Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort

Rating: M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : Il est tout nouveau, tout chaud, ce chapitre. En revanche, je galère comme pas permis sur le suivant. J'en ai réécrit une énième version cet après-midi, en espérant que je n'efface pas (encore) tout à la relecture. En attendant, place au chapitre 26 ! Bonne lecture !


Chapitre 26 : Premiers pas

« Kakashi est passé te voir. »

La bombe avait été lâchée avec neutralité comme si Yasui jacassait sur la météo du lendemain. Iruka en fut si retourné qu'il en oublia totalement ce qu'il était en train de raconter. Dommage, Yasui ne saurait jamais comment la petite Imeniko était parvenue à mémoriser ses tables de multiplication.

« Kakashi ? balbutia-t-il. Mon Kakashi ? »

Yasui retint un sourire face à sa possessivité.

« Il était caché sur un toit. », expliqua-t-elle tranquillement.

D'instinct, il se dirigea ver la fenêtre. Elle l'arrêta.

« Il est parti depuis longtemps, tu sais. Et tu n'aurais pas pu le voir d'ici. »

« Alors d'où ? interrogea-t-il. D'où l'aurais-je vu ? »

Elle lui prit la main et l'emmena dans un dédale de couloirs, ils changèrent même de bâtiment. Enfin, elle s'arrêta devant la porte d'une pièce qui leur servait pour entreposer du matériel et elle pointa du doigt une vitre sale.

« C'est de là que je l'ai vu, sur le toit d'en face, je venais me fumer une clope en douce. »

Et il regarda par la fenêtre longuement, admirant ce toit où Kakashi n'était plus.

« Il est resté là longtemps ? »

« Je ne sais pas mais il est parti dès qu'il m'a vu… Pas très bavard, comme type. »

Il sursauta, se retournant vers elle.

« Parce que tu lui as parlé ? », éructa-t-il en lui saisissant les épaules.

« Il n'a rien dit, commenta-t-elle déçue, il a juste demandé si tu étais heureux… »

Il relâcha légèrement sa prise sur elle et avala difficilement sa salive.

« Heureux ? Il a demandé si moi j'étais heureux ? »

Il se détourna d'elle pour observer de nouveau ce toit pourtant obstinément vide.

« Et que lui as-tu répondu ? », poursuivit-il, pensif, au bout d'un moment.

Elle haussa les épaules comme si ça n'avait aucune importance.

« Que je n'en savais rien, ce qui est la stricte vérité. »

Il acquiesça, le visage toujours vissé à la fenêtre mais, d'un coup, sa poigne sur elle se resserra et il la scruta, inquiet :

« Tu ne lui as pas dit, hein, que je… fréquentais quelqu'un ? »

Elle lui adressa une moue dubitative.

« Pour le fréquenter, faudrait déjà que vous ayez couché… », rappela-t-elle.

« Yasui… », articula-t-il, impatienté.

« Je n'ai rien dit du tout. », lui assura-t-elle.

Il se relâcha, soulagé.

« Ça lui aurait fait de la peine, je pense, de l'apprendre. C'est mieux ainsi. »

Yasui secoua discrètement la tête : ils en faisaient des manières, tous les deux, à passer leur temps à ne pas vouloir déranger l'autre. Elle n'avait pas vu ça souvent chez des couples séparés.

« Je ne comprends pas, marmonna-t-il, pourquoi venir ici ? »

« Tu ne comprends pas, rebondit-elle sarcastique, vraiment ? »

« Pourquoi maintenant, je veux dire. Ça fait des mois que je suis parti. Il devrait commencer à aller mieux… »

Elle ne fit pas de commentaires mais elle ignorait qu'il existait une période dédiée après laquelle on était censé se remettre d'une rupture. C'était dans ces moments-là qu'elle se rendait compte que la connaissance de son ami en matière de nature humaine était encore très théorique.

« Peut-être, imagina tout à coup Iruka, qu'il avait quelque chose d'important à m'annoncer. »

« Quelque chose que tu ignores, tu veux dire ? » réagit Yasui qui continuait de se moquer de lui.

« Il s'est peut-être passé quelque chose à Konoha, précisa-t-il, têtu. Et toi, tu es allé lui parler ! Tu aurais dû venir me trouver ! »

« S'il avait eu un message important à te transmettre, il me l'aurait donné… »

« Certainement pas, non ! Tu es une civile ! Il ne transmettrait aucun message à une civile. »

« Mais toi aussi, Iruka, tu es un civil… »

Il s'arrêta, réalisant sa curieuse interprétation des choses.

« Peut-être qu'il est arrivé quelque chose à quelqu'un de Konoha. »

Inexplicablement, il pensait à Naruto. Il s'inquiétait souvent pour Naruto. Avec Kakashi, ils étaient les deux ninjas à qui on confiait les missions les plus difficiles. Et s'il était arrivé quelque chose à Naruto ? Peut-être pas quelque chose de grave. Si ça avait été vraiment grave, Kakashi lui aurait sûrement envoyé une lettre. Ou alors, c'était une nouvelle tellement terrible que justement, Kakashi s'était déplacé en personne pour la lui annoncer. Et Yasui, en allant lui parler, avait tout gâché.

Elle sentit l'inquiétude grandir en lui. Elle ne la partageait pas : elle était persuadée que ce Kakashi avait simplement cédé à une impulsion bien compréhensible, celle de revoir un amour passé. Elle n'allait pas le blâmer, elle faisait ça tout le temps, mais Iruka, en face d'elle, semblait donner un tout autre sens à cet événement.

« Si tu veux en avoir le cœur net, tu n'as qu'à lui écrire. » proposa-t-elle.

Il releva la tête sur elle et sembla envisager très sérieusement cette possibilité.

« Il faudra des jours pour obtenir une réponse. », soupira-t-il.

Il continua de réfléchir.

« Ça fait combien de temps, qu'il est parti ? »

« Une heure, même pas. »

Une heure ? Il y avait une heure de ça, Kakashi était sur ce toit ? S'il ne s'était pas porté volontaire pour faire le soutien du mardi, l'aurait-il aperçu ? Lui aurait-il parlé ?

Il soupira, puis, d'un geste volontaire, il s'empara du bras de Yasui et la ramena en salle des maîtres avec autorité.

« Assieds-toi. », commanda-t-il et alors qu'elle s'exécutait, lui resta debout et fouilla énergiquement ses poches.

Elle l'observait tandis qu'il dépliait devant elle différents rouleaux.

« Iruka, demanda-t-elle, qu'est-ce que c'est que tout ça ? »

« Des cartes, expliqua-t-il, à cause de ma tête. J'ai beaucoup de mal à mémoriser les nouveaux lieux… »

Il n'était plus gêné d'en parler et décida d'ignorer le regard de compassion qu'elle lui lança. Il était trop agité pour ça.

« Au bar, la dernière fois, tu as dit… Tu as dit que Sugusoba était une ville de passage pour les ninjas. Et si Kakashi était là, il y a une heure, c'est possible qu'il ait décidé de ne pas repartir tout de suite, non ? Peut-être qu'il va manger quelque part avant ou même coucher là. »

« Peut-être. », admit-elle.

« A Konoha, il y avait un quartier civil. Est-ce qu'à Sugusoba, il existe un endroit où les ninjas se regroupent ? »

« Tu veux le retrouver ? » comprit-elle.

« S'il est arrivé quelque chose à Naruto… », énonça-t-il à haute voix.

Elle ignorait qui était ce Naruto mais elle était persuadée qu'il allait parfaitement bien. Elle haussa les épaules et s'empara tout de même d'un stylo.

« Okay, accepta-t-elle, mais y a plein d'auberges et de bars différents, tu sais… »

~/~/~

Les différents établissements indiqués par Yasui se trouvaient tous dans le même secteur il existait donc bel et bien un quartier ninja à Sugusoba.

Iruka dut traverser toute la ville pour le trouver car il était situé à l'opposé de son école et donc de son logement. Cela expliquait sûrement qu'il ait si peu croisé de ninja depuis son arrivée alors même que ces derniers traversaient souvent Sugusoba pour regagner Konoha.

Yasui lui avait conseillé un bar en particulier où de nombreux ninjas se retrouvaient. Elle s'y rendait elle-même parfois quand elle avait envie d'une rencontre facile.

Il faisait nuit quand Iruka y arriva. Les vitres du bar étaient recouvertes de givre à leurs coins et il ne discernait que des ombres à travers les carreaux depuis la ruelle où il se trouvait. Il attendit longuement, absorbé par ces silhouettes qu'il discernait et, lorsque l'une d'entre elles sortait, sa respiration se bloquait à la seule vue de cet uniforme verdâtre qu'il avait si longtemps abhorré. Aucun des ninjas qui passèrent près de lui ne possédait la tignasse grise qu'il recherchait mais même si ça avait été le cas, il aurait été incapable de bouger. Il était comme paralysé.

Retrouver Kakashi ? Et après ? Que lui dire, que lui raconter ? Lui parler de ce toit où il n'était plus ? Iruka se sentait ridicule, ne comprenait plus certaines de ses réactions. Que faisait-il dans cette ruelle à une heure indue de la nuit ? Et pourtant, il restait dans le froid à chercher des cheveux gris dans l'obscurité.

Il ne traversa jamais la rue qui le séparait du bar et qui lui aurait permis d'en avoir le cœur net. Très certainement, Kakashi n'avait rien à lui annoncer. Très certainement, il était déjà reparti. Mais il ne le saurait jamais parce qu'il n'avait pas eu le courage de traverser cette fichue rue.

Il rentra chez lui, la tête basse et le corps frigorifié. Il ne se souvenait pas avoir ressenti une telle honte de lui-même jusqu'à présent. Il ne voulut pas se faire un thé pour se réchauffer, il ne pensait pas le mériter. Et alors, il vit sur son bureau le manuel sur l'art ninja qu'il consultait dès qu'il avait un moment et une fureur inconnue s'empara de lui. Il se jeta sur ce livre, en arracha les pages et pris dans sa colère, il balança toutes ses affaires, ses stylos, ses feuilles, tout termina par terre et il observa le désordre en reprenant son souffle.

A quoi bon ce manuel ? A quoi bon réapprendre l'art ninja ? Et il se souvint de cette fierté des derniers jours face aux maigres progrès qu'il avait effectués. Il était ridicule. Savoir se battre n'était rien quand on manquait de courage pour agir. Ce soir, il avait été lâche. Il n'avait que quelques pas à faire pour affronter Kakashi mais il avait préféré fuir.

Et alors, il se remémora Kakashi. Ce ninja si courageux qui risquait sa vie pour son village sans même sourciller, qui mettait sa force au service des autres. Cet homme-là avait toujours eu peur de lui. Il prenait d'infinies précautions pour lui parler, n'osait pas le toucher. Même avec Yasui, il avait fui. Tout comme Iruka avait fui devant ce bar. Ils étaient pareils.

Iruka devait se montrer plus fort que ça. Il était impératif qu'il progresse. Il ne pouvait accepter de rester le lâche qu'il était.

~/~/~

« Vous voulez entrer un moment ? »

Voilà, il l'avait dit. Ce n'était finalement pas si compliqué.

Otoko, en face de lui, avait relevé les yeux. Iruka put lire la surprise en eux, la surprise et l'excitation.

Le courage passait par là : il fallait oser.

C'était Yasui qui avait raison, il ne pouvait pas fréquenter Otoko éternellement et qu'il ne se passe jamais rien. L'autre l'invitait partout, lui offrait des cadeaux, l'emmenait dîner mais ils continuaient à se comporter comme de simples connaissances.

Bien sûr, dans les lieux publics, c'était compliqué. Iruka avait toujours le sentiment que les autres savaient, que tout le monde devait trouver étrange que deux hommes déjeunent ensemble. Même ses regards sur Otoko, il se surprenait à les surveiller. Ils s'évertuaient tous deux à montrer ostensiblement qu'il ne s'agissait pas d'un rendez-vous alors que, de fait, c'en était un. Comment, dans ces conditions, faire progresser leur relation ?

Ça ne l'avait pas dérangé, au début, qu'ils prennent leur temps mais, il devait bien se l'avouer, il commençait à s'ennuyer. Otoko était un homme brillant, cultivé, mais pas très amusant. Iruka se sentait un peu gonflé de le lui reprocher alors qu'il n'était lui-même pas drôle, mais c'était ainsi. Il aurait aimé que l'autre se montre plus volontaire, plus conquérant. Otoko était toujours si poli, trop poli, il fallait qu'il lâche un peu prise. En fait, ce qui lui déplaisait chez Otoko, c'était qu'il retrouvait en lui, certains de ses propres défauts et, après cette nuit, deux semaines auparavant, où il n'était pas rentré dans ce bar, Iruka s'était décidé à prendre les devants. Il fallait qu'il cesse d'être dans l'attente. Otoko n'était pas Kakashi. Il s'était trop habitué à ce que ce soit l'autre qui fasse tous les efforts.

Puisque les lieux publics étaient un problème, il suffisait de trouver des endroits plus feutrés. Il existait des bars, des auberges, toutes sortes d'établissement où un couple comme eux aurait été plus que chaudement accueilli. Yasui lui avait fait une liste. Mais Otoko était juge, c'était un homme public, un père de famille, sa réputation devait rester immaculée. Iruka aurait aimé vivre dans une société où son amour pour le même sexe n'aurait posé aucun problème mais il savait qu'il rêvait tout éveillé et il comprenait qu'Otoko veuille rester discret. Il avait tout de suite su qu'il s'embarquait dans une histoire clandestine.

Et puis, Otoko avait un enfant qui était aussi un élève d'Iruka. Son logement était par conséquent exclu. Iruka en avait donc conclu que s'il voulait passer à la vitesse supérieure avec Otoko, il ne restait plus que son propre appartement.

Bien sûr, inviter Otoko chez lui, c'était lui faire des avances, assumer d'être celui qui avait envie. Mais quoi ? Il avait envie. Durant son unique nuit avec Kakashi, il avait connu un plaisir intense qu'il brûlait de ressentir encore. Il savait bien qu'Otoko ne possédait pas la même expérience, que ce serait certainement différent mais il s'en moquait : ils n'auraient qu'à apprendre ensemble.

Otoko n'avait pas répondu à sa proposition, il s'était contenté de lui lancer un regard interrogateur. Il n'osait pas encore formuler son désir à voix haute mais Iruka le percevait dans la simple tension de son corps. Il n'attendit pas sa réponse, préférant prendre sa main pour le rapprocher de lui. Il cherchait déjà ses clés pour ouvrir la porte de son hall d'immeuble mais il discerna du mouvement à l'intérieur et lâcha instantanément la main d'Otoko qui, alerté, se mit sur le côté dans une posture qui se voulait dégagée.

« Ah, Shiwaraga-san, s'écria Iruka dès qu'il reconnut sa vieille concierge, bonjour ! »

« Bonjour, Umino-san. » répondit-elle tout en jetant un coup d'œil à Otoko, plus en retrait.

Iruka craignait beaucoup cette femme, qu'il trouvait un peu pincée. Les personnes âgées en général l'inquiétaient, il avait l'impression qu'elles étaient moins ouvertes d'esprit que les autres.

Il n'osa pas présenter Otoko qui, même dans la gêne, restait d'une impressionnante prestance. La vieille ne fit que passer, elle portait un sac de courses à la main. Iruka profita de l'ouverture du hall pour entrer et faire signe à Otoko de faire de même. Ce dernier se montra hésitant mais s'engouffra finalement à sa suite. Iruka le guida d'un pas pressé jusqu'à son appartement et rien que de sentir sa présence derrière lui lui tordait l'estomac.

Dès qu'ils furent à l'intérieur, il tâcha de se détendre mais le visage crispé d'Otoko qu'il aperçut quand il se retourna ne l'y aida en rien.

« On a déjà croisé cette vieille plusieurs fois. » maugréa ce dernier.

C'était vrai. Otoko, dans son infinie politesse, raccompagnait immanquablement Iruka jusqu'à chez lui à la fin de chacun de leur rendez-vous. Et ils restaient devant son immeuble, à attendre que la conversation languisse pour se dire au revoir sans oser s'embrasser. Ils savaient en avoir tous les deux envie mais la possibilité d'être vus les bloquait, surtout Otoko. De fait, durant ces interminables moments à se dire au revoir, la vieille Shiwaraga était déjà passée à côté d'eux.

« C'est la concierge, c'est normal de la croiser souvent… » minimisa Iruka.

« Elle va finir par comprendre. » insista Otoko.

« Comprendre quoi ? Il ne s'est encore rien passé ! »

Il ne voulait pas lui faire de reproches mais sa réplique y ressemblait drôlement. Il chercha à se montrer plus accueillant.

« Je te sers quelque chose à boire ? »

Le tutoiement avait jailli naturellement, comme si l'intimité de l'appartement permettait celle des mots. Du reste, cela faisait près d'un mois et demi qu'ils se fréquentaient, c'était loin d'être prématuré.

Otoko ne le regardait pas et restait figé près de la porte.

« Je ferais peut-être mieux de partir. »

« Mais on ne fait rien de mal à la fin ! Reste un peu, je t'en prie ! »

Son ton péremptoire sembla ramener Otoko sur terre.

« Je veux bien un thé. », accepta-t-il.

« Un thé, souffla Iruka, je te fais ça. »

Et il lui désigna le canapé tout en se dirigeant lui-même vers la cuisine qui faisait partie de la même pièce.

Le thé les aida à se détendre et ils passèrent une bonne demi-heure à parler de tout et de rien sur le canapé. Iruka sentait ses mains moites et sa bouche pâteuse et il se demandait avec un peu de ressentiment si ce serait encore à lui de faire le premier pas.

Otoko se releva finalement et tout en mettant les mains dans ses poches, il parcourut la bibliothèque d'Iruka, il fit quelques commentaires sur les titres qu'il connaissait, en feuilleta d'autres, en ramena certains jusqu'au canapé. Il se rassit plus près d'Iruka et ce dernier ne fit rien pour se décaler. Otoko avait la tête baissée sur un livre ouvert et entama la lecture à voix haute d'un passage qu'il appréciait. Iruka n'écoutait rien, préférant contempler l'oreille de son compagnon et la courbe de son cou.

Il avait parfaitement compris où Otoko voulait le mener et il tâchait de jouer à ce jeu du mieux qu'il pouvait. Et ça ne rata pas. Subitement, Otoko releva la tête et ils se retrouvèrent les yeux plongés dans ceux de l'autre dans un de ces moments où le temps ne semblait plus vouloir s'écouler. Ils se dévisagèrent et Iruka, souriant tendrement, laissa son regard vagabonder jusqu'à la bouche d'Otoko. L'autre n'en attendait pas plus pour oser enfin et il ne lui fallut qu'avancer ses lèvres pour prendre celles d'Iruka.

Ce dernier ferma les yeux dans un mouvement réflexe et se contenta de se laisser faire. Otoko avait été marié des années, il savait embrasser. Le geste était aussi tendre qu'il s'y était attendu, agréable, et quand Otoko se recula, ils eurent tous les deux un rire gêné.

« La séduction, ce n'est pas mon truc. » commenta Otoko.

« Crois-tu ? » le taquina Iruka tout en posant sa main sur son épaule.

Il en voulait plus, beaucoup plus. Il voulait se sentir excité, frissonnant, chaud de l'intérieur.

Otoko le comprit, n'en parut pas malheureux et s'avança de nouveau mais alors qu'il allait sûrement se montrer plus entreprenant, sa fragile ardeur fut coupée net et il s'esquiva, soudainement paniqué.

On venait de toquer à la porte.

Ils sursautèrent comme s'ils étaient pris en faute et Iruka jeta craintivement un coup d'œil vers l'entrée. Ils restèrent tous les deux silencieux, espérant que l'inopportun frappeur abandonne.

Mais il récidiva.

« Umino-san, vous êtes là ? »

Iruka reconnut la voix de sa vieille concierge et Otoko, de son côté du canapé, murmura :

« Je t'avais bien dit qu'elle se doutait de quelque chose. »

Un peu irrité, Iruka haussa les épaules : ce n'était pas la première fois que Shiwaraga frappait à sa porte. Le moment était très mal choisi, voilà tout.

« Elle nous a vu entrer, rappela péremptoirement Otoko, si tu ne lui ouvres pas, elle va s'imaginer des choses… »

Iruka se leva tout en se demandant ce qui serait arrivé si Shiwaraga-san était venue frapper vingt minutes plus tard. Aurait-elle pu encore « imaginer » quoi que ce soit ?

Otoko se plaça bien au coin du canapé et saisit la tasse de thé pour la placer sur la table basse en face de lui. Au cas où, il adoptait la posture d'un ami en visite mais, normalement, Shiwaraga ne pourrait pas l'apercevoir depuis l'entrée de l'appartement.

Au moment d'ouvrir la porte, Iruka tâcha de sourire. La vieille voulait certainement lui parler de l'entretien des parties communes du bâtiment, Shiwaraga était très pointilleuse à ce sujet, mais cette supposition éclata en morceaux quand sa concierge apparut derrière la porte.

« Ah, Umino-san, débutait-elle déjà, j'ai croisé cet homme qui voulait vous voir. »

Et légèrement en retrait, sur le côté, Kakashi était là.

Ils restèrent muets tous deux sans réellement oser se regarder mais la concierge, impatiente, poussa le jounin en avant et il se retrouva à l'entrée du salon d'Iruka.

« Vous aviez un colis, non ? » rappela-t-elle.

Kakashi sembla s'en souvenir et tendit à Iruka le petit carton qu'il tenait dans ses mains.

« Ta lettre… », se contenta-t-il de prononcer.

Iruka acquiesça, repensant à cette lettre qu'il avait bêtement envoyée après son échec de la ruelle. Il était toujours persuadé que Kakashi ne serait pas venu à son école sans une bonne raison et il avait tenté de l'interroger dans cette lettre. Pour paraître moins louche, il avait aussi demandé certaines petites affaires qui lui manquaient mais dont il pouvait facilement se passer. Et voilà que Kakashi venait en personne… Pourquoi ne s'était-il pas contenté d'envoyer ce colis par la poste comme il l'avait fait la première fois ?

« Ce n'était pas la peine de te déplacer… » balbutia-t-il en s'emparant tout de même du paquet.

Tandis qu'il parlait, il risqua un regard vers lui et ils s'observèrent véritablement pour la première fois.

« Tu t'es coupé les cheveux. » remarqua Kakashi à voix basse.

Iruka porta mécaniquement sa main inoccupée jusqu'à sa nuque tout en notant comme l'œil de Kakashi s'était allumé. Quand il avait repris l'entraînement avec son manuel, Iruka s'était très vite aperçu que la longueur de ses cheveux posait problème. Dès qu'il transpirait, des mèches se collaient dans sa nuque et lui donnaient encore plus chaud. Il en avait parlé à Meijin qui l'avait embarqué chez son coiffeur et il s'était retrouvé avec des cheveux mi-longs qu'il pouvait aisément rassembler en une couette haute comme il l'avait fait le matin même.

Il savait qu'il ressemblait plus à l'autre ainsi, qu'il lui donnait raison, mais il avait jugé que, dans une ville étrangère, personne ne s'en apercevrait.

Kakashi s'en était aperçu tout de suite, évidemment, puisque c'était l'autre qu'il voulait, et, sans véritablement se l'expliquer, Iruka s'en sentit piqué. Soudainement, alors qu'il avait tant désiré le revoir, il avait maintenant envie que Kakashi parte très loin de lui.

Il se souvint cependant du pourquoi de la lettre envoyée et ne voulant pas laisser passer une nouvelle fois sa chance, il demanda :

« Et Naruto ? Ça va ? »

Kakashi parut surpris par la question et comme tout ninja se retrouvant face à une demande d'informations, il repéra les lieux de l'œil avant de répondre. Il n'était pas censé parler du village en présence d'oreilles étrangères. Et alors, il le vit. Sur le canapé. Cet homme. Cet autre homme. Ils se toisèrent du regard dans un silence inconfortable.

Iruka avait suivi le regard du jounin. Ce face-à-face l'avait tant perturbé qu'il en avait momentanément oublié Otoko. Mais maintenant, sa présence était outrageusement voyante et Iruka ressentit un besoin criant de se justifier, de nier même. En fait, il avait honte d'avoir invité Otoko chez lui.

Otoko s'était levé. Il s'approcha et se plaça juste aux côtés d'Iruka qui le détesta d'agir ainsi. Il s'affichait comme son amant alors même qu'il répugnait à se montrer avec lui en temps normal.

S'inclinant exagérément, il finit par se présenter :

« Bankan Otoko, juge du Pays du Feu, enchanté de vous connaître. »

Iruka observait la scène, impuissant. A quoi cela rimait de préciser qu'il était juge ? A part pour se faire mousser ? C'était ridicule.

« Enchanté, Bankan-san, répondit Kakashi en s'inclinant lui aussi. Vous comprendrez que je ne me présente pas en retour. »

La voix était indifférente mais Iruka était capable de deviner la fureur contenue dans la mollesse apparente du jounin. C'était un homme jaloux même quand il n'y avait aucune raison de l'être.

« Besoin d'anonymat dans votre branche ? » comprit Otoko.

« Tout juste. »

Ils continuèrent de s'affronter du regard quelques secondes tout en surjouant la cordialité.

« Je vais y aller. », finit cependant par céder Kakashi.

Puis, se tournant vers Iruka, il ajouta :

« Comme la première fois, je me suis permis d'ajouter deux-trois petites choses que tu n'avais pas demandées. »

« Merci. »

Kakashi fit un signe de tête et se détourna.

« Et Naruto va bien. » ajouta-t-il d'une voix lointaine.

Il avait dû considérer qu'Otoko ne représentait pas de risque majeur. Pas en matière de sécurité, en tout cas.

Iruka acquiesça vigoureusement, réellement soulagé par cette nouvelle mais il aurait aimé trouver un moyen de retenir davantage le jounin. Il avait d'autres questions à lui poser même s'il se rendait bien compte que la présence d'Otoko et de sa concierge empêchait la moindre véritable conversation de s'installer.

Après de brèves salutations, Iruka fut bien obligé de refermer sa porte et se retrouva de nouveau seul avec Otoko. Ses jambes flageolaient à la pensée que c'était très certainement la dernière chance qu'on lui avait donnée de parler avec Kakashi et qu'il l'avait gâchée. La probabilité qu'ils se revoient un jour était infime et sa gorge se serra à cette pensée.

« Un ninja ? » fit remarquer la voix dure d'Otoko derrière lui.

Il se rappelait à lui, sentant bien qu'il était passé au second plan avec cette visite.

Reprenant contenance, Iruka se retourna, restant tout de même appuyé contre la porte.

« Quoi ? »

« Tu m'as dit quand on s'est connu qu'il n'y avait eu qu'un seul homme dans ta vie. Cet homme, c'était lui, non ? Ce ninja ? »

Otoko paraissait l'accuser et Iruka ne comprenait pas bien pourquoi. Il n'avait pas envie de comprendre à vrai dire. Il aurait préféré être seul. Il répondit tout en haussant les épaules.

« Eh bien oui, c'était lui. Et après ? »

Il avait toujours été honnête avec Otoko. Il lui avait dit tout de suite qu'un autre homme avait compté. L'autre n'imaginait certainement pas de quelle manière mais peu importait. Otoko n'allait tout de même pas lui faire une scène alors qu'il ne lui avait jamais rien caché.

« Un ninja ? » répéta-t-il pourtant.

« Oui, un ninja ! s'énerva à moitié Iruka. Et alors ? Qu'est-ce que ça fait ? »

« C'est un assassin, répartit Otoko avec froideur. Cet homme est payé pour tuer d'autres hommes. Je n'arrive pas à croire que tu aies pu partager le lit d'un tel meurtrier. »

Iruka eut un geste de recul, ne reconnaissant plus le père d'élève charmant qu'il avait fréquenté jusqu'alors. Le ton, la posture, le regard, rien ne lui ressemblait. Il n'avait plus affaire au prétendant mais à l'homme de loi. Un homme qui se permettait de le juger et de mépriser ses agissements passés. Mais Iruka n'avait pas honte de son passé, bien au contraire.

« Les ninjas nous protègent. » rectifia-t-il.

« La police nous protège, le reprit Otoko avec autorité. La police arrête des criminels qui sont ensuite jugés. Ça, c'est une société civilisée. Les ninjas tuent sans demander de compte à personne. »

« Et grâce à qui crois-tu qu'elle existe, ta société civilisée ? réagit ironiquement Iruka. Sugusoba, ton tribunal, ta justice… ce sont les ninjas qui se chargent de les préserver. Tu n'imagines pas tout ce que tu leur dois ! »

« Ce sont des bouchers. » asséna cependant Otoko et une telle accusation étouffa Iruka d'indignation.

Mu par une force nouvelle et inconnue, il traversa l'appartement à la recherche d'un sachet en papier qui reposait sur certains livres de sa bibliothèque, il s'en empara et vint se planter devant Otoko.

« Eh bien, révéla-t-il avec force, j'ai moi-même été un de ces bouchers. »

Et dans sa main reposait ce bandeau orné d'une plaque métallique qui n'avait jamais rien signifié pour lui et qu'il brandissait maintenant avec fierté.

« Toi ? prononça Otoko. Toi qui éduques des enfants et qui es toujours si doux ? Tu as été un ninja ? »

Non, Iruka n'avait jamais été ninja. Il n'en avait aucun souvenir et avait longtemps considéré les soldats de Konoha avec indifférence mais aujourd'hui, le dédain d'Otoko le rendait plus ninja qu'il ne l'avait jamais été.

Il acquiesça avec conviction et Otoko, clairement déçu, marmonna :

« Je ferais mieux de m'en aller. »

Otoko lui passa devant pour sortir et Iruka ne se retourna pas au bruit de la porte. Il avait eu ce qu'il voulait : il était seul.

Il se mit à respirer plus fort quand il réalisa ce qu'il venait de faire. Il gâchait tout. Il aurait suffi qu'il donne raison à Otoko pour qu'il reste. Il s'était toujours moqué du monde ninja jusqu'à aujourd'hui mais quelque chose en lui l'avait poussé à le contredire. Il était en colère, en fait. Il savait qu'il aurait pu convaincre Kakashi de rester si Otoko n'avait pas été là. N'ayant pas eu le courage de le faire devant le jounin, Iruka avait chassé Otoko après-coup.

Son comportement ne menait nulle part. Kakashi était déjà parti, probablement pour de bon. Et, de nouveau, la solitude.

Il aurait pu se lamenter mais ses résolutions passées lui revinrent en tête : il s'était juré d'être courageux. Bien sûr, il avait fait des avances à Otoko mais il savait bien, en son for intérieur, que son audace auprès de lui n'avait pour but que de compenser la lâcheté dont il faisait toujours preuve quand il se retrouvait face à Kakashi et, à ce niveau, il avait encore échoué.

Ses yeux errèrent autour de lui et une motivation nouvelle le gagna : il n'était pas trop tard.

Il alla jusqu'à son bureau, fouilla dans les tiroirs et retrouva la carte où Yasui lui avait indiqué les différents établissements ninja. Il n'était même pas dix-neuf heures, il n'était pas impossible que Kakashi mange à Sugusoba avant de repartir pour Konoha. Peut-être même qu'il s'était trouvé une chambre pour la nuit. Il prépara un sac à la hâte, le remplissant des affaires qu'il pensait pouvoir lui être utiles et sortit en vitesse.

Il ne savait pas vraiment ce qui le poussait à agir mais il sentait que s'il ne se bougeait pas maintenant, il le regretterait tout le reste de sa vie.

Il venait de dépasser le hall de son immeuble et examinait déjà sa carte pour éviter de se tromper.

« Vous cherchez votre ami ? »

Iruka se retourna pour faire face à la vieille Shiwaraga.

Il répondit, un peu embarrassé :

« Non, il est rentré chez lui. Il avait beaucoup de travail. Une affaire importante à préparer… »

« Je parlais de votre autre ami, rectifia la vieille. Le ninja. C'est bien après lui que vous courez, non ? »

Ce n'était pas véritablement une question et Iruka, prudent, préféra ne rien répondre.

Elle le considéra une seconde puis lui fit signe de la suivre. Elle le mena jusqu'à sa loge.

« Quand je suis rentrée de mes commissions, j'ai trouvé votre ami ici, il voulait déposer son colis chez moi mais je lui ai dit que je vous avais vu et que vous étiez chez vous. Il ne voulait pas monter au début. Enfin, il s'est décidé mais il avait déjà commencé à m'écrire une adresse sur un morceau de papier en cas de problème. »

Elle avait tendu le bras et saisit un bout de feuille déchirée. Iruka y reconnut l'écriture de Kakashi. Ce morceau de papier lui sembla être le bien le plus précieux au monde.

« Merci. », balbutia-t-il.

Il regarda l'adresse sans voir où elle pouvait mener.

« C'est une auberge miteuse, expliqua-t-elle encore. Je n'arrive pas à croire qu'on ne puisse pas mieux loger nos soldats que ça. Je vais vous montrer sur votre carte. »

Elle avait déjà remarqué qu'il s'orientait souvent avec des cartes quand il sortait. Elle lui indiqua le chemin dont la destination correspondait à un des lieux entourés en rouge par Yasui.

Le regard d'Iruka passait de la vieille à sa carte sans saisir pourquoi elle l'aidait ainsi. Elle dut comprendre sa question muette.

« J'ai un petit-fils, révéla-t-elle. Il n'est encore qu'un adolescent et c'est déjà difficile pour lui. J'espère que quand il sera en âge, il rencontrera quelqu'un de gentil comme vous. »

Il eut un sourire tendre et, passant outre les convenances, l'attrapa par l'épaule.

« J'espère surtout qu'il aura une concierge aussi efficace que vous… »

Elle lui sourit faiblement, ce qui accentua sa motivation et il lui offrit en retour un hochement de tête résolu. Il était prêt.

~/~/~

Comme la première fois, il traversa toute la ville. Bien guidé par les consignes de Shiwaraga-san, il trouva la modeste auberge sans encombres.

Le gérant lui jeta un regard suspicieux quand il entra, certainement parce qu'il était rare qu'un civil s'aventure dans son établissement. Il devait avoir ses habitués.

Ne sachant pas vraiment comment expliquer sa présence, Iruka se contenta de montrer le papier où s'étalait l'écriture de Kakashi.

« On m'a indiqué cet endroit, résuma-t-il. Je cherche un homme masqué, aux cheveux gris. »

Le gérant lut l'adresse et, dans un haussement d'épaules, il indiqua :

« Chambre sept. A l'étage. »

Iruka remercia longuement alors que son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Il manqua de souffle pour monter l'escalier et, enfin, il se retrouva face à la porte de la chambre de Kakashi.

Il lutta contre l'envie pressante qu'il ressentait de rebrousser chemin. Il se raisonna en se disant que le gérant le trouverait bizarre à aller et venir comme ça et, pour éviter de trop penser, il frappa timidement à la porte. Il espérait presque ne pas être entendu, que personne n'ouvre mais la porte s'écarta avec force et l'œil surpris de Kakashi le dévisagea aussitôt.

Ils restèrent à s'observer, interdits, et alors que Kakashi allait parler, Iruka le devança.

« Je ne sais pas vraiment ce que je fais là. » avoua-t-il, honnête, mais en face de lui, Kakashi était fatigué. Fatigué des petits jeux et des reculades, fatigué de l'espoir qui ne cessait jamais de l'habiter, fatigué de cette nouvelle coupe de cheveux qu'arborait Iruka et qui n'était pas vraiment nouvelle.

Lui savait très bien ce qu'il voulait.

D'un geste vif, il s'empara de la bandoulière du sac d'Iruka et tira le jeune homme à l'intérieur.

Son dos percuta brutalement l'un des murs de la chambre et Iruka se contenta d'entrouvrir les lèvres quand, baissant son masque, Kakashi l'embrassa à pleine bouche.