Et c'est l'heure de dire au revoir! Les Davies n'ont fait que transiter par le Tardis, avant de partir vivre leurs propres aventures ;) Si vous avez bien lu ce que j'ai dit sur eux, vous pouvez sans trop de difficulté retracer leur parcours, mais s'il vous reste des questions, n'hésitez pas à les poser :)


Chapitre 18


-Vous êtes sûrs ?

Ariane roula des yeux en même temps que James.

-Oui, Docteur! s'exclama-t-elle pour une énième fois. On en a déjà parlé des heures, je ne vais pas le répéter encore une fois !

-Très bien, très bien, je voulais juste être certain, bougonna le Seigneur du temps en la regardant s'activer.

La jeune femme lui lança un sourire étincelant, avant de le taper gentiment sur le bras.

-Oh, allez, faites pas cette tête! Vous saviez que ça arriverait quand vous avez commencé à me former ! Il est juste logique que je vole de mes propres ailes !

-Je sais, je sais, marmonna-t-il en se frottant la tête. C'est juste que..

-Vous détestez les départs, oui, j'avais compris.. Mais voyez le positif, c'est pour avoir une meilleure vie !

-Meilleure qu'ici ?

-Vous savez très bien ce que je veux dire, abruti, rit-elle. Ne faites pas la tête, on dirait un papi! pouffa-t-elle en le voyant demeurer immobile, ses mains plongées dans les poches de son manteau alors que son pied frottait le sol.

-Insolente ! Je ne suis pas si vieux, sourit-il.

-Oh, ne te fie pas aux apparences, il est beaucoup plus âgé qu'il n'en a l'air, rit Rose en entrant dans le hall d'entrée, ses bras encombrés par un sac épais.

-Laisse-moi t'aider, intervint James en la délestant de son fardeau. Un sifflement lui échappa. La vache ! Il y a quoi là-dedans ? Ta collection de bouquins ?

-Tu ne crois pas si bien dire, répliqua Ariane en le regardant poser le sac avec précaution près de la porte. Regarde! s'exclama-t-elle en tirant la fermeture éclair, révélant des séries entières de livres. Tous mes manuels de médecine ! Hors de question que je parte sans eux !

-Et il y en a d'autres qui arrivent ! affirma la voix lointaine de Jack. Enfin, si j'arrive à les soulever ! Doc, vous n'avez pas un outil pour faire voler les objets lourds ? Ou un miniaturisateur ?

-Attend, j'arrive! cria James avant de partir en courant l'aider.

Le Docteur le regarda faire sans un mot, se sentant complètement inutile. C'était exactement le genre de situation à laquelle il n'appartenait pas : demandez-lui de sauver une planète, aider un enfant perdu ou bien de partir chercher le trésor perdu de Vercingétorix, il serait votre homme. Mais cela, c'était précisément le type de moment qu'il ne savait pas gérer.

Les départs. Les déménagements.

Les au revoir.

Il n'avait jamais été doué pour les dire, encore moins pour les assumer. C'était ce qui arrivait quand vous vous viviez aussi longtemps que lui, vous ne supportiez plus certaines choses. James et Ariane n'étaient que deux autres personnes ayant transité sur le Tardis pour finalement partir vivre leurs propres aventures.

Aucun ne demeurait jamais bien longtemps.

La main de Rose se posa sur son bras, le ramenant à la réalité. Baissant les yeux, il sourit à la jeune femme, mais la joie n'atteignit pas ses yeux. Sa compagne ne fut pas dupe, car elle vint saisir sa main, la pressant dans la sienne.

-Hey, murmura-t-elle doucement. Ce n'est pas grave, c'est la vie ! Des gens arrivent, des gens partent, c'est comme cela que cela fonctionne ! Vous n'avez rien fait de mal !

-Je sais, marmonna-t-il.

-Voyez le positif ! Ariane va devenir médecin !

-Elle l'est déjà, protesta-t-il, s'attirant une tape.

-Elle est assez grande pour l'être toute seule, imbécile ! Vous lui avez tout appris, il est temps de la laisser se lancer !

Le Docteur soupira. Rose avait raison, comme toujours, mais cela ne rendait pas les choses plus aisées à vivre.

-C'est juste.. J'en ai vu tellement, murmura-t-il, expliquant enfin ce qui le tourmentait. Des gens qui montaient sur le Tardis pour ne pas y rester, explicita-t-il devant son air perdu.

-Trop de au revoir? comprit-elle enfin.

-Trop de au revoir, confirma-t-il.

-Ce n'est pas comme s'ils allaient mourir! La planète où on va les déposer est en paix, on a passé un temps fou à s'assurer qu'il n'y avait aucun danger dans les cent ans à venir, lui rappela-t-elle.

Un nouveau soupir. Rose fronça les sourcils, cherchant à comprendre ce qui pouvait encore tourmenter son ami. Son regard suivit celui du Docteur, se posant sur Ariane qui courait au milieu de tous ses sacs, vérifiant encore et encore qu'il ne lui manquait rien.

Tournant la tête, elle étudia plus attentivement l'expression du Docteur, s'attardant sur ses traits mélancoliques. Un fin sourire étira ses lèvres, avant qu'elle ne lance, taquine :

-Oh, je connais ce regard !

-Quel regard ?

-Celui des parents qui ont peur que leur progéniture ne se blesse dans le parc! Vous êtes en choc de paternité, Docteur, rit-elle.

Celui-ci baissa la tête, tentant de dissimuler son propre sourire, mais surtout sa tristesse. Cela faisait longtemps qu'il avait cessé de nier les sentiments paternels qu'Ariane avait éveillés en lui, des sentiments qu'il savait retournés.

Elle les lui rappelait tellement.

Elle avait la même franchise, le même humour déplacé et la même expression canaille. S'il fermait les yeux un instant, il pouvait se les représenter, en train de courir dans les champs qui entouraient leur maison ancestrale.

Ses enfants lui manquaient tellement.

Et que dire de Susan.

Le Docteur secoua la tête. Il ne pouvait pas se permettre de se les rappeler. Se souvenir faisait toujours trop mal. Leur absence avait créé en lui un vide que rien, absolument rien, ne pourrait jamais combler.

Le Seigneur du temps fut tiré de ses pensées moroses par l'arrivée de Jack et James. Les bras des deux hommes étaient encombrés de boites et sacs, faisant rouler une énième fois les yeux du Docteur.

Il détestait les déménagements.

-Tu es sure d'avoir besoin de tout ça?pesta James en s'essuyant le front.

-Et je fais comment pour guérir les gens si j'ai pas mon matériel au dispensaire?répliqua Ariane. Merci, d'ailleurs, Docteur, commenta-t-elle en se tournant vers celui-ci, un sourire timide aux lèvres.

L'intéressé secoua la main.

-C'est normal! Autant avoir le meilleur! Faites-moi plaisir, prenez-en soin, commenta-t-il, un vrai sourire aux lèvres cette fois-ci.

Les yeux de son apprentie se mirent à briller à l'idée de pouvoir pratiquer la médecine en toute liberté.

-Oh, ne vous inquiétez pas, je vais les chouchouter ! Bon alors, on atterrit quand?demanda-t-elle, son impatience émanant de tout son être alors qu'elle le fixait, les poings sur les hanches.

-Hum .. Maintenant?répliqua Jack en poussant un levier.

Presque immédiatement, les lumières se mirent à clignoter, en même temps que le Tardis était propulsé en avant.

-Harkness ! Gardez vos mains où elles sont! pesta le Docteur en courant diriger son vaisseau, alors que ses compagnons s'agrippaient aux rambardes, leurs rires se mêlant à ses jurons.

-Il y a plein d'endroits où j'aimerai les mettre, répliqua celui-ci, un sourire canaille aux lèvres alors qu'il l'aidait.

Une série de grognements se fit entendre.

-Oh, ça, ça ne va pas me manquer, bougonna Ariane.

Jack lui décocha un sourire étincelant.

-Même pas un peu ?

-Dans tes rêves ! Viens ici, débile, rit-elle en le prenant dans ses bras alors qu'ils atterrissaient.

-Tu vas me manquer, affirma-t-il, plus ému qu'il ne voulait le montrer.

-Toi aussi, capitaine.. Prend soin des deux gamins, ok ?

-Vous savez ce qu'elle vous dit, la gamine ? grogna Rose avant de leur sauter dessus pour se rajouter à l'étreinte.

Le Docteur se tourna vers James, qui était demeuré étrangement silencieux. L'homme-panthère fixait le sol, son malaise évident. Roulant des yeux, il l'attrapa par l'épaule, profitant du long hug en cours pour l'entrainer dans un couloir à l'écart.

-Qu'est-ce qu'il y a, Docteur ?

-C'est plutôt à vous que je devrais poser la question, vous semblez aussi heureux qu'un prisonnier sur le point d'être exécuté !

James se mordilla la lèvre. Il ne savait pas comment expliquer ce qu'il ressentait sans devoir admettre certaines choses qu'il aurait aimé garder secrètes. Comme toujours, cependant, le Docteur semblait lire droit dans son cœur.

-C'est juste.. Je n'ai pas eu de maison depuis si longtemps, j'ai peur de ne pas savoir comment faire, admit-il très bas.

Le Docteur hocha la tête. Il comprenait cette peur.

-Vous ne serez pas seul, Ariane sera là.

-Mais si je n'y arrive pas ? Si je merde ?

-Pourquoi cela arriverait ? Vous ne comptez pas vous enfuir ou la tromper ?

-Quoi ? Non ! s'exclama James, choqué.

-Alors il n'y a pas de raison pour que cela se passe mal, sourit le Docteur. J'ai quelque chose pour vous qui pourrait peut-être vous aider, ajouta-t-il, avant de sortir de sa poche un objet circulaire minuscule qu'il tendit à James.

-Qu'est-ce que c'est? demanda celui-ci en le prenant.

-Tout ce que j'ai pu trouver sur vous et vos origines, répliqua-t-il, se délectant quelques instants de l'expression de son compagnon. Vous pensiez vraiment que je ne saurai pas ? commenta-t-il, avant de renifler, les bras croisés. Je sais tout ce qu'il se passe sur mon vaisseau, James.

-Mais vous .., balbutia celui-ci, ses mains tremblantes.

-Je ?

-Vous n'avez rien dit.. Tout ce temps..

-Pourquoi ? C'est à vous d'en parler.

James le fixa, ses traits stupéfaits devant une acceptation aussi simple. Le Docteur roula des yeux, avant d'expliquer :

-Nous avons tous nos secrets, Davies, certains plus difficiles que d'autres. Croyez-moi, j'en sais quelque chose, marmonna-t-il amèrement. Ce n'est pas moi qui vous jugerai pour avoir peur de vous ouvrir. Un simple conseil, néanmoins, appris par l'expérience : trouvez quelqu'un de confiance à qui vous pouvez le dire. Il n'est jamais bon de demeurer seul avec ses démons.

Son compagnon le dévisagea quelques instants, avant d'hocher lentement la tête, son regard humide. Il examina le disque, le caressant doucement avant de murmurer:

-A qui parlez-vous ? Rose ?

-Et Jack, confirma le Docteur, un sourire étirant ses lèvres à la pensée de ses deux amis.

-Jack.. Il a un putain de passé de merde.. Il ne m'en a jamais causé.. Est-ce qu'il le fait avec vous ?

-Parfois, répondit simplement le Seigneur du temps.

-Bien, murmura James en hochant la tête, semblant soulagé. Il ne doit pas rester seul.

-Il ne l'est pas, il m'a moi, répliqua le Docteur en se redressant un peu plus.

Un sourire félin étira les lèvres de l'homme-panthère, des lueurs dorées apparaissant dans ses prunelles alors qu'il dévisageait son ami.

-Prenez soin de lui, Doc.. Parce que je vous jure que je vous arrache les yeux si jamais il souffre.

-Prenez soin d'Ariane, rétorqua le Seigneur du temps, son regard soudainement dur. Faites-lui le moindre mal et il n'existera aucun endroit dans l'univers où vous pourrez vous cacher.

-Est-ce votre façon de me donner sa main?ironisa l'autre homme.

-Elle peut la donner seule, elle n'a pas besoin de moi pour cela. Ce n'est qu'un simple rappel, répondit gaiement le Docteur, son sourire enfantin.

James explosa de rire.

-Prenez soin d'eux, vieux, et prenez soin de vous, aussi! Cela a été un honneur, affirma-t-il en lui tendant la main.

Le Docteur la serra fermement.

-Pour moi aussi, James Davies, sourit-il. Vous êtes un homme bien, ne l'oubliez pas.

La gorge de ce dernier se serra. Le Docteur était le premier à l'affirmer si clairement depuis des dizaines d'années : il n'avait aucune idée de ce que ces mots signifiaient pour lui, à moins, au contraire, qu'il le sache exactement, à en juger par son expression soudainement paternelle.

-Bon, alors, vous venez ? Qu'est-ce que vous foutez cachés tous les deux ?

Les deux hommes roulèrent en cœur des yeux en voyant Ariane apparaître.

-Tu as tout ce qu'il faut? demanda James, sans répondre à sa question. Vêtements, manuels, matos ?

-Tout tout tout ! Il manque que l'élément principal !

-Oh, vraiment, et qu'est-ce que c'est? ronronna-t-il alors qu'elle enveloppait ses bras autour de son cou.

-Toi, murmura-t-elle en l'embrassant.

Le Docteur roula des yeux, battant des mains avant de soupirer, s'avouant battu. Un reniflement amusé lui fit tourner la tête : Jack et Rose observaient la scène, appuyés contre le mur.

-Je t'aime, murmura James en reculant finalement. Je t'aime tellement, répéta-t-il en caressant ses joues alors qu'Ariane sursautait, le fixant ahurie. J'aurai dû te le dire il y a bien longtemps.. Comme beaucoup de choses, en fait.. Dès qu'on aura tout installé, je vais avoir une très longue conversation avec toi.

-Tu es malade ? Tu vas mourir ? On t'a remplacé par un robot? souffla-t-elle en regardant le Docteur, paniquée.

James roula des yeux, avant de saisir son visage pour l'embrasser férocement. Rose contint à grand-peine une exclamation en voyant des rayures noires apparaître quelques instants sur ses bras, des griffes remplacement temporairement ses ongles. Elle tourna la tête vers Jack, puis le Docteur, mais aucun ne semblait surpris.

-Toujours moi, James Davis, ancien militaire et orphelin à la vie de merde, mercenaire repenti et futur apprenti médecin ou je ne sais même pas ce que je ferai sur cette planète, mais je m'en fous car tu seras là, affirma-t-il en la serrant contre lui.

-Doc? murmura Ariane.

Celui-ci sourit, avant d'hocher la tête, lui indiquant silencieusement que tout allait bien.

-Si vous avez fini de vous épancher, je vous signale que nous avons atterri! Votre maison vous attend !

-Notre maison, répéta Ariane, ses yeux brillant juste en entendant ce mot.

-Au milieu de la forêt, au centre d'un petit village de colons qui seront bien heureux d'avoir un médecin! rappela Rose en souriant.

Le sourire d'Ariane se fit étincelant : avant que son amie ait eu le temps de crier garde, elle avait attrapé sa main, l'entrainant derrière elle pour aller découvrir son nouveau foyer à deux. Les trois hommes suivirent plus lentement, Jack échangeant une longue étreinte avec James. Le Docteur avait mystérieusement disparu, leur laissant l'intimité nécessaire.

-Merci, murmura le capitaine.

-Non, merci à toi.. Tu as changé nos vies .. On serait toujours mercenaires sans toi.

-Et c'est vous qui vous êtes battus pour changer.. Vous auriez pu monter et demeurer les mêmes, lui rappela Jack.

-C'est ce qu'il t'est arrivé ? Tu étais.. Pardon, ça ne me regarde pas, marmonna James en se frottant le crâne.

Jack secoua la tête. Il ne lui en voulait pas.

-J'étais bien pire que vous à mon arrivée.. Il m'a fallu très, très longtemps pour réussir à chasser mes démons et devenir quelqu'un de potable.

-Tu veux dire un homme bien ! Tu l'es, Jack, n'en doute pas, protesta James. Le Doc ne te garderait pas à bord, sinon.

Jack sourit en pensant à son ami.

-Tu comptes lui dire un jour ce que tu ressens pour lui? Tu me pousses à dire la vérité à Ariane, mais tu joues au chat et la souris avec ce type.

Le sourire de Jack disparut.

-C'est compliqué, marmonna-t-il.

-Je crois me souvenir que quand je dis cela, tu me traites de lâche.

-Il ne m'aime pas ainsi, James, soupira le jeune homme.

-Vraiment ? Ce n'est pas ce que j'ai vu, et j'ai passé trois mois ici.

Avant que Jack n'ait eu le temps de l'interroger davantage, James était parti, remontant le couloir pour rejoindre Ariane qui tapait du pied devant le Tardis. Il sourit, glissant sa main autour de sa taille pour mieux l'attirer à lui alors que Rose les saluait de la main.

La porte du vaisseau se referma, avant que ne s'élève ce sifflement que le couple ne connaissait à présent que trop bien.

Appuyé contre la rambarde, le Docteur fixait le sol, ses cœurs se tordant à la pensée de laisser ses deux amis seuls. Il n'eut pas le temps de ruminer, cependant, car Rose lui sauta dessus, l'étreignant.

-Souriez ! Ils sont heureux ! Et ensemble ! Ce n'est pas une belle fin ?

-Oui, sourit-il. Oui, cela l'est. Merci, Rose.

Celle-ci lui adressa ce sourire malicieux plein de langue qui ne manquait jamais de lui faire manquer un double battement de cœur.

-C'est ce qui arrive toujours, ajouta-t-il en haussant les épaules. Vous autres, vous montez, vous restez un temps, et puis vous repartez vivre vos vies.

Rose et Jack échangèrent un regard.

-Pas nous, affirmèrent-ils en même temps.

-Vous allez devoir nous supporter pour toujours, commenta Rose en le serrant contre elle.

-Je n'ai aucune intention de rendre ma clé, ajouta le capitaine en passant un bras autour de son épaule.

-Vraiment? murmura le Docteur.

-Vraiment! confirmèrent-ils, le humement heureux du Tardis entrainant un fou rire collectif.

Le Docteur, Rose Tyler et Jack Harkness, pensa le vaisseau. Aussi longtemps que ces trois-là seront unis, l'univers n'aura qu'à bien se tenir.