travail, aussi. »
Le jounin se tourna plus ostensiblement vers lui.
« Un travail ? Quel genre de travail as-tu bien pu trouver ? »
Iruka trouva la question insultante. Quoi ? Il pensait donc qu'il n'était plus bon à rien ? Ca l'arrangeait même, peut-être, de tenir les cordons de la bourse. Comme ça, il restait sous sa coupe.
« Le même que celui que j'ai toujours exercé : professeur. »
Kakashi eut un geste de dénégation de la tête.
« Comment pourrais-tu redevenir professeur alors que tu n'as même pas repris l'entraînement ? Aucun ninja ne voudra être éduqué par toi. »
« Pas enseignant ninja, rectifia le jeune homme, enseignant tout court, dans le civil. »
Kakashi le fixa, son sourcil se haussant légèrement.
« Ton examen, comprit-il. Il était beaucoup trop difficile pour être un simple brevet de fin d'études… »
« C'était le concours d'enseignement dans le civil, en réalité. Shizune me l'a avoué quand elle m'a dit que j'étais reçu. J'étais sur liste complémentaire mais il y a eu suffisamment de désistements pour que j'obtienne finalement un poste. »
L'œil de Kakashi se ferma à demi, il avait peur de comprendre.
« Mais Konoha est un village caché. Son fonctionnement est autonome. Comment as-tu pu obtenir un poste au village tout en ayant postulé à un concours national ? »
Iruka soupira.
« Parce que mon poste n'est pas à Konoha, Kakashi. J'ai été nommé ailleurs. »
« Evidemment, lâcha le jounin assommé par la nouvelle, tu t'es dit que tu ne me ferais pas suffisamment de mal, sinon. »
C'en fut trop pour Iruka qui s'empara d'une des mains de Kakashi.
« S'il te plaît, essaye de comprendre que ça n'a rien à voir avec toi. J'ai… essayé de m'adapter, je te le jure, mais la vérité, c'est que j'ai besoin de tout recommencer. J'ai lu des études sur le sujet, celles que j'ai empruntées à Shizune, elles disent toutes la même chose : les amnésiques qui s'en sortent sont ceux qui changent de vie. Les… les couples ne survivent pas à ça non plus, même ceux qui s'aimaient très fort avant. »
Kakashi ne semblait pas vouloir l'écouter.
« Déménage si tu veux vraiment t'assumer, accepta-t-il. Mais prends un appart dans le coin pour que je puisse t'aider, au moins ! »
« J'ai peur de mon ombre, ici ! éclata l'autre. Tout le monde me connaît et tout le monde me compare ! Même toi ! Tu voudrais que je sois lui ! »
« Mais, bon sang, quand comprendras-tu que lui, c'est toi ? »
« Jamais, arrêta Iruka. Parce que c'est faux. Et si tu t'obstines à le croire, c'est que tu te mens à toi-même. »
Kakashi encaissa cette dernière remarque en hochant doucement la tête.
Il fixa sans véritablement les voir les deux sacs de l'Ichiraku qui trônaient insolemment sur la table, face à lui. Il s'était arrêté, le cœur léger, acheter le petit-déjeuner pour tous les deux. Il avait même plaisanté avec Teuchi. Il avait cru, enfin, à un retour à la vie normale. Et tout ça pour quoi ? Il se sentait pathétique.
Admirant ces deux vestiges alimentaires de l'espoir insensé qu'il avait eu de retrouver l'homme qu'il avait perdu, il murmura :
« J'avais pourtant l'impression que les choses s'arrangeaient. »
« A cause d'hier soir ? J'ai pourtant insisté sur le fait que ça ne mènerait nulle part. »
« Pas seulement hier soir. J'ai cru qu'hier soir était un aboutissement de plein d'autres choses, en fait. Que tu commençais réellement à m'apprécier. »
« Mais je t'apprécie. »
Iruka avait dit ça très vite, honnête.
« Les gens qu'on apprécie, on ne les quitte pas. »
« Parfois, si. »
« Surtout, insista Kakashi, quand on a couché avec, la veille… »
Le jounin s'était arrêté et, après réflexion, il reprit :
« Tu as dit que ça faisait longtemps que tu avais décidé de t'en aller… Depuis quand, exactement ? »
« Depuis que j'ai lu les études sur l'amnésie prêtées par Shizune. Il existe plein d'autres patients comme moi et on prend tous la même décision : on part. »
« C'est au même moment que tu as eu ton examen ? »
« Mon concours ? Oui, en effet. »
« C'est justement à partir de cette période-là que j'ai trouvé que ça s'arrangeait. Tu discutais plus avec moi, tu as voulu qu'on invite mes amis… En fait, tu étais plus sympa parce que tu avais décidé de te barrer ? »
« Je ne voulais pas laisser de mauvais souvenirs au gens… »
« Mon cul, oui ! explosa le jounin. C'était pour te faire de l'expérience ! Tu as voulu testé l'alcool. Et le barbecue entre amis. Et la baise ! Pour ne pas commencer ta nouvelle vie à poil ! Tu t'es servi de nous ! »
Kakashi se leva, fou de rage, incapable d'accepter d'avoir été utilisé de la sorte.
Iruka se leva à son tour, lui faisant face.
« C'est se servir des gens que de vouloir avoir de bons souvenirs d'eux ? Tu me demandes toujours de me mettre à ta place mais te mets-tu à la mienne ? Je ne sais pas ce que c'est que de prendre une cuite ou d'avoir des amis, je ne sais pas ce que c'est que d'être amoureux ! C'est si mal de vouloir connaître ça ? »
« Bien sûr que c'est mal ! »
« Mais… pourquoi ? »
« Parce que tu joues une putain de comédie ! Tu provoques des choses qui devraient arriver naturellement ! »
« Tu es en train de reparler d'hier soir ? »
« Evidemment que je te reparle d'hier soir ! Tu t'es servi des sentiments que j'éprouvais pour toi et ça, c'est dégueulasse ! »
« Je t'ai dit que ça ne compterait pas, rappela Iruka, je te l'ai dit ! »
« Parce que tu as eu l'impression d'avoir mon accord ? Tu m'as arraché ce que tu voulais ! J'espérais que c'était une manière maladroite d'exprimer tes sentiments alors qu'en fait, c'était juste baiser pour baiser. C'est dégueulasse. Tu es dégueulasse. »
Kakashi lui aurait craché au visage qu'Iruka ne se serait pas senti plus humilié. Et alors qu'il croyait que ça ne pouvait pas être pire, le jounin lui tourna le dos et s'éloigna comme s'il ne méritait même plus d'être à sa vue. Il ne parvint pas à le supporter.
« Plus dégueulasse, cracha-t-il, que de te demander de sortir les poubelles ? »
Kakashi s'arrêta instantanément et l'œil qui se retourna sur Iruka était meurtrier.
« Qu'est-ce que tu dis ? », interrogea le jounin d'une voix glaciale.
« C'est pas les derniers mots qu'il t'a adressés ? De sortir les poubelles ? »
Kakashi lui faisait totalement face, maintenant, les poings serrés. Mais Iruka ne pouvait plus s'arrêter, ricanant intérieurement.
Ils étaient les mêmes personnes, hein ? Quand ça arrangeait le jounin, oui ! Le reste du temps, il ne fallait surtout pas égratigner son ancien lui-même !
« Ca ne t'a pas rendu dingue ? continua-t-il sur sa lancée. Que ses derniers mots, ce soient ça ? T'aurais pas préféré qu'il te dise qu'il t'aimait, que tu étais tout pour lui, que tu resterais à jamais l'homme de sa vie ? »
« Ta gueule. », lâcha l'autre d'une voix profonde percée par la fureur.
« Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que ma manière de dire au revoir n'était pas meilleure que la sienne ? »
L'œil de Kakashi s'écarquilla alors que la tension en lui s'échappait momentanément. Il recula de plusieurs pas.
« C'était un adieu ? réalisa-t-il. Hier soir, c'était un adieu ? »,
« N'était-ce pas le meilleur souvenir que je pouvais t'offrir ? »
Iruka le regardait, incrédule, sûr d'avoir bien fait, sûr d'avoir réparé l'infâme affront de ses anciens derniers mots mais Kakashi, abasourdi, sentant ses jambes céder sous l'émotion, eut à peine la force de se rasseoir. Il avait cru, bêtement, à un renouveau, alors que c'était un point final. Comment deux personnes pouvaient-elles donner une valeur si différente à un même acte ? Comment lui, supposé être un génie, avait-il pu se fourvoyer à ce point ?
Iruka s'était remis à parler, le saoulant d'explications.
« Tu as dit que tu commençais à l'oublier. C'est un nouveau souvenir, comme ça. J'ai bien fait ? Non ? »
D'un geste de la main, le jounin lui intima le silence.
« Va-t-en. », eut-il encore la force de prononcer.
Iruka se figea, le regardant, semblant comprendre la maladresse de sa démarche. Bien sûr, il aurait pu se contenter de dire au revoir mais n'était-ce pas mieux ainsi ? Il continuait de le penser. Lui, en tout cas, considérait les évènements de la nuit précédente comme son souvenir à la plus forte valeur. Il en possédait si peu.
Kakashi restait prostré, le regard au sol. Ne sachant que faire d'autre, le jeune homme s'empara de ses deux bagages. Il revint se poster en face du jounin qui semblait décidé à faire comme s'il n'existait plus.
Iruka avait pourtant encore des choses à lui dire, que c'était quelqu'un de bien, qu'il méritait d'être heureux mais il sentait que quoiqu'il dise ses paroles seraient mal interprétées. Il se contenta donc du minimum :
« Merci pour tout. »
L'autre ne leva pas les yeux, pas même quand la porte s'ouvrit et qu'Iruka se retrouva dans la cour. Et, tandis qu'il réajustait son sac sur son épaule derrière la porte refermée de l'appartement, le jeune homme se demanda si Kakashi était le seul à sortir le cœur brisé de cette histoire.
