Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating: M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Chapitre 24 : Confidences
Ce fut mémorable. Yasui ne tira que peu d'informations de l'ivresse de Shibu – à peine que le mystérieux fiancé se nommait Botsu et qu'il était apprenti-poissonnier – mais à mesure que les verres défilaient, tout le monde s'en moquait. On avait beaucoup ri : Yasui avait vainement dragué le serveur toute la soirée, Shibu avait fait des déclarations d'amitié enflammées aux trois autres et Iruka avait été la victime consentante des quolibets quand on s'était aperçu qu'il ne tenait absolument pas l'alcool. Même Meijin, que sa grossesse forçait à rester sage, était hilare et le gérant – qui voyait d'un mauvais œil la neige s'accumuler sur le trottoir – avait fini par les mettre dehors. Ils n'avaient pas fait dix mètres qu'Iruka et Shibu s'étaient déjà écroulés par terre et Meijin avait vraiment manqué de se faire pipi dessus tant elle n'avait pas réussi à s'en remettre.
Personne n'était capable de rentrer chez soi, ils s'étaient donc traînés jusqu'à l'école primaire et y avaient terminé la nuit.
La directrice – qui vivait au-dessus de l'établissement dans un appartement de fonction – les avait trouvés le lendemain matin en train de cuver et il avait fallu tout le pouvoir de persuasion de Meijin pour qu'ils s'en sortent sans réprimande.
« On remet ça ? » proposa Yasui dès le lundi suivant.
« Ce jeudi ? Pour fêter les vacances ? » renchérit Meijin.
En fait, les vacances étaient le vendredi mais le mois de décembre était particulier. Pour célébrer la nouvelle année qui s'annonçait, le dernier jour d'école était une grande fête où les élèves participaient à de nombreuses activités et terminaient par donner un spectacle sous les yeux de leurs parents, invités pour l'occasion.
La petite troupe pouvait donc aisément se permettre de se saouler dès le jeudi soir.
Seule Shibu se montra hésitante.
« J'ai été malade tout le samedi, précisa-t-elle, et Botsu n'approuve guère ce genre de conduite… »
Maintenant qu'elle avait avoué qu'elle avait quelqu'un, le nom de son fiancé débutait souvent ses phrases mais c'était toujours pour se cacher derrière comme si son mariage prochain justifiait qu'elle n'ait plus d'opinion.
« Il ne fallait pas lui raconter, banane. », lui rétorqua Yasui.
« Un mariage réussi se fonde sur l'honnêteté. », récita Shibu.
« Certainement pas, intervint Meijin, si tu crois que j'ai dit à mon compagnon que j'avais passé ma soirée dans un bar… Alors que je suis enceinte ! Bonjour la prise de tête ! »
« Qu'est-ce que tu lui as dit, alors ? s'enquit Iruka. On est quand même pas rentré de la nuit… »
« Que j'étais à mon club de lecture, répondit Meijin pleine d'aplomb, et que comme il neigeait, je ne me sentais pas de rentrer. Les livres, ça l'effraie, il ne pose jamais de questions là-dessus. »
« Alors, reprit Yasui en dévisageant Shibu, ça te dit un petit 'club de lecture', ce jeudi ? »
« D'accord, céda Shibu, mais on ne lira pas jusqu'à s'en rendre malade, cette fois, n'est-ce pas ? »
« Bien sûr que non ! » se récrièrent joyeusement les trois autres.
~/~/~
Ils avaient tout de suite remarqué que le patron et le serveur se souvenaient d'eux, et pas forcément en bien. Yasui se rappelait vaguement avoir eu les mains baladeuses, ce qui fut confirmé quand le serveur se présenta pour prendre leur commande et qu'il resta hors de sa portée. Ça n'empêcha pas Yasui de lui lancer des œillades lubriques et de mettre sa poitrine inexistante en avant. Les trois autres, encore sobres, étaient morts de honte.
« Tu ne peux donc pas t'en empêcher ? », interrogea Iruka à ses côtés après que le serveur soit venu leur apporter leur première tournée.
« M'empêcher de quoi ? », demanda Yasui, la paille déjà au coin des lèvres.
« Eh bien, de… de faire du gringue à tous les mecs que tu rencontres. »
Elle se composa une mine étonnée tandis qu'une de ses mains plongeait sous la table caresser la cuisse d'Iruka.
« Je ne vois vraiment pas ce que tu veux dire… »
Il la repoussa, gêné, sous le regard bienveillant de Meijin.
« Je te l'ai déjà dit, pourtant, rappela cette dernière, il faut lui céder, c'est le seul moyen d'être tranquille. »
« Non, je… »
Il s'arrêta, n'osant rien ajouter de peur de se trahir et but la moitié de son verre pour justifier son silence.
« Tu… ? » reprit Meijin après avoir échangé un regard avec Yasui.
Il fit mine de ne pas comprendre.
« Tu allais dire quelque chose, non ? » reprit Yasui.
« Non, non. »
Il but le reste de son verre et en commanda un autre dans la foulée. Elles ne le quittaient pas des yeux.
« Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Qu'est-ce que je devrais faire pour t'intéresser ? » relança Yasui en papillonnant de ses yeux trop maquillés.
« Rien du tout, se justifia-t-il. Enfin, on travaille ensemble, on est ami… Ce ne serait pas raisonnable. »
Il regardait Shibu face à lui, la seule à ne pas scruter le moindre de ses mouvements. Malgré son indifférence, c'était elle qui l'inquiétait le plus.
Il prit une nouvelle gorgée de son cocktail.
« Mais si on se croisait dans un bar, insista Yasui, je te plairais ? »
« Je ne vais pas dans les bars pour ça… », éluda-t-il.
« Alors où vas-tu ? », demanda Meijin.
« Nulle part, je… »
De nouveau, il s'arrêta, se gorgeant d'alcool pour éviter de trop en dire.
« Je ne suis pas ton genre de fille, en fait ? » s'obstina Yasui.
Elles commençaient à l'énerver toutes les deux. Il sentait qu'il rougissait et il ne trouvait pas mieux pour évacuer sa gêne que de s'enivrer. Déjà, sa tête se brouillait un peu.
« Non, s'agaça-t-il, tu n'es pas du tout mon genre, Yasui ! »
« Ce sont les filles en général qui ne sont pas ton genre, non ? »
C'était Meijin qui avait pris l'initiative de la question mais, comme il le redoutait, ce fut le visage de Shibu, plus que le sien, qui changea de couleur.
La plupart de ses collègues étaient mariées mais en tant que seul garçon de l'équipe, il était tout de même l'objet de nombreuses attentions. Les premières semaines, on lui avait posé quelques questions sur sa situation personnelle. Sans entrer dans les détails, il avait dit la vérité, qu'il était célibataire. Avec le temps, son capital sympathie avait augmenté et, bientôt, on lui avait proposé des rendez-vous avec des petites sœurs et des cousines, on lui montrait des photos. Iruka se contentait de refuser poliment et ça n'allait pas beaucoup plus loin. Mais il sentait que toutes ces tentatives n'étaient peut-être que des ballons d'essai pour lui faire avouer le poteau rose : son homosexualité. Il ne s'y était jamais risqué. D'abord parce qu'il commençait à peine à appréhender cette partie de lui-même, ensuite parce qu'il considérait que ça ne concernait que lui et, enfin, parce qu'il craignait certaines réactions. En règle générale, les professeurs étaient plus ouverts d'esprit que la moyenne mais il avait tout de même surpris quelques remarques ou grimaces quand le sujet était évoqué d'une quelconque manière. Shibu, en particulier, semblait être une jeune fille très « vieux jeu » : elle désapprouvait tout comportement qu'elle considérait comme marginal. Il fallait voir les mines pincées qu'elle adoptait au récit de certaines des frasques de Yasui.
Jusqu'à présent, donc, il s'était tu, mais là, on lui posait directement la question. Les trois femmes qui l'entouraient étaient ses plus proches amies, à qui pouvait-il se confier si ce n'était pas à elles ?
« Effectivement, avoua-t-il, je ne crois pas que les filles soient vraiment mon genre. »
Meijin et Yasui opinèrent, satisfaites d'avoir tapé dans le mille et Iruka se sentit indiciblement soulagé aussi bien par sa confession que par leurs mines bienveillantes. Il ne manqua pas, toutefois, la contraction dégoûtée des lèvres de Shibu.
« J'ai des tas de gars supers à te présenter ! » s'enflammait déjà Yasui mais Meijin l'interrompit.
« Attends, releva-t-elle, tu as dit que tu croyais que les filles n'étaient pas ton genre ? Tu n'en es pas sûr ? »
Il soupira :
« C'est compliqué. »
Meijin et Yasui échangèrent de nouveau un regard et alors que l'une acquiesçait, l'autre osa poser la question :
« Ça a un rapport avec ton passé de ninja ? »
Il hoqueta, recrachant à moitié sa gorgée de cocktail. Shibu, en face de lui, partageait sa stupéfaction.
« Quoi ? s'écria-t-il. Mais qu'est-ce que vous allez inventer ? »
A son départ de Konoha, il avait signé tout un tas de papiers garantissant qu'il garderait le secret sur tout ce qu'il savait sur le village. Cette confidentialité lui avait assuré une indemnité d'ancien combattant qui complétait le misérable salaire d'enseignant avec lequel il avait bien du mal à subsister. Il perdrait cet argent s'il admettait être un ancien ninja.
« Ta cicatrice, insista Meijin. Ne te vexe pas, Iruka, mais des cicatrices comme la tienne, sur le visage, on n'en voit pas tous les jours… »
« Sauf chez les ninjas. », compléta Yasui.
« Ça n'a rien à voir, contra Iruka, je suis tombé quand j'étais petit… »
« Et ton arrivée en cours d'année ? le coupa Meijin. Sugusoba est une ville plutôt demandée. Comment expliques-tu que ce soit toi, un débutant, qui aies obtenu le poste dans notre école ? »
« La chance ? »
« Ou des relations haut placées qui ne voulaient pas que tu t'éloignes trop de Konoha. On sait tous que le village caché est dans le coin. Y a beaucoup trop de passages ninjas pour qu'il en soit autrement. »
Le sens de la déduction de Meijin l'effrayait il ne sut quoi répondre.
« Tout comme on sait que de nombreux ninjas sont 'recasés' chez nous quand ils ne peuvent plus combattre… », ajouta Yasui.
« Et puis, tu as des manières d'ancien ninja. », renchérit Meijin mais Iruka ne la laissa pas terminer.
« Ça, certainement pas. », arrêta-t-il, catégorique.
Il n'était pas bon menteur mais pour le coup, il ne faisait que dire la vérité. Il ne se considérait pas comme un ancien ninja. Pour lui, il ne l'était que sur le papier. Il était donc incapable de se comporter comme un combattant. Il ne savait même pas ce qu'un ninja était censé faire.
« Si ! lui assura pourtant Meijin. On ne t'entend jamais quand tu rentres dans une pièce ! »
« Et tu es beaucoup trop rapide, tu rattrapes ce qu'on fait tomber avant même que ça ne touche le sol ! »
« Je ne fais pas ça. », rétorqua tranquillement Iruka.
Et il était sincère, il était sûr de lui.
« Mais si ! s'énerva presque Yasui. Tu ne t'en rends donc pas compte ? »
Le doute s'insinua en lui. Etait-il possible que, naturellement, instinctivement, il ait gardé des habitudes de ninja ? Il s'était toujours considéré comme un être ordinaire à Konoha mais il y était entouré de jounins surentraînés. Maintenant qu'il appartenait au monde civil, un autre contraste apparaissait, celui qui existait entre les gens lambda et lui qui était né à Konoha.
Qu'il le veuille ou non, il y avait apparemment toujours une part ninja en lui.
« C'est vrai qu'on ne t'entend pas quand tu rentres dans une pièce… »
Shibu venait seulement de le réaliser et, en conséquence, elle lança sur lui un regard suspicieux. D'une petite voix, elle demanda :
« Tu es un ninja, Iruka ? »
S'il était homosexuel, il pouvait bien être un ancien ninja. Shibu n'était plus à une révélation près.
Il hésita, ouvrant plusieurs fois la bouche sans rien dire.
« C'est compliqué. », s'obstina-t-il.
« Tu as déjà éludé comme ça, se rappela Shibu, quand je t'ai posé des questions sur ton passé. Tu ne nous fais pas du tout confiance, en fait. »
« Bien sûr que si ! se récria-t-il. C'est juste… juste que je n'ai pas le droit d'en parler. »
« Pas le droit de nous dire que tu es homosexuel ? »
C'était cette première omission qui la heurtait le plus, l'aspect ninja passait au second-plan.
« Et toi ? riposta-t-il. On ne peut pas dire que tu te sois précipitée pour nous parler de ton fiancé. Chacun ses secrets ! »
Elles reculèrent toutes trois devant son obstination, regardant leurs verres. Un silence inconfortable s'installa. Iruka, l'esprit embrouillé, se sentait mal.
Cela faisait des mois qu'il se plaignait de sa solitude mais la vérité, c'était qu'il ne se laissait pas véritablement approcher. Il était farouche avec elles comme il l'avait été avec Kakashi. Allait-il les perdre, elles aussi ?
« Il y a eu une mission, révéla-t-il en fixant la paille qu'il faisait tournoyer dans son verre. Une mission qui a mal tourné. Pour résumer, disons que j'ai été blessé à la tête et quand je me suis réveillé, je ne me souvenais plus de rien. »
« De la mission, tu veux dire ? » chercha à préciser Meijin.
« Non, quand je dis 'rien', c'est rien. Même pas mon nom, rien du tout. »
« Tu étais amnésique ? » résuma Yasui.
« Exactement. »
« Et tu n'as pas tout récupéré, c'est ça ? crut comprendre Meijin. Il te manque certains souvenirs ?»
« Il me les manque tous, en réalité, révéla Iruka avec amertume. La mémoire ne m'est jamais revenue. Ça fait dix mois de ça. »
Cet aveu fit tomber un silence navré sur la table.
« Tu veux dire, osa Meijin, que cette mission a eu lieu il y a dix mois et qu'avant ça… »
« Avant ça, je ne sais pas. Je ne connais ma vie qu'à travers ce qu'on m'en a raconté. Mais, quand je me suis réveillé, j'ai appris que je vivais en couple avec un homme. »
Elles restèrent hagardes.
« Effectivement, c'est compliqué. », commenta Yasui après un moment.
« Donc tu étais homosexuel avant, résuma Meijin. Mais depuis ton réveil, tu n'en es plus sûr ? »
« Au début, je pensais ne plus l'être. Mais à la fin… »
Et il se mit à raconter. Il lâcha tout ce qu'il gardait pour lui depuis des mois. Et ça le soulagea indiciblement. Il ne se sentait pourtant pas fier de la plupart de ses agissements mais il se devait de prouver à Shibu et aux deux autres qu'il avait confiance en elles. Du reste, il ne parla pas de Konoha, de techniques ninja ou de toutes ces autres choses confidentielles qui ne représentaient rien pour lui. Il parla uniquement de Kakashi. Il fut l'unique sujet de son récit, les autres personnes qu'il avait pu rencontrer ne faisant que graviter autour de lui. Il raconta leurs premières rencontres à l'hôpital, comment il était, tous les efforts qu'il avait faits pour se faire accepter de lui et, enfin, il évoqua cette fameuse nuit qui avait précédé son départ. Il n'entra pas dans les détails, elles n'avaient de toute manière nullement besoin qu'il leur fasse un dessin.
A mesure qu'il parlait, il avait vu leur visage changer. Cela faisait longtemps que Meijin et Yasui soupçonnaient un secret dans sa vie mais elles n'avaient pas imaginé quelque chose d'aussi tordu. Même Shibu, pourtant clairement gênée, écoutait d'une oreille attentive.
« Et je suis parti, conclut-il. Deux jours après, j'étais à Sugusoba et je faisais votre connaissance. »
Il fallut quelques secondes pour qu'elles sortent de leur torpeur.
« Comment ça, tu es parti ? », eut finalement la force de demander Yasui.
« Eh bien, se justifia immédiatement Iruka, après ça, je ne pouvais pas rester… »
Pour lui, c'était une évidence mais malgré le surplus de maquillage, il discerna l'incompréhension sur le visage de Yasui.
« Que je résume, reprit-elle avec un certain emportement qu'il ne lui connaissait pas, tu te réveilles 'marié' à un gars éperdument amoureux de toi, gentil, attentionné, charismatique et qui, après vérification, s'avère être beau comme un dieu et toi tu… Tu t'en vas ? »
Elle qui ne tombait que sur des connards finis, elle avait bien du mal à comprendre.
Il n'avait jamais envisagé que quelqu'un d'extérieur à Konoha puisse être en désaccord avec sa décision. Elle croyait donc qu'il avait eu tort ? Il aurait dû rester au village ? Poursuivre cette vie fade et mensongère ? Jouer le rôle d'un autre ?
« Ne fais pas l'enfant, le défendit cependant Meijin avant qu'il ait pu ouvrir la bouche pour se justifier par lui-même, tu sais très bien que son départ n'a pas été motivé par une histoire de personnes mais par son libre-arbitre. »
« Libre-arbitre ? » répéta Yasui, revêche.
« Ou plutôt d'absence de libre-arbitre. C'est comme si, toi, on t'avait promise dès la naissance à un type que tu n'avais jamais rencontré. Que le type soit formidable ne change rien à l'affaire. Je te connais, tu n'accepterais jamais une situation pareille alors pourquoi faire des reproches à Iruka ? Une femme aussi éprise de liberté que toi devrait comprendre sa décision mieux que personne… »
Yasui resta pensive avant de s'avouer vaincue.
« Il ne fallait pas coucher avec lui, alors. C'était le faire inutilement espérer. »
Iruka voulut parler : Yasui n'avait pas dû bien comprendre le passage de son récit sur la boîte à souvenirs et les pathétiques derniers mots que son ancien lui-même avait adressés à Kakashi. Il avait voulu réparer ça.
« Je suis plutôt d'accord, répondit cependant Meijin avant lui, mais ça partait d'une bonne intention. Je comprends ce qu'il a essayé de faire, tout comme je comprends la véritable raison de son départ. »
Shibu et Yasui la dévisagèrent alors qu'Iruka, la tête basse, se demandait si la perspicacité de la jeune femme avait été jusqu'à percer ce secret-là.
« C'était une histoire d'honnêteté. », détailla-t-elle et il sut qu'elle avait bien lu en lui comme dans un livre ouvert.
« D'honnêteté ? », répétèrent en cœur Shibu et Yasui.
« D'honnêteté des sentiments. », précisa-t-elle encore en faisant un geste de menton vers Iruka.
Elle lui laissait la primeur des explications, elle était trop bonne.
Il s'avança un peu sur son siège et s'accouda sur la table.
« Ce que tu as dit tout à l'heure est vrai, concéda-t-il en s'adressant à Yasui, Kakashi possède bien toutes les qualités dont tu as parlé. C'est quelqu'un de bien. De plus que bien, même, il est exceptionnel. »
« Eh bien oui, approuva-t-elle, c'est pour ça que tu aurais dû rester avec lui… »
« Justement non, poursuivit-il, c'est pour ça que j'ai eu raison de partir. »
« Parce qu'il était exceptionnel ? Tu plaisantes ? »
Il chercha ses mots un moment et ne trouvant pas mieux, il désigna le serveur d'un signe de tête.
« Tu le trouves séduisant, ce garçon, non ? »
« Évidemment ! », lâcha Yasui.
« Eh bien, regarde-le et regarde-moi : nous imaginerais-tu une seconde former un couple ? »
Elle resta silencieuse, ses yeux allant de l'un à l'autre. Objectivement, le serveur était bien plus beau qu'Iruka.
« Peut-être, répondit-elle, pour ne pas le vexer. Qui sait ? »
« Moi, je sais, répartit-il très sérieux. Ce gars, s'il aimait les mecs, ne m'accorderait même pas un regard. Et, Yasui, je te l'assure, ce gars est un laideron, à côté de Kakashi. »
« Alors quoi ? Tu l'as quitté parce qu'il était trop beau ? »
« Je l'ai quitté parce que sa beauté n'était qu'une qualité secondaire à côté de toutes les autres… »
« Mais bon sang, Iruka, on ne fait pas ça ! On ne quitte pas les gens à cause de leurs qualités ! »
« Si, quand on en possède soi-même aucune. »
Elle se figea et il continua sur sa lancée, il avait besoin que ça sorte.
« Je sais bien que je ne suis pas très beau. »
Elle voulut le contredire alors il se corrigea de lui-même :
« Peut-être bien que je suis mignon, peut-être, mais je ne suis pas beau. Je ne suis pas non plus charismatique ou talentueux, je ne suis même pas drôle. Je suis un gars parfaitement banal. Pas pire, pas mieux : juste banal. »
« Et alors ? Si c'est ce qu'il aime ? Vous étiez ensemble avant, et il est toujours amoureux de toi. Ça montre bien que ton physique ou ta banalité, comme tu dis, il s'en fout ! »
« Mais je ne crois pas qu'il soit toujours amoureux de moi… »
« Tout ce que tu nous as raconté prouve le contraire… Ce mec est fou-amoureux de toi ! »
« Amoureux, oui, sûrement, mais pas de moi. »
Elle s'arrêta de gesticuler, comprenant enfin son raisonnement mais lui continua, il avait besoin de formaliser sa pensée pour faire le deuil de cette partie de sa vie.
« C'est l'autre qu'il aime, celui que j'étais avant. »
« Mais l'autre, c'est toi. », rétorqua Shibu plus dans le flou que les deux autres.
Il aurait pu le croire. Après tout, le ninja qu'il avait été n'avait jamais obtenu de très bons résultats au combat et les gens qu'il avait pu croiser ne l'avait jamais décrit comme quelqu'un de particulièrement solaire ou amusant. Il était déjà un gars banal avant son amnésie mais, à cette époque, il devait forcément posséder d'autres qualités qu'il avait perdues. Ça lui avait sauté au visage quand Kakashi avait enlevé son masque. Quelqu'un d'aussi magnifique n'aurait jamais remarqué son lui actuel. Son ancien lui-même devait donc être différent, sa manière d'être, sa nature profonde, son âme il ne savait pas comment l'appeler mais quelque chose en lui avait dû s'éteindre en même temps que sa mémoire pour en faire la personne fadasse qu'il était actuellement. Indéniablement, Kakashi méritait bien mieux et il aurait fatalement fini par s'en apercevoir.
« Il fallait que je parte. Je n'aurais pas supporté de le voir changer, de voir son affection pour moi disparaître. Ne serait-ce que pour l'autre, c'est de lui dont il doit se souvenir, pas de moi. Je gâchais leur histoire en restant à Konoha. »
Elles restèrent songeuses, Yasui plus que les autres. Elle se demandait maintenant si le départ d'Iruka n'était pas une sorte de cadeau qu'il avait voulu offrir à ce Kakashi. Un beau cadeau. Si on suivait sa logique, évidemment.
Ils se turent longtemps, chacun ruminant ce qu'il venait d'apprendre.
Au bout d'un long moment, Yasui se racla la gorge pour attirer l'attention sur elle :
« Et comment ça se passe avec Tonda ces temps-ci ? »
Toute la table lui lança des regards surpris : qu'est-ce qui lui prenait, tout-à-coup, de parler boulot ?
« Ça va, répondit cependant Iruka qui avait besoin de parler d'autre chose et qui s'engouffra donc dans la brèche, je ne dirais pas que ce gamin est devenu sage mais il est beaucoup plus gérable qu'avant. »
« Tu as rencontré son père, non ? »
Il acquiesça.
« Deux fois, oui. Je crois que ça a aidé. »
Il ne comprenait pas sur quoi était censée déboucher cette conversation.
« J'ai été la prof de Tonda pendant deux ans, tu sais, et il m'en a fait voir… »
Il savait, oui, elle le lui avait déjà dit. Pourquoi s'intéressait-elle à Tonda subitement ? Et surtout maintenant.
« Et tu sais combien de fois j'ai vu son père pendant ces deux années ? Zéro ! Même quand c'était lui et pas la nourrice qui venait le chercher, il n'avait jamais le temps ! Et toi, en un mois, tu arrives à lui parler deux fois ? »
« Il doit plus s'intéresser à son enfant qu'avant… »
« Iruka, je ne crois pas que ce soit vraiment son enfant qui l'intéresse… »
Il se figea. Était-elle en train d'insinuer… Il se remémora le père de Tonda, c'était un homme d'une quarantaine d'années, au physique neutre. Il n'avait pas véritablement fait attention.
« Enfin, il a un enfant. »
« Et ? Ce ne serait pas le premier à aimer les mecs tout en ayant eu un gosse. »
« Il est probablement marié… »
« Veuf. Depuis des années. »
Il était inutile de lui demander comment elle savait ça. Yasui avait des infos sur tous les hommes « disponibles » qui l'entouraient. Elle avait déjà couché avec plusieurs pères d'élèves et ne s'en cachait même pas.
« Tonda m'a parlé de sa mère plusieurs fois. »
« Tonda s'invente une vie. »
Il resta silencieux.
« Tu es sûre ? », insista-t-il.
« Je ne te dis pas de te jeter dans ses bras mais penses-y, ça pourrait te remettre en selle. Je parie qu'il va venir pour le spectacle demain alors qu'il était occupé les deux dernières années… »
« Il s'est même porté volontaire pour aider à tout installer... », réalisa Iruka.
Ce type le draguait ? Vraiment ? Quelqu'un d'autre que Kakashi pouvait vouloir de lui ?
Lui qui pensait passer un vendredi tranquille à ne pas avoir à gérer les gamins… Il risquait d'avoir une toute autre situation à gérer maintenant.
