Hey bonjour jeune lecteur, tu t'apprêtes à lire le dix-huitième chapitre d'une fiction qui va probablement durer une éternité -autant en retard qu'en nombre de Chapitres. Alors je profite de la parution d'une EVOLUTION pour vous faire part de quelques petites choses.

j'ai fais une gaffe et en relisant mes chapitres je me suis rendu compte que j'avais rajouté une journée qui n'existait pas. De ce fait, j'ai arrangé mon erreur et du coup, l'agression d'Antoine a eu lieu le 9 Novembre 2016 ! ;) En soit ce n'est pas très important mais je préfère que vous le sachiez. Et puis, j'ai fait une autre gaffe : le chapitre 16 contenant un périple à lui tout seul ( étant donné que Mathieu a trouvé le mot Intrusif ) nous en somme a présent au 5ème périple ! ( rien de très important non plus mais bon x) )

Bref !

Je remercie chaleureusement Croma, la seule personne qui m'ait fait un signe de vie depuis la dernière fois. Merci à toi ! et voilà ce que tu voulais :


3ÈME ÉVOLUTION

Antoine- 18 Heures 09 - 19 Novembre 2016

Quand je me suis réveillé, la dernière fois, mon dos était en compote. J'ai pris une longue respiration, comme si je sortait de l'eau lors d'une noyade et j'ai tellement serré mon torse entre mes bras que je suis certain que mes doigts doivent s'être imprimés sous mes côtes. Ça me fait mal de temps en temps, quand je change de position. Evidemment, comme la dernière fois, mon torse est intact.

Aucune peau rosée par les brûlures et pas une seule cicatrice. Comme si les bandelettes n'étaient jamais passées a travers moi. Et même pire : comme si elles n'étaient que des parties de moi même qui se manifestaient pour me rappeler à l'ordre. C'est un peu ça. Même carrément. Je crois que je n'ai juste pas envie de m'approfondir là dessus. C'est désagréable.

Comme si je me faisais du mal a moi-même. Alors quand je pense a tout ça -et que je m'en rends compte- je fais évanouir mes pensées. Rien de bien difficile, je fixe une de mes bandelettes autour de moi et je tente de trouver le mot qui se cache derrière. Parce que je ne suis pas bête, quand même. J'ai finis par comprendre qu'entendre un reproche c'était comme appeler a l'agissement d'une des bandes blanches.

Pour l'instant, les rouges n'arrivent qu'a mes mollets, il y a S, Con, Hypersensible et Dangereux. C'est étonnant que mon sang soit aussi vif. On dirait qu'il ne brunit pas comme dans la réalité. Il reste fort pourpre mais il est quand même sec. Très fascinant, en fait. Et aussi un peu flippant.

probablement parce que ne pas être dans cette réalité me fait peur. J'ai de plus en plus l'impression que je vais rester enfermer ici pour toujours, que mes pieds ne foulerons plus jamais l'herbe humide des matinées de printemps, que mes doigts ne toucherons plus à la peau d'une personne, que les rires des personnes que j'aime n'atteindrons plus jamais mes oreilles.

Pourrais-je encore me brûler les rétines en me prenant un rayon de soleil dans les yeux ?

Pourrais-je encore sentir le vent m'ébouriffer les cheveux ?

Et râler contre les nœuds ?

Pourrais-je écouter les oiseaux ou la respiration sifflante de mon ordinateur ?

Pourrais-je encore réchauffer mes doigts glacés en les posant sur un radiateur ?

Pourrais-je encore vivre des fous rires a m'en détruire la gorge juste en énonçant "lémurien" ?

Pourrais-je encore éprouver cet agacement quand ma mère m'appellera ?

et quand j'aurais décroché, aurais-je encore l'assurance d'y rester pour neuf heures ?

Mes parents... Depuis combien de temps ne le ai-je pas vu ?

Même si je ne suis plus aussi proche qu'eux qu'avant, j'aimerais parfois retourner dans les jupes de ma mère et dans le nid chaleureux de leur amour. J'ai des souvenirs plein la tête quand je n'ai plus que ça a penser.

Et je regrette de ne pas être aussi proche d'eux que lorsque j'étais petit. Ma mère et moi avons la même justice. Elle n'aime pas qu'on rabaisse, qu'on insulte, qu'on s'en prenne aux autres pour rien tandis que de mon père j'ai chopé le calme et la réflexion.

Quand quelqu'un s'en prend a moi ou a mon entourage, c'est a ce moment là que le caractère de mes parents ressort. Je suis incapable de rester stoïque face a la situation et je met tous mes ressentis pour combattre la chose. Mes amis disent que je m'implique trop et que je ne devrais pas mettre en jeu mes sentiments et mon honneur. Mais je sais aussi que j'ai la répartie de mon père. Ce qui est un des meilleurs atouts que l'on puisse avoir.

Mon père et mère sont un sketch a eux deux. A première vue, ils n'ont rien a faire ensemble.

Ma mère est dynamique, sportive et investie dans ce qu'elle fait quant a mon père c'est un homme blasé, amorphe mais putain de drôle. Il a un avis sur tout et il a passé tellement de temps a observer et remanier ses pensées qu'il a une répartie bien placée. Le genre de gars qui est capable de te remballer en deux secondes, qu'importe le sujet sur lequel tu t'investies. Ma mère quant a elle est plutôt du genre a chercher la bagarre. Elle déteste les affronts et respecte la justice comme une folle. On aurait alors tendance a croire que c'est mon père qui aurait l'avantage sur elle grâce a sa répartie.

mais ma mère a été prof de français, et mon père, bien que diplomate, a une façon de parler qui -parfois- frôle la qualité d'expression d'un ado de 15 ans. Je crois que c'est sur cet équilibre de "tu me remballes, je te remballes" que leur amour est né. Et puis, ils sont dans le même camps sur beaucoup de chose.

Par exemple, sur mon éducation. Tous les deux voulaient qu'on vive dans un trou paumé, que je grandisse dans un petit village de campagne -pour apprendre l'humilité et la bonne conduite - mais au final, on a déménagé vers Paris, dans une banlieue. D'ailleurs, je ne me souviens pas exactement de ce revirement de situation. De toute façon, qui se souviens vraiment de ses années a l'école primaire ?

Aujourd'hui, ma mère est une prof de langue (généralement français ) a l'étranger . Mon père est un peu plus laxiste. Il a été photographe, journaliste, reporter et même peintre a un moment. C'est un guignol, un peu. Il change d'avis sur son métier toutes les deux secondes. Il a pas la tête en raccord avec ses idées : il porte des costumes taillés sur mesure et ses lunettes rectangulaires. Et il ne quitte jamais sa cravate fétiche ( celle bleue rayée de gris, avec une étiquette où sa mère a cousu son prénom ). On dirait juste un petit employé d'entreprise bien sage. Maintenant, il a pris sa retraite et il suit ma mère un peu partout ou elle va. Pour l'instant ils sont à Hong Kong mais ça fait même pas un mois et ils en ont déjà marre. Ma mère a toujours bougé un peu partout, elle a fait le Canada, la Turquie, les USA, le Mexique et l'Allemagne. Avant, elle partait seule et ça ne durait pas plus d'une où deux semaines. C'est à dire qu'elle ne remplaçait que les profs dans les facultés alors ça ne durait jamais longtemps. Elle a décidé de partir de temps en temps a l'étranger parce qu'elle s'ennuyait un peu en France. C'est un exemple parfait - et frustrant - de la surdouée complexée. C'est qu'elle parle tellement bien anglais... c'est fou. Mon père, lui, il se contente de suivre le mouvement. Et puis, il a une bonne tête et les gens lui cèdent plus facilement un loyer moins cher.

Il a toujours réussi a s'attirer les bons soins des autres. Il est d'une bonne patte, ne s'énerve pas trop avec les étrangers : probablement parce que son accent leur fait pitié. Ma mère, quant à elle, bien que sympathique, n'est pas très bien vue des anglophones. Elle a le tic de s'approprier les accents de tous en un rien de temps. Ça les agace, généralement. Surtout quand elle leur sort, avec une prononciation parfaite : " n'hésitez pas a me reprendre si je parle mal ".

C'est ça, fou toi de notre gueule, grognasse. C'est toi qui te permet de nous reprendre avec ton côté maniaque de la grammaire !

C'est a peu près ce que pense les 7 milliards de personnes qui vivent sur cette Terre quand ils la rencontrent.

Ils me manquent vraiment, mes parents.

Probablement parce que ça fait plusieurs années que je ne suis plus en aussi bons termes avec eux. La dernière fois qu'on s'est vraiment parlé -en dehors des repas de famille obligatoires et des coups de fils de ma mère-, on s'est quittés sur une grosse dispute.

Déjà, le sujet de mes études supérieures a été un sujet houleux entre nous. A vrai dire, je ne leur avait même pas dit que bossais sur l'émission WTC?! a coté de mes cours. Ça faisait plusieurs fois qu'on avait reporté des vacances en commun. A l'époque, je leur avait dit que ma petite amie avait voulu partir avec moi a la place. La vérité, c'est que j'hébergeais mes deux amis et médecins : Jonas Patter, mon Psy, et Robin Taufaije, mon généraliste.

C'était vers mes 23 ans, quand "l'autre" s'est tout d'un coup manifesté après des années de silence. On avait commencé a bosser dessus ensemble. C'était la première fois que les deux autres se rencontraient. Ils se connaissaient via mon intermédiaire, par des ordonnances et des paroles mais ils ne s'étaient encore jamais vus. A ce moment là, je ne me doutais pas que le courant passerait aussi bien entre ses deux idiots. Toujours est-il qu'après deux trois jours a me faire passer des tests, ils s'étaient carrément mit a squatter chez moi pour se voir en prenant l'excuse de mon problème. J'aurais bien aimé leur dire d'aller...marivauder et forniquer ailleurs mais j'avais trop de respect pour Jonas.

Parce qu'en dehors de son prénom de merde, c'est quand même le psy que j'ai depuis mes 8 ans. Le genre de gars qui a tellement de dossiers sur toi qu'il pourrait te faire lécher les pieds de Johnny Hallyday d'un seul froncement des sourcils.

Et puis, j'suis une mauviette et la tension - entièrement sexuelle si je puis dire- entre les deux hommes ne m'aidait pas vraiment a me mettre a l'aise. Bref. Mes parents sont revenus de vacances et Jonas et Robin étaient encore là a se tourner autour. Depuis que je suis entré dans l'adolescence, voir même avant, j'avais un peu fermé le sujet de la maladie a mes parents. Faut croire que je n'avais pas envie qu'ils se mêlent de ce qui se passait sous mon crâne...

En tout cas, ils ont cru bon de passer me rendre visite a l'improviste alors qu'ils rentraient tout juste de Crête. J'étais alors en plein boulot sur WTC ?! alors que j'étais sensé passer mes vacances avec ma "petite amie" inexistante.

C'est a ce moment là que Jonas et Robin ont décidé de se sauter dessus. Honnêtement, moi je m'en frappais les macarons avec une spatule en bois. Ils se mettaient en couple s'ils le voulaient. De toute façon, ils étaient plus vieux que moi -bien que très bien conservés pour leur âge-. Même si je pensais sérieusement a leur faire payer le canapé sur lequel ils ... folâtraient.

C'est surement dans une pensée de pitié pour moi qu'ils se sont décidés a quitter la maison, a moitié désapés pour aller ...satisfaire leurs besoins primaires ailleurs.

Et ma chance eu la vertu de planter mes parents juste devant ma maison au moment où deux garçons plus âgés que moi s'embrassaient a pleine bouche sous mon perron, a deux doigts de s'enculer.

J'ai pas trouvé d'autres synonymes dans mon vocabulaire. Pis on va pas tourner autour du pot 107 ans ! Ils m'énervent, tout ces gens qui n'osent pas ouvrir leur gueule pour dire ce qui leur déplaît ! Moi, ça m'a joué des tours, de tout garder pour moi et de vouloir embellir la situation pour pas blesser ou paraître chiant.

Quand y'a une chose a dire, surtout quand vous savez que c'est l'avis général, il faut le dire ! Sans quoi, comment comptez vous faire avancer les choses ? Vous savez, dire a un collègue qu'il pue et qu'il pourrait mettre du déo et se parfumer, ça prend deux minutes de malaise mais ça peut vous sauver neuf ans de votre vie a respirer la transpiration de quelqu'un. De même pour les compliments. Dire a un inconnu qu'il est bien habillé, ça va vous gêner seulement 13 secondes sur votre vie entière ! (et en plus ça fait des heureux.)

Bref. là n'est pas le problème. Le problème, c'était mes parents, avec leur bronzage parfait, leurs valises encore dans le coffre et leur bonne humeur qui trouvaient deux parfaits homos inconnus devant chez leur fils. Qu'ils rentrent chez lui et se rendent compte qu'il n'a jamais eu de petite amie et qu'en plus de ça, il leur cachait un projet professionnel sans garantie d'avenir.

En bref. C'était pas la joie pour deux petits vacanciers de passage.

D'abord, il m'ont passé un savon pour What the Cut ?! et puis, ils ont prétendu que je les croyais homophobes et que j'avais pas confiance en eux -ce qui n'était pas forcément faux sur toute la ligne- et que si j'avais des relations polygames, je restais leur enfant et qu'ils m'aimaient quand même.

Là dessus, j'ai voulu leur dire que j'étais pas polygame mais je me voyais mal leur dire que c'était juste mon psy et mon médecin sans leur expliquer la présence de "l'autre". De toute façon, même s'ils avaient été les premiers a engager Jonas Patter en tant que psy - pour une raison obscure, d'ailleurs- ils ne devaient même pas se souvenir de lui. De plus, je ne leur avait jamais mentionné la maladie alors je voulais pas les inquiéter pour si peu. Et c'était mon intimité.

Comme ils pensaient que je n'avais pas confiance en eux pour cette fourbe histoire de gay polygames, ils se sont vexés et on s'est disputés au point de se jeter les quatre vérités a la gueule. En soit, une histoire bien sympathique causée par un putain de bout de papier vert sans signature. A cause de "l'autre".

Malgré tout, là maintenant, ils me manquent quand même.

Et puis, je ne leur en voulait pas vraiment, moi.

Je joue a planter mon doigt dans le sol mou a la base des bandelettes. C'est marrant. on dirait de la gélatine glacée. La voix retenti au dessus de ma tête. l'air vibre comme un ressort qui se détends et je frissonne avant de m'immobiliser.

- Antoine ! Soit pas égoïste ! Ouvre-nous !

je ne bouge pas. J'attend seulement. Jusqu'à ce que la peau de mon ventre ne se déchire dans un bruit sec. Je tente de reprendre ma respiration pour calmer mes bras qui tremblent sous la douleur mais je ne parviens qu'a vomir une flopée de liquide pourpre.

Une voix sourde s'immisce sous mon crâne, répercutant son psaume comme une litanie sans fin.

Égoïste. Égoïste. Égoïste.

Mes doigts se serrent contre le sol, se rétractent a en faire blanchir la jointure de mes doigts. Mes sourcils se froncent et j'émet un plainte assourdissante. La bandelette me fait l'effet d'une épée dans un corps déjà meurtris par les coups. Ma respiration se fait sifflante et provoque des soubresauts dans le reste de mon corps.

je serre tellement les paupières que je suis presque en train de me faire mal. Je n'ai pas envie de me faire happer par la douleur pour m'évanouir comme toutes les autres fois. J'ai envie de résister. Pas me laisser aller a la douleur. Je veux comprendre ce qu'il se passe quand je tombe dans le trou noir. Il y a trop de choses que je suis incapable d'expliquer sur moi-même. Hors de question de rester dans l'ignorance toue ma vie. Hors de question de vivre ici durant une éternité.


Marsouin Pérègue -19 Heures 06 - 21 Novembre 2016

Le petit homme aux lunettes rondes était en train d'enquiquiner une aide soignante dans les couloirs quand son portable vibra pour le rappeler à l'ordre. Il adorait intervenir dans le travail de ses employés et leur poser des questions gênante dans l'ultime but de les voir balbutier.

Ce n'est pas pour rien qu'il avait obtenu le titre suprême du " bâtard de directeur ". Il abandonna sa proie et vérifia l'écran de son téléphone. Il devait faire partie des 3% de vieux sur Terre a aimer utiliser la technologie. Il l'utilisait pour tout et pour rien, s'amusant a rythmer sa journée de notifications et de rappels.

Cette fois-ci, son téléphone lui rappelait qu'il devait vérifier les achats de la semaine.

Il revint a son bureau a grandes enjambées, traversant son hôpital comme si s'était sa propre maison. Il débarqua dans son bureau en poussant sa porte d'un habile coup de hanche. A peine eut-il dépassé l'encadrement de la porte qu'il connecta son enceinte bluetooth a son portable, lançant une playlist loufoque basée sur de la danse classique et des chanson paillardes.

Il s'avachit sur son fauteuil comme un sac. Il avait de la chance d'être encore très conservé pour son âge. Enfin, peut-être pas sur un point de vue extérieur mais dans sa tête, il atteignait a peine ses trente ans et ses muscles suivaient parfaitement le coup.

Le vieux directeur alluma son ordinateur et commença immédiatement a régler les premiers services qu'il avait payé. Ses sourcils se froncèrent quand une ligne interpella son attention. Il avait payé le nettoiement entier d'une Chambre en B72. Seulement... Il ne se rappelait pas avoir demandé ça durant la semaine. Les détails de l'achat n'avaient pas été complétés alors ça signifiait que ce n'était pas lui qui avait demandé le service.

Il jeta un coup d'œil a l'heure. 19 Heure 13. Normalement, la chef de secteur de l'étage B devait être encore présente a cette heure-ci. Il attrapa son téléphone et composa le numéro professionnel de Micheline. Elle, il avait abandonné l'idée de la faire chier. Elle gueulait déjà assez sur tout le monde pour qu'il n'enfonce le couteau dans la plaie.

Quelques minutes après, La vielle femme à l'air renfrognée entra dans la pièce en traînant les pieds. Marsouin lui adressa un sourire sournois. Elle ne semblait même pas étonnée d'entendre du Patrick Sébastien flotter dans l'air du bureau.

- Vous vouliez me voir ?

- Oui, oui. Approchez. Ici, dit-il en pointant l'écran, on me mentionne le fait que la chambre B72 a été entièrement nettoyée et désinfectée. Pourquoi ?

Elle sembla se concentrer quelques secondes.

- Franchement, je ne m'en rappelle pas. C'est peut-être l'infirmière effective a ce moment là qui m'a demandé de faire ça. C'était quel jour ?

- Le 11 Novembre. Marmonna Marsouin en consultant son écran.

Il accéda aux emplois du temps de la semaine dernière tandis que la vieille femme aux cheveux courts et bouclés passait sa tête au dessus de son épaule pour mieux voir. L'écran afficha le nom de Justice El Gezira sous le nom de la chambre concernée.

Micheline jeta un œil a sa montre avant de déclarer :

- Je vais la chercher, son service n'est pas encore fini a cette heure là.

Marsouin Pérègue décida de la suivre pour éviter à la vieille femme de tourner en rond dans l'hôpital. Parce qu'enfin, il tenait encore a la vie et il savait qu'elle serait capable de se plaindre pendant un mois parce qu'elle avait du monter deux fois en suivant les 5 pauvres marches de l'entrée de l'hôpital.

En Bref, la laisser seule traverser tout l'hôpital, c'était chercher la mort.

Ils trouvèrent la jeune femme en train de sortir des serviettes propres dans la chambre d'un patient à la jambe fracturée. C'était le dernier a qui elle devait faire sa toilette. Marsouin expliqua la situation a Justice et celle-ci fronça les sourcils.

- Justement, je devais vous adresser un mot a ce sujet... Il y a un truc qui cloche avec cette histoire. Le patient qui était dans la chambre B72 est ... une bonne connaissance. Et quand j'étais en service avec lui, on a découvert qu'il y avait des bouts de verre dans son lit. C'est pour ça que j'ai demandé le nettoyage. Plus tard, Mr Marmus, l'interne qui travaille sur les secteurs B et E, m'a apprit qu'une fenêtre avait explosé dans une chambre adjacente mais...

- Mais aucune fenêtre n'explosé dans l'hôpital depuis des années ! compléta le directeur.

- C'est justement pour ça que ça me paraissait louche... Marmonna la jeune femme en jouant nerveusement avec une dreadlocks à perles.

- C'est vraiment une histoire bizarre, quand même. Fit Micheline. D'où pourrait venir ce verre si aucune fenêtre n'a explosé ?

- En plus, je sais que le patient a été agressé par des gens louches. C'est pour ça qu'il a atterri ici : une mauvaise commotion cérébrale.

- Des gens louches ? répéta Marsouin

- Des mafieux, en fait.

- Des mafieux ? sérieusement ? répéta-t-il.

- Vous savez, des gens en costard, c'est une chose. Mais des gens en costard qui puent la coke et l'argent, c'est pas des dealers de bas étage. Se renfrogna Justice en se rendant compte que son directeur remettait sa parole en doute. Et puis, il n'y a que les mafieux qui payent les frais d'hospitalisation de leurs victimes en espèce.

Malgré les apparences, Marsouin apprécia grandement le répondant de son employée.

- Et où est ce Marmus ?

- Il est parti il y a une heure. informa Justice.

- Et vous avez un moyen de contacter le patient ? demanda le plus vieux.

- Euh, oui. C'est un ami, alors...

- Vous lui direz que je vais faire une enquête sur cette histoire. Sans faire appel a la police... Je sais combien les histoires de mafieux peuvent mal se terminer.

- Merci. fit Justice avec un soupir soulagé.

- Aussi, vous pouvez partir maintenant. lui sourit le directeur en tenant la porte aux deux femmes pour sortir de la chambre.

Bien que c'était un enculé de première, il n'en gardait pas moins ses habitudes de gentleman. La porte claqua derrière le petit groupe tandis que Justice remerciait chaleureusement son patron.

Le patient, derrière eux, immobilisé par sa jambe cassée lança un timide :

- et ma toilette, alors ?

Sa voix résonna dans le vide de sa chambre.


4ÈME ÉVOLUTION

Antoine- 18 Heures 15 - 20 Novembre 2016, Inside

Je tiens en équilibre sur mes avant bras, courbé en avant par la douleur que je ressens. Je n'ai pas encore flanché. Malgré la douleur que me provoque la bandelette Egoïste qui m'a traversé le torse. Je ne veux pas sombrer. Elle m'a transpercé il y a longtemps et elle repose désormais tranquillement de mes genoux au haut de mes cuisses. La plaie se referme a une vitesse éclair, seulement, c'est la douleur engendrée par cette guérison qui me fait le plus mal.

Je respire mieux et le sang disparaît de mon menton comme s'il n'avait jamais existé. Mes membres sont fatigués d'être dans cette position depuis si longtemps. Mais chaque mouvement que j'esquisse est freiné par la brûlure que me provoque cette plaie. Je n'ai même pas la force de pleurer.

Je suis certain que si quelqu'un osait me toucher en cet instant, je serais incapable de rester en vie. Mes yeux roulent dans leurs orbites a cause de la fatigue et j'attends patiemment que le supplice prenne fin. Je ne me laisserais pas abattre. Ma détermination est gonflée a block : je ne vais pas m'évanouir !

Mais j'ai pensé trop vite.

Parce qu'une voix claire annonce distinctement :

- Cesse d'être aussi intrusif dans ma vie, Antoine !

Le morceau de tissus qui rouvre ma plaie semble me déchirer de l'intérieur. J'ai l'impression que quelqu'un s'amuse a régir mes fait et gestes et a me plier sous ses mots. Je sens aussi que mon esprit veut s'abandonner a cette soumission. Que la douleur me rends trop fou pour pouvoir émettre une quelconque objection. Une personne a comme toutes les bandelettes entre ses mains et elle fait ce qu'elle veut de moi tant qu'elle en détiendra le pouvoir.

Mes yeux se troublent et j'ai du mal a faire la différence entre les visions horrifiques et les souvenirs de douleurs qui trottent dans mon esprit. Mes membres sont secoués de spasmes et la bande de tissus blanche tire a l'intérieur de mes entrailles en déclarant son ultime prénom :

Intrusif. Intrusif. Intrusif.

Les visions tournent dans ma tête comme un ballet enflammé, emportant dans une danse farouche toute une suite d'image a définitions de douleur. Comme si mes peurs et mes peines se matérialisaient en une seule entité, je sens une ombre surplomber mes épaules déjà courbées. Mes mâchoires serrées laissent suinter le sang qui remonte le chemin de mon œsophage. Et encore une fois, comme une ombre qui suit mes pensées, comme l'ombre qui poursuit mes douleurs, comme une ombre qui souhaite m'achever, je sens une main invisible me claquer la tête contre le sol. Je n'ai plus que ce bourdon ombrageux qui vrille a mes tympans. Cette voix trop souffreteuse qui me déchire l'âme avec lenteur et sadisme :

- J'AI DIS, RESTE A TERRE, ANTOINE !