La suite, et bonnes fêtes ! Par avance, excusez le manque de dialogues dans certains passages, je sais que ça en a dérangé quelques-uns dans ma précédente fiction. Je n'ai simplement pas envie que les conversations tombent dans la guimauve, le ridicule ou la superproduction hollywoodienne.


Quinn avait choisi, sans y réfléchir à deux fois, de dormir sur le canapé. Quand la petite Juive — dont elle connaissait maintenant le prénom, Rachel — lui avait dit qu'elle pouvait lui rendre son lit et, à sa place, prendre le sofa très moyennement confortable, Quinn l'avait immédiatement fait taire. « Ordre du médecin », avait-elle alors plaisanté. Rachel avait souri, timidement. Un de ces sourires qu'il était de plus en plus rare de voir depuis quelques années, mais qui, lorsqu'il était si sincère, rallumait espoir et joie en la personne qui l'apercevait.

Pourtant, l'espoir n'était pas ce qui brûlait le plus en Quinn. Elle passa la majeure partie de la nuit à se retourner dans son sommeil sans rêve, alimenté uniquement par les événements qui avaient rythmé sa vie ces derniers jours.

Elle avait surtout peur.

Ce n'était pas la même peur que celle qui s'alimentait continuellement depuis la fin des années 30, celle qui se faisait sentir à chaque fois qu'elle entrevoyait un uniforme ou qu'elle entendait les claquements de bottes reconnaissables entre mille, ou quand elle regardait autour d'elle, à chaque coin de rue, les bras chargés de provisions achetées illégalement.

C'était quelque chose de complètement différent qui effrayait la blonde, et ce, depuis qu'elle avait découvert, et surtout invité chez elle une Juive. Une de ces femmes et de ces hommes et de ces enfants qui faisaient partie du même peuple, de cette même minorité, et qui n'avaient, selon les dires d'un seul homme, pas les mêmes droits que d'autres.

Pas le droit de vivre dans l'anonymat. Pas le droit d'exercer la profession qu'ils désiraient, ou même de travailler. Pas le droit de se mêler à la population. Pas le droit de vivre, au même titre que les handicapés, les Tsiganes, les homosexuels, les communistes... voire plus. Et Quinn, en aidant l'une de ces personnes discriminées, maltraitées, devenait elle aussi indésirable aux yeux de ce gouvernement aliéné.

Ce dont elle avait peur, c'était cela : qu'un soldat, ou qu'un collaborationniste, ou que qui que ce soit d'autre aux intentions douteuses ne découvre sa colocataire clandestine, et qu'elle soit logiquement la prochaine personne à abattre. Qu'on emmène la petite brune dans l'un de ces camps à l'est dont on parlait si souvent, mais où personne n'était jamais allé pour en revenir et où personne ne savait ce qu'il s'y passait réellement, ou bien qu'on ne l'exécute sur-le-champ.

Qu'on interroge Quinn pendant des jours et des nuits, sans relâche ; qu'on ne la torture pour qu'elle donne les noms de ses complices inexistants, jusqu'à ce qu'elle avoue son anarchisme et son anti-nazisme et son anti-hitlérisme et qu'on la décapite, ainsi que ses complices qui n'existaient pas, pour montrer au peuple ce qui arrivait aux opposants et à ceux qui osaient cacher des Juifs.

Le joueur d'échecs de Stefan Zweig lui revint soudain à l'esprit, l'histoire de cet inconnu, M. B., et l'isolation couplée aux interrogatoires qu'il avait dû subir — bien sûr, c'était une œuvre de fiction, mais quelle histoire n'a jamais été inspirée de la réalité ?

Peut-être qu'elle serait élevée au rang de martyre, ou qu'elle deviendrait une figure nationale, comme Sophie Scholl et ces résistants de la Rose blanche.

Toutes ces pensées lui étaient insupportables. Mais Quinn se rappelait alors pourquoi avait-elle voulu en premier lieu offrir un endroit sûr à la jeune femme. Justement, parce qu'elle était Juive. Et parce qu'elle était actuellement en zone occupée, et que peu de gens oseraient mettre leur vie en danger pour une autre.

Quinn le voulait. Aucune mort ne devrait être juste ou préférable à une autre, et n'était-ce pas ce qu'on lui avait appris toute sa vie, aimer son prochain ?


Rachel avait dormi dans le lit de Quinn. Cette dernière l'y avait forcée, en quelque sorte, même si elle n'était pas vraiment en position de discuter cette décision avec un pied en mauvais état et une fine couche de culpabilité lui collant à la peau.

Elle avait eu tort de s'enfuir, bien qu'elle n'ait pas pris le temps de réfléchir à ses actes sur le moment. Peut-être le regrettait-elle un peu. Car la blonde semblait réellement sincère lorsqu'elle lui avait proposé un toit et un endroit au chaud où manger, où se laver, où dormir, ainsi que des vêtements, tout cela sans rien lui demander en retour. Pas de loyer à payer ou de dépenses en nourriture.

Rachel n'aurait jamais cru découvrir autant de bonté humaine en une seule et même personne.

Le lendemain, en marchant avec précaution pour ne pas meurtrir encore plus son pied mutilé, Rachel trouva son hôte à moitié allongée contre le bras du canapé, lunettes sur le nez, un livre relié entre les mains.

« Bonjour » fit timidement Rachel en sa direction.

Quinn leva un instant les yeux, lui envoya un sourire amical avant de retourner à sa lecture.

Les lourds rideaux occultants avaient été tirés, laissant la lumière de l'aube d'été passer à travers les fins rideaux blancs et illuminer la pièce. Elles restèrent ainsi quelques minutes, la blonde concentrée sur l'encre et les pages jaunies, la brune se tenant contre le chambranle de la porte, appréciant la sensation de sécurité se dégageant du foyer. Finalement, Quinn déposa son ouvrage sur la table basse, étira ses bras au-dessus de sa tête, son corps s'ankylosant à force d'être resté dans la même position si longtemps.

« Comment va ton pied ? » furent ses premiers mots cette journée ; bizarrement, cela ne surprit que peu Rachel.

« Plutôt bien par rapport à hier, répondit-elle. C'est douloureux à chaque pas, mais ça ira, je crois. »

Quinn hocha la tête. « Si jamais la douleur est trop insupportable, demande-moi de l'aspirine, j'ai ce qu'il faut. »

La brune sourit en réponse. Cela faisait du bien de savoir que la personne qui l'hébergeait se souciait de sa santé et n'était pas complètement désintéressée.

Plus encline à faire la conversation que la veille — après tout, cette femme l'avait sauvée, elle ne devait donc pas la considérer comme une ennemie, n'est-ce pas ? —, Rachel contourna la table basse en posant le moins possible son pied blessé au sol, puis s'assit sur le canapé à côté d'elle.

« Qu'est-ce que tu lisais ? »

Quinn sourit, éprouvant une légère satisfaction dans le fait que sa locataire se sente assez en confiance pour lui poser une question aussi banale. Elle attrapa le livre resté sur la petite table en bois, l'ouvrit à l'une des pages du début. Ne sachant pas si la brune comprenait l'anglais, elle décida de lire la traduction française.

« Je chante le soi-même, une simple personne, séparée,
Pourtant je prononce le mot démocratique, le mot En-Masse.
Je chante la physiologie de la tête aux pieds.
La physionomie seule, ou le cerveau seul ne sont pas dignes de la Muse,
Je maintiens que le corps entier en est beaucoup plus digne;
Je chante la Femme à l'égal de l'Homme.
C'est la Vie dans l'immensité de ses passions, de sa force et de sa puissance,
Joyeuse, formée par les lois divines, pour la plus libre action,
C'est l'Homme Moderne que je chante. »

Le silence s'installa un court instant, le temps pour les mots de s'inscrire, indélébiles, dans chacun de leurs esprits, puis : « Tu connais ces vers ?

— J'ai bien peur que non, fit Rachel presque timidement.

— Ils sont de Walt Whitman, dit Quinn sans se départir de son mince sourire en coin. C'était un poète américain. Son recueil a été censuré de longues années avant que la majorité de la population puisse le lire. »

Elle se tut une seconde, le temps de prendre un air conspiratoire, puis se pencha vers la petite brune, sourcil relevé.

« Si tu veux mon avis, ses mots ont été censurés par des hommes qui étaient jaloux de ne pas pouvoir écrire aussi bien que lui.

— Oh. »

Elles furent silencieuses un moment, juste avant que Quinn n'éclate de rire, d'un rire enfantin, qui résonna sur les murs de l'appartement et qui ne pouvait qu'inciter Rachel à la rejoindre pour partager sa joie, même si elle ne durait qu'une minute, un instant parmi toute une vie.

Pour une anarchiste et une Juive qui risquaient la mort à n'importe quel faux pas, la journée commençait plutôt bien.


Les premiers soucis de cette colocation un peu particulière arrivèrent sans tarder. Il fallait tout d'abord fournir à Rachel des vêtements en bon état, qui lui allaient, et là était toute la difficulté. Les deux femmes s'étaient implicitement accordées sur le fait que coudre une étoile jaune sur ses futurs habits était hors de question. Donc, se rendre dans une boutique d'habillage ou chez un tailleur était impossible — Quinn ne pouvait simplement pas prendre le risque qu'on reconnaisse la confession de la brune, ou qu'on se doute qu'elle hébergeait quelqu'un. Et elle était bien trop prudente pour pouvoir laisser Rachel déambuler dans les rues, risquant d'être arrêtée à chacun de ses pas.

C'était pour cela qu'avant la tombée de la nuit, après avoir fait promettre à Rachel de n'ouvrir la porte à personne d'autre qu'elle et sous aucun prétexte, ainsi que lui avoir dit être de retour dans une heure au maximum, Quinn partit dans la pénombre en direction du sud, vers l'Opéra Garnier.

Bien qu'un peu effrayée à l'idée d'être laissée seule dans un appartement d'une quasi inconnue, la jeune brune ne put qu'agréer à cet arrangement. Après tout, elle n'avait en aucun cas le droit de discuter la décision de la blonde puisque celle-ci l'hébergeait — et elle avait peur qu'un jour, si elle la contredisait, celle-ci décide de la renvoyer à la rue, ou pire, de la remettre aux Allemands. C'était inconcevable.

Quinn partit « régler quelques affaires » peu avant vingt-et-une heures. Incapable de s'endormir aussi tôt — à la fois à cause de l'heure précoce et de l'inquiétude qui la tourmentait —, Rachel décida que faire le tour de l'appartement était une option envisageable et sans danger.

La pièce la plus grande était le salon, qui faisait également salle à manger et auquel était collée une minuscule cuisine en assez bon état. La salle de bains semblait, elle aussi, presque neuve, malgré l'âge avancé du bâtiment, la peinture qui s'écaillait par endroits, les fenêtres difficiles à ouvrir et à refermer.

Le tour de ces pièces fut vite accompli. Il n'y en avait qu'une seule autre ; la chambre de Quinn. Sans doute n'était-il pas avisé d'entrer sans en avoir eu la permission, mais Rachel avait dormi dans cette chambre, et y dormirait certainement le temps de sa guérison, comme le lui avait dit la blonde ; elle sentait que ce qu'elle faisait n'était donc pas une violation de l'intimité de Quinn.

Elle n'y avait pas fait attention la veille, mais ce que l'on remarquait dès que l'on pénétrait dans la pièce étaient les étagères rembourrées de livres, uniquement de livres. Certains semblaient précieux et anciens, si l'on en jugeait leurs couvertures, tandis que d'autres avaient tout juste l'air de sortir de l'imprimerie. Rachel passa presque révérencieusement le doigt sur leurs reliures, sentant la rugosité du cuir, du papier et du tissu tout à la fois.

Quinn possédait aussi — cela semblait être son unique autre passe-temps — un poste de radio et un phonographe, placés dans un coin du salon, près desquels s'entassaient des disques en tous genres en une pile uniforme. Rachel prit les deux premiers qui lui tombèrent sous la main — un vinyle de Billie Holiday et un autre de Joséphine Baker.

Elle sourit, émue d'avoir sous les yeux ce qui avait été, et ce qui était toujours sa plus grande passion.


Pendant ce court laps de temps, Quinn était arrivée à destination saine et sauve, et expliquait patiemment et avec beaucoup de détails les raisons de sa visite à Sue Sylvester. Elle avait amené avec elle — sans que son hôte ne s'en rende compte — le manteau rongé par les mites qu'elle portait quand elle l'avait vue dans la cave. Sue était justement en train de l'examiner sous toutes ses coutures.

« Si cette guenille lui a appartenu, dit-elle sans être étonnée, tu peux être sûre qu'elle a arpenté un bon quart de l'Europe avec.

— Tu ne peux rien me dire de plus là-dessus ? »

Car Quinn avait un but bien précis en amenant un vêtement qu'avait Rachel à Sue : elle souhaitait découvrir quelque chose, un morceau de papier, n'importe quoi pouvant l'aider à déterminer précisément l'identité de la jeune Juive.

Non qu'elle doutait qu'elle lui ait menti, mais simplement, cela rendrait plus simple la falsification dudit document. Partir de rien et créer de faux papiers ressemblants était presque impossible dans ce cas.

« Il n'y a rien, Q. Pas même de portefeuille. Je ne peux pas dire que ça m'étonne. »

Quinn soupira, puis se laissa tomber au sol, dos contre le mur. « Alors, tu ne peux rien faire pour elle ? fit-elle dépitée.

— Je n'en sais rien, répondit Sue en secouant lentement la tête de gauche à droite. Je peux en toucher un mot à quelque officier ou ambassadeur de mes connaissances, leur dire qu'une jeune femme a besoin d'être immédiatement rapatriée au Portugal, en Irlande, ou même aux États-Unis, mais si je leur donne uniquement un nom et pas de preuve de son identité, tu sais ce qu'ils vont me répondre.

— Je sais. Je suis désolée. Je ne voudrais pas que tu prennes des risques inutiles juste pour ça. »

Sue sourit et rejoignit Quinn dans sa position inconfortable. Elle passa son bras autour de ses épaules pour la serrer contre elle un long moment, comme elle l'avait si souvent fait.

« C'est une chose noble que tu veux faire, Quinn Fabray, et tu as du mérite de vouloir y croire. J'aimerais être aussi positive que toi. »

Quinn rit amèrement. « Je veux qu'elle parte pour qu'elle ait une chance de survivre. Si elle reste ici, elle a toutes les chances de se faire attraper.

— Tu vois, c'est ça que j'aime chez toi.

— Quoi donc ?

— Tu n'as pas dit que tu aurais toutes les chances de te faire attraper. Tu penses d'abord à elle, à une Juive que tu as rencontrée à peine quarante-huit heures auparavant, et tu te soucies plus de son sort que du tien. C'est ton altruisme exacerbé qui te perdra, Fabray » ajouta Sue d'un air moqueur.

Quinn sourit, réellement cette fois-ci, tout en se penchant un peu plus contre l'épaule de Sue. Le réconfort qu'elle lui prodiguait était toujours bienvenu.

« Je verrais ce que je peux faire, dit Sue au bout d'une minute. C'est plus dur de faire passer la frontière à des Juifs car on peut en reconnaître certains, physiquement je veux dire. » Puis elle ajouta : « Cette Rachel, elle a plutôt l'air d'une Juive ?

— Je n'en sais rien, répondit Quinn, les sourcils froncés. Est-ce que j'ai plutôt l'air d'une orpheline ? »

La plus grande des deux blondes resta silencieuse quelque temps, avant de secouer la tête et d'embrasser la tempe de Quinn.

« Ne réfléchis pas trop, tu vas te faire une entorse. Tu devrais rentrer, il va bientôt faire nuit noire. »

La jeune femme hocha la tête, se leva et s'apprêta à quitter l'antre de madame Sylvester.

« Je passerai la semaine prochaine pour récupérer les vêtements que tu auras trouvés, fit-elle en partant.

— Oh, Quinn ? Prends ça avec toi, veux-tu ? »

Sue se glissa derrière une étagère et en ressortit un instant après. Elle lui tendit simplement une miche de pain d'un demi-kilo, et Quinn ne put en saisir le sens. C'est Sue qui lui donna la réponse, un air mystérieux colorant ses traits.

« Dis à ta passagère clandestine que c'est de la part d'une amie. Prends bien soin de toi. »

Quinn ne put déceler si cette dernière recommandation était pour elle ou pour la jeune brune, mais elle ne fit que sourire à Sue, gratitude exprimée clairement sur son visage.

Quand elle rentra chez elle et répéta mot pour mot le message à une Rachel éberluée, celle-ci en eut les larmes aux yeux, et rien ne pouvait mieux exprimer la reconnaissance qu'elle éprouvait lorsqu'elle posa les yeux sur le morceau de pain.


Le pied de Rachel guérissait, à force de baumes et de soins quotidiens prodigués par la blonde. Elle attendit que les cicatrices soient moins douloureuses et que la brune puisse se déplacer convenablement, avant de décider de la présenter à ses voisins de l'étage au-dessous, qui étaient également deux de ses amis les plus proches.

Rachel étant d'abord dubitative, Quinn lui expliqua qu'elle avait des choses à récupérer de la part de son ami, et que cette fois-ci, elle ne voulait pas prendre le risque de la laisser seule pendant plusieurs heures.

Ce qui amena Rachel à poser l'une des questions qui la taraudaient depuis des jours.

« Pourquoi est-ce que tu m'aides ? Rien ne t'y oblige, tu pourrais me mettre à la rue en un clin d'œil. »

La plus grande l'observa un moment, assise sur le lit qui était ces jours-ci celui de sa locataire, puis prit entre son pouce et son index le pendentif autour de son cou, caché sous sa robe.

« Tu vois cette croix ? Charité chrétienne. Je suis obligée de t'aider, répondit-elle malicieusement.

— Ce n'est pas une raison. »

Rachel ne comprenait pas, et Quinn commença à sentir une forme de sympathie pour sa colocataire qui osait dorénavant lui parler sans crainte, qui osait presque lui tenir tête.

La blonde sourit. « Tu es intelligente. C'est rare de nos jours. »

Rachel garda les sourcils froncés, avant de se détendre malgré le regard amusé de Quinn et la réponse qu'elle n'obtint pas.


Peu avant quinze heures, elles descendirent les escaliers jusqu'au deuxième étage avec mille précautions, au rythme prudent et soutenu de Rachel. Arrivées un étage plus bas, Quinn frappa à une porte — identique à la sienne — cinq coups en rythme. La brune supposa que cela devait être une sorte de code qu'ils utilisaient entre eux pour se reconnaître, car moins d'une seconde s'écoula avant qu'une femme souriante ne leur ouvre.

« Quinn ! » s'exclama-t-elle avant d'entraîner la blonde dans une étreinte puissante.

« Tu as bonne mine, chérie » reprit l'inconnue une fois extirpée de cet enchevêtrement de bras, puis elle fit la bise à une Quinn qui semblait tout aussi heureuse de la voir, bien que moins expressive. La jeune femme noire, qui devait avoir quelques années de plus que Quinn, ne remarqua qu'ensuite la présence de la personne qui accompagnait sa voisine. Sans se départir de son sourire dévoilant ses dents blanches, elle s'adressa à la petite brune.

« Bonjour, jeune fille. Tu vis avec Quinn, c'est bien ça ?

— C'est bien ça, répéta timidement la brune. Je m'appelle Rachel.

— Heureuse de te rencontrer, Rachel. Appelle-moi Mercedes » répondit-elle avant de l'étreindre elle aussi.

« J'espère que Quinn te traite bien. » Avant que Rachel ne puisse répondre, Mercedes enchaîna : « Mon Dieu, regarde-moi ça, tu es aussi maigre qu'un moineau ! Quinn ne te laisse que les restes, pas vrai ? C'est une vraie carnivore. »

Cela fit rire l'intéressée, puis Rachel, puis toutes trois se trouvèrent bientôt forcées de s'asseoir tant leurs rires les pliaient en deux. Mercedes les fit entrer dans l'appartement, similaire à celui où Rachel logeait, et les amena dans le salon où elle apporta trois tasses de thé et une de café. Un instant plus tard, une figure vaguement familière sortit de ce qui semblait être la cuisine et apparut dans la pièce.

« Quinn ! Ça me fait plaisir de te voir ! »

Le jeune homme blond ressemblait à une copie masculine de Mercedes, peut-être un peu moins loquace, mais sa bonne humeur était tout aussi communicative. Puis il vit Rachel, la regarda un moment et sourit, très doucement, comme s'il pensait qu'elle ne supporterait pas la vue d'un sourire trop éblouissant, ou comme si les temps actuels ne devaient pas permettre de sourire.

« Tu te souviens de moi ? » fit-il à son attention.

La brune hocha la tête, et ajouta rapidement : « Merci pour la dernière fois. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous. »

Le blond balaya sa réplique du revers de la main, comme si cela était normal pour lui de sauver des Juifs s'étant ouvert le pied sur des tessons de bouteilles.

« Tu peux me tutoyer. Ton pied va mieux ? Je suis Sam, au fait, le voisin de Quinn.

— Je m'appelle Rachel. Ça va, je suis presque entièrement guérie.

— J'en suis ravi. »

Il avait réellement l'air de l'être, ainsi que Mercedes. Quinn sourit.

Les quatre voisins passèrent le reste de l'après-midi ensemble, discutant de sujets sans gravité et restant jusqu'au dîner (pot-au-feu et fromages divers) qu'ils partagèrent dans un moment de convivialité comme Rachel n'en avait plus connu depuis tant d'années. Ces trois étrangers l'avaient sauvée et acceptée sans rien demander en échange, et pour la première fois depuis longtemps, elle se sentit à l'aise. Aucune remarque ne fut faite sur son judaïsme.

Avant de quitter la chaleur de ce foyer, Sam l'avait étreinte un moment et lui embrassa les deux joues, puis Mercedes lui fit savoir que sa porte était toujours ouverte, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Rachel se sentit plus que chanceuse d'avoir deux endroits où aller pendant que d'autres n'en avaient aucun.


(petite note à ceux qui ont envie de voir un bon vrai film : Mulholland Drive. le meilleur de tous les temps.)