Minho s'appuya contre la porte fermée, les yeux clos, la gorge serrée. Il se laissa glisser au sol et resta assis là quelques minutes. Il ne se sentait pas d'humeur à retrouver les autres. Il replia les genoux contre son torse et y reposa son front, les bras enroulés autour de ses jambes. Il soupira et repensa à tout ce qu'il avait vécu avec Newt. Leur histoire avait connu de sacrés rebondissements. Il s'était comporté comme un con, il regrettait tellement.

De retour dans le Labyrinthe, Minho se remémorait leurs premiers jours. Pour être honnête, il n'avait aucun souvenir de Newt avant qu'ils n'organisent un peu la vie en communauté. Rapidement, ils avaient réalisé que la seule échappatoire était le Labyrinthe, et après plusieurs morts dévorés par les Grievers, une sorte de sélection avait été mise en place pour choisir les Runners. Il s'agissait essentiellement d'évaluer l'endurance et la vitesse des Gladers. Runner n'était pas un métier populaire, le Labyrinthe terrifiait.

C'est à partir de là que Minho avait remarqué Newt. Newt était le plus rapide, le meilleur d'entre eux. Minho venait en seconde position. Au début, ils couraient en binôme, afin de survivre plus longtemps. Des Runners avaient encore disparu. Puis tout s'était à peu près stabilisé. Ils avaient commencé à comprendre la structure générale du Labyrinthe, divisée en sections, et chaque Runner s'était retrouvé en charge de l'une d'elle, avec pour mission de la cartographier. Minho et Newt avaient un peu sympathisé durant leurs expéditions, rien d'extraordinaire cependant par rapport aux autres. Ils étaient tous dans le même bateau. Malgré tout, un malaise bien particulier était présent entre eux deux. Minho n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, mais ne s'en souciait pas trop. La situation dans laquelle ils se trouvaient était complétement dingue. Ce n'était qu'un détail. Quoiqu'il en soit, ils se voyaient le soir dans la salle des Cartes pour retranscrire sur papier les chemins empruntés la journée, et éventuellement au moment du repas.

Si Newt tentait d'établir le contact, Minho la jouait très solitaire. Il avait du mal à supporter la vie dans le Glade, la promiscuité constante avec les autres, et surtout l'enfermement. Minho fuyait la compagnie des Gladers en courant dans le Labyrinthe du lever au coucher du soleil, mais il ne pouvait rien faire pour fuir le Labyrinthe lui-même. Il l'avait parcouru personnellement de bout en bout. Chaque allée, chaque cul-de-sac, sans succès. Il n'y avait aucune issue. La seule allée susceptible de les mener hors du Labyrinthe aboutissait sur du vide, le sol s'arrêtant net. Un Glader avait tenté l'expérience une fois, il avait sauté et était tombé hors de vue, comme une masse. Certains Gladers, dans les débuts, étaient clairement suicidaires. Il leur avait tous fallu un long moment pour comprendre l'étendue des dégâts. Ceux qui disparaissaient, qui mourraient, ne revenaient pas. Ils étaient seuls et ce n'était pas un rêve. La terreur des Grievers était devenue leur religion. C'est ainsi qu'une règle fondamentale avait été érigée, celle interdisant d'aller dans le Labyrinthe, à l'exception des Runners. Une fois les portes fermées, la mort attendait les retardataires, et foutait la paix aux Gladers à l'abris, emprisonnés et paradoxalement protégés par les grands murs de pierre. Une fois par mois, la Boîte leur fournissait des vivres et un Greenie. A nouveau, un garçon avait tenté de se glisser dans la Boîte pour descendre avec elle, sans succès, puis s'était suspendu à une corde afin de la suivre. Il avait fini coupé en deux, et le Glader tenant la corde n'avait pu remonter qu'une moitié. Le Labyrinthe était à la fois leur seul espoir et leur tombeau.

Minho s'était progressivement habitué à la vie dans le Glade. Il faisait son travail sans réfléchir, épuisant son corps, et revenait dormir le soir. Sa vie était sans saveur mais il avait la chance de ne pas encore être mort. Il continuait de chercher, sans réel espoir. Le Labyrinthe changeait toutes les nuits selon un schéma précis et répétitif, n'offrant aucune nouveauté. Bien vite, les Runners perdirent espoir. Newt les encourageait. Il était leur Keeper, à la fois le meilleur physiquement et intellectuellement. Newt avait tout ce qu'il fallait, où il fallait.

Du moins c'est ce que Minho avait cru jusqu'à ce qu'il se jette du haut du Labyrinthe, ayant gravi un mur à l'aide des lierres qui le couvraient. C'est Alby, leur chef, qui l'avait trouvé. Minho était rentré du Labyrinthe comme tous les soirs, et s'étaient étonnés de ne pas voir le blond dans la salle des Cartes. Il s'était rendu au Homestead, là où ils dormaient tous. Il entendait du bruit à l'étage et, anxieux, il était monté voir ce qu'il s'y passait. Il avait poussé la porte et était tombé sur Alby, faisant les cent pas devant le lit sur lequel Newt était allongé, immobile.

Minho avait vu rouge, une peur panique lui serrait le coeur et la gorge, lui coupant le souffle. Il fixait Newt dans l'espoir de voir sa poitrine se soulever. Au bout d'un moment, il expira de soulagement. Newt venait d'ouvrir les yeux et il respirait. Minho s'approcha. Son regard bondissait de Newt à Alby, l'inquiétude le cédant rapidement à la colère.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda-t-il, la voix sourde.

Alby leva la tête vers lui, soupira. Il baissa les yeux : « Il est tombé ».

« Tombé ? » répondit Minho, franchement suspicieux. « Tombé de où ? »

Alby lui lança un regard noir, long et intense comme s'il voulait lui faire passer un message. Minho plissa les yeux. Ce qui lui était venu à l'esprit semblait de plus en plus vraisemblable. Il fixa Newt, l'air assassin :

« Tu as essayé de te suicider, c'est ça ? » dit-il d'une voix calme en le fusillant du regard.

« Minho, ça suffit ! » s'interposa Alby. « Tu la fermes et tu dégages, t'as rien à faire ici ». Il avança d'un pas sur Minho, la mine furibonde : « T'as pas intérêt de dire ça à qui que ce soit, c'est compris ? » Il attendit la réponse du Runner, qui ne vint pas. Il insista : « C'est bien compris, Minho ? ».

Minho serra les mâchoires. Il avait une envie terrible de lui envoyer son poing dans la figure, de le voir tomber à terre pour ensuite se jeter sur Newt. Au lieu de cela, il pencha légèrement la tête sur le côté pour regarder Newt en face. Celui-ci avait les yeux braqués sur lui. Il était rouge, honteux, penaud. Il se mordait la lèvre inférieure en serrant le drap dans ses poings fermés. Minho maintint le contact encore une minute :

« Toi, tu me dégoutes » cracha-t-il. « Tu es faible. Si au moins tu avais eu la décence de ne pas te rater ».

Les jointures de Newt étaient blanches, ses joues rouges une seconde plus tôt étaient livides, ses yeux brillants de larmes. Il détourna le regard. Alby faisait mine d'ouvrir la bouche, mais Minho lui tournait déjà le dos. Newt entendit ses pas lourds dans les escaliers. Il ne s'était jamais senti aussi mal, même avant de se jeter de ce foutu mur.

Minho avait tellement la rage ! Tout le monde commençait à se désespérer sérieusement, mais Newt était courageux, nom de Dieu, il était le meilleur d'entre eux, il ne pouvait pas abandonner. Pas lui. Il marchait vers la forêt, furieux. Personne ne l'interrompit. Ils n'auraient pas osé. Comment leur « société » pourrait-elle fonctionner si même les Keepers se mettaient à merder ? Ils étaient le fondement, ils n'avaient pas le droit à l'erreur. Un Keeper est infaillible. Il tient tout le monde unit et dans le bon sens. Newt avait échoué. Il avait essayé de se suicider, bordel ! Comment avait-il pu faire ça ? Les mains de Minho se fermèrent à nouveau, ses ongles courts entamant sa paume tellement il les tenait serrées. Il s'arrêta soudainement et balança un coup de poing dans un tronc, entraînant une douleur explosive dans tout son bras, faisant saigner ses jointures éclatées. Un sanglot secoua alors sa poitrine. Qu'est-ce qu'il lui prenait ? Il pressa son front contre le même tronc alors que des larmes se mettaient à couler le long de son visage. Il comprenait le geste de Newt. Il n'y avait pas d'issue. Ils allaient finir par mourir ici, dans le Glade ou dans le Labyrinthe. Ils n'auraient pas le temps de vieillir, jamais ils ne retrouveraient la mémoire ni ne connaîtraient la liberté. Qu'avaient-ils bien pu faire pour mériter une telle punition ? L'idée d'être une personne assez abjecte pour justifier tout cela ne faisait qu'empirer sa haine et son désespoir.

Il repensa à Newt. Il commençait à regretter lourdement les mots qu'il lui avait jeté à la figure. Il devait être plus malheureux encore, et plus désespéré, pour en venir au suicide. Minho réalisa alors l'étrangeté de son comportement. Pourquoi avait-il réagi aussi violemment ? Ce n'était pas qu'une affaire de politique ou même de morale ou d'éthique, du genre « on ne se suicide pas car il faut penser au bien de la communauté ». Non, Minho avait eu peur pour Newt. Et « peur » était un faible mot. Il avait eu la trouille de sa vie. L'idée que le Glader ait pu être mort l'avait profondément secoué. Il lui en avait voulu de l'avoir fait paniquer à ce point. Il se souvenait d'un garçon qui avait balancé son poing dans la figure d'un autre seulement parce qu'il l'avait surpris. Ce n'était pas volontaire, c'était un réflexe. Minho avait en quelque sorte réagi de la même façon, mais ses paroles n'étaient pas excusables.

Minho secoua la tête. Peu importe, il continuerait sa petite vie. Il irait s'excuser le lendemain. Peut être. Et si Newt ne l'écoutait pas ? S'il ne lui pardonnait pas ? Minho serra les poings et secoua à nouveau la tête, vigoureusement. Aucune importance, il n'avait besoin de personne, et surtout pas d'un faible. Son poing droit lui faisait terriblement mal. On se demande bien qui est le faible. Tu viens de frapper dans un arbre. Pff. Minho frissonna, il commençait à être tard et l'humidité et la fraicheur du bois transperçaient ses vêtements. Il tourna le dos à sa victime impassible et alla se coucher, le cerveau en ébullition.

Réponse à une review (d'un non-membre du site donc seul moyen de répondre ;) ) :

Pomme: Oui, j'ai lu les livres en anglais du coup je ne connais pas forcément les traductions utilisées (pour Homestead, Glade, entre autres). Merci beaucoup, ça fait plaisir :) !

Et merci beaucoup à vous qui me lisez, et n'hésitez pas à laisser des reviews, s'il vous plaît ! Hallucinant comment ça illumine mes journées :D