Il y a tellement peu de réactions sur ce réseau que j'en oublie de poster mes chapitres, c'est con...
DIX-SEPTIÈME TABOULÉ
4ÈME PÉRIPLE / PARTIE 1
Mathieu - 18 Heures 09 - 20 Novembre 2016
Mathieu venait de s'asseoir dans sa voiture, les poings serrés. Antoine l'avait énervé. Même s'il ne faisait rien de bien grave. Il était juste... Présent. Trop. ça étouffait un peu. Mais il s'en voulait de s'être emporté aussi rapidement. Le malade n'avait pas mérité ça.
Il souffla pour se débarrasser de la pression avant de se lancer sur la route du KFC. Sur la route, des plots de chantier subirent son courroux et sa mauvaise humeur. Ce fut la première fois de sa vie qu'il arriva aussi rapidement là ou il voulait. Il avait l'esprit trop ailleurs pour se tromper de chemin.
En plus, Ethan devait l'attendre.
Le châtain accéléra. Il se gara sur le parking, s'amusant a coller au cul d'une jolie Mercedes blanche. Lui, avec sa voiture carrée, jaune, avec ses caspsules de bières collées au plafond, avec son écharpe de l'OM et son plaid Bob l'éponge, avec sa batterie de 16 Volts cachée sous le siège, avec sa bave de limace sur le tableau de bord, avec sa multitude de porte-clefs, sent-bon et autres abandonnés un peu partout, il pouvait faire ce qu'il voulait. Sa machine était si pourrie qu'il s'en foutait qu'elle soit griffée, cabossée ou même taguée.
C'était limite s'il ne rêvait pas qu'elle aille a la casse, tellement elle était nulle. Il ne devait avoir qu'une personne sur Terre a posséder ce modèle. Il ne se souvenait même plus quelle marque c'était.
L'emblème avait été arraché pour être remplacé par un autocollant de Pokéball. Un truc très moche. Dont la couleur s'était effacée au fil du temps. Les gens -même ceux qu'il ne connaissait pas- s'amusaient a coller des trucs sur la porte de son coffre. D'ailleurs, toute personne normale penserait qu'il avait :
- un bébé a bord,
- un animal à bord,
- qu'il faisait taxi,
- qu'il faisait de la conduite accompagnée -seul, par contre.-,
-qu'il avait son A depuis sept ans,
- qu'il possédait un "Chien Méchant" avec un collier en pic argenté,
- qu'il était garagiste,
-qu'il faisait du service après-vente,
-qu'il était enceinte (?!)
-que "LA DROGUE C'EST BIEN ET L'ALCOOL C'EST POUR LES COPAINS."
et que, bien sûr, il proposait un service de pubs gratuites pour tout public.
Parmi les Peugeot, les Renault et les Citroën, Mathieu avait l'impression de faire tâche.
Mais il s'en retournait l'oignon avec une pelle à tarte.
Le Présentateur de Salut les Geeks sortit de sa voiture,attrappa la sacoche ou il gardait son chéquier et ses papiers -ainsi que d'autres bricoles aussi inutiles les unes que les autres, n'oublions pas que Mathieu, bien que sexiste dans l'âme, était une femme accomplie-.
Il ouvrit grand ses rétroviseurs pour bloquer ses autres voisins de parking avant de se diriger vers le bâtiment rouge. KFC n'était jamais un modèle de discrétion. Et lui non plus.
Il aperçut alors la silhouette d'Ethan lui faire de grand gestes par la fenêtre de l'accueil. Il lui fit un vague signe et un grand sourire pour que ce guignol arrête de se faire remarquer en pleine file d'attente.
Quand il entra dans la salle, le brun lui indiqua une table du menton, l'incitant a s'y diriger. Celle-ci se trouvait proche d'une fenêtre le genre de grandes bée-vitrées qui donne un côté glauque aux fast-food.
D'ailleurs, Mathieu imaginait sans mal une femme un peu pompeuse s'approcher de la vitre en s'écriant
"OH regarde chéri ! des gens qui s'empiffrent comme des idiots sur des pot de morceaux de poulets avec une chapelure douteuse ! Dis, tu m'en achètes un ? j'en ai toujours voulut. "
Et quitte a gâcher ses allures de nouveau riche du 16ème, le pauvre mari finirait par acheter un pot en carton avec du poulet dedans.
D'ici quelques années, Mathieu était persuadé que la demande ne changerait que de quelques détails : On ne commanderait plus de la volaille, mais bien les humains qui la bouffent. Pour lui, le marché des esclaves rouvrirait tôt ou tard. de toute façon, vu l'état du monde dans lequel ils vivaient, Mathieu n'avait aucun mal a se faire ce genre de scénarios.
Mais bref. C'était bizarre de penser a la déchéance de la mentalité humaine tout en se prenant pour une marchandise derrière une vitrine de KFC.
Le châtain s'assit près de la fenêtre, posant son manteau et ses affaires sur le siège proche de lui. Il eut à peine le temps de faire les jeux pour enfant au dos du protège-table qu'Ethan revenait déjà avec deux plateaux en main.
Mathieu lui sourit grandement, lâchant les petites craies grasses qu'une serveuse lui avait offert. ( Il avait enfin trouvé le chemin par lequel Arthur le hérisson était passé pour rejoindre son ami Jacquard l'écureuil !
Réponse D. Evidemment. )
Ethan posa le plateau sur la table avant de serrer la main a son acolyte.
- Comment ça va ? demanda-t-il l'air guilleret.
- Ca peut aller et toi ? répondit Mathieu.
- Fatiiiigue. se lamenta l'autre en pianotant distraitement sur son téléphone. Il releva soudain la tête, mettant l'appareil a l'écart pour mieux se concentrer. Mais ta réponse m'a l'air bien molle. qu'est-ce qui ne va pas ?
(Comme ma...)
- Oh rien... Je me suis engueulé avec Antoine au moment de partir.
- Sérieux ? Pourquoi ?
-Il voulait venir. J'ai essayé de lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas mais il m'ignorait... alors je lui ai crié dessus.
-Et il est tout seul chez toi, là ? demanda le grand brun, faussement inquiet.
- Nan. Des potes s'occupent de lui. marmonna Mathieu d'une petite voix.
- Il doit se sentir un peu délaissé... Et puis, avec ce que tu m'as dis sur lui... S'il réagit comme un gamin avec sa mère, il doit être jaloux. Expliqua Ethan en prenant le partit du malade.
Mathieu se ramassa sur lui même, culpabilisant d'avantage.
- Mais je suis pas sa mère, moi... geignit-t-il en fixant un morceau de poulet entre ses doigts.
- Tu as raison... Tu n'es que son ami. ça te demande beaucoup d'effort, je suppose. marmonna le brun en retournant sa veste. ( pas dans le sens physique bande de cons )
Mathieu rentra sa tête dans ses épaules.
- Ouais... j'ai du mal a gérer "tout ça". Et puis, Antoine est quand même dur a supporter au quotidien.
- C'est vrai. Il exagère un peu. fit Ethan en le prenant dans le sens du poil. ( toujours pas dans le sens physique... )
La mention d'un mot avec "egza" dedans fit tiquer le vidéaste au chapeau. Ce fut la seule chose qui permis a Mathieu de se mettre en alerte. Quelque chose clochait. Il ne fit aucun geste pour le faire savoir, tendant juste l'oreille.
- Tu sais, si tu as vraiment du mal avec Antoine, tu pourrais, disons... faire une pause ?
Ça y est. Il la tenait la chose qui clochait. Ethan était en train de l'amadouer.
- Ca fait déjà quoi, dix, quinze jours que tu t'occupes de lui, nan ?
Antoine était sortit de l'hôpital le 11 novembre, en fait. Donc seulement neufs jours.
( c'est proportionnel au nombre de chapitres ! Ah oui non je ferme ma gueule... )
Mathieu hocha doucement la tête, se mettant dans la peau d'un nouveau rôle. Il n'aimait pas user de son art pour entourlouper les gens -à part ses amis parce que c'était drôle- mais quand on se sentait soi-même berné par quelqu'un, Mathieu savait jouer de ses défenses. Comme il n'était pas fan de la manière forte, il préférait tout régler avec diplomatie. Antoine était plutôt du genre a faire les deux en même temps. Il ne frappait pas tout le temps, mais sa "diplomatie" piquait un peu.
- Et tu ne penses pas a conduire Antoine chez ses parents pour prendre un congé bien mérité ? Regarde comment tu te rends malade juste pour une dispute... Expliquait Ethan avec une voix doucereuse.
Mathieu restait silencieux, les yeux fixés sur le jeu numéro 3 ou il fallait trouver des mots dans une grille de mots-croisés. Il n'avait pas encore localisé "Dindon" et ça le frustrait vraiment.
- Mathieu ? t'es sûr que ça va ?
Il peignit une allure peinée sur son visage
- Ouai... mais j'aimerais parler d'autre chose, ça me déprime un peu. J'en ai marre de penser a Antoine.
- Ouai je comprend. Mathieu remarqua facilement la satisfaction présente sur le visage d'Ethan.
Est-ce qu'il était jaloux d'Antoine ? Ca serait mignon.
- Alors, euh... reprit Mathieu en prenant un nugget. Tu travailles où en ce moment ?
Il savait que le plus jeune était encore en stage d'apprentissage et qu'il alternait entre plusieurs écoles pour apprendre son métier d'enseignant.
- C'est une école en centre ville. Elle est un peu paumée et les élèves viennent de milieux défavorisés mais ... Ils ont envie d'apprendre. C'est beau a voir.
- Paroles de Prof. rigola Mathieu. Moi quand j'étais jeune je détestais tous les cours sauf l'EPS.
- L'EPS c'est une cours de récré. marmonna Ethan, renfrogné.
- Nous on avait le droit a faire des échecs quand on aimait pas.
- Mais D'où ?! s'étonna le plus grand.
- Le prof adorait les échecs. C'était aussi notre prof de techno et on devait faire un damier a la place de faire une maquette d'appartement.
- Quel prof de merde. Ca devait être vraiment chiant.
- On matait du porno.
- Je retire ce que j'ai dis.
- sur le rétro-projecteur.
- Donne moi le nom de cet homme. rigola Ethan.
- Je plaisantais.
- Zut. Il aurait pu m'aider dans mon "cursus professionnel". s'amusa le brun en mimant des guillemets.
Suite a quelques vannes douteuses, Ethan expliqua à Mathieu ce qu'il comptait faire avant de devenir un véritable prof : il voulait passer trois ans dans plusieurs écoles a alterner entre prof d'anglais et de français avant de se lancer dans une carrière définitive. Il parvenait a ses fin sans trop de mal, usant d'une méthode de remplacement plutôt efficace.
- Et toi, comment ça va ? demanda Ethan. A part avec Antoine.
- Eh bien, je pense a arrêter ma chaine. Mais je sais pas comment faire... On verra bien, c'est pas définitif.
- Et ton nouveau poisson, comment il va ?
Mathieu tiqua.
- Comment tu sais que j'ai un nouveau poisson ?
- Tu me l'as dit tout à l'heure. bredouilla le brun.
Mathieu émit un "hum" pensif. Il n'aimait pas les poissons. Pourquoi il aurait parlé d'Henri IV ? En plus, si quelqu'un surprenait ses pensées en hors-contexte, il le prendrait probablement pour un fou. pas souvent qu'on associe un monarque avec de la poisscaille.
Ethan attrappa pianotait un message sur son portable, piquant la curiosité du plus vieux.
Mathieu adorait lire les messages des personnes qu'il connaissait. Pas par défaut de pudeur, mais surtout parce que ça l'énervait de voir qu'une personne était capable de parler a une autre sans penser vexer son interlocuteur. Tandis que la discussion reprenait son cours normalement, Mathieu commença a élaborer une stratégie pour dérober le portable du brun.
Il avisa le verre de coca de son compagnon et la boite de laxatif dissimulée dans son sac. Il remarqua du coin de l'oeil un serveur qui nettoyait les tables. Il pouvait éventuellement montrer les chaussures du serveur en disant qu'elles étaient belles, détourner l'attention d'Ethan et lui verser un petit sachet de médicament dans le verre avant d'attendre 20 minutes pour que ça fasse effet. Comme ça il pourrait prendre le téléphone d'Ethan pendant tout le temps ou il serait aux chiottes.
Mathieu allait mettre son plan a execution quand le sujet de la discussion devint subitement très important.
- Dis, Math', tu sais bien que tu me plais et je pense que... bah c'est réciproque... sinon tu ne serais pas là je suppose...Mais... Qu'est-ce qu'on devient ? Ethan avait délaissé son assurance au fin fond d'une forêt amazonienne rasée par Nutella. Il était tout tremblant, timide, même.
Mathieu retint un gloussement.
- Je ne sais pas ce qu'on devient. C'est vrai, je t'apprécie beaucoup. Mais ça serait ma première " relation" avec un mec, tu vois. expliqua Mathieu.
- Sérieux ? t'es pas gay ? son ton semblait un peu faux mais le châtain s'y accommoda.
- Disons que je suis très libre ? Je ne vois d'inconvénients a rien... Mais je n'ai pas assez d'expérience pour savoir si ça va me plaire ou pas d'avoir une relation avec telle ou telle personne. L'idée d'être bi ne me choque pas mais je n'ai jamais eut a vérifier la règle.
- Tu avais quelles relations, avant ? demanda Ethan.
- des hétéros. Mais je ne rejette pas l'idée d'être avec un mec, tu vois. rajouta Mathieu en voyant l'air contrit de son fan. Je me suis jamais vraiment posé la grande question. Pour moi elle est entièrement rhétorique.
- Ouais je vois.
-Et toi ? Tu as eu d'autres relations ?
- Ouai. Pas beaucoup. Mais je n'ai jamais été confiant sur ce sujet et mes partenaires non plus. Ils se sont vite rendu compte que c'était juste une attirance anodine pour eux. Il cherchait ses mots, comme s'il n'arrivait pas à gérer la situation. Alors j'espérais tomber sur une personne sûre d'elle... Enfin, un Vrai "gay".
- Je suis vraiment désolé. Tous les mecs de cette terre ne pensent pas être gays un jour, tu sais. La plupart se contentent de suivre... et beaucoup des homo ne sont que des curieux.
- T'as l'air si renseigné. marmonna Ethan.
- Une connaissance bizarre.
La mamie d'Antoine.
- Ta question reste délicate à ce stade de la relation, expliqua Mathieu en prenant l'autre avec des pincettes.
C'est vrai, Ethan était beau gosse. Gentil. sympa. Un peu Maladroit et imbu de lui même parfois. Mais les défauts peuvent faire le charme d'une personne. Après, il y avait des défaut incorruptibles. Genre le rire de phoque. Ça, quoiqu'il advienne ça restera moche. Mais ce qui gênait Mathieu, c'était de devoir précipiter les choses.
- Ouai, je sais. Je suis souvent impatient...Souffla doucement l'autre en attrapant son verre de Coca pour le siroter. Ses yeux tristes fixaient la table sans la voir.
Mathieu se maudit intérieurement pour ne pas avoir pensé plus tôt a mettre le laxatif dans le verre. Aussi, quand il se leva de la table pour se pencher sur celle-ci, c'était juste en désespoir de cause. Il voulait vraiment obtenir le téléphone d'Ethan.
Il attrapa le menton du plus jeune et posa ses lèvres sur les siennes. Un peu précipitamment, un peu trop rapidement, assez brusquement pour lui faire lâcher son verre. En plein sur la chemise blanche.
D'un habile mouvement de main, il fit passer le portable de son côté de la table. Ethan, trop perturbé par la situation, était bien trop concentré par sa chemise - et le baiser du plus vieux- pour remarquer son tour de passe-passe.
Il se leva en balbutiant, rouge comme une tomate.
- Je... Je vais laver ça. Et il partit en courant vers les chiottes.
Nickel. Mathieu fixa avec fierté l'oeuvre de sa vie.
Bon. C'était un peu fourbe d'embrasser les gens pour parvenir a ses fins. Mais Il s'appelait Mathieu sommet, il possédait une tenue sado-masochiste dans son placard à balais alors il avait le droit a tout.
Il s'assura que le brun était bien hors déportée et déverrouilla le téléphone.
Un code PIN à 4 chiffres
Il avait trois chances.
Il tenta le 0000. Le cellulaire vibra : incorrect.
Cette fois-ci il essaya 1234 : incorrect.
Il ne lui restait plus qu'une chance et il était hors de question qu'il ai fait autant d'efforts pour rien.
Il tenta le tout pour le tout : 1889.
Le natel vibra avant de se déverrouiller et Mathieu émit un cri de victoire.
Tout le monde mettait la naissance d'Hitler en code PIN.
La première page qui s'ouvrit fut une session d'SMS. Et le nom qui y était inscrit le fit trembler de Rage.
Louise. Masella Louise. Sa pute d'Ex-petite amie.
Comment Ethan la connaissait ? Non, surtout, POURQUOI lui parlait-elle ?
Il remonta les messages et ce qu'il y lu le fit pâlir.
Louise M: des connaissances ont vu mathieu et Antoine acheter un poisson y'a pas longtemps.
Ethan : D'ailleurs, je vais voir Mathieu au KFC, ce soir.
Louise M: Faut pas que tu oublies : il déteste quand on dit toujours "oui amen" a ce qu'il dit. Essaye de t'opposer a lui avant de rejoindre son avis. Fait toi passer pour quelqu'un de sensible a ses problèmes. Et fait en sorte qu'il S'ELOIGNE d'Antoine ! Il nous gène trop pour l'instant.
Ethan : Il vient d'arriver. Souhaite moi bon courage.
Mathieu lâcha le portable en tremblant. Voilà pourquoi il avait une impression de dejà vu : on essayait encore de l'eloigner de son meilleur ami.
Ses doigts tremblèrent. Il attrapa le serveur, reprenant rageusement sa sacoche et sa veste en cuir.
-Allez en cuisine. Ramenez un pot à la table ci écrivez '' enculé'' dessus SVP.
L'autre s'exécutait et Mathieu pris le verre de coca d'Ethan, vida un sachet dedans. Un sachet entier de laxatif. Quand le serveur revint, il ajouta également un deuxième sachet à la commande.
-Mettez le prix fort pour le gars qui va moins cinquante euro. Dites que c'est moi qui ai commandé à son nom.
Mathieu inséra un billet de 20 dans la poche du serveur en lui demandant explicitement d'être le plus désagréable possible.
-Bonne journée. Dit- il rageusement
-dites bonjour à l'handicapé qui chante l'alphabet avec un accent anglais de merde ! Je suis fan de lui ! Lança le serveur en empochant l'argent.
-euh. Ouai. Fit Mathieu en quittant le restaurant. Il poussa la porte vitrée en fronçant les sourcils.
Comment ce serveur connaissait-il Antoine, déjà ?
Le châtain se rapprocha de sa voiture en traversant le parking a grands pas rageurs.
Il observa un nouveau flyer du Cirque du Soleil collé sur sa voiture en tremblant sous la colère. Cette pute avait osé !
Plusieurs années qu'il ne l'avait pas revu et elle se permettait d'entrer dans sa vie par l'intermédiaire d'un autre gars. Un homme qui le courtisait, qui plus est. Un homme avec qui il avait envisager se mettre en couple.
Un putain de mec beau gosse avec qui il aurait pu relancer sa vie amoureuse. Et Louise revenait comme une fleur, cachée derrière l'image d'Ethan pour nuire une fois de plus a sa vie et à celle d'Antoine.
Qu'est-ce qu'il avait encore fait pour mériter ça ?!
Mathieu voulut retourner en arrière pour récupérer le portable sur la table -il l'avait oublié en cours de chemin- mais il voyait déjà le serveur s'appuyer sur Ethan pour remettre sa chaussure, comme si le brun était un nouveau poteau de service.
Mathieu devrait penser a revenir au KFC pour récupérer la camera de surveillance. Il voulait se satisfaire de la tête actuelle d'Ethan tous les jours.
Quel enculé celui-là.
Il l'avait fait espérer comme un con.
Mathieu entra dans la bagnole jaune et démarra à plein gaz, griffant toutes les voitures alentours et détruisant les derniers plots de signalisation qui avaient survécu a son précédent passage.
Il avait envie de tuer quelqu'un.
Louise n'avait pas été assez satisfaite de l'avoir manipulé pendant deux ans ? elle ne pouvait pas se mêler de ses affaires ? Arrêter de détruire sa putain de vie ?
Et puis, merde, Qui les avait vu acheter Henri IV au juste ?!
En quoi il "les gênait" ?
Quel était le rapport avec Antoine ?
Arrivé devant sa maison, Mathieu avait de nouveau faim, les rues étaient faiblement éclairées et une fine bruine s'était mise a tomber. Il se maudit lui-même : il aurait du emmener un des pots de nuggets.
Louise - 20 Heures 10 - 23 Août 2016
Louise. Louise Masella. Une personne dont on connaissait facilement tous les tords.
Elle était née un 18 janvier, s'installant dans une famille modeste : une mère au foyer et un père conducteur d'engin de chantier. Le genre de métier qui fatigue et qui assomme un homme. Tout seul, il ne gagnait pas beaucoup. Mais la petite famille savait se serrer la ceinture durant les fins de mois. Ils vivaient bien, là ou ils étaient. Au centre ville, dans un petit quartier à l'ambiance conviviale. Louise y avait grandit.
Depuis qu'elle est née, elle a toujours eu ce brin d'autorité sur les autres, un peu comme son père. Parfois elle ressemblait a une conquérante. Ca faisait rire les amies de sa mère, quand elle se mettait a crier "Je suis la chef à la maison !". Une déclaration anodine, même amusante pour une enfant de cinq ans. Et puis, malgré son côté narcissique, elle était encore à un âge ou les enfants oublient et ou personne ne prend rigueur de rien.
Puis elle avait doucement grandit, elle avait calmé son jeu, s'amusant avec toutes les personnes de son âge, en parfaite cohésion avec le reste de ses camarades. Elle était gentille, jolie, très coquette aussi. Elle faisait attention a elle et aux autres. Tous les matins elle demandait à sa mère de lui faire des tresses et elle confectionnait des petites cartes pour ses amies.
Une enfant épanouie. Seulement, quand elle eu dix ans, son père se fit hospitaliser : un cancer des poumons. Un cas grave dû a la poussière des chantiers. Il succomba rapidement, faisant basculer son petit monde idyllique. Un décès malencontreux, professionnel.
La mort touche toujours là et quand il ne faut pas.
Sa mère ne travaillant pas, celle-ci du trouver un métier afin de subvenir aux besoins, ne pouvant plus s'occuper de sa fille aussi souvent qu'avant. En plus de recevoir la mort de son père en plein cœur, l'enfant fut assassinée par l'absence de sa mère.
Son autorité égoïste reprit le dessus tout doucement, déstabilisant et construisant sur elle un vrai caractère de teigne, une petite peste aux doux yeux verts.
Elle en voulait à son père d'être partit si tôt et à sa mère de ne plus lui prêter d'attention.
Maintenant, le matin, elle devait tirer une chaise jusque dans la salle de bain, monter dessus pour atteindre sa brosse avant de s'asseoir dans le salon. C'était ses matins là qu'elle accumulait sa colère, que sa tristesse devenait rage. Alors qu'elle passait sa brosse dans ses cheveux, qu'elle tentait de se faire des tresses et qu'elle devait prendre son déjeuner toute seule.
C'est dans sa solitude que l'enfant qu'elle était devint malheureuse.
Sa mère et elle durent déménager. Ils allèrent près de paris, là ou sa mère pouvait trouver le plus de boulot.
Arrivée dans son nouveau collège en cinquième, ce fut l'explosion totale de sa personnalité. Elle s'arrangea pour sortir avec des personnes pour qui l'argent ne comptais pas, tentant désespéramment d'aider sa mère a la maison. Elle n'était pas majeure et c'était le seul moyen d'obtenir un quelconque revenu.
Elle devint une fille perfide, jouant de ses atouts naturels pour se prodiguer l'attentions des hommes. Et puis, au collège, elle rencontra Antoine, Mathieu, Bob, Alexis, Lya, Nyo et de futurs vidéastes. Au fil du temps, elle devint de plus en plus habile avec ses proies, elle obtint assez pour se payer ses propres études. Même si sa mère travaillait toujours d'arrache pieds pour les nourrir toutes les deux.
La suite vous la connaissez, Mathieu étant en crush sur elle depuis le collège, elle sortit avec lui durant deux ans, lors de leurs études. Seulement, si Mathieu était aveuglé, Lya et Antoine - et biens d'autres- furent témoins de l'attitude néfaste de Louise.
Elle sortait avec plusieurs gars, se faisait de l'argent, payait ses études avec afin d'alléger la charge de sa mère. Et puis, Mathieu était une cible facile, comme une carte bleue sur pattes.
Et puis, Antoine s'en était mêlé, il avait tout fait capoté alors qu'elle réussissait enfin son plan. Quand il s'était plaint d'elle, Louise s'était vue envahie de procès. Elle avait dû arrêter ses études, commencer la vie active afin de remplir ses dettes. Même sa mère ne l'avait plus acceptée sous son toit. Une déchéance, un vrai coup de pied au cul, cette affaire.
Tout le monde l'abandonne : Son père, sa mère, Mathieu, ses anciens amis. Tous étaient partis. Tout ça parce qu'elle voulait aider sa mère. Ça lui apprendra a écouter son cœur.
Et la voilà Aujourd'hui, mal en point après tant de temps. Elle n'est plus la fille autoritaire, elle n'est plus la belle fille coquette, d'ailleurs, elle ne prends plus la peine de se brosser convenablement les cheveux. Elle n'est qu'un nom sur un casier judiciaire, une personne obnubilée par le désir de Vengeance.
La jeune fille était assise sur un banc. Ses cheveux courts, coupés au carré étaient les seuls vestiges de son ancienne et longue chevelure brune. Malgré sa trentaine qui arrivait seulement, son visage était terni par la fatigue. Ses traits clairs annonçaient une jolie mine seulement son air souillon la vieillissait de dix ans. Elle tripotait une pochette en carton jaune. Le genre de dossier que l'on récupérait quand on était encore en fac alors qu'elle bossait seulement au supermarché du coin.
Elle possédait de petits yeux verts, accompagnés de taches de rousseur qui flottaient sur ses joues. Sa peau pâle annonçait l'habitude d'une personne qui ne sortait pas de chez elle. Elle remit correctement sa veste en faux cuir sur ses épaules. Ses doigts moites tremblaient contre le papier jaune. Elle regarda suspicieusement de droite à gauche avant d'ouvrir fébrilement le dossier.
Louise sortit une fiche de renseignement. C'était une impression un peu mal gérée d'une copie d'écran de son ordinateur. On retrouvait la structure d'une boite mail. Mais le nom du destinateur présentait seulement une suite de chiffres et de lettres se rapprochant à une adresse. La jeune femme leva le visage vers le mur en face d'elle. Accroché à coté d'un lampadaire, sur un petit cadre bleu en ferraille, la rue se déchiffrait comme étant "RUE ALPHONSE KARR". Le mail demandait également de se rendre au 12 bis. Et elle y était finalement parvenue.
Louise saisit son sac à main et plia le paquet de feuille pour le glisser à l'intérieur. Elle flippait vraiment. Ce n'était pas souvent qu'une personne lui envoyait un dossier d'elle, sur sa vie, ses intentions. Elle était terrorisée par la justesse des propos. Quand la chemise jaune était apparue dans sa boite aux lettres, elle avait d'abord crut a une intervention de la justice. Après tout, toutes les informations a l'intérieur relevaient de la confidence.
Seulement, quelques jours après elle avait déniché le mail dans sa boite de messagerie. Un simple :
"De Magalie / 12bisruealphonsekarr gmail
À Louise / louise mas3lla gmail
Bonjour Louise,
Je suis la personne qui vous a envoyé le dossier jaune.
Je suis capable de bien plus qu'une récolte d'informations.
Rendez-vous le 23/08/2016 à l'adresse du mail.
À 20H15.
N'y manquez pas, on parlera un peu.
Magalie. "
Il n'avait pas fallut tergiverser bien longtemps. Louise était une fille discrète à présent et personne ne connaissait son intimité aussi bien. Bien sûr, elle était terrorisée a l'idée de tomber sur un fou à lier. Elle avait perdu son innocence depuis bien longtemps. Elle savait ce qui pouvait se tramer dans Paris.
La brune était plantée devant la porte ou un post-it indiquait "entrez sans frapper, c'est ouvert". Le papier ne devait pas être là depuis bien longtemps vu son aspect intact.
Silencieuse, elle appuya sur la poignée, tremblant de toute part. Elle serrait les paupières quand elle franchit le pas de la porte. Louise venait de déboucher sur un long couloir. Une maison dans un style un peu vieillot. Une tapisserie en vieux rose, un carrelage en damier noir et blanc et des plafonds très hauts. Si hauts que la lumière jaunie des lampes éclairait avec difficulté ses propres pieds.
Louise continua tout droit. Une porte tout au fond du couloir, a demi-ouverte, semblait l'inviter a entrer. Vainquant ses peurs profondes, elle s'engouffra dans la pièce adjacente. Une femme l'attendait, une robe fleurie, bien sombre, était posée lâchement sur ses épaules. Elle souriait faiblement et sournoisement.
Ses cheveux blonds parcouraient son dos et ses yeux bleus pales hypnotisaient Louise. Émanait d'elle une force dangereuse. Magalie. Louise trembla. Ce n'était ni l'ambiance ni la menace qui lui faisait peur : mais cette femme avait le don de lui donner des sueurs froides.
-Bienvenue, Louise. Je crois qu'on a deux trois trucs sur lesquels discuter. dit la blonde en étirant largement ses lèvres.
