Titre : L'Un à l'autre inconnus
Auteur : Sigognac
Genre : Romance + Hurt / Comfort
Rating: M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.
Chapitre 28 : Petit matin
Leur bulle se perça.
La réalité les happa et la grave conversation qu'ils avaient évitée jusque-là devint inéluctable.
Le temps reprit ses droits et Iruka, un peu paniqué, se souvint qu'on était un jour de semaine et que dans quelques heures il était censé prendre ses élèves en charge et leur faire cours. Comment allait-il pouvoir retourner à sa vie banale après une nuit pareille ? Il avait l'impression de basculer du rêve à la réalité.
Comment pourrait-il préférer la compagnie de pré-adolescents ingrats à celle de Kakashi ?
Bien sûr, en face de lui, rhabillé et assis en tailleur, le jounin avait d'autres préoccupations car il n'avait pas renoncé à le faire rentrer.
Alors la négociation débuta. Kakashi faisait valoir ses arguments, se vendait, agrémentait ses demandes de caresses et de baisers et à chacune de ses demandes, Iruka se montrait plus hésitant, tiraillé entre son lieu de naissance et sa ville d'adoption. Son habituelle rationalité se faisait museler par la tendresse et les promesses du jounin en face de lui. N'était-il pas fou de ne pas se laisser aveuglément porter par un homme pareil ? Pourquoi donc résistait-il ainsi ? Et puis, le spectre du passé oublié réapparaissait. Il avait toujours ce doute de ne pas être véritablement aimé. Peut-être Kakashi se berçait-il d'illusions : il voulait tant retrouver son amour perdu. Ne l'idéalisait-il pas pour parvenir à ses fins ? Mais alors, il suffisait que le jounin caresse sa joue, l'embrasse du bout des lèvres et Iruka se sentait prêt à accepter n'importe quoi, à le suivre n'importe où.
Ils devaient se quitter au petit matin. C'était inévitable. Iruka avait besoin d'être seul.
Kakashi, inquiet, refusait de le laisser partir. Il ne lâchait pas sa main, se penchait toujours pour ce qui devait être leur dernier baiser, lui faisait répéter le plan arrêté et promettre de s'y tenir. Et Iruka, se sentant coupable et grisé aussi par le pouvoir qu'il avait sur le jounin, n'osait pas rompre le lien alors que la porte de la chambre était ouverte depuis longtemps.
Ce furent des bruits dans le couloir qui les poussèrent finalement à se séparer mais Kakashi continua de le suivre des yeux tandis qu'Iruka longeait le corridor pour descendre l'escalier. Lorsqu'il fut hors de vue, il se laissa presque tomber contre le mur, se cramponnant à la rampe, les pieds entre deux marches. Sa respiration était forte et cette séparation lui parut insupportable. Et alors qu'il se remettait en marche, il entendit un bruit provenant du couloir au-dessus de lui : Kakashi venait seulement de refermer sa porte.
Il termina de descendre et salua, gêné, le gérant qui ne semblait pas avoir bougé depuis la veille. Vu l'heure à laquelle il était arrivé et l'heure à laquelle il repartait, ses occupations de la nuit ne devaient pas être un mystère pour lui. En plus, pris dans leur plaisir, on ne pouvait pas dire qu'ils s'étaient montrés spécialement silencieux. Iruka se souvint cependant comme Kakashi, presque sans y penser, avait ouvert le tiroir de la table de chevet pour y trouver un tube de lubrifiant bien entamé. En plus d'être un repaire de ninja, cet endroit devait aussi servir d'hôtel de passes. Si ça se trouve, le gérant pensait même qu'Iruka avait été « commandé » par Kakashi. Ça aurait pu lui paraître glauque mais il n'arrivait pas à voir la chambre où il avait passé la nuit autrement que comme un lieu de bonheur et le souvenir, encore si vif, de tout ce qui s'y était produit, lui donna du courage au moment de sortir et d'affronter le froid de la rue.
Il sortit sa carte, tenta comme il put de se repérer et jugeant de l'heure à un beffroi, il hâta le pas. Bientôt, il fut dans un quartier qu'il connaissait mieux et, rassuré, il se mit à courir pour gagner du temps. Mais même ainsi, il se trouvait trop lent, craignait d'arriver trop tard. Il voulait courir plus vite. Alors, encore galvanisé par sa nuit, il se concentra et, pour la première fois, il osa user de son chakra pour se déplacer. Il se sentit plus fort, différent, et cette nouvelle énergie poussa si bien ses jambes courbaturées qu'il se retrouva plus vite qu'il ne l'avait pensé devant son immeuble.
Il regagna son appartement, observa un peu cet espace qui avait été le sien durant ces derniers mois et, un pincement au cœur, il s'installa à son bureau. Dans le doute, il écrivit deux lettres et mit du temps à trouver les mots justes.
L'hiver prenait fin mais les nuits restaient longues. Tant que l'obscurité du dehors l'entoura, il arriva à se concentrer mais quand son appartement commença à être inondé par la lumière du jour, il sut qu'il devait se presser.
Il retrouva le sac de voyage qu'il avait pris en haut de l'armoire de sa chambre à Konoha et le remplit à la va-vite, il reprit également toutes les affaires que Kakashi lui avait envoyées et qui comptaient pour lui comme son manuel de l'art ninja pourtant salement amoché et son bandeau de Konoha qu'il sentait qu'il remettrait bientôt.
Quand il jugea avoir fini, il eut bien des difficultés à refermer son bagage, ce qui le rendit fier. Ces mois à Sugusoba avaient rempli sa vie.
De nouveau, il utilisa du chakra pour soulever son sac et il se demanda comment il avait fait pour vivre tout ce temps sans cette aide des plus confortables. Une boule se forma dans sa gorge quand il ferma sa porte. Il ne savait pas s'il avait été heureux dans cet appartement mais, en tout cas, il était triste de le quitter.
Il alla jusqu'à la loge de sa concierge, terriblement embarrassé de la déranger en dehors de ses heures de service. Elle vint lui ouvrir dans un vieux kimono et même si sa mine n'était pas des plus avenantes, elle se radoucit quand elle comprit le pourquoi de sa visite.
Il lui laissa son énorme sac, ses clés et ils discutèrent longuement du rapatriement de ses meubles et de son courrier. Il proposa de la payer en conséquence mais elle balaya cette possibilité d'un revers de main. Elle lui souhaita bonne chance quand il la quitta.
Il courut de nouveau. Le jour était bien levé maintenant et il ne pouvait pas se permettre d'être en retard. Il ne portait sur lui que son cartable et il arriva un peu plus tôt qu'il ne l'avait prévu devant les portes de son école. Le bâtiment était silencieux mais il espérait de tout cœur trouver quelqu'un, ce qui fut le cas quand il pénétra dans la salle des maîtres.
« Tu es seule ? » demanda-t-il, un brin déçu, à Shibu qu'il trouva en train de relire ses notes à une table.
La majorité du temps, elle arrivait à l'école avec Meijin, d'où sa surprise.
« Meijin ne viendra pas aujourd'hui, lui révéla-t-elle immédiatement. Elle a eu des douleurs, son médecin lui a dit de rester chez elle. »
« Des douleurs ? »
« Je ne pense plus qu'elle reviendra travailler avant son accouchement, c'est devenu trop fatigant pour elle… »
Il resta silencieux et elle l'observa plus en détails, la mine circonspecte.
« Tu as une tête affreuse, énonça-t-elle avec son tact habituel. Qu'est-ce que tu as fabriqué ? »
Il était embêté que ce soit elle. Il aimait Shibu mais c'était la moins à même de comprendre. Le temps lui manquait cependant, il n'avait pas le choix.
« J'ai passé la nuit avec Kakashi. »
Elle fronça les sourcils, sembla réinterpréter les cernes sous ses yeux et eut une moue un peu dégoutée. C'était une fille sage qui attendait sa nuit de noces.
« Kakashi ? C'est ton ninja, c'est ça ? Je croyais que tu sortais avec un parent d'élève. »
Inutile de préciser qu'elle désapprouvait tout autant cette relation que l'autre.
Il hésita avant de répondre mais il avait besoin d'énoncer à voix haute ce qu'il était certain de ressentir depuis la veille.
« Je crois, énonça-t-il et il ne put s'empêcher de sourire, je crois que c'est Kakashi que j'aime. »
« Evidemment que tu l'aimes. »
Ils se tournèrent tous les deux : Yasui venait d'entrer dans la pièce.
Très détendue, elle posa ses affaires dans un coin tout en ajoutant :
« Quand tu nous en as parlé dans le bar… On a toutes compris. »
La face effarée de Shibu montrait qu'elle n'avait rien compris du tout.
Iruka s'avança vers Yasui.
« Tu savais ? Enfin, c'est toi qui m'a dit que je plaisais à Otoko. Je n'aurais jamais remarqué sans toi ! Pourquoi me pousser dans ses bras ? Tu voulais même que je couche avec lui ! »
Elle haussa les épaules.
« C'est sûr que ce n'est pas très élégant mais, parfois, c'est en comparant qu'on comprend ce qu'on a perdu. »
Il écarquilla les yeux. Il se remémora cette soirée dans ce bar, comment une fois lancé, il n'avait pas pu s'arrêter de parler de Kakashi. Il ajoutait sans cesse des détails sur lui pour rallonger son récit. Il s'était si longtemps empêché de penser à lui. Cette soirée, l'alcool aidant, avait été une libération. Et s'il aimait Kakashi dans ce bar, il l'aimait forcément avant de quitter Konoha. Il pouvait même se l'avouer maintenant, c'était peut-être ce sentiment naissant qui l'avait poussé à fuir parce qu'à mesure que son attirance pour lui grandissait, il se rendait compte de la laideur de son propre comportement. Il ne s'était pas jugé à la hauteur à l'époque et, encore aujourd'hui, malgré les promesses de Kakashi, il craignait tout de même un peu que le jounin ne finisse pas se rendre compte de sa médiocrité et décide de le quitter. D'ailleurs, n'était-ce pas tout ce qu'il méritait ?
Et il imaginait le désespoir d'être abandonné. Avant cette nuit, il n'avait jamais cru pouvoir se sentir aussi vivant et heureux mais il devinait l'étendue du gouffre dans lequel on devait tomber quand les sentiments s'inversaient. Déjà, ses yeux n'avaient de cesse de chercher l'heure parce que chaque minute loin de Kakashi lui semblait insupportable. Il lui manquait et il s'en voulait de l'avoir si longtemps repoussé, d'avoir perdu du temps à vivre sans lui.
C'est pourquoi il n'avait pas su lui dire non. Lui était pour qu'ils se revoient tout en vivant chacun de leur côté. Il aurait guetté les changements dans l'attitude de Kakashi, aurait vérifié que son amour pour lui ne diminuait pas. Et si ça avait été le cas, il lui aurait paru moins pénible de cesser de se voir plutôt que de véritablement se séparer.
Mais Kakashi avait eu raison de lui. Il le voulait tout de suite. Lui, l'attendait depuis plus d'un an et sa foi en eux avait achevé de le convaincre.
« Tu pars, c'est ça ? » comprit Yasui.
« Il m'a demandé de rentrer avec lui et j'ai accepté. »
« Il t'aime pour toi, alors ? »
« Non, répondit honnêtement Iruka. C'est l'autre qu'il aime mais je crois que l'autre, c'est moi. »
« Si c'est le cas, je comprends mieux son acharnement. »
Il lui sourit. Il la sentait triste de le voir partir mais aussi heureuse qu'il prenne son envol.
Il se rendait bien compte à quel point il lui était redevable : elle l'avait poussé à s'ouvrir aux autres, à s'accepter. Aurait-il osé retrouver Kakashi dans sa chambre si elle n'avait pas insisté pour qu'il couche avec Otoko ?
« Mais… tu ne vas pas partir, si ? »
Shibu s'offusquait. Elle venait de se lever et, les bras croisés, elle râlait :
« On était justement en train de négocier pour que tu reprennes la classe de Meijin pendant son congé maternité. Tu aurais pu rester dans l'école jusqu'à la fin de l'année… »
Il eut un rire de gratitude.
Il leur avait confié son inquiétude d'être déplacé dans un autre établissement, de devoir tout recommencer ailleurs alors qu'il commençait à se sentir bien dans cette école. En bonnes amies, elles lui avaient cherché une solution. Deux jours avant, il aurait sauté de joie mais ça n'avait maintenant plus aucune importance. Il rentrait chez lui.
« Je ne veux pas que tu partes. »
Shibu semblait seulement le réaliser.
« Vous êtes adorables, les remercia-t-il, mais ma décision est prise. »
« Et ça ne te fout pas la trouille de rentrer ? » s'inquiéta Yasui.
« Si. », admit-il.
Ceux de Konoha lui feraient-il bon accueil ? Il avait rendu Kakashi malheureux si longtemps. Il se rattraperait, il serait exemplaire. Il s'efforcerait de racheter tout le mal qu'il avait fait.
Il espérait retrouver sa place à l'académie, il ne s'imaginait pas inactif et il désirait continuer d'enseigner. Kakashi semblait sûr qu'il pourrait en grande partie récupérer ses capacités et sa confiance en lui le rassurait. Tant que Kakashi l'épaulerait, il se sentait capable de tout.
« C'est pour nous, les lettres ? »
Yasui venait de remarquer les deux enveloppes qui dépassaient de la poche avant du cartable d'Iruka.
« Une des deux, oui, mais c'est inutile : je vous ai vues. Je voulais simplement vous dire que je vous aimais. »
Yasui, émue, l'attrapa et le serra contre lui et il en profita pour lui glisser à l'oreille qu'elle était merveilleuse.
« C'est toujours pareil, fit-elle amèrement remarquer, y a que les gays pour se rendre compte de ça… »
Il sourit et, se reculant un peu, il posa tranquillement ses lèvres sur les siennes. C'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un. Jusqu'ici, il s'était contenté de laisser les autres le faire. La baiser ne dura qu'un instant et Iruka, amusé, pensa que ce serait sûrement la seule bouche féminine qu'il toucherait de cette façon.
« Tu ne t'es pas souvenu que tu avais un petit frère hétéro, par hasard ? »
« Désolé, je suis le seul Umino encore en activité. »
Quand ils se séparèrent, il vit comme ses yeux brillaient et tout en se raclant la gorge, elle demanda :
« Et la deuxième lettre, c'est pour qui ? »
Il parut se souvenir de son existence, il la sortit et la lui confia.
« C'est pour Otoko. »
« Ah, comprit-elle, une lettre de rupture ? »
« En fait, je crois que nous avons déjà rompu hier. Mais dans le doute, j'ai préféré lui faire mes adieux. Je n'ai pas dit que je repartais avec Kakashi, juste que je retournais dans mon village natal. Evitez de lui en parler, s'il vous plaît. Ça n'aurait pas marché de toute manière, je pense, mais c'est quelqu'un de bien. »
Certes, il détestait les ninjas mais il n'était pas le seul dans ce cas. Et, pour le reste, il s'était toujours montré doux et respectueux et c'était ça l'essentiel.
« Il faudra aussi dire à Meijin que je l'adore et que j'ai beaucoup appris grâce à elle. »
« Tu reviendras ? »
C'était Yasui qui avait posé la question mais, Shibu, plus en retrait, s'était avancée pour entendre sa réponse.
« Je l'espère, oui. »
Il ne voyait pas ce qui aurait pu l'en empêcher. Ce n'est pas parce qu'il redevenait ninja qu'il ne pourrait pas venir leur rendre visite une fois de temps en temps.
« Je reviendrai. », promit-il.
Son regard se posa sur l'horloge de la salle et il réajusta son cartable sur son épaule.
Il entendit les voix d'autres collègues qui discutaient dans le couloir. Il appréciait le reste de son équipe mais son histoire était trop compliquée à raconter. Seules ses trois plus proches amies étaient capables de comprendre.
« On peut aller dans ma salle, se prendre un dernier thé, proposa Yasui. Surtout qu'on va en avoir besoin, avec deux profs qui nous font faux bond le même jour, les gamins vont être ingérables… »
Son offre était tentante mais incapable de faire autrement, il fixa l'heure une nouvelle fois.
« Il t'attend, c'est ça ? »
Il haussa les épaules.
« On s'est dit neuf heures à la sortie ouest de la ville. C'est celle que je connais le mieux, je ne devrais pas me perdre. En fait, j'ai largement le temps… »
Il avait bien conscience que son comportement était ridicule.
« Mais ? » interrogea Yasui.
« Mais cela fait si longtemps qu'il m'attend, murmura-t-il, je ne veux pas être en retard, ça l'inquiéterait. Je ne veux plus jamais le faire attendre. »
Il avait baissé la tête.
« C'est vraiment idiot… »
Shibu avait un peu rougi et s'il ne la connaissait pas, il aurait dit qu'elle était émue. Devant elle, Yasui posa sa main sur son épaule.
« Va, Iruka. Ne sois pas en retard. »
~/~/~
Et il se remit à courir.
Sa concierge lui avait laissé son bagage à sa loge, il le récupéra. Il sortit sa carte par acquis de conscience même s'il connaissait le chemin. Il n'eut qu'à longer la rue principale du quartier qui était quasi-vide. Il était encore tôt et il faisait frais mais Iruka se sentait chaud à l'intérieur. Son cœur battait trop vite et il savait que ça n'avait rien à voir avec sa course effrénée.
Il ne lui restait plus qu'à tourner à l'embranchement pour arriver à destination. Cherchant de l'œil, il trouva une horloge dans une vitrine de magasin. Il avait plus de vingt minutes d'avance et ça le rendit heureux. C'était lui qui attendrait.
Il se souvint, il ne sut trop pourquoi, de ce jour, à Konoha, où il avait consulté son dossier et celui de Kakashi et qu'il s'était traité d'imbécile. Il avait deviné l'amoureux qu'il avait été, un être qu'il avait jugé faible et niais. Mais il comprenait maintenant que ce n'était pas être faible que d'être amoureux et qu'il y avait du bon à ne plus réfléchir qu'en fonction de l'être aimé.
Et quand il tourna finalement à l'embranchement et que son regard partit au loin, son visage s'éclaira d'un sourire magnifique qu'il aurait certainement qualifié de stupide peu de temps avant.
Aux portes de la ville, Kakashi était déjà là.
Voilà !
Et au cas où vous vous poseriez la question : c'était le dernier chapitre...
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Mais y a un épilogue !
Alors, à bientôt, peut-être. ^^
