TerpsyBrown : Merci beaucoup pour ce beau compliment ! Si la forme que prend mon histoire te plait et te fait voyager j'en suis tellement ravie ** Puis merci beaucoup, aussi, d'avoir pris le temps de me transmettre tout ça en commentaire J'espère que le chapitre II va te plaire aussi !


II

La nuit chute, elle s'habille d'obscurité étoilée, millions de tâches argentées, miroitantes sous une couverture de ténèbres éternelles ; l'homme assis sur un siège de molesquine s'envahit de la présence d'une lune bleutée, tissée de vergetures barbouillée, comme une peinture enfantine que tendrait un nourrisson de son sourire innocent. Là-bas, les essences des chalands se couchent dans la paille des pauvres, il a choisi ce pays pour éviter les crises d'injustices de citoyens aguerris, un peu plus cultivés que cette peuplade aux dents gâtées. Ici, la paix s'écoule depuis une année.

Dans un carnet de cuir usé, bientôt terminé, il tourne les pages pour se souvenir des événements d'une guerre fracassante. La fierté s'ébroue dans les vaisseaux de son sang impulsif, un sourire nait, deux canines légèrement dévoilées par les lippes tendues de cette seconde orgueilleuse.

Le savoir c'est le pouvoir. Il avait médité cette sentence si fragile au début de sa jeunesse, encore insouciant, trop juvénile pour poser les bases d'un avenir. Il l'entrevoyait dans une ambition démesurée, si immature. Il était arrivé devant le grand chevalier commandant de l'Olympe, Snoke lui ouvrit ses bras rachitiques, sur sa gueule de malfrat d'Hubris un rictus semblant satisfait du choix de sa progéniture. Déjà, il frissonnait de retenue dissimulée lors de la rencontre genèse, là où le guerrier se construisait. Ben Solo avait renié les maigres mouvances joyeuses de cette période bénie avec l'oncle admiré. Luke. Traître. Engeance paternelle à l'apparence fausse. Il avait cru en lui, en son savoir, son intelligence. Il avait cru à la douceur d'une maitrise, d'un guide spirituel, sage. Mais l'idéal d'un homme aîné révéla son pantalon de lucre, de la vermine suintait entre les branches vespérales de la connaissance. Il avait cru à la neutralité de cette personne l'ayant pris en charge, à cette aptitude de ne pas juger, de ne pas s'exclamer, de comprendre chaque pas, chaque geste de son apprenti. De l'accepter.

Ces réflexions fusant dans la tête de Kylo ne s'impriment pas sur les pages jaunies d'un carnet de bord. Tels les rois autoritaires, il ne s'encombre pas de sentiments, de passions, espère-t-il, il annote simplement les événements de son territoire, des actions à envisager, des ordres, des organisations. Chef d'orchestre, marionnettiste, étouffant le libre arbitre de milliard d'êtres vivants. Les journées se rythment d'un ordre minimal, impersonnel. Il se permet le souffle de la béatitude lorsque les nombreuses réunions s'éteignent au soleil couchant sur les rives des vagues qu'il contemple, là, droit sur son canapé. Les rideaux de mousseline baillent des mouvements arabesques, les flots bruissent des mélodies berceuses.

Il se lève. S'étire. Se dirige vers le long miroir posé dans une alcôve moirée, l'humidité de la vaste salle de bain adoucit sa peau rêche par trop de postures raides, rigides qu'il distille d'une apparence de dictateur implacable. Ici, dans la volupté d'une intimité, miel des sens caressés, il profite. Il enlève sa tenue de commandant, découvre un torse broussailleux, forêt noire de virilité. Il soupire quand l'eau s'ancre sur sa carnation pâle, blanche blafarde, des entailles à ses bras, à son visage. Sa barbe conquiert ses joues, corbeau des mauvais augures, et cette cicatrice balafrant son facies, le découpant en deux pôles monstrueux, un portrait complété par deux ambres enflammées où se pourchassent Folie et Solitude. Il a l'habitude, après une journée de labeur de fumer un fin cylindre d'encens, l'odeur du jasmin palpitant sur les cloisons de bois. Il clôt ses paupières, se ferme à l'espace réel ; mais il la voit, elle. Il sent sa frayeur. Il sent surtout sa détresse. Il écoute le cœur battre faiblement, lentement comme une muse déplorée qui ne peut plus bouger. L'immobile créature, enchanteresse de ses nuits ravage les courtes minutes d'appartenance intérieur, celles où il s'égare dans ses pensées toujours enturbannées par les actes à proclamer, par les obligations de supérieur. Il aimerait la rejoindre, l'asphyxier contre lui, la serrer à la mort jusqu'à qu'elle capitule, qu'elle abdique.

Il s'allonge sur son lit, immense matelas, s'abandonne aux pensées oniriques, des mémoires fugitives. Un gout d'innocence enfantine, quelle nostalgie. Cet enfant, autrefois, galopant vers l'armure maternelle, réclamant l'admiration du père. Combien de nuits avait-il pleuré, encore tout jeune, dans un dortoir près de ses camarades apprentis. La douleur, atroce, sincère, cognant dans les poumons. Il se souvient de ses crises d'angoisses, cette minute où, à l'écart des autres, il ne respirait plus, l'atmosphère éthéré, l'oxygène salvateur ne parvenait pas jusqu'à son cœur. Et il brûlait. Des secondes d'éternité d'enfer. Il avait compris. Compris que ses parents l'avaient offert à un métier qu'il n'avait pas choisi, qu'il ne s'appartenait plus, rouage d'un dessein plus large, plus universel que ce petit être attifé d'un uniforme de soldat du bien. Il avait commencé à trouver des ressources loin de ce règlement, de cet emploi du temps millimétré. Il avait grandi sans vivre sa jeunesse.

L'homme soupire, Adam vulnérable dans cet espace hors d'un temps haï. Ces routines démoniaques, ces visages hypocrites, ces messes toutes basses tel un bruit désagréable se collant à ses oreilles ; ils se disaient des hauts fonctionnaires, vendus pour l'amour du pouvoir et de la richesse. Il avait aussi la vénération ridicule du pouvoir entre ses mains, il le savait Kylo. Il hausse les épaules, lessivé, un peu cynique envers lui-même. Elle, dans sa cage de poupée indolente, irrévérencieuse, dort d'un sommeil frissonnant, ses épaules de marbre se mouvant dans ses cauchemars. Il n'y tient plus, la solitude purulente le morfond, et les pas le guident vers cette Venus arrachée de ses valeurs, de ses principes.

Il rejoint sa demoiselle. Belle des bois dormants. Il s'assoit près d'elle, effleure ses mèches folles sur l'oreiller de soie. Il l'embrasse, sur ses joues. Pose ses longs doigts sur sa paume ouverte, comme une prière muette qu'elle ne prononcera jamais près de son âme. Il ressent les émotions s'abreuver de la Force, cette fillette voleuse devenue symbole d'une dernière entité, maintenant évaporée. De cet entracte final il n'en ressort aucune culpabilité. Du soulagement au contraire.

Rejoins moi Rey. Ensemble nous instaureront un nouvel ordre à la Galaxy. Rejoins-moi. Ensemble nous créerons notre idéal prenant chair et os. Pygmalion enlaçant Galatée, sa sœur d'âme.

Elle avait rejeté sa main gantée. Dégainer sa fidélité à son idéal opposé. Quand lui se déguisait dans le Machiavélisme nécessaire, elle se germait de la couronne d'Athéna la valeureuse.

Il souffrait à en crever.

Le garçon accède à son antre, vague fuyante, désireuse de détruire son obsession, dualité d'un Eros narguant Thanatos. L'homme referme soigneusement l'entrée sacrée, retourne dans son terrier. Dans un sanglant écho de gorge noyée par la déshydratation il se sauve dans l'édifice irréel du sommeil.

Debout devant son conseil, il dirige les yeux de ses fidèles, tous ivres de considération, désireux de reconnaissance pour ce faux seigneur illégitime. Il n'a pas sa place ici, héritier d'un néant. Le fait que Kylo Ren se pétrifie en vainqueur d'un empire insurge ces hommes aînés, conservateurs. Ils s'engouffraient dans le bonheur de l'exploitation des miséreux lorsque Snoke se pavanait dans son trône sanglant, maintenant, son élève, son fils spirituel, assassin, meurtrier, traître, envisage de déplacer les pions pour parfaire un règne invraisemblable. Dans cette salle aux rideaux charbon, quelques serviteurs présentent des amuse-gueules pour nobles sires qui se gaussent de moqueries face à des anecdotes racontées par un général envieux, jaloux. Général Hux plait-il, avec le ton et la déférence qu'il exige de ses soldats esclaves.

« Ils sont enlevés du sein de leur mère très jeunes vos angelots n'est-ce pas ? Hier encore vous avez enlevé ces petits si tendres de leur demeure familiale. On sent le vent de la révolte chez certains peuples primitifs, ils n'aiment pas trop cela : le fait de perdre leur enfant encore au berceau. »

Un sourire au coin des lippes, un œil sadique, la face d'un requin affamé.

- Dresser des enfants proches de l'adolescence demande un travail plus assidu que celui de les éduquer dès leur naissance. D'ailleurs, la nouvelle loi nous permettra une liberté plus grande encore.

- J'ai entendu dire que des centres se construisaient afin de les manipuler plus adroitement. Ces jeunes pousses peuvent devenir terrible quand ils se séparent du droit chemin et se révoltent contre leurs aînés. »

L'homme détourne le regard de son interlocuteur, la phrase cinglante, méprisante lui est directement adressée, à cet être à tiare imposteur. Kylo Ren ignore, expérimenté pour éviter les yeux salaces de suspicion, de jalousie. Il se retire, vers la grande baie où sa vision prend plaisir à admirer l'océan s'entremêler dans les cascades fascinantes. L'écume s'évapore en millier de goutte sur le visage de quelques nymphes éclatant de rire, ces prunelles d'érotisme inaccessible pour les mâles imbus de leur richesse. Elles ne se montrent jamais, hominidés se voilant dès que la lune s'habille de ses étoffes de cristal. Le tsar a décidé de les laisser, vivre, exister dans cette nature sauvage qu'il apprécie, les longues branches nouées de feuilles de bronze, cette herbe sèche aux flocons de rosés. Esseulé à trois pas des autres convives, il ferme son esprit au bourdonnement incessant des mots qu'il entend, la colère le possède, transport passionnel pour cette mascarade de larbin incapable de déterminer les justes et les mauvais. Eux, ils le sont mauvais. Tous. S'il a fabriqué sa table ronde tel le roi Arthur, s'entourant de la pire vermine opportuniste de la Galaxy, c'est qu'il souhaite frapper de son joug ces esprits puant de stéréotypes, s'engouffrant dans une caverne narcissique. Ils croient, dans leur humble soumission feinte, à l'invincibilité, à l'immortalité. Ils crient, par leurs carrures, leurs vêtements, leurs postures, leurs voix arrachées légèrement lessivés, ils hurlent l'insalubrité de leur égocentrisme. A la charge d'hommes et de femmes serviteurs, ils dirigent d'une main de fer, tuent sans morale, torture sans même se rendre compte du chaos provoqué par leur botte de faux Dieux insensible. Et, dans ce marasme vomitif, Kylo Ren se déteste lui-même, car dans ces groupes de personnes affalées dans leur souveraineté de lâches, il contemple sa déchéance masochiste. Il l'a voulu. Il ne l'avait juste pas imaginé de cette manière. Pourfendre le passé de son glaive empoisonné pour former une nouvelle destinée, puis se démanteler pour l'idéal fracturé. Là, devant l'assemblé, il parle et tout le monde se tait.

« J'ai réfléchi à une nouvelle organisation, plus ample, plus maniable. A partir de ce moment, je ne garderai près de moi qu'une minorité d'individu approuvés pour leurs expériences stratégiques, pour leur organisation, pour leurs conseils avisés. Les autres… Eh bien… »

Il récupère un morceau de papier froissé dans le tréfonds de sa poche d'uniforme.

« Je les ai classés par régions. J'ai hiérarchisé les zones de vie. Dans le dossier que l'on est en train de vous confier à l'instant se trouve les nouvelles règles, les nouvelles convenances, les nouvelles lois. Cette fois-ci, je ne vous ai pas concerté, je n'avais pas envie de me polluer avec vos jérémiades et votre gourmandise de capitaliste. Si des objections il y a, je ne les écouterai pas. Je n'ai que faire de vos suppliques parce que vous allez perdre vos bénéfices. »

Il dégaine ses dogmes par une voix calculatrice, sans émotions ni déboires. Des faits, des exigences énoncées sans s'apitoyer sur une révolte prête à surpasser les têtes en peine de maîtrise. Il semble lointain, observant les branches des saules se soulever par le zéphyr de midi lorsque les esclaves annoncent le repas. Tous gagnent la rive où l'eau étincelle, poussière des flots à l'humidité précieuse, apaisante. Il imagine sa silhouette Némésis, Rey vêtue de virginité, son corps-temple dans l'eau du bassin de loisir, sirène des obsessions persistantes. Il n'entend plus les échos des voix masculines discutailler des différents genres de races sur les différentes planètes dominées par leurs paumes grasses. Soudain, le calme de son âme se barbouille de tempête, l'esprit simple s'évapore pour les pluies de pensées, les doutes l'accablent, les fautes le fouettent, le lacèrent ; son mensonge transparaît dans l'appareil de la majesté. Il se ment. La lucidité le tue, il préfère s'enamourer de trahison intérieure plutôt que d'admettre sa caducité excessive. Celle où il sent ses déboires de faiblesses, le manque de virilité, la faille de son ventre de roi. Il vire ses convives, il dégage la vie annihilée d'intelligence ; ils s'en vont, retournent dans leurs vaisseaux, dans l'espace aux étoiles noires et aux comètes insensibles.

Dans sa demeure, au dernier étage de son palais, le balcon surplombe le paysage doré de fin d'après-midi, les feuilles d'érable aux nuances de bronze et d'argent s'amassent dans la membrane du sol strié de vergetures de l'hiver doucement s'arrimant, s'ancrant. Disposé sur un coussin en plume, Kylo réfléchit, fume encore une tranche de nicotine, drogue coupable appréciée pour sa fumée se dissolvant dans l'air éthéré. A côté, il entend les pas de lionne qui désirent s'échapper de l'environnement factice créé à l'intention de sa beauté révoltée. La ritournelle rituelle. Tous les jours, il la saisit, se battre contre la grande porte sécurisée, l'impossibilité pour elle de se vaporiser dans une nature liberté, vers son île de mélancolie près du tombeau de son ancien maître. Cette jalousie courroucée lorsqu'il avait assisté dans l'ombre de leur lien psychique à ce partage apprivoisé entre la jeune fille et le vieillard, il avait dégueulé de meurtre, des soldats trop bravaches dans le navire galactique, dans le vide étroit de l'univers, gigantesque paysage ensemencé de trous noirs, d'astres brillants et de planètes inconnues. Elle avait fermé la porte de son héritage, objet maison possédé par feu le père tué de ses propres mains sales. Han Solo, le patriarche énervé, sympathique, un simple être charnel de philosophie populaire, courageux, sincère, dans la masse de la normalité de la terre plébéienne. Kylo Ren n'avait jamais rencontré fille ou garçon de son âge, similaire à sa souffrance avant la petite créature criante maintenant entre les barres de sa prison. Rey ne désespère pas, elle se renforce dans l'amertume de l'ennui, de l'oisiveté de cette création de journée artificielle. Et Ren se débat entre les plis de sa honte possessive, de ses poignes emprises sur la nuque dévoilée de sa déesse hargneuse. Les éclats de voix se poursuivent et s'enlacent dans le murmure bercement des eaux de sa piscine. Elle sait qu'il est retourné sommeiller dans sa chambre, après le douloureux devoir de présence sultane. Parfois, elle se moque, parfois elle supplie, rarement elle se tait. Elle organise son heure en mélopée aigue, désorganisée. Non pour chercher un réconfort, juste pour lui prouver qu'elle ne se désole pas dans ce vaste espace rempli d'insuffisance. Le mâle ne souhaite pas répondre à cette provocation puérile, énervé par celle-ci.

Il s'évanouit dans les larges couloirs décorés de tapisseries aux formes colorées pour se diriger vers son bureau où les feuilles de projets législatifs se conjuguent aux croquis de voyage, témoin de ses nombreuses conquêtes enragées. L'aquarelle du feu de la dernière barbarie s'extrait dans l'unique larme versée à la vue de la charogne acerbe de sa mère. Le corps gisant, lamé de griffures, d'ecchymoses, des yeux enfin, des yeux sans fond, engoncés dans les orbites cruelles de la faucheuse. Il avait sangloté, comme un nouveau-né réclamant les bras souples d'amour de sa mère. Mais elle était partie. Partie dans l'abysse implacable de l'inconnu. Kylo ne craint pas la mort se dit-il, il la dessine, la pénètre de son crayon taillé, pour la posséder afin de la faire fuir elle. L'immortalité ne paraît pas un de ses rêves, telle l'absolue envie de Snoke. La mort le fascine, ces corps sans âmes, sans artifices, sans paroles ni matières ni mouvements. Dans cet endroit aux murs écarlates seulement éclairé par des lueurs d'antan, de chandelles aux néons, il s'abreuve de solitude, loin de sa vengeresse. Les questions frustrations, cette fois-ci, ne l'interrompent pas dans sa contemplation de ses multiples traits tracés sur le grain d'un papier luxueux. Sa pratique artistique se masque, elle ne se dilue pas de vains discours, d'ailleurs, le principe même de dessiner comme une femelle ne serait guère approprié pour un monarque. La jalousie le corrompt de ses vices, des pensées misogynes qu'il n'aurait pas construite si l'angélique Rey n'avait pas bouleversé sa vie réglée comme un papier millimétré aux notes basses et mornes. Si elle n'avait pas morcelé sa maison psychique comme un ouragan courageux, sa foi intacte parmi les dérives d'une guerre bouffant ses milliers d'enfants innocents. Parce qu'elle s'accrochait au vide invisible de valeurs démocratiques, idéales, parce qu'elle s'éreintait à défendre son point de vue, essentiel à sa survie. Là, encore, même prisonnière et délicieuse enchaînée, elle combattait par des biais aux effets moindre, du rien dans les paumes. Et lui ? Que faisait-il lui ? Il esquisse ce portrait d'origine, cette première fois où le crépuscule s'estompait au profit d'une aurore aux pommes d'or. Il s'était permis le rêve, celui de s'unir à l'âme similaire, compréhensive, non juge de ses actes, celle qui baumerait ses plaies de mélancolie, et plus loin, celles qui le ruinaient, au-dedans de lui, de milliards de fautes intransigeantes qui versaient sur ses blessures l'acre poison amer d'une destinée mal aimée.

Là-haut, l'astre argentin se morfond de son or couché, il étend ses drapés de nuit sur toutes choses immobiles, les toits, les branches, les fleuves, les prairies, le sable, tous les détails illunés transmettent leur beauté éphémère dans les yeux des rares passants se promenant sur la grève rafistolée. Et l'autre, échoué sur son lit de gisant clôt ses paupières pour dix heures de sommeil. Près de lui, derrière le mur lambrissé d'un chef d'œuvre inconnu, somnole le trésor, des bracelets de fer à ses chevilles et à ses poignets.