ontheroad7 : Merci beaucoup pour ton joli commentaire ! Je ne le dis jamais assez mais recevoir des impressions c'est hyper encourageant et ça pousse à se motiver pour aller plus loin. Du coup merci Rapprochement il y aura oui, mais ça sera toujours très dramatique malheureusement (ils s'aiment mais ne se l'avoueront jamais, en même temps vu ce que fait Kylo à Rey il y a de quoi xD). J'espère que ce chapitre réussira à te transporter comme les précédents. J'essaie d'instaurer une rythmique assez lente et douloureuse mais qui fait voyager quand même **.
onmywave : Tu ne sais pas combien de fois j'ai lu et relu ton commentaire ! Non mais... MERCI ! Ca fait m'a fait tellement, tellement plaisir ! Il est super long en plus alors encore merci d'avoir pris le temps de me dire tout ce que tu ressentais à la lecture de ma fic ! Parce que ça va m'aider dans ma construction (surtout qu'une fois terminer je pense encore plus me l'approprier en faisant mon véritable premier roman). J'avoue que je suis assez obsédée sur le visible et l'invisible (merci ma filière artistique) et j'essaie vraiment d'aller au bout des choses, quitte à mettre à mal tous mes personnages, leur enfoncer des poignards aux coeurs. C'est le comportement humain, cruel mais jamais manichéen qui m'intéresse quand j'écris. Merci à toi pour ton magnifique commentaire ! J'espère que la suite te plaira !
III
Des ferrailleurs de grands chemins, des buveurs d'illusion, des gouailleurs sans lendemain, des chalands au gout de rien, les deux visages parentaux se confondent dans les méandres de tristesse psychique, la psyché de Rey s'empoisonne de ce trou béant, au cœur, aux poumons, aux supplices de l'appartenance d'une entité qui ne se révélera jamais. Si jeune, quand, prise dans les bras d'un propriétaire, elle hurla leurs noms. Et les silhouettes disparurent dans le déclin d'un soleil rugissant, rouge dans les cieux mouillés de pluie. Ces chaînes à ses bras lui rappellent le début de l'esclavage. Pas d'école pour elle, obligée de regarder ces camarades chanceux jouissant d'une culture, d'une connaissance et peut-être d'un destin, de choix, d'un libre arbitre. De son parcours, elle n'y songe plus, il est trop douloureux, dans les reins, dans la respiration saccadée d'effroi. Elle ne peut plus se mouver, là, assise en tailleur sur les drapés de son insomnie mouvementée. Il est venu lui rendre visite, en croquemitaine, les ambres furieuses d'un secret tu sur les lippes. Dans ses mains, l'objet muselière, la parole néfaste, autoritaire. Il avait pris son temps. Le poignet gauche puis le droit, enchâssés près de la colonne de son lit à baldaquin. Pour te punir de tes manigances de fillette lui avait-il susurré tout proche de l'oreille. Fière, vêtue de sa dignité, seule ressource restante pour les jours s'emplissant d'abattement ; elle n'avait rien dit, elle ne l'avait pas même regardé. Ben Solo, ce garçon qu'elle croyait sous-jacent en Kylo Ren n'existait plus. Alors elle observe le plafond analgésique, aux rayures de nuances de blanc, impersonnel et sale. Ses pieds s'amusent en une danse rythmée de lenteur. Elle attend. Celui qui s'occupe d'elle, un bourreau sadique, agacé, malade. Un facies pâle, imbu du pouvoir. Et elle ?
« Détache-moi s'il te plait.
- Non.
- Ça te plait ? De m'observer lorsque je suis dépourvue de défense ? Victime de tes passions ?
- Beaucoup.
- Détache-moi.
- Non.
- Ne suis-je pas assez punie ?
- Pas tout à fait.
- Je ne fais rien de mes heures, elles se perdent dans l'ennui et l'oisiveté, dans le soupir d'un indicible hiver. Tu me gardes sous ta main mise pour jouir de ton emprise. Je crois toujours en toi, en la bonté qui s'éparse sous ton commandement d'orage. Tu sais, celui qui était sous de bonnes auspices, prodige et aimé de ses proches, de ses parents. Parce que, Kylo, tu avais des parents. Et je ne comprends pas. Tu as assassiné ton père.
- Comme tous les enfants mâles voulant éradiquer l'obstacle du passé pour grandir.
- Tu mens.
- Je ne me permettrais pas, te voir dans cette posture de soumission féminine me comble de bonheur déjà, le mensonge ne fait pas parti de mes priorités lorsque je suis près de toi.
- Tu ressens autant cette souffrance que moi, si ce n'est plus. C'est ça ? Ben. Déguster le fait que je m'écroule, encagée, une bonne petite fille t'offrant les bénédictions désirées ? Que suis-je pour toi ?
- Tu connais la réponse Rey. Crois-tu sincèrement que je t'aurai laissé libre alors que la dernière bataille, j'ai éradiqué le maigre reste de la rébellion ? Surtout toi, cette fille particulière, une demie je ne sais quoi qui a réussi à les réunir tous, à les maintenir dans un rêve d'espérance.
- Parce que c'est ça la vie ! Parce que s'il n'y a pas de sens, il n'y a rien. Et s'il n'y a rien, il y a la mort ! »
Elle le révulse avec ses messages, ces dernières phrases jetées dans l'expression passionnelle d'une croyance à coup de pinceaux religieux, ses idéaux, son idéal exposé, naïf, puissant, candide, stupide, courageux, brave, empathique. Ses prunelles plongent dans les résurgences d'un événement traumatique, cependant ; de ce tombeau elle en a récolté les effets dramatiques, elle a cousu ces ruines sur une toile parsemée d'espoir. Cette émotion digne des plus bêtes d'entre eux, des plus faibles, l'espoir. Il aurait pu balancer une réponse cynique pour clore le débat ; énivré par les lignes de la frimousse poupine de son ange, il se tait, percuté, à la dérive de sentiments néfastes. Il desserre ses bijoux de métal entravant sa captivité. Elle secoue ses dextres, respire, absorbée de nouveaux par les promesses de sa gentillesse. Elle le considère comme un animal sauvage, grognant, massacrant, déchiquetant qui, tout au fond de lui, possède encor une bougie de bonté, minuscule, certes, tout de même présente. Elle est incapable de l'observer comme un être maudit, un démon capricieux et stupide. Rey ne le sous-estime pas, elle l'évalue, le jauge, le juge, à chaque fois qu'il transparaît dans cet antre tamisé où les baignades des rayons solaire s'éclipsent sous les rideaux lourds et opaques. Elle vit dans une semi-clarté, un monde figé, le temps ne s'égrène plus entre les luxures du quartier. De ces mouvements parcheminés qu'elle entend souvent, de l'autre côté de la porte, elle imagine des têtes, des expressions, des voix rauques, basses, des commérages pour adoucir son quotidien désagréable, mésallié. Elle ne s'appartient plus. Son existence s'érige en heures lascives, indolentes, des minutes et des jours, des secondes et des semaines, disparaissant sans un sens, sans une place. Elle n'existe plus aux yeux des autres, des probables amis, des collègues, des ennemis, des gens détestés, ces rares figures se dissipent dans l'espace forgé d'une macabre prison aux relents d'oisiveté forcée, d'ennui prescrit. Kylo, debout, l'entache de ses pierres brutes, de ses questions inavouées. Elle sent les mots jaillirent dans la tête de son bourreau, des marécages de doutes, de frayeur qu'il s'efforce à effacer, à dénier. Parce que Rey, elle n'a rien à faire, elle ne se bat plus contre la vie s'évacuant, alors elle médite. Occupation que beaucoup trouverait dérisoire sans but, ni finalité. Néanmoins, lors de ces instants, elle se concentre, se jette hors d'elle-même. Loin de son thorax, le souffle épuisé, elle apprend, à parcourir le palais, les longs couloirs, les salles de réunions, les vastes pièces où les bousculades des serviteurs offrent la gaieté d'un présent. Durant les premiers mois de sa captivité, elle n'a pas daigné accorder une attention à son roi. Elle a ressenti la Force, cette énergie mystique coulant dans toute choses et tout être, elle a remercié celle-ci, sûre qu'une conscience intelligente se masquait dans le silence. La Force, pouvoir lumineux, apaisant les tourments de ses obstacles, avec elle, tout en elle, elle a appris à accepter. Ce mot, elle ne l'utilisait jamais, ses géniteurs apatrides attendus, le caractère de Kylo, morcelé, d'une noirceur à pleurer. Accepter. Comme comprendre ou pardonner. Elle n'en a pas le courage, elle n'en a pas la capacité. Elle a dû admettre qu'elle ne sortirait pas de ce lieu funéraire sans l'accord du leader.
« Comment s'appelle-t-elle cette planète ? Je ne te l'ai jamais demandé.
- Lavenus.
- Tu la connaissais déjà avant de la choisir comme capitale ?
- Oui, mais elle ne m'avait pas touché, ni séduite. Le désert mêlé aux montagnes enneigées, les ruisseaux et le fin vent du nord. Il s'agissait d'une planète aux aspects trop poétique.
- Définitivement, elle ne s'accordait pas à ton essence de mâle ténébreux, surpuissant.
Un sourire sur les lippes de Ren surgit, malicieux, rieur. Il casse ses masques lorsque, près d'elle, il discute.
- Pourquoi l'as-tu choisi ? Choisir un fief, nonobstant les grands vaisseaux dans l'hyper espace, c'est une décision primordiale. Tu as laissé de côté les vertiges du contrôle, tu as même découpé ta hiérarchie pour une organisation pragmatique… Maintenant, tu peux paresser des après-midis ou des matinées sans inquiétudes.
- Parce qu'elle me fait penser à toi. »
Médusée, Rey perturbée. Ses lèvres se bloquent sous la surprise. Son ennemi a l'art de la révélation, des phrases entrecoupées de mutisme pour son effet dramatique. Il énonce cela sans sentiments, sans affection, un ton neutre, coupant la bienveillance d'un moment limpide, habituel. Submergée par les odeurs de ses mémoires, un gouffre béant de manque d'amour, elle se détourne, s'enroule dans les draps légers. Message d'un au revoir qu'il n'examine pas. Il s'empare d'un grain de grenade, l'avale, tourne les pages de son livre, emporté dans sa lecture d'un roman romantique. Car il aime s'immerger dans une narration acidulée, où les personnages n'annoncent que troubles sentimentaux, d'une poésie d'amour pour soulager ses maux. Ce côté aussi il le cache à tous, sauf à sa néréide, endormie sur son lit. Ses courbes se découvrent légèrement, sa respiration se pare des atours de l'apaisement. Et lui s'immole pour cette beauté d'outre-tombe, une Venus irrésistible, impénétrable. Ses jambes s'entrouvrent, vagabonde le tissu d'ébène sur sa peau de lait féminine. Souvent, le monstre l'observe, paralysé par sa grâce d'obsidienne et, parfois, il songe à sa venue telle une chute des cieux vers le monde profane, dégueulant de vices. Sa main aux stigmates d'entraînements et de victoires s'approche, rencontre la carnation d'albâtre de sa nymphe. Sa bouche frôle son oreille ; il susurre tendrement des mots remplis de mal. Je suis ravi de te contraindre à la dépendance. Ce monde obscène ne te mérite pas, tu es si pure dans ton courage idiot. Il referme la porte du gynécée dans lequel se sacrifie la vétusté décomposée.
Elle se réveille dans un état cotonneux, une ouate à ses yeux ayant difficulté à s'ébraser sur une vision étoilée. Des points luminescents chatoient dans une mer noire auréolée de quelques mouvements fugitifs, des astres effleurant Thanatos. Tout est calme, silence et quiétude. Tout est faux. Tout est hypocrite. Là, les gens s'assoupissent, rêvent, frétillent dans l'onirisme étincelant tandis qu'une âme étrangère se débat avec ses membranes de douleur. Elle ne possède de place nulle part. Ici, les murs frissonnent de duperie, une maison de poupée pour cette chère Rey. Elle s'effondre. Ses larmes roulent sur ses joues blanches, immaculées de verve, de ferveur, ses valeurs s'esquivent au gré de la putréfaction de son oisiveté. Elle touche de ses doigts rongés les vitres fermées, large baie vitrée lui permettant de voir sans jamais s'égarer à la sensibilité. Les seuls objets qu'elle puisse marquer de ses autres sens sont figés dans les tiroirs, sous son lourd matelas confortable. Elle voudrait le détruire ce sommier, par son sabre en faire des confettis. Ses minces trésors personnels, matière à repère lui ont été confisqués, pour ta sûreté, pour ta sécurité lui a-t-il dit ce fameux jour où la serrure grinça l'annonce de sa réclusion. Est-elle encore humaine d'ailleurs ? Aucun miroir n'orne les murs, au contraire, c'est une sculpture féminine, une Korée aux formes envoutantes, un corps temple de désir. Elle a cherché, incurablement, au début, un trou, un édifice, un moyen de fuite, comme l'eau qui se libère du tuyau pour se fondre dans l'océan ou les fleuves et les ruisseaux. Rien de plus que des robes d'esclave de joie, des outils de femmes archaïques. Te souviens-tu, Rey, de cette plaisanterie sérieusement construite dans les orbes de ton cerbère ?
Tu te remémores ce passage de ton existence, il te hante chaque jour, la respiration saccadée de tant de souffrance ; tu le vois s'enfoncer dans ta nouvelle demeure alors que tu te ranimes, alourdie par le poids du sommeil artificiel, forcé. Il s'assoit dans un lourd fauteuil de cuir, celui-là même qu'il utilise lors de ses visites pour te contempler. Tu peines à trouver des repères, la veille, tu te battais contre ses soldats, contre son armada, un amas d'arme d'une pointe technologique destructive. Les morts s'enroulaient, arrosaient le sol de leur sang, rouge était la terre, blancs étaient les armures de ces clones néfastes dont tu étêtais les cous sans regarder derrière toi. Le temps te manquait, la rapidité de tes gestes couplés aux actions meurtrières t'empêchaient de penser, seule l'issue t'inquiétait, t'angoissait, creusait un trou béant dans tes artères, tes poumons se pétrifiaient sous l'agonie des corps échevelés, des milliers exposés, des membres coupés saillant dans les replets de la boue. Leïa, courageuse reine commandante des armées rebelles périt dans l'ultime explosion. Les jambes de Rey ne pouvant plus la supporter s'abaissèrent, à genou, devant le spectacle d'une ruine, d'un symbole finalement tailladé, épars. Le silence, elle entend le silence, ce calme que les chants des rossignols atténuaient, les pas des guerriers rentrant dans le sas des vaisseaux de l'empire, les ordres aussi de ce général exécré, rouquin abruti. En face de toi, te dominant de sa taille ogresque, l'homme prononce la sentence dans une moquerie grotesque, un rictus dessiné sur ses traits de statue de cire, il demande à deux de ses sbires de te relever, rit un peu plus à la vision jubilatoire de te dévoiler toutes ces charognes étendues dans l'immensité de la ville anéantie. Des pertes pour pas grand-chose résume-t-il. Et Kylo Ren s'empare de ton bras, te guides vers le dernier réceptacle prêt à décoller lorsque vous atteigniez le linoléum spectral. Les dédales défilent. Tu ne te concentres plus. Tu as perdu. Ta volonté. Ta splendeur écarquillée. Ton envie de rendre le monde meilleur. Utopique. Les visages aimés se fixent dans tes pupilles, t'accusent de cette croyance débile que tout s'arrangerait, que l'espoir pouvait être permis, que le bonheur pouvait t'être acquis. Il te lâche dans une cellule aux parois de plastique, un faible néon pour éclaircir le néant de ta geôle, un matelas vide sur lequel se loge une couverture de laine râpeuse. Il te dépose violemment, et tu restes seule, médusée. Paralysée, au centre de ce sarcophage, tu ne songes pas à t'égratigner les mains ni à t'esquinter ta voix muette, sèche. Les sentiments que, jadis, tu éprouvais du creux de ton âme passionnée se taisent, se cachent derrière des pans de voiles du choc. Trop rapide. Cette fin. Absurde. C'est le mot non ? Absurde ? Sans sens ? Tu délaisses le pauvre lit pour te coller contre le mur tandis que l'engin démarre, les frissons du décollage se transmettent contre ta chair frémissante. Des courbatures te soumettent à la fatigue, ton hémoglobine virevolte en fusée, tu le sens, dans ton corps, partout, ce fléau, ce chaos. Cette sentence insipide, triste à en crever. C'est fini. Mais tu es si blafarde dans tes habits poussiéreux, troués, mouchetés de vermines, de sable, de glaise. Tu t'es battu avec courage t'aurai dit ta mère imaginaire. Tu ne possède rien de plus que tes loques sur ton derme maladif.
Rey l'examine les yeux fermés, discrètement, recroquevillée sur son lit défait. Il dort, sous une masse de couverture. Son visage dénué de cruauté, la narcose souligne l'expression de gamin déboussolé gravé subtilement au coin de ses cernes. Il ressemble à cet ange profane, annonciateur du trépas ; cheveux de bois sombres et traits taillés dans une serpe austère, nez aquilin et orbes discordantes, main de bourreau et bras de titan. Les muscles saillent sous ses gestes inconscients. Elle ne se trouve pas à ses côtés mais elle le regarde, tente d'appréhender cette masse masculine où l'esprit se confronte aux durs labeurs du pouvoir. Grâce à ses capacités psychiques, la rosière l'atteint, elle ne peut le toucher sensiblement mais transmet sa faible énergie jusqu'à lui, dépasse la porte de sa poussière éternellement close. Son cœur s'hargne de rancœur, la justice quémande un meurtre, un châtiment, un acte. Elle ne possède ni poignard, ni dague, ni arme, elle ne possède que la déception de la perte. Quelques fois son myocarde s'affole, il cogne à se faire mal sa cage thoracique. Juste la moitié d'une minute cependant et il reprend sa pétrification, de glace ou de marbre, figé sans l'espoir d'exister à nouveau, de ressentir pleinement, de s'égayer. Quand ses paupières sursautent, elle apparaît dans cet endroit aux murs teintés de tapisseries, aux coussins colorés, aux bougies parfumées. Nouveau décor, orient des fantasmes où l'érotisme sublime côtoie la splendeur des tissus ombragés sur son corps. Ils ont installé une penderie de chêne, des bombasins moelleux, un bain. L'eau ruisselle lentement sur le gypse d'argent, des pierreries semblent s'incruster dans la matière, illuminant l'espace de milliers de points chatoyant. Pour rendre ton séjour féérique lui a-t-il confessé d'un ton contrit, presque sincère. Mais ses yeux encore flamboyaient de convoitise qu'elle ne s'explique pas. Il lui a brûlé ses anciennes guenilles, devant son visage effaré, pour un peu, elle l'aurait égorgé. Les voiles de son baldaquin se soulèvent grâce à cette onde artificielle, puisqu'elle n'a plus de droit de regard sur le paysage sculpté de beauté, la beauté s'est transportée vers une cellule genèse. Genèse d'un moment préparé, senti, intelligible, mystérieux. Il ne lui a rien dévoilé, mais il le montre, par des décisions étranges ou logiques. Elle préfère dénier. Elle se drape dans la débilité de l'incompréhension. Elle le sait pourtant. S'il agence son territoire de cette manière, il ne la libérera jamais. Réclusion à perpétuité. Elle se dirige vers le fin plateau d'or posé sur une table de sureau, se sert un verre d'eau de violette. Le luxe. Cette pièce dégorge de richesse. Des centaines tueraient pour ces artifices matériels, pour ces journées à végéter sans se tordre le dos à l'esclavage, des milliers de condamnés qu'elle a déjà observé, elle aussi, logée dans le ventre de la misère vénéneuse. Elle désirait ardemment se battre, éradiquer cette gangrène d'exploitation des plus démunis, ce capitalisme rugissant, bouffant les plus déshérités. Elle souhaitait imposer au monde une nouvelle régence, celle de la paix, surtout de l'égalité. Les justes ne gagnent pas. Combien de fois lui avait-elle répéter, Louise, sa gouvernante, cette personne charmante, maternelle la berçant contre ses cotes fragiles empoisonnées par l'asthme. Elle était morte sans un bruit, une nuit d'aout à la chaleur spacieuse, plongée contre le sein d'un substitut parentale, Rey s'était levée sans rien remarqué. Elle ne pleure plus face à ces vagues déferlantes de souvenirs de petite enfance. Elle s'efforce de ne plus rouler ses sanglots dans ce gynécée effroyable. Quelles sont les coutumes de cette planète ? Ses mœurs, ses traditions ? Qu'a-t-il légiféré, modelé ? Quel jour sommes-nous ? Quel mois ? Quelles fêtes religieuses se préparent sous les effervescences des serfs ? Rey se perd dans ce maelstrom d'émotions, de pensées, de désirs muselés, de réflexions. Elle se délabre dans son lit, son corps envouté par le poids du matelas, elle aimerait s'y fondre pour ne plus jamais affronter sa vie d'aujourd'hui.
