Chapitre 16
Ariane était en train de recopier les informations qu'elle considérait comme importante des livres que le Docteur lui avait prêtés. Il y avait tellement de choses à savoir, c'en était à la fois effrayant et excitant ! Même si elle avait peur de ne pas être à la hauteur des attentes de son mentor, elle se donnait à fond. Le plus âgé l'abreuvait de ses connaissances depuis le retour de Pan, fou de joie d'avoir pu trouver une apprentie si douée. Rose ne cessait de le taquiner à ce sujet, affirmant qu'il allait transformer l'ancienne mercenaire en rat de bibliothèque.
La jeune femme ne releva pas la tête quand James entra dans leur chambre, trop perdue dans son travail qu'elle était. Son petit-ami avait passé l'après-midi à se baigner sur une petite plage exotique avec Jack : il poussa un long soupir en voyant sa compagne encore plongée dans ses études, il adorait la voir aussi investie dans quelque chose mais il avait peur qu'elle en oublie de vivre alors qu'ils en avaient enfin la chance.
L'homme panthère secoua la tête avant de se pencher par dessus son épaule pour voir quel était le sujet du livre du jour: un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle relevait la tête vers lui.
-C'est pour ne pas me faire surprendre comme la dernière fois où le Doc ne m'a pas laisser le choix ! Comme ça, si jamais je dois aider une femme à accoucher, je saurais comment faire cette fois, expliqua Ariane avec un sourire.
-Tu as très bien géré lors de l'accouchement, la mère et l'enfant sont en parfaite santé ! Tu ne crois pas que tu te mets un peu trop la pression ? demanda-t-il avant de déposer un baiser dans ses cheveux.
-Non, pourquoi ? Je veux dire, c'est pas comme si j'étais une mercenaire !
-Tu n'en est plus une depuis que tu as aidé le Doc à soigner l'enfant au village sur Pan IV, répliqua James avant de s'asseoir à ses côtés.
-Tu crois ? J'ai toujours mes instincts James, mon premier instinct est toujours de tuer ou de m'enfuir, c'est inscrit dans mes gênes …, murmura la jeune femme dont les yeux s'étaient soudain assombris.
James secoua la tête. Il détestait entendre Ariane se résumer à cette tueuse sans cœur.
-Tu ne t'en débarrasseras pas du jour au lendemain, et je préfère savoir que tu sais toujours te défendre plutôt que d'être sans défense !
-Je ne veux plus tuer James, plus jamais …
La jeune femme posa alors sa main sur son ventre avant de soupirer et de le regarder droit dans les yeux.
-Tu sais, aider le Docteur lors de l'accouchement, ça a complètement changé ma manière de voir le monde, pour la première fois, j'ai aidé quelqu'un à donner la vie. Est-ce que tu imagines ce que j'ai ressenti? L'adrénaline, la peur que la mère et l'enfant ne s'en sortent pas, la joie quand le bébé a poussé son premier cri! Quand j'ai nettoyé ce petit être tout fragile avant de le prendre dans mes bras ! Et l'expression sur le visage de sa mère quand je lui ai donné son bébé, je ne pourrai pas oublier ces moments ! Ils sont gravés là, indiqua Ariane en montrant son cœur alors que les larmes lui monter aux yeux à l'évocation de ces souvenirs si précieux.
L'homme-panthère se souvenait parfaitement de ses moments, de la vision d'Ariane en train de tenir le bébé dans les bras. Sa petite amie était née pour être une mère, il aurait pu la regarder pendant des heures jouer avec les petits doigts du bébé, lui parler ou chantonner. Cette vision était une des plus belles qu'il ai eue d'Ariane depuis leur première rencontre, et ce même si elle lui faisait prendre conscience, que lui-même ne pourrait jamais lui donner ce qu'elle voulait.
James n'était ni un sot ni un aveugle. Il savait parfaitement que sa compagne désirait davantage que leur relation ouverte. À l'époque, quand il avait imposé celle-ci, c'était en pensant être débarrassé d'Ariane au bout de quelques mois. Mais la brune était restée, elle s'était incrustée dans sa peau, lui devenant chaque jour un peu plus indispensable. Avec le temps, leurs sentiments l'un pour l'autre s'étaient développés, le rendant paradoxalement de plus en plus possessif et lointain à la fois.
James avait peur. Il avait peur de ce qu'Ariane ressentait pour lui, il craignait la manière dont elle le regardait quand elle pensait qu'il ne la voyait pas. Tant d'amour, tant de dévotion. Il ne pouvait pas les accepter. Il n'en avait pas le droit. James avait déjà eu une famille et cela ne s'était pas bien terminé, même si dans ses rêves il se voyait parfois marié et entouré de leurs enfants.
Ariane, son monde, son étoile, sa fleur qu'il avait de moins en moins le sentiment de mériter…
Inconsciente du tourment intérieur dans lequel elle l'avait fait tomber, celle-ci continua d'expliquer, incapable de s'arrêter à présent qu'elle était lancée :
-Et ça m'a fait réfléchir parce que jusque-là, je n'avais jamais réfléchi à la possibilité de devenir une mère moi-même. Avec notre train de vie, comment élever un enfant dans des conditions pareilles? Et aussi parce que je ne me sentais pas digne de l'honneur de porter un enfant, sans doute parce que je ne sais pas d'où je viens. Qu'est-ce que ma mère a éprouvé quand elle m'attendait ? Est-ce que j'étais une enfant désirée par mes parents ou pas ? Je ne veux pas que mes enfants aient un jour à se poser ce genre de questions et se retrouver dans un orphelinat. Tu comprends ?
Cela faisait un moment qu'Ariane ne s'était pas confiée de la sorte à quelqu'un sur ses désirs, et encore une fois, elle avait choisi James. Parce qu'il était devenu plus que son amant ou son petit ami au cours des années, il était aussi son meilleur ami, celui qui occupait ses pensées nuit et jour.
James déglutit. Que répondre à cela ? Il n'avait jamais été doué avec les mots. Seul Sho était parvenu à le faire s'exprimer. Hochant la tête, il murmura :
-Oui je comprends. Et tant qu'on en est aux déclarations, sourit-il en la fixant, taquin, il y a quelque chose de très important que je dois te dire. Je n'ai jamais ressenti autant de fierté qu'en te voyant faire tout ce que tu fais !
-C'est vrai ?
L'homme panthère sourit avant d'embrasser longuement la femme qu'il aimait pour lui prouver que c'était bien un compliment. Il la prit ensuite dans ses bras, humant son parfum tout en caressant ses cheveux.
-Menteur ! Tu exagères encore !
-Je jure que non! Il était énorme! s'exclama Jack en accentuant le 'o', les bras grands ouverts.
-Aussi grand que le poisson que tu as sorti du fleuve l'autre jour ? le taquina Rose.
-Oh mon Dieu, c'était vraiment un monstre, explosa de rire le jeune homme. Ma pauvre canne à pêche, totalement cassée, se plaignit-il.
-Je ne parviens pas à t'imaginer pêcher, réfuta James en secouant la tête.
-Je te ferai savoir que je suis un excellent pêcheur ! Pour tout type de poisson, d'ailleurs, commenta Jack, un sourire vicieux aux lèvres.
Des ricanements se firent entendre autour de la table. Voilà ce qui arrivait lorsqu'ils s'arrêtaient prendre un verre dans n'importe quel bar.
-J'ai compris, le jour où on est coincé sur une île déserte, tu vas chasser et je pêche, lâcha Ariane d'un ton plat.
James s'étouffa dans son verre.
-Si un jour tu pêches, je veux te voir faire, affirma-t-il.
-Homme de mauvaise foi !
-Pardon, mon amour ! Un bisou pour me faire pardonner ?
-Oh, contrôlez-vous, grommela le Docteur alors que le couple commençait à s'embrasser passionnément sur la banquette du bar.
-Vous n'êtes qu'un vieux jaloux, se moqua Jack.
Le Seigneur du temps haussa un sourcil, avant qu'un fin sourire n'étire ses lèvres. Jack sut qu'il était perdu avant même qu'il n'ouvre la bouche.
-Jaloux? Pourquoi? Je n'ai jamais eu besoin de filet pour attraper quoique ce soit, moi, commenta-t-il d'un ton faussement hautain en le fixant de ce regard qui rendait toujours le plus jeune fou.
Là encore, Jack n'y échappa pas, sentant le sang quitter ses veines pour descendre dans une partie précise de son corps, alors que ses joues viraient au rouge pivoine.
Ok, cinquième roue du carrosse, je vais aller reprendre à boire, qui en veut? Personne? Ok! s'exclama Rose en levant les yeux au ciel, exaspérée par la tension sexuelle présente à table.
Parfois, juste parfois, elle aurait aimé ne pas être la seule célibataire de l'équipe.
