Chapitre 17


Le Docteur haussa un sourcil en entendant quelqu'un frapper à la porte de sa chambre. Qui pouvait venir le déranger à cette heure tardive de la nuit ? Tous ses compagnons étaient sensés dormir.

-Entrez, appela-t-il en reposant son livre.

Le sourcil monta un peu plus haut quand il découvrit Jack, vêtu seulement d'un survêtement. Le jeune homme tremblait violemment, son expression identique à celle d'un enfant apeuré venant de se réveiller d'un cauchemar.

-Docteur..

-Damn, Jack, murmura-t-il en se levant précipitamment pour le prendre dans ses bras.

Son ami enroula ses bras autour de ses épaules, blottissant d'instinct son visage dans son cou. Les deux cœurs du Docteur se serrèrent. Il n'avait pas besoin d'explication pour comprendre que Jack avait encore fait un mauvais rêve.

-Qui? demanda-t-il très doucement.

La respiration du plus jeune était sifflante quand il murmura :

-Gray.

Gray. Bien sûr. Le Docteur ne connaissait pas tout le contexte autour de la disparition du frère cadet de Jack, mais il en savait assez pour deviner que l'aîné s'en tenait responsable. Secouant la tête, il le guida jusqu'à son lit, le laissant s'y installer comme il le faisait souvent dans ce genre de situation. Son compagnon se roula en boule, un coussin serré contre lui, avant de poser sa tête contre le torse du Docteur. Il ferma les yeux, se concentrant sur le double battement de cœur.

-Docteur ..

-Je suis là, fiston, chuchota ce dernier en caressant gentiment ses boucles soyeuses. L'une des mains s'agrippa à son t-shirt. Je ne vais nulle part, ajouta-t-il en refermant un bras autour de lui.

Il ne savait plus combien de fois Jack avait dormi dans son lit, que ce soit à cause d'un de ses propres cauchemars ou un de ceux du Docteur. Passé la sensation étrange pour ce dernier de partager sa couche, tous deux avaient fini par trouver un accord silencieux, se soutenant mutuellement contre leurs démons sans jamais rien demander de plus.

-Toujours.. là? marmonna Jack, ses yeux se refermant d'eux-même.

-Toujours, promit son ami.


-Elle est malade depuis deux jours.. Je ne sais pas ce qu'elle a, je n'ai pas les moyens d'appeler un médecin, murmura l'Androsienne en leur ouvrant la porte de leur chambre où se reposait son épouse.

Le Docteur entra dans la pièce, suivie des deux jeunes femmes. Jack et James s'étaient absentés, partis à la recherche de nourriture pour la malade. Ariane plissa le nez à peine entrée dans la pièce.

-Bordel, ça pue, ouvrez les fenêtres! Elle a besoin d'air frais! affirma-t-elle en se dirigeant vers la fenêtre.

Rose roula des yeux : l'apprentie médecin partageait clairement le caractère difficile de son professeur. Celui-ci la fixait en souriant, clairement amusé. Il la laissa se diriger ensuite vers leur patiente, l'examinant avec gentillesse avant de se tourner vers lui.

-Elle sue, elle meurt de chaud, grommela-t-elle en retirant les couvertures. Votre physiologie est différente de la nôtre, vous avez besoin d'eau tiède pour calmer le feu dans ses veines, pas froide. Surtout pas froide, ça augmente la fièvre. Il faudra aussi changer ses draps quand elle se sentira mieux.

-Je vais aller faire chauffer un bain, murmura l'Androsienne en sortant en courant.

-Oh et ramenez une tisane de thym, pour la circulation du sang !

Ariane croisa le regard du Docteur, son expression inquiète. Ce dernier secoua la tête.

-Rien à dire. C'est complètement juste ! Vous êtes fantastique, Ariane, vous avez appris tellement vite, s'enthousiasma-t-il. Il y a encore quelques semaines, vous ne différenciez pas deux physiologies aussi proches que celles des Androsiens et des Malsiens. C'est fantastique!répéta-t-il, faisant rougir son élève.

-Je ne fais qu'appliquer ce que j'ai lu, marmonna celle-ci en tortillant une de ses mèches.

-C'est en appliquant qu'on commence à apprendre, rappela le Docteur. Je suis fier de vous, Ariane. Vous faites une infirmière parfaite.

-Vraiment?s'illumina la jeune femme.

-Vraiment, confirma Rose en posant sa main sur son bras. Ne doute pas de toi, Ari. Tu es douée, tu feras une médecin géniale.

-Elle l'est déjà ! Vous n'avez plus besoin de moi, Ariane, affirma le Docteur. Vous maîtrisez toutes les bases pour pratiquer seule.

Son amie lui sourit, sa joie débordante devant les compliments de deux des personnes les plus importantes de sa vie. Au fil des semaines, elle et Rose étaient devenues des amis très proches, partageant rêves et sentiments comme on le ferait avec une sœur. Jamais Ariane n'aurait pensé être capable d'aimer quelqu'un si fort qu'elle aimait le Docteur et la terrienne.

Elle avait trouvé en eux une famille de substitution, comblant un manque qui l'avait toujours transpercée depuis l'orphelinat. Un père et une sœur. Des études de médecine où elle s'épanouissait. Un autre destin, une autre vie. Que demander de plus, à part peut-être l'attention complète de l'homme qu'elle aimait ?


Assis dans le restaurant, les deux mercenaires dévoraient leur repas. Tous deux venaient de recevoir le versement de leur patron. C'était la première fois depuis le début de leur partenariat qu'ils venaient de toucher une aussi grosse somme et Ariane l'avait supplié de se rendre dans le premier restaurant venu.

C'était une réplique d'un fast food de la Terre Mère des années 50 où on pouvait trouver tout un tas de plats gras et sucrés. La jeune femme ne cesser de le surprendre par son appétit, elle en était à son deuxième hamburger et à sa troisième bière. Damn, quand avait-elle mangé à sa fin pour la dernière fois ?

Malgré sa propre faim, l'homme panthère restait fasciné par Ariane, dont les manières laissaient franchement à désirer : celle-ci avait de la sauce sur son visage et son t-shirt, ses doigts gras essuyés négligemment sur la table, les serviettes fournies totalement oubliées. Elle avait déjà émis plusieurs rots bruyants, ce qui avait fait se retourner plusieurs clients, et ce alors qu'elle restait aussi fine et forte qu'une liane malgré la masse de nourriture avalée.

James ne pouvait s'empêcher de sourire devant ce spectacle, car dans ces rares moments de paix, Ariane agissait comme une jeune femme de son âge et non la guerrière impitoyable qu'elle pouvait être parfois. Il avait du mal à croire qu'elle avait décapité un homme quelques heures plus tôt sans ciller.

-Tu ne manges pas ? demanda la jeune femme après avoir englouti une poignée de frites.

-Hein ? Quoi ?

-Tu es dans la lune depuis que j'ai commencé à manger, je ne vois pas en quoi ce spectacle est fascinant ! la taquina Ariane en essuyant sa bouche avec une serviette – oh miracle.

-J'aime te voir comme ça, c'est tout …

-Comme quoi ? Ça fait une décennie qu'on avait pas eu un repas digne de ce nom !

-Tu as encore de la place pour un dessert ?

-Toujours !

James sourit avant de venir passer un doigt sur la lèvre de la jeune femme pour essuyer une trace de sauce. Ce geste tendre fit sourire également Ariane.

-Je n'arrive pas à croire que ça va faire déjà deux ans qu'on bosse ensemble, soupira l'homme panthère en se remémorant leurs retrouvailles dans l'arène.

-Est ce que tu as des regrets ? demanda la jeune mercenaire d'une voix fragile.

-Non, pourquoi ?

Ariane se mordit la lèvre avant de baisser les yeux, est-ce que c'était le bon moment pour lui dire ce qu'elle voulait ? Quand il avait accepté sa proposition, elle avait sauté de joie jusqu'à ce qu'il lui dise qu'il désirait une relation libre.

Elle n'avait rien dit de peur qu'il ne la rejette encore une fois, mais elle était déjà lasse de le voir flirter et coucher avec d'autres personnes qu'elle. Bien entendu, de son côté elle n'était pas restée une sainte, vu qu'elle avait enchaîné amants et maîtresses en espérant que ça le rendrait jaloux. Mais non, rien. James n'y prêtait aucunement attention, se contentant de lui intimer de se montrer prudente avec les partenaires qu'elle choisissait.

James était un nœud de complexité et de paradoxes: d'un côté, il pouvait se montrer extrêmement possessif et surprotecteur mais de l'autre, il ne faisait rien pour lui montrer qu'il avait des sentiments pour elle.

-Pour rien !