D'abord, merci pour vos reviews qui m'ont terriblement plu, je suis heureuse que le début vous plaise. Continuez à me faire part de vos suggestions et de vos éventuelles questions. Et, pour répondre à l'une, des personnages secondaires comme Sam et Brittany auront une importance non négligeable. Je n'en dis pas plus ! Voici la suite, dites-moi ce que vous en pensez.
Le lendemain fut délicat pour Quinn et sa nouvelle locataire. Elle savait qu'il lui faudrait régler toutes sortes de questions si elle avait l'intention d'aider la jeune brune à se cacher. Elle n'avait pas encore fait son choix, mais si elle pouvait sauver ne serait-ce qu'une seule vie de la violence meurtrière courant l'Europe, elle le ferait.
Quinn réussit à faire prendre une douche à la petite Juive pendant qu'elle fouillait son armoire à la recherche de vêtements moins usés que ceux qu'elle portait depuis des mois.
Des vêtements qui ne la distingueraient pas des autres citoyens.
Des vêtements sans étoile jaune cousue sur le côté gauche.
C'était transgresser les nouvelles lois que de lui faire porter des habits sans signe distinctif, surtout si elle comptait se promener dans les rues parisiennes. Mais le fait de la cacher, ici, chez elle, même si ce n'était que pour une nuit, était aussi une transgression. Une de plus ou de moins, ce n'était pas ce qui effrayait la jeune blonde, réfutant tous ces nouveaux codes qui ne faisaient rien pour lui faciliter la vie, ni à elle, ni aux autres.
Quinn trouva une robe gris clair qui semblait seoir à la petite taille de la brune. Elle se dit à elle-même qu'il fallait qu'elle lui demande son nom, car si son séjour dans cette ville se prolongeait, ce serait bien plus pratique.
Quelques minutes plus tard, la petite Juive sortit de la salle de bains, portant la robe que lui avait apportée Quinn et sentant le savon. Elle avait l'air bien plus à l'aise, plus reposée que quelques heures auparavant, dans ce sous-sol humide et crasseux. Qui sait combien de temps était-elle restée là-bas avant que quelqu'un ne l'y trouve.
C'était injuste, cependant, de devoir se cacher pour survivre, tandis que des millions de gens continuaient leur vie comme si de rien n'était, et que des milliers d'autres avaient le droit de tuer quand bon leur semblait.
La blonde secoua lentement la tête pour s'éviter ces pensées ressassées depuis des années. Elle fit signe à la brune de s'asseoir à la table du salon qu'elle venait de préparer, et où se trouvaient une plaque de beurre, une miche de pain entamée et un peu de charcuterie — bien que, Quinn le savait, l'autre n'en mangerait pas si sa foi était plus grande que sa faim.
Elle ne se fit pourtant pas prier. Il était difficile de refuser de la nourriture, quelle qu'elle soit, lorsqu'il n'y avait rien d'autre à manger.
La blonde, en s'asseyant à son tour, lui demanda : « Tu préfères autre chose à la place du jambon ? »
Elle aurait pensé que la Juive aurait vite fait d'accepter ; pourtant, elle ne fit que sourire timidement et secoua la tête, murmurant que cela allait.
Tout allait, et rien n'allait pendant la guerre.
Quinn se demanda si c'était la première fois qu'elle était, en quelque sorte, forcée de consommer du porc. Forcée à quelque chose que sa religion lui interdisait.
Le déjeuner se fit en silence, mis à part pour les couverts tintant contre les plats ou les couteaux tranchant des morceaux de pain. La petite brune mangeait lentement, comme pour savourer plus encore le goût fade des aliments.
Des tas de questions fusaient dans l'esprit de Quinn, qui ne savait pas si c'était le bon moment pour les poser, ou s'il y en aurait jamais un. Et puis, on avait déjà dû l'assaillir de questions, des tas de fois, et elle avait certainement été obligée d'y répondre pour ne pas subir un sort plus grave que celui qui lui était imputé. Qu'avait-on pu lui faire faire contre son gré ?
La blonde s'éclaircit la gorge. De toute façon, si elle ne voulait pas répondre, elle ne le ferait pas, et elle ne l'y forcerait pas.
« Ça fait longtemps que tu es à Paris ? » fit Quinn du ton le plus doux possible.
L'autre, nullement déroutée par la question, secoua lentement la tête. Quelques secondes passèrent, puis : « Je suis arrivée il y a deux semaines. »
Sa voix était faible, chuchotante, et tendre à la fois. Comme si elle sentait qu'on pourrait lui enlever le droit de parler, le droit de s'exprimer si jamais elle élevait la voix. Elle avait dû vivre des moments terribles depuis le début de cette guerre.
« Et, continua la blonde, tu étais dans cette cave depuis combien de temps ?
— Deux jours. »
Quinn hocha la tête, puis déglutit, posant avec mille précautions sa dernière question qui, elle le savait, était la plus sensible.
« Est-ce que... tu vas me dénoncer aux nazis ? »
La jeune Juive tourna si violemment la tête vers Quinn, les yeux écarquillés, qu'elle aurait pu se briser le cou.
« Non ! Bien sûr que non, dit-elle d'une voix plus assurée. Je ne pourrais jamais faire ça. »
Évidemment non, elle ne pourrait jamais faire ça, mais il valait mieux s'en assurer. Quinn sourit un peu, rencontrant deux yeux marron qui la regardaient tristement.
« D'accord, fit-elle au bout d'un moment. D'accord. »
C'est un peu après onze heures que tout changea, dans la forme d'un cognement sévère contre la porte d'entrée. Quinn entendit l'étrangère retenir un hoquet, et c'est ce qui la fit réagir. Elle lui articula un « va dans la salle de bains » silencieux, après quoi la brune s'y rendit à toute vitesse, essayant de faire le moins de bruit possible.
Quinn n'ouvrit la porte qu'après avoir entendu la clé tourner dans la serrure.
Elle ne fut pas surprise de celui qui la visitait.
« Guten Morgen, Fräulein. »
Le ton était ferme, et la voix portait bien. C'était nécessaire pour entrer dans l'armée du Troisième Reich. Quinn se demandait vaguement si la Juive cachée dans son appartement l'avait entendu, avait reconnu cet accent rude et ce qu'il signifiait.
Malgré elle, elle sentit une sueur froide lui couler dans le dos, mais se ressaisit rapidement. Il ne fallait surtout pas lui montrer qu'elle avait peur.
« Guten Morgen, Soldat. Was kann ich für Sie tun ? »
Généralement, sa connaissance assez vaste de la langue de Goethe lui permettait de converser aisément avec les soldats qui lui parlaient — elle-même n'engageait que très rarement la discussion, sans surprise — et d'entrer dans leurs bonnes grâces. Celui-ci ne fit pas exception. Il se mit à lui parler avec enthousiasme de ses derniers exploits depuis son déploiement à Paris, et de ses suspicions vis-à-vis de Juifs qui seraient arrivés récemment, et dont certains seraient dissimulés aux autorités dans la ville.
Quinn feignit l'étonnement, lui baragouina quelques excuses et promit de faire attention ainsi que de le contacter si elle voyait quelque chose — ou quelqu'un — de suspect.
Cependant, ses pensées n'étaient pas dans la conversation qu'elle était en train de tenir, mais quelques mètres plus loin, là où la Juive qu'elle avait rencontrée dans sa cave se cachait. Elle était sans doute terrifiée. Quinn aussi. Le soldat semblait ne rien voir de son inquiétude. Pouvait-il entendre sa respiration à travers les murs ? Ou son pouls ? Le cœur d'un Juif bat-il différemment que celui d'un Catholique ou d'un nazi ?
Heureusement, après de longues minutes pendant lesquelles le soldat s'étendit encore et encore sur des sujets qui ne l'intéressaient pas, il lui fit ses adieux et sortit. Quinn attendit de ne plus percevoir le bruit de ses bottes dans les escaliers pour pouvoir respirer et fermer la porte. Elle s'y adossa un moment, laissant son corps reprendre le contrôle de ses émotions et de ses membres.
Puis elle se dirigea vers la salle de bains, y frappa doucement pour ne pas effrayer celle qui devait être tétanisée à l'intérieur.
« Tu peux ouvrir, il est parti. »
Cela prit quelques secondes avant que la porte ne s'ouvre. La brune était toujours là, assise sur le rebord de la baignoire, les bras croisés autour de son ventre en une volonté de protection. Quinn s'approcha doucement, posa sa main sur son épaule avec précaution pour ne pas l'effrayer.
« Ça va aller ? »
Elle déglutit, le regard fixé vers le sol, puis hocha la tête. Quinn espérait que ça irait. Elle n'en avait pas la moindre idée pourtant.
Le reste de l'après-midi passa, Quinn persuada la petite brune de manger sans s'inquiéter de la quantité (car, comme elle le disait en plaisantant, elle avait une réserve secrète qui l'aidait à tenir) pendant qu'elle travaillait sur des articles qu'elle venait de recevoir et qu'il lui fallait corriger et améliorer.
Bien qu'elle sentait deux yeux interrogateurs dans son dos, l'autre ne demanda pas ce que Quinn faisait, n'ouvrit même pas la bouche si ce n'est pour manger.
Quinn ne savait pas si elle devait en être reconnaissante ou non.
Après tout, elle ne savait presque rien d'elle, et vice versa. Si elle comptait l'héberger pendant quelques semaines, voire quelques mois, il faudrait que la conversation s'engage et qu'elles se fassent confiance mutuellement. Sauf que l'autre semblait repliée dans son mutisme.
Elles auraient de toute façon du temps devant elles pour apprendre à se connaître, si la guerre durait.
Alors que Quinn se levait pour chercher de l'encre qu'elle gardait dans sa chambre, elle entendit un soudain chahut suivit du claquement d'une porte ; puis le faible écho de pas précipités dans l'escalier. Une seconde lui suffit pour comprendre ce qu'il s'était passé.
Elle revint en courant dans le salon où, comme elle l'avait redouté, l'autre avait disparu. Ainsi que le dernier morceau de pain. Elle ne prit pas la peine d'enfiler une veste ou des chaussures avant de sortir en trombe dans la cage d'escalier, espérant rattraper la jeune femme.
« Eh ! »
Ses interjections ne servirent à rien. Les trois étages descendus, Quinn ouvrit la porte principale de l'immeuble dans l'espoir d'apercevoir la fille parmi les Parisiens et de l'interpeler.
C'est seulement en arrivant dehors, essoufflée et inquiète, qu'elle se rendit compte qu'elle ne connaissait pas son nom.
« Et merde ! » s'exclama Quinn. Elle cogna violemment le mur de la paume de sa main.
Plusieurs passants la regardèrent d'un air étrange, mais vaquèrent rapidement à leurs occupations. C'était bien le dernier des soucis de Quinn. Si la jeune fille se faisait prendre par des soldats, ou des collabos, ou n'importe qui avec des intentions bien particulières, elle aurait de très gros ennuis. Parce qu'elle était Juive. Parce qu'elle ne portait pas de signe distinctif sur ses vêtements. Et parce qu'elle s'était enfuie pour des raisons floues, ou bien sans aucune raison, et que Quinn se sentait responsable de cela.
Elle ne savait pas si elle pourrait se pardonner la mort d'un être humain, surtout dans ces conditions.
En revenant chez elle, elle fit un détour par le sous-sol, avec le mince espoir que, peut-être, elle était retournée à sa cachette d'origine. Cela ne donna rien.
C'est les nerfs tendus et avec une migraine qui commençait à émerger que Quinn s'affala sur le canapé du salon, incapable d'avaler quoi que ce soit.
L'inquiétude qui l'avait quittée plus tôt dans la journée revint plus puissante que jamais, bien malgré elle.
Plusieurs coups rapides furent frappés à sa porte alors que la nuit était déjà tombée, sortant Quinn de sa somnolence. Il était presque vingt-deux heures et elle n'attendait personne. Les coups reprirent lorsqu'elle n'alla pas ouvrir, et elle eut alors un horrible pressentiment.
Peut-être était-ce le soldat allemand qui revenait. Il allait lui annoncer qu'ils avaient retrouvé la jeune Juive, qu'ils l'avaient arrêtée en attendant, probablement, son transfert vers un camp à l'est, qu'elle n'aurait plus à s'inquiéter et qu'il avait été ravi d'aider à sa capture.
Non. C'était inenvisageable. Pourtant, elle ne savait pas pour quelle autre raison quelqu'un frapperait à sa porte à une heure aussi tardive. Elle n'avait qu'à se lever et ouvrir la porte pour que ses doutes s'envolent ou, au contraire, soient confirmés, mais il lui semblait que c'était là la chose la plus difficile à faire.
Lentement, elle marcha vers la porte, derrière laquelle elle crut percevoir des voix chuchotées vaguement familières.
Elle ouvrit. Sur le palier se trouvaient Sam, visiblement à bout de souffle et inquiet, soutenant d'un bras une jeune femme dans un état semblable. C'était elle. La Juive que Quinn avait recueillie et qui s'était enfuie il y a quelques heures.
« Quinn, fit le jeune homme rapidement, il faut que tu l'aides. Je l'ai trouvée dans la rue, je crois qu'elle s'est ouvert le pied sur des bouts de verre. »
Instantanément, la blonde les fit entrer et referma la porte derrière eux, leur indiquant qu'ils pouvaient s'installer dans sa chambre. La voix masculine portait à travers l'appartement, apaisant la brune qui ne savait comment se comporter, s'il fallait céder à la panique, à la peur ou simplement s'évanouir. Lorsque Quinn revint dans sa chambre, la fille était à moitié allongée sur le duvet du lit, Sam à son côté.
« Je suis venu ici parce que j'ai pensé que tu pourrais la soigner et l'héberger, au moins pour une nuit, continua-t-il.
— Tu as eu raison, répondit la blonde avec un demi-sourire. Va chercher ma trousse dans la salle de bains, je vais m'en occuper. »
Sam s'exécuta, ramenant l'objet convoité ainsi qu'un verre d'eau. Quinn le remercia et se mit à désinfecter les instruments qu'elle sortit un par un de sa trousse médicale, les déposant ensuite sur le bureau en bois. Elle savait pourquoi Sam était venu la voir, elle et pas une infirmière ou un médecin plus expérimenté. Quinn avait certes fait quelques années d'études de médecine dans l'intention de devenir chirurgienne ou médecin généraliste ou autre chose, mais l'éclatement inattendu de la guerre en 1939 et surtout l'occupation de la France par l'armée allemande avaient perturbé ses plans d'avenir.
Mais ce n'était pas seulement pour ses compétences médicales que Sam l'avait dérangée. C'était parce qu'elle n'avait aucune sympathie pour le régime nazi, et qu'il savait que si une personne Juive ou considérée comme indésirable par le régime se présentait à elle, Quinn ne lui fermerait pas la porte au nez.
La blonde en question était en train d'examiner consciencieusement le pied gauche ensanglanté de la jeune femme assise sur le lit, le dos contre le mur.
« Ça va prendre un peu de temps, soupira-t-elle en se levant, son examen terminé. Et ça risque de te faire mal. J'ai l'impression qu'un nerf a été sectionné au niveau du troisième orteil. »
La brune sembla surprise, les yeux écarquillés, mais finalement hocha la tête. Quinn se rendit dans la salle de bains, le temps de se laver les mains et de prendre plusieurs grandes inspirations pour se préparer à la tâche qui l'attendait. En revenant, elle congédia Sam, le remerciant infiniment pour son aide, à quoi il répondit que c'était normal et qu'il passerait la voir le lendemain pour prendre des nouvelles de la jeune blessée.
Ensuite, Quinn s'installa face à l'extrémité mutilée qu'il lui fallait arranger. Des morceaux de verre de différentes tailles s'étaient logés plus ou moins profondément sous l'épiderme, certains ayant entaillé la peau et sectionné de nombreux vaisseaux sanguins si l'on en croyait la quantité de sang que l'on voyait sur la plante du pied. La blonde prit d'abord un morceau de coton qu'elle imbiba d'alcool à 90°, puis elle l'appliqua sur toute la surface de la peau.
« Inspire un grand coup, prévint-elle lorsqu'elle eut fini. Je vais essayer de faire vite. »
Après avoir désinfecté une seconde fois sa pince à épiler, Quinn se mit à retirer les tessons les plus visibles et les moins inaccessibles. Par chance, ils étaient assez gros et seule une infime partie s'était profondément ancrée sous l'épiderme.
Elle travailla en silence un long moment, seuls les tintements du verre extrait et placé dans une coupelle métallique brisaient la quiétude de la chambre. Alors qu'elle s'attaquait aux derniers tessons, la blonde ne put retenir les mots qui lui brûlaient la langue depuis de longues heures.
« T'es complètement inconsciente. »
La brune ne répondit rien, restant dans son mutisme habituel.
Quinn continua, tout en maîtrisant une colère incertaine qui se mêlait à sa voix.
« Est-ce que tu te rends compte des risques que tu as pris ? »
L'autre déglutit avec peine, ne rencontrant toujours pas le regard à la fois déçu et soulagé de Quinn. Elle ferma les yeux et dit, d'une voix faible et fragile :
« Vous alliez... vous alliez me...
— Tu peux me tutoyer, tu sais » répondit-elle doucement.
Quinn sourit un peu. La brune sembla un moment désarçonnée par cette réponse.
« Tu allais me dénoncer aux Allemands. »
Quinn leva les yeux pour lui jeter un regard étrange. Elle reprit son travail minutieux, ne répondant pas pendant plusieurs minutes.
« Je n'ai aucune sympathie pour ces soldats. Si tu veux mon avis, je pense que ce sont pour la plupart les chiens d'Hitler — les deux femmes grimacèrent à ce nom —, rien de plus, rien de moins. Parfois, il faut les brosser dans le sens du poil si l'on veut être un peu tranquille. »
Retirant le dernier morceau de verre logé sous la chair, Quinn soupira, se renversa dans sa chaise, et regarda la brune. « Je suis désolée si tu as pu penser que je voulais te dénoncer. Ce n'était pas mon intention. »
Elle vaporisa un peu d'antiseptique sur un coton pour nettoyer les plaies. Le sang s'était arrêté de couler, lui permettant de coller des morceaux de sparadrap sur les plus profondes d'entre elles.
« Te voilà guérie, dit Quinn en plaisantant légèrement. Tu vas sûrement avoir mal en posant le pied par terre, pendant les jours qui suivent, mais cela va s'arranger au fil du temps.
— Je peux toujours marcher ? fit l'autre d'un ton incertain.
— Bien sûr. Tu as seulement perdu un orteil, le troisième, ce qui va peut-être poser quelques problèmes d'équilibre un certain temps, puis tu t'y habitueras et tu n'y penseras plus. Tout va bien de ce côté-ci » sourit-elle.
La brune lui rendit son sourire, un réel sourire comme elle n'en avait pas montré depuis des mois. Il ne dura qu'un temps cependant, un froncement de sourcils prenant place sur son visage qui s'était assombri.
« Qu'y a-t-il ?
— Tout à l'heure, je... je vous ai— elle s'éclaircit la gorge — je t'ai volé du pain. Mais je l'ai perdu, je suis tellement désolée, je ne voulais pas... »
Quinn sourit, pensant que cette jeune femme était terriblement adorable lorsqu'elle laissait tomber ses barrières et qu'elle se laissait emporter dans ses mots. « Je peux te demander ton prénom ? »
Prise de court, la petite brune se tut un instant, puis répondit : « Rachel.
— Ça ne fait rien, Rachel, poursuivit la blonde. Ça n'a pas d'importance. Ce n'était qu'un morceau de pain. »
La dénommée Rachel sembla pensive une seconde, puis hocha la tête, soulagée, et se laissa héberger pour la seconde fois en deux nuits.
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
— Général de Gaulle.
