Chapitre 28


Lorsqu'ils entrèrent dans la pièce, ce fut pour voir Futur Jack se jeter immédiatement sur Rose, la blonde poussant un petit cri surpris alors qu'il l'étreignait avec force.

-Hé! rit Jack en le voyant faire.

Le duo haussa les sourcils, surpris devant sa réaction : à peine une demie-heure auparavant, Jack montrait les crocs en présence de son double. Il semblait avoir fait la paix avec ce dernier, cependant.

La blonde lança un sourire étincelant à son ami, l'en remerciant silencieusement, avant de froncer les sourcils en le voyant traverser la pièce à grands pas pour enrouler ses bras autour du Docteur dans un hug désespéré.

-Jack, pesta celui-ci, vous m'étouffez.

-Vous avez deux cœurs, je suis certain que vous respirez parfaitement, répliqua l'intéressé en augmentant son étreinte.

-Vous allez bien? s'inquiéta son ami.

-Non, balbutia-t-il d'une voix misérable. Non, pas du tout, ajouta-t-il alors qu'un hoquet violent le saisissait. Doc .. Mon Doc..

-Je suis là, fiston, marmonna ce dernier, en répondant maladroitement à son étreinte.

Rose le regarda faire, son inquiétude augmentant de seconde en seconde. Qu'avaient bien pu se raconter les deux hommes pour que son Jack se mette dans un tel état ? D'ordinaire, jamais il ne montrait son chagrin en public. Comme s'il partageait les pensées de son jumeau, Futur Jack sanglota, enroulant ses mains autour de son crâne.

-Jack, calme-toi, souffla Rose, avant de gémir lorsque ce dernier plaqua ses lèvres contre les siennes, l'embrassant avec désespoir.

Le Docteur fit un pas en avant pour le stopper, mais le Jack de son époque leva la main, l'arrêtant. Il lui fit un signe de tête vers Rose, qui avait glissé ses mains dans les longs cheveux sales de l'autre Jack, le rapprochant d'elle.

Peu importait l'état de Jack Harkness, la jeune femme répondrait toujours présente pour l'aider quand il en avait besoin.

-Je t'aime, geignit l'homme, son front posé contre le sien. Je t'ai toujours aimée.. Tu me manques, pleura-t-il.

-Je suis là, Jack, murmura-t-elle en caressant sa joue.

-Non .. Tu es elle sans l'être... La mienne .. Cela fait si longtemps...

-Je suis là, Jack, répéta Rose en plaçant un doigt sur sa bouche pour le faire taire. Je ne vais nulle part.

-Aussi obstinée que dans mon souvenir.. Tu veilleras sur eux, petit soleil? supplia-t-il.

La blonde sentit un faible sourire étirer ses lèvres devant le vieux surnom.

-Evidemment.

-Je peux partir en paix, alors, murmura-t-il, son expression apaisée. Je suis désolé pour le bazar que j'ai provoqué, marmonna-t-il en se tournant vers le Docteur, son regard fuyant le sien.

-Vous nous avez sauvés, vous n'avez pas à vous excuser, Jack, répliqua ce dernier.

-Est-ce que.. Je n'ai plus beaucoup de temps, j'aimerai le passer avec vous, si..

-Bien sûr, sourit le Docteur en lui tendant la main.

Futur Jack hésita un instant, avant qu'un minuscule sourire n'apparaisse sur son visage, ses yeux s'illuminant devant le geste: sans un mot, il glissa ses doigts dans ceux du Docteur, laissant celui-ci le guider. Le duo les regarda partir en silence, chacun tentant de faire le point sur tout ce qu'il avait pu apprendre.

-Qu'est-ce qu'il va lui arriver? voulut savoir Rose.

-Il va disparaître, répondit simplement Jack. Il n'a plus sa place ici, le temps a été changé.

-Disparaître, comme disparaître ? Juste s'effacer? C'est horrible! s'exclama la jeune femme.

-C'est comme cela que cela fonctionne, soupira son ami, ses épaules s'affaissant alors qu'il se laissait tomber sur le sol, éprouvé.

-Ça va? s'inquiéta Rose en posant la main sur son bras. Vous avez parlé si longtemps, on s'inquiétait.

-Je .. Oui .. Non.. Je ne sais pas, Rosie, admit-il. J'ai appris certaines choses que j'aurai préféré ne pas savoir.

-Du type?

-Du type tu ne veux pas savoir, répliqua-t-il. Disons simplement.. que le Tardis était brisé, dans tous les sens du terme.

Il secoua la tête, avant de marmonner, son expression défaite :

-J'ai besoin d'être seul. Si l'un de vous veut se bourrer la tronche avec moi, je serai dans la salle de gym, commenta-t-il, avant de disparaître dans le couloir.


Le Docteur avait remonté en silence le couloir avec son compagnon, sa main ne lâchant jamais la sienne alors qu'il l'emmenait dans une pièce précise. Le Tardis devait avoir senti leur détresse commune, car sa belle ouvrit immédiatement l'une des premières portes, un souffle chaud encourageant les deux hommes à y pénétrer.

Jack sentit un sourire fatigué naitre sur ses lèvres. Le Tardis. La seule personne qui ne l'avait jamais trahi, même quand tout était tombé en lambeaux. Le vaisseau devait connaître en détail ce qui lui était arrivé, il en était certain : le Docteur lui avait expliqué une fois qu'elle nageait dans la rivière multicolore du temps, alternant entre tous les moments des vies l'environnant. Elle était capable de discerner toutes les lignes temporelles, même celles n'existant plus ou celles qui n'auraient jamais lieu.

Le vaisseau ronronna, son rire doux résonnant dans son esprit et celui du Docteur qui sourit.

Sa belle avait toujours adoré Jack, prenant sa défense dès son arrivée. Presque huit mois après, le Docteur la bénissait pour s'être montrée têtue. Jack était un soleil qui avait illuminé sa vie.

Ce qui rendait encore plus difficile de le voir dans cet état.

Il avait échoué. Il n'avait pas su protéger ses compagnons, Rose la première: cette pensée lui tordit une nouvelle fois l'estomac. L'idée que la jeune terrienne ait pu tomber dans le coma parce qu'il n'avait pas été capable de s'interposer assez vite entre elle et ce stupide rocher le rendait malade.

Les conséquences de son incompétence avaient été désastreuses: y repenser faisait naitre en lui une nausée à peine contrôlable.

Une musique douce s'éleva dans son esprit, en caressant chaque recoin et faisant fuir les pensées noires.

Le Tardis tentait de le soutenir, à sa manière.

La porte devant eux s'ouvrit davantage, révélant la bibliothèque. Les yeux de Jack s'illuminèrent : ce lieu avait toujours été leur refuge privé, la pièce où tous deux avaient partagé beaucoup de leurs meilleurs moments. Le Seigneur du temps l'entraina jusqu'à leur petite alcôve, l'aidant à s'asseoir sur le canapé alors qu'une couverture bleu marine apparaissait de nulle part.

L'ancien capitaine roula des yeux.

-Je ne suis pas malade, ronchonna-t-il, s'attirant un regard sévère.

-Couverture. Ordre du Docteur.

Jack baissa la tête, dissimulant son sourire. Leurs joutes verbales lui avaient tellement manqué. Une larme coula sur sa joue creusée par le chagrin alors que les vieux souvenirs heureux remontaient à la surface. La main de son ami se posa sur celle-ci, faisant disparaître la petite goutte avant de remonter vers sa tempe pour la caresser.

-Je suis désolé, murmura le Docteur. Je suis tellement désolé... J'ai échoué..

Jack secoua la tête.

-Ce n'était la faute de personne.. C'était un accident.. Un horrible accident..

-C'est mon travail de vous protéger, vous êtes ma responsabilité.

Jack posa sa main sur la sienne, entremêlant leurs doigts alors qu'il fermait les yeux, s'enivrant de ce toucher.

-Toujours aussi borné … Quand comprendrez-vous que nous faisons nos propres choix? Nous ne sommes plus des enfants, Doc.

-Vous êtes mes compagnons, protesta ce dernier, ses cœurs battant la chamade au contact de leurs mains liées.

-Ce mot signifiait tant pour moi à une époque.. Je ..

Un sanglot le secoua, son visage se posant sur l'épaule du plus âgé : celui-ci hésita, avant de venir le prendre dans ses bras. Il avait tellement peur de le blesser, comment était-il sensé s'y prendre ?

-Dites-moi la vérité, capitaine. Ce n'était pas six mois. L'intéressé tressaillit. Il faut bien plus que six petits mois pour perdre tant de poids. Je vous ai scanné plusieurs fois avec mon tournevis, votre masse musculaire est au niveau minimum.

Jack ferma les yeux, son visage enfoui dans le vieux pull si familier. Il aurait dû savoir que le Docteur ne se laisserait pas avoir par ses mensonges.

Le Docteur savait toujours tout.

-Je ne voulais pas vous faire souffrir davantage, souffla-t-il.

-Je ne vous reproche rien, vieil ami. Dites-moi simplement la vérité, vous savez qu'elle ne sortira pas d'ici. J'ai besoin de savoir, ajouta plus doucement le plus âgé.

Une main frêle saisit son pull, avant qu'une petite voix ne marmonne :

-Je n'ai pas entièrement menti.. Six mois avant que l'on ne comprenne qu'il n'y avait rien à faire... Deux ans avant que je ne vole mon bracelet pour remonter le temps.

Le silence qui s'en suivit était plus lourd qu'une masse de béton.

-Il sait.. Votre Jack m'a demandé.. Il va avoir besoin de votre soutien.. Aidez-le, Docteur, ajouta-t-il, le fixant soudainement droit dans les yeux, et par Rassilon, son expression était devenue féroce. Aidez-le, répéta-t-il, comme vous l'avez toujours fait. Soyez un Docteur.

-Comment puis-je l'être quand il semble que j'ai brisé toutes mes promesses?demanda ce dernier, sa voix faible. Je n'ai pas su vous protéger.. et vous avez subi mes démons.. Comment pouvez-vous ne pas me haïr?s'exclama-t-il, son incompréhension évidente.

Jack baissa la tête.

-Je vous ai haï.. à un moment.. Mais cela n'a pas duré.

-Pourquoi? répéta le Docteur.

-N'est-ce pas évident? répondit très doucement son compagnon, son regard plongeant dans le sien.

La gorge du Docteur s'assécha. Les prunelles bleu marine du jeune homme le fixaient, leur intensité si puissante qu'il sentit son double rythme cardiaque s'emballer.

Il avait toujours été conscient des sentiments de Jack à son égard. Par jeu ou par lâcheté, peut-être un mélange des deux, il n'avait jamais répondu réellement. Cela s'était toujours limité à du flirt, très souvent à la limite du convenable, certes, mais la frontière n'avait jamais été traversée.

À quel point cet homme l'aimait-il pour pouvoir lui pardonner l'enfer ?

Son compagnon tendit avec hésitation la main vers lui : voyant que le Docteur ne reculait pas, il la posa sur sa joue, la caressant lentement avant de se rapprocher de lui.

-Jack …

-Je vais mourir, Doc.. Dernier baiser du condamné, répondit l'intéressé dans un rire sans joie. Accordez-moi cela, s'il vous plait. Sa voix trembla lorsqu'il ajouta : Je .. J'ai peur, Doc, je vais disparaître.. J'ai peur de ce qu'il y a de l'autre coté, je ne veux pas être seul..

-Vous n'êtes pas seul, répliqua le Seigneur du temps en enveloppant son visage de ses mains, avant de l'attirer à lui. Jamais, affirma-t-il en posant ses lèvres sur les siennes.

Le jeune homme s'agrippa à lui, ses mains frêles s'enfonçant dans son pull en même temps qu'il lui répondait avec désespoir. Les doigts du Docteur glissèrent dans ses cheveux, y errant quelques instants avant de descendre dans son dos. Partout où ses mains passaient, la douleur, cette vieille amie à présent familière, disparaissait, laissant place à une chaleur douce.

Déjà, il pouvait se sentir partir : le monde autour de lui se faisait plus flou, sa vision s'emplissant d'un brouillard doré tandis que les sons devenaient moins distincts.

-Ne me laissez pas, entendit-il le Docteur murmurer.

-Je suis toujours là, Dokidoc.. Votre Jack est là.. Prenez soin de lui pour moi.

-Je le jure, pleura son ami, ses lèvres caressant les siennes alors que son étreinte se faisait plus forte. Pardonnez-moi ..

-Je vous ai déjà pardonné, Docteur. Je ne peux pas haïr un homme que j'aime.. Je crois que je vous ai aimé dès le premier jour, rit-il tristement. Mais vous ne m'avez jamais vu.

-J'ai été lâche, je suis désolé..

-Ne jamais être cruel, ne jamais être lâche.. Ne jamais abandonner, ne jamais renoncer..

Le Docteur sursauta violemment en entendant son vieux serment être répété au mot près. Jack le fixait, ce petit sourire coquin qui l'avait toujours rendu fou aux lèvres. Les cœurs du Docteur se brisèrent en voyant son corps commencer à disparaître.

-Un jour viendra où vous raconterez le sens de cette promesse à votre Jack. Par Rassilon, faites que ce ne soit pas dans les mêmes conditions que moi.. Ce sont les plus beaux mots d'espoir qu'il m'ait été donné d'entendre, soyez digne d'eux, Dokidoc.

-Comment …

-Le passé n'a pas d'importance, concentrez-vous sur le présent et l'avenir. Ils sont là, tous les deux, maintenant. Faites-leur confiance, aimez-les. Oh, aimez-les férocement, Docteur! Vivez! La main de Jack effleura sa tempe alors qu'il se penchait pour lui voler un ultime baiser. Oh, et, Docteur? Cela a été un honneur.


Bonne annéééééééééééééééée 2018! *s'enfuit loin*

*n'a aucune honte*