De retour de vacances! Chapitre du soir! On se penche un peu plus sur l'évolution d'Ariane et James, par des petites scénettes. Elles seront rapides, mais c'est le seul moyen pour que je puisse raconter beaucoup en peu de chapitres!
Chapitre 14
Ariane contint à grand-peine un bâillement: posant son livre, elle se frotta les yeux avant de s'étirer. Elle avait passé l'après-midi à étudier un manuel de médecine sur la physiologie humaine prêté par le Docteur, et commençait à sentir les crampes nées de son immobilisme. Aussi passionnant l'ouvrage s'était-il révélé, la jeune femme n'était pas habituée à demeurer assise si longtemps. Sautant sur ses pieds, elle se glissa dans le couloir, partant à la recherche de ses compagnons.
Cela faisait un mois qu'elle vivait ici et elle ne comprenait toujours pas ses colocataires. Le trio était insaisissable, fou de vie et de passion. Rose était la plus bavarde sur elle-même, la plus prompte à partager sa vie privée. Des deux hommes, elle n'avait presque rien appris, malgré tous ses efforts. C'était comme s'ils avaient passé un accord silencieux de ne rien dire sur l'autre tant qu'on ne leur posait pas des questions sur eux-même. Ariane pouvait comprendre le principe, elle-même n'était pas fière de son passé, mais cette méconnaissance la mettait sur les nerfs. Ne pas savoir qui l'entourait rendait fous tous ses instincts de mercenaire.
En était-elle encore une ? Ses études de médecine semblaient la pousser dans une direction différente. Si on lui avait demandé pourquoi ce changement de cap, l'origine de cette soudaine passion, la réponse aurait été très simple : après presque dix ans dans cette vie, Ariane voulait pouvoir se soigner et protéger les siens. Et peut-être, peut-être, existait-il aussi au fond d'elle-même un besoin de reconnaissance de la part de cet être si extraordinaire qui avait accepté de devenir son professeur.
Ariane peinait à oublier ses habitudes de mercenaire. Ils étaient inscrits en elle, gravés après des années de souffrance et lutte. Rien ne pourrait les lui faire oublier. Voyager auprès du trio, cependant, lui donnait la sensation de prendre un nouveau chemin et débuter une autre vie, sans vol ni violence. Une vie où elle n'aurait pas à employer des moyens douteux pour survivre. Une vie où elle n'aurait pas sans cesse à s'inquiéter de qui la suivait.
Elle savait que James partageait ce sentiment, et à la manière dont Jack la regardait, ce dernier devinait clairement ce qui se passait dans sa tête. Était-ce ce qui lui était arrivé ? S'était-il transformé au contact du Docteur et Rose ? Lui qui semblait partager le poids d'un fardeau lourd sur ses épaules, et dont elle avait assisté parfois sans comprendre à des réminiscences de son passé.
Boum.
Jack poussa un juron en voyant le bâtiment trembler. D'ici quelques minutes, tout s'effondrerait, détruisant le quartier environnant au passage. Qu'est-ce qu'ils fichaient? À côté de lui, Ariane fulminait, son envie de meurtre évidente dans son regard.
-J'en ai marre ! Je vais les chercher !
-Tu ne vas nulle part! siffla Jack en l'attrapant par le bras. Tu ne peux rien faire !
-Je ne vais pas rester les bras croisés !
-Si on pouvait faire quelque chose, on l'aurait déjà fait ! Si tu y vas, tu vas juste te tuer !
-Je m'en fous ! On doit les sortir de là !
-Mourir stupidement ne les aidera pas, claqua Jack.
-Et le TARDIS ? On ne peut pas y aller avec? demanda-t-elle en ignorant son commentaire.
-Le temps qu'on y revienne, le bâtiment sera tombé sur lui-même. Il faut leur faire confiance, leur dernier message disait qu'ils étaient prêts d'une porte.
-Alors quoi, on attend? s'irrita la brune en se libérant d'un geste sec, mais cette fois, elle n'essaya pas de partir en courant vers le bâtiment en flammes.
-On attend, murmura le Docteur.
Son regard était indéchiffrable, ses yeux rivés sur l'usine. Une personne lambda aurait admiré son calme et sa maitrise de lui-même, mais Jack n'était pas né de la dernière pluie : il avait appris à reconnaître les signes trahissant la tension intérieure de son ami.
Le Docteur fulminait.
Et si James et Rose ne sortaient pas bientôt, Jack ne donnait pas cher de la vie de l'abruti qui avait allumé par accident les pétards produits dans l'usine.
Terre 3.0, Nouvelle Italie, 1856
Le marché s'étendait dans tout le quartier, partant de l'artère principale de la ville pour se répandre dans les ruelles environnantes. Les échoppes faisaient face aux stands principaux, le neuf se mélangeant au vieux. L'animation qui régnait rappelait celle des grands magasins londoniens le jour d'ouverture des soldes.
-Oh regarde ! J'adore cette couleur !
Rose tourna la tête vers son amie pour lui montrer la tunique qu'elle avait découverte. Elle roula des yeux en notant la tension dans les épaules d'Ariane. Celle-ci regardait sans arrêt autour d'elle, ses mains se fermant et refermant sous l'effet de son stress.
-Détend-toi ! Personne ne va nous attaquer ! Damn, arrête d'être si parano !
-Désolée, marmonna l'intéressée.
Rose secoua la tête.
-Je comprends que tu ais du mal à te débarrasser de tes réflexes, mais tu n'y arriveras jamais si tu n'essayes pas. Vis un peu, Ari. Profite et ne pense pas à demain.
-C'est facile pour toi, soupira l'ancienne mercenaire en la rejoignant. Tu n'as pas grandi poursuivie de partout. Qu'est-ce que tu as trouvé? demanda-t-elle en fixant avec intérêt la tunique.
-Qu'est-ce que tu en penses? fit Rose en posant le vêtement devant elle.
Ariane fronça les sourcils, avant de secouer la tête et remplacer la tunique bleue par une autre rouge.
-Tu as déjà plein de trucs bleus, varie. Et le rouge met en valeur tes cheveux, sourit-elle.
Rose lui rendit son sourire, avant d'aller essayer la trouvaille. Lorsqu'elle sortit de la cabine quelques instants plus tard, Ariane ne pu contenir son sifflement.
-Mazette ! Rosie, tu es à tomber ! Je pourrais te manger tout cru !
La blonde rougit, ses doigts venant tortiller nerveusement une de ses boucles.
-Tu trouves ?
-Magnifique, affirma Ariane en venant tirer doucement la tunique pour l'ajuster, ses doigts glissant sur ses côtes se faisant. Je veux te voir porter plus souvent du rouge.
La rougeur de Rose s'amplifia. Son regard croisa celui de la plus âgée, qui lui décocha un sourire taquin.
-J'adore les blondes, susurra celle-ci à son oreille, avant de pivoter sur ses pieds pour aller fouiller à son tour les étables.
Jack poussa un hurlement de rage, en même temps que son poing s'écrasait sur la table. À côté de lui, ses amis se tendirent, leurs yeux rivés sur son dos. Le jeune homme se redressa lentement, son expression orageuse faisant reculer le gouverneur
Vous ne savez pas ce que vous avez provoqué, siffla-t-il avant de quitter la pièce à grands pas.
Rose courut à sa suite, tentant d'ignorer la panique qui la dévorait de l'intérieur. Le Docteur avait disparu depuis des heures à présent, et aucun indice n'avait émergé de l'enquête lancée par le gouverneur. La même personne contre qui une partie du peuple de Rax s'était rebellée et qui s'était montrée incapable d'assurer la sécurité de ses soit-disant invités. Le groupe était sorti à peu près indemne de l'attentat qui avait secoué la fête organisée la veille, seulement pour découvrir la disparition du Seigneur du temps.
-Jack ! Jack! insista-t-elle en le saisissant par le bras.
La jeune femme frissonna lorsque le regard bleu acier croisa le sien. Jack était clairement hors de lui. Ils avaient perdu des heures précieuses, laissant leur cerveau tourner à vive allure sur ce qui avait pu arriver à leur ami. Des bruits de course derrière elle lui indiquèrent que James et Ariane venaient de les rejoindre.
-Il semble qu'on va encore devoir se débrouiller par nous-même, commenta cette dernière amèrement.
-Jack, où est-ce que tu vas? demanda James, même s'il se doutait de la réponse.
Une lueur noire presque sauvage dansait dans les yeux de leur compagnon. Le trio déglutit difficilement, leur corps se tendant instinctivement devant l'aura dangereuse l'entourant. Voilà une facette de Jack qu'ils n'aimaient pas voir, James, en particulier.
Celui-ci ne savait que trop bien de quel bois étaient taillés les Agents du temps vous ne cessiez jamais réellement d'en être un. Celui de Jack était tapi en lui, endormi mais prêt à se réveiller à la moindre occasion. Savoir qu'il lui avait confié son secret – moment de faiblesse ou pas – rendait ce savoir encore plus effrayant. Parfois, il se demandait ce qui l'empêchait de prendre Ariane par la main et s'enfuir à toutes jambes. Ce qui était fait était fait, néanmoins, le laissant soucieux devant l'attitude de son ami.
-Voir le prisonnier.
James ferma un instant les yeux, avant de les rouvrir en entendant Rose s'exclamer 'Tu n'en tireras rien, il n'a rien dit depuis hier !
-Crois-moi, il parlera, siffla Jack très bas entre ses dents.
-Jack ..
-Retournez au Tardis, scannez encore toute la zone. Il a une physiologie spéciale, il devrait apparaître sur les écrans, que diable !
-Jack, il ne voudrait pas cela, souffla Rose.
-Mais il n'est pas là pour me le dire, murmura son compagnon avant de leur tourner le dos et se diriger vers la cellule.
Rose sentit son cœur fondre en voyant Jack jouer avec le bébé dans ses bras. Assis sur un large fauteuil, ce dernier rayonnait, ses larges mains tenant avec précaution le tout petit être contre sa poitrine. L'accouchement avait été difficile, mais grâce aux connaissances du Docteur et l'aide d'Ariane (enfin l'aide, l'enrôlement, elle n'étudiait pas pour devenir sage-femme, nom de Dieu!), tout le monde était sain et sauf. La mère dormait dans la pièce d'à côté, laissant ses invités papillonner autour du nouveau-né.
Appuyé contre le mur dans un coin de la pièce, James observait la scène en silence, les bras croisés. Il échangea un sourire avec Ariane: malgré sa peur, celle-ci avait parfaitement géré la situation, la laissant émerveillée d'avoir aidé à donner la vie. Le sourire de James glissa de ses lèvres lorsqu'elle se détourna pour aller discuter avec Rose : le bébé lui faisant face se transforma en un autre enfant, la peau argentée devenant vert pomme en même temps que le décor autour de lui changeait.
-Elle est magnifique, balbutia James en regardant avec adoration la petite chose qui dormait contre sa poitrine.
-Comme son père, sourit son épouse depuis le lit où elle était allongée.
-Je ne peux pas y croire.. Elle est vraiment là ?
Tasha fut empêchée de lui répondre lorsque les portes s'ouvrirent à la volée, laissant passer deux petites têtes blondes.
-Je veux la voir !
-Doucement, les enfants, les gronda gentiment James. Ne la réveillez pas.
Le duo fixa avec stupéfaction le bébé.
-Elle est trop belle, souffla la petite fille.
-Elle a ton nez, papa, sourit son frère. Elle fait la même tête que toi quand tu dors.
Le sourire de James s'agrandit.
-Tu trouves ?
-Ouais ! Comment elle s'appelle ?
Le cœur de son père fondit, et il fixa longuement le bébé, avant de répondre tout doucement :
-Lia. Elle s'appelle Lia.
-Il faut vraiment qu'on perde cette habitude, grommela James en aidant Ariane à s'assoir contre le mur.
-Laquelle ? Pisser le sang en pleine bataille ou se retrouver toujours dans la merde?
-Les deux. Ferme-la et sers les dents, ça va faire mal.
Ariane haleta, avant de fermer les yeux, les dents serrées contre la douleur. Son petit-ami remonta son t-shirt, contenant à grand-peine un juron en découvrant la peau déchirée.
-Putain, Ari, siffla-t-il.
-C'es..est.. moche, hein ?
-Je t'ai dit de te taire, murmura-t-il en caressant ses cheveux, son inquiétude grandissante devant sa fatigue.
À quelques mètres d'eux, une nouvelle explosion retentit. Il se hâta d'ouvrir la petite gourde qui ne le quittait jamais, aspergeant la blessure avec avant de retirer son foulard pour créer un point de compression.
-Tu vas toutes me les faire, hein ? Tu n'as jamais cessé d'être une emmerdeuse depuis le premier jour, sourit-il.
-Il faut bien que.. quel.. quelqu'un.. secoue ton cu, vieil homme, répliqua-t-elle, en tentant faiblement de lui rendre son sourire.
-Je crois me souvenir que je t'ai plus souvent sauvé le tien que l'inverse, la taquina-t-il.
Malgré sa fatigue, Ariane parvint à lui décocher un coup dans le bras.
-Macho..
-Protecteur, rectifia-t-il en se penchant pour embrasser son front. Ne me lâche pas, petite louve.
-Je ne.. vais.. nulle part, souffla-t-elle en serrant sa main.
James posa son front sur le sien, leur souffle s'entremêlant. Combien de fois s'étaient-ils retrouvés dans cette situation ? Ce ne serait ni la première, ni la dernière, mais cela demeurait toujours insupportable. Jamais il ne s'habituerait à la voir blessée. James ne se leurrait pas, il savait que viendrait un jour où il ne pourrait pas la sauver, et ce jour-là, il s'effondrerait.
Ce jour-là ne serait pas aujourd'hui, néanmoins, pensa-t-il en entendant le Tardis se matérialiser autour d'eux. Un sourire étira ses lèvres alors qu'il entendait son équipe – ses amis – les appeler.
C'était si bon d'avoir une famille.
