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Chapitre 29
Le Docteur ne fut pas le moins du monde surpris de voir Jack débarquer dans sa chambre: s'il y en avait bien un en dehors de Rose qui pouvait le débusquer quand il ne voulait pas être trouvé, c'était le capitaine.
Le Tardis avait dû l'aider, la coquine. Son vaisseau lui décocha de l'air tiède, le grondant silencieusement. Le Docteur grogna silencieusement à son intention, avant de lever les yeux vers Jack, qui attendait à la porte, son anxiété émanant de chacun de ses pores.
-Ne restez pas là planté comme un piquet, on va croire que je vais vous mordre, bougonna-t-il.
En temps normal, le jeune homme aurait immédiatement rebondi sur la blague salace évidente, mais cette fois, son compagnon demeura silencieux, refermant la porte derrière lui avant de venir le rejoindre sur le lit.
Fantastique.
Comment était-il sensé l'aider? Rose, où êtes-vous quand j'ai besoin de vous? pensa-t-il en regardant son ami attendre sans un mot. Le souvenir de l'échange passionné partagé avec son double demeurait gravé dans son esprit, la pointe de ses oreilles rosissant juste à se remémorer l'intensité du moment.
Ce n'était pas ainsi qu'il avait imaginé embrasser Jack. Non pas qu'il y ait jamais pensé, bien sûr, il était évident qu'il n'avait aucun crush sur le jeune homme, c'était juste que quitte à le faire, il aurait préféré que ce ne soit pas avec un jumeau brisé d'un futur alternatif disparu venu réparer ses erreurs.
Par Rassilon, que la situation était gênante.
Jack aurait certainement eu beaucoup à dire s'il avait été au courant, mais il ne le serait jamais. Comme s'il allait lui dire! Le Docteur avait certainement beaucoup de défauts, mais il n'était pas suicidaire.
Il n'était pas amoureux de Jack: cela avait juste été un geste instinctif, un moyen de réconforter l'homme brisé perdu dans ses bras.
Le dernier souhait d'un condamné.
Il ne le referait absolument pas si le choix lui était donné.
-Il est parti? murmura son compagnon en jouant du bout des doigts avec la couverture bleu marine, le tirant de ses pensées mouvementées.
Le Seigneur du temps hocha la tête, se forçant à revenir dans le présent. Jack était devant lui, ici et maintenant: la ligne temporelle alternative avait été effacée, ses amis étaient tous saufs, le capitaine compris.
Cela n'en rendait pas l'autre ligne de temps moins réelle. Et à en juger par la manière dont les mains de son compagnon tremblaient, celui-ci partageait sa pensée.
-C'est fini, Jack, tout va bien. Rien ne vous arrivera, tenta-t-il de le rassurer.
-Mais c'est.. C'est arrivé, Doc .. La voix de son ami tremblait. Ce n'est pas parce que cela a été effacé que cela n'a pas existé! Je voyage dans le temps depuis des années, n'essayez pas de me le faire croire!
-Je n'essaye rien du tout, répliqua-t-il en se maudissant encore une fois pour son incapacité à communiquer. Mais le temps a été changé, vous êtes en sécurité. Je vous le promets, insista-t-il en serrant instinctivement sa main entre les siennes.
Jack baissa les yeux vers leurs mains liées: il déglutit, avant de relever la tête vers le Docteur dont les oreilles avaient viré au rouge. Les deux hommes se dévisagèrent quelques instants, leurs émotions miroitant dans leurs yeux alors qu'ils communiquaient silencieusement, s'avouant ce qu'ils n'arriveraient jamais à dire à voix haute.
-J'ai peur, Doc, murmura Jack, sa voix tremblante, et par Rassilon, on aurait dit son double à peine quinze minutes plus tôt.
Le Docteur devait se répéter que Jack n'était ni blessé ni mort, mais bien en vie, devant lui. Cela ne voulait pas dire qu'il n'était pas marqué d'une autre manière.
-C'est moi.. C'est moi si Rose avait été.. été.. Oh par tous les dieux, gémit-il en laissant tomber sa tête entre ses mains.
-Jack, souffla le Seigneur du temps en attrapant celles-ci. Jack, regardez-moi. Regardez-moi, répéta-t-il plus fermement, plongeant ses iris bleu gris dans ses prunelles bleu marine humides. Je suis là, je suis là, Jack. Vous êtes en sécurité, vous m'entendez? Je suis là, gamin, et je ne vous lâche pas, affirma-t-il.
Son ami agrippa son pull, se collant désespéramment contre lui. Le Docteur pouvait sentir son souffle chaotique contre sa peau, la chaleur de son corps blotti contre le sien augmentant son double rythme cardiaque déjà beaucoup trop élevé.
Maudit gosse qui lui faisait de l'effet au pire des moments.
-J'ai peur.. Ce qu'il était.. Je ne veux pas devenir comme lui, sanglota le jeune homme.
-Ce ne sera jamais le cas, répliqua-t-il d'une voix ferme en le serrant contre lui, le laissant plonger son visage dans son cou.
À quel point son double était-il désespéré pour laisser une telle situation arriver? C'était la question qu'il ne cessait de se poser depuis qu'il avait vu apparaître le jumeau brisé de son ami. Le Docteur n'était pas certain de vouloir connaître la réponse: la simple idée de perdre Rose ravivait les parties les plus noires de son esprit.
Les sanglots de Jack s'étaient fait silencieux, les larmes coulant à flot contre son pull et inondant le tissu. Les cœurs du Docteur se brisèrent davantage devant cette image: la dernière fois que Jack avait montré un tel désespoir avait été pendant leur conversation tendue à l'auberge, peu après la nuit qu'il avait passée avec James et Ariane.
C'était une image qu'il se serait passé de revoir.
-Je.. Je suis désolé, marmonna le jeune homme, sans pour autant quitter l'abri rassurant de son cou à présent humide. Je .. j'en mets partout..
-Vous ferez la lessive à ma place, bougonna le Seigneur du temps.
-Pas capable de laver votre linge seul, à votre âge? C'est triste, Alzheimer, commenta Jack, s'attirant un grognement joueur de la part de l'intéressé. Je .. merci .., murmura-t-il en relevant finalement la tête pour le fixer, ses yeux rouges bouffis et son nez humide.
-Pourquoi ?
-Être toujours là.. même si je ne fais qu'attirer les ennuis..
-Vous faites bien plus que cela, vous résolvez les problèmes quand j'en suis incapable, répliqua le Docteur en essuyant ses larmes de ses doigts rugueux. Vous êtes mon digne compagnon, capitaine.
Jack baissa la tête, avant de la relever pour le dévisager de nouveau, ses grandes prunelles trop bleues se perdant de nouveau dans les siennes. Les cœurs des deux hommes manquèrent un battement alors qu'ils réalisaient leur atroce proximité.
-Doc, souffla le capitaine en tendant la main vers lui.
Il aurait dû le stopper. Il aurait vraiment, vraiment dû l'arrêter. Mais tout ce que le Seigneur du temps put faire fut de rester figé, son rythme cardiaque s'emballant alors que le visage de Jack se rapprochait à une vitesse infiniment lente du sien.
La porte de sa chambre s'ouvrit brutalement, révélant une Rose qui entra en trombe. Le Docteur grogna lorsqu'elle enveloppa ses bras autour de son cou, rompant au passage son étreinte avec Jack et faisant reculer précipitamment celui-ci.
-Rose...
-J'ai besoin d'un câlin, marmonna celle-ci en se serrant contre lui.
-Bien sûr, marmonna-t-il en tentant maladroitement de lui répondre, et ce alors que Jack se détournait, ses joues rouges.
Il prêta à peine attention aux paroles de la jeune humaine, ses yeux rivés sur son compagnon qui refusait de rencontrer son regard. Si Rose était entrée quelques secondes plus tard..
-Docteur ? Docteur, vous n'écoutez pas.
Le Seigneur du temps sursauta en entendant la voix accusatrice de la blonde : celle-ci le fixait, clairement blessée. Que venait-elle de dire ?
-Rose ?
-Je disais que votre pull est trempé, qu'est-ce qui vous est arrivé ?
Le silence qui suivit sa question alourdit un peu plus l'atmosphère. Rose tourna la tête, notant enfin la présence de Jack. Son ami jouait de nouveau avec la couverture, sa tête baissée ne parvenant pas à dissimuler ses yeux rouges.
-Merde … Jack, je suis désolée, murmura la jeune femme. Je m'incruste alors que..
-Reste, souffla le capitaine en l'attrapant pour la serrer contre lui. S'il te plait..
Son amie lui répondit sans hésiter, l'étreignant avec force alors qu'il plongeait son visage dans son cou. Rose jeta un coup d'oeil au Docteur, hésitant un instant, avant de venir déposer un gentil baiser sur ses lèvres. Jack lui répondit avec douceur, mais son esprit était ailleurs.
Ce n'était pas elle qu'il aurait aimé embrasser en cet instant.
La jeune femme ne sembla pas se rendre compte de son absence, alors qu'elle s'asseyait entre eux. Le Docteur, pour sa part, avait noté le masque tombé sur le visage de son compagnon. Ce n'était que des détails, auquel seul un œil expérimenté prêterait attention : un sourire fin mais qui n'atteignait pas ses yeux, la manière dont sa voix demeurerait controlée et manquerait de naturel, ou encore cette façon qu'auraient ses doigts de tordre la couverture alors qu'il se forçait à prêter attention à la conversation.
Le Docteur connaissait son Jack par cœur.
Et Jack était complètement perdu.
-Je vais aller me prendre une bière, bien solide, si l'un de vous veut me rejoindre, commenta la jeune femme.
La voix de Rose mourut alors que son commentaire échouait à tirer une réaction des deux hommes.
-Docteur ?
Sa voix s'était faite toute petite, son expression soudainement très jeune. Le Seigneur du temps échangea un regard avec Jack, le duo prenant une décision commune silencieuse. Un sourire apparut sur leurs lèvres, et le capitaine lança, taquin :
-Envie de te bourrer ? Tu me déçois, Rosie ! Tu n'es bien qu'une sale Anglaise ! Tu devrais pourtant savoir que tu ne tiens rien ! Une bière et tu roules sous la table ! On reparle de Pan IV ?
-Jack! s'exclama la blonde d'une voix aiguë, ses joues rouges.
Celui-ci recula pour éviter la gifle, son rire résonnant dans la pièce.
-Je peux t'aider à te rappeler, si tu veux.
-Pervers !
-Ce n'est pas ce que tu disais à une époque !
-Je vais t'arracher les yeux! rit la blonde.
-Non, tu m'aimes trop pour ça !
-Je t'aime plus !
-Oh, mon cœur, Docteur, l'entendez-vous se briser? se lamenta le capitaine en posant théâtralement la main sur l'organe en question.
-Allez vous reproduire ailleurs, saleté de singes! Pas sur mon lit! répliqua l'intéressé, rentrant dans son jeu.
-Avec vous ?
-Vous aimeriez bien, hein?grogna le Docteur, ses lèvres s'étirant pour former ce sourire qui faisait toujours rougir Jack jusqu'à la pointe des oreilles.
Cela ne manqua pas. Les joues du capitaine prirent une jolie teinte écrevisse, en même temps que son propre sourire salace apparaissait sur son visage, la pique prête à sortir.
Rose poussa un grognement.
-Je vous laisse nous faire des bébés ? Parce que je me sens de trop, là !
-Tu peux te joindre à nous, commenta Jack, malicieux.
-La ferme, Harkness ! Je vais plutot aller prendre une douche, tiens, je pue ! Et toi aussi !
-Une douche ? Oh, j'aime ce mot! Je peux venir t'aider? Je te gratterai le dos, ronronna le capitaine.
-Harkness, grogna le Docteur, se sentant soudainement très possessif à l'égard de Rose.
-Vous pouvez venir, si vous voulez, roucoula l'intéressé en se tournant vers lui, et par Adonis, comment pouvait-il être si attirant les yeux rouges et les vêtements défaits ?
-Vous avez l'air d'aller mieux, dégagez de ma chambre! s'exclama-t-il, battant des mains.
Rose lui tira la langue, avant de partir en sautillant, la porte claquant derrière elle. Le sourire de Jack disparut au même instant, ses épaules s'affaissant.
-Au moins, il y en a une qui se sent mieux, marmonna-t-il.
Le Docteur posa maladroitement sa main sur son épaule, ne sachant comment le réconforter: son compagnon tourna la tête vers lui, son expression défaite.
-Vous n'êtes pas seul, Jack, affirma-t-il pour la seconde fois de la journée.
Son ami releva vers lui un regard de chien battu.
-Non ?
-Non.
-Mon Docteur, souffla Jack en se jetant sur lui, son étreinte aussi féroce que douloureuse. Mon Docteur..
Les cœurs de celui-ci s'emplirent encore un peu plus d'amour pour le forcené qui l'étouffait à lui en briser les côtes. Jack avait fermé les yeux, s'emplissant de sa présence autant que cela lui était humainement possible.
Tout irait bien tant que le Docteur serait là, pensa-t-il. Son ami, le seul, le vrai, pas l'ombre décrite par son lui du futur. Et tant si pis s'il ne l'aimerait jamais de la manière que ce dernier l'avait affirmé.
Ce n'était qu'un rêve d'homme condamné, un souhait fou. Jack ne doutait pas de la tendresse du Seigneur du temps à son égard, mais jamais celui-ci ne l'aimerait de la manière dont le capitaine le désirait. Les cœurs du Seigneur du temps n'appartenaient qu'à Rose.
Cela n'empêcherait pas Jack de profiter de chaque instant à ses cotés.
