Glory est absolument fantabulous. Anya est géniale. Et Tara, simplement incroyable. Je ne me lasserai jamais de cette cinquième saison. Si vous ne savez pas de quoi je parle, vous savez ce qu'il vous reste à faire... n'est-ce pas ?

Bref, mon esprit se Buffy-ise de jour en jour. J'ai dû prendre un peu de recul pour ne pas mélanger ma fiction et la série, d'où l'attente que vous avez dû souffrir, j'en suis sûre (; J'ai l'impression d'aller un peu n'importe où et nulle part à la fois, mais, je crois que ce chapitre est compréhensible. Peut-être.


Quinn avait quelques appréhensions en se réveillant le lendemain matin. Elle se demandait si le quotidien deviendrait gênant, si Rachel allait tout faire pour l'éviter et passer ses journées enfermée dans la chambre après sa révélation de la veille. Mais la brune n'en fit rien.

Elle se leva, entra dans le salon où elle trouva, comme chaque matin, la petite Juive déjà debout à préparer la table du déjeuner. Et, comme à chaque fois, celle-ci lui sourit, lui offrit un « bonjour, Quinn ! » enjoué avant de retourner à ses occupations, et la blonde sut que tout irait bien pour elle.

Elle se savait chanceuse.

Car d'autres étaient beaucoup moins fortunés.

C'était normal, d'un certain point de vue. L'ère dans laquelle Quinn vivait, cette époque de haine, d'intolérance et d'antipathie à l'égard de tous, ne permettait pas ces comportements soi-disant déviants ; pire, elle les réprimait, les sanctionnait, et personne n'était épargné — ou presque. Elle ne se souvenait que trop bien de l'histoire que Sue lui avait racontée, à propos de ce jeune garçon d'à peine vingt ans, venu vivre ses rêves dans la capitale. Il avait été trouvé en la compagnie d'un homme, et, la Gestapo ayant prétendument eu assez de preuves ou de témoignages contre lui, il fut arrêté. Sue n'avait plus eu de nouvelles de lui.

Cela avait glacé le sang de la jeune femme. Sue l'avait alors serrée contre elle en lui promettant qu'elle ne laisserait jamais lui arriver une chose pareille. Elle fut un peu soulagée, mais maintenant, avec une femme à la fois captive, fugitive et colocataire qui connaissait son plus lourd secret — qui était aussi sa plus grande crainte —, elle se sentait plus à l'aise. Peut-être même plus libre, d'un certain point de vue.

Lorsque Quinn s'installa à la table du salon, face à une Rachel qui semblait avoir retrouvé un bon appétit et dont les joues étaient moins creuses qu'à leur rencontre, étrangère aux pensées qui tourmentaient inutilement son esprit, elle se résolut à oublier ces rêveries infiniment ressassées et à apprécier une matinée en la compagnie de la jeune fille brune.

Elle avait toute la vie pour s'inquiéter, et préférait utiliser son temps d'une façon plus productive.


Comme chaque année, les voisins préférés de Quinn l'invitèrent à passer la veille du Nouvel An chez eux — ils lui demandèrent aussi d'emmener Rachel avec elle, bien évidemment.

Rachel en fut étonnée, puis émue, puis paniquée. Elle n'avait rien à porter, mis à part quelques robes légères. Un dîner qui célébrait la fin d'une année et le début d'une autre ne méritait-il pas que l'on y fasse honneur ? Cela lui semblait stupide de se présenter chez leurs hôtes en étant vêtue comme de coutume. Elle voulait faire un effort, même s'il n'était que vestimentaire, comme si cela pouvait rendre ne serait-ce qu'un peu de leur bonté et qu'ils ne se sentent pas offensés par son manque de considération.

Au fond d'elle-même, elle savait bien que ses pensées étaient ridicules. Sam et Mercedes n'étaient pas le genre de personnes à juger les gens sur leurs apparences.

Debout devant l'armoire ouverte de la chambre à coucher, Rachel se demandait si, finalement, elle avait bien fait d'accepter cette invitation. Quinn interrompit ses réflexions en frappant doucement à la porte de la chambre avant d'entrer. Toutes les petites attentions, les petits gestes comme celui-ci qu'elle déployait à son égard ne cessaient de la stupéfier, littéralement.

« Je ne te dérange pas ? dit-elle en s'asseyant sur le bord du lit. Ça fait une heure que tu es enfermée ici. »

Rachel secoua la tête en laissant échapper un petit rire. Elle n'avait plus la notion du temps.

« On est attendues dans une demi-heure. Tu es bientôt prête ? »

La brune haussa les épaules, puis baissa la tête. « Je ne sais pas. Je n'ai rien à me mettre. Ce ne serait pas raisonnable de me présenter dans une simple robe à fleurs.

— Pourquoi ne serait-ce pas raisonnable ? » demanda Quinn.

Rachel ne pouvait offrir de réponse claire à cette question — elle-même ne savait pas quoi répondre. Elle n'avait aucune idée de comment faire comprendre à la blonde ce qu'elle ressentait et ce qu'elle ressentirait en étant habillée de ses vêtements du quotidien. Mais sans doute Quinn n'avait-elle pas besoin qu'on lui explique ce qu'elle éprouvait en ce moment, car elle sourit doucement et secoua la tête de gauche à droite.

« Sam et Mercedes ne vont pas être déçus ou en colère parce que tu t'habilles avec ce que tu as, Rachel. Que tu n'aies pas de robe du soir ou de parure en argent ne changera rien. C'est juste un dîner entre amis, tous les quatre. Que tu aies accepté leur invitation les a déjà ravis au plus haut point, et, crois-moi, ce n'est pas peu dire.

— Vraiment ? »

C'est à ce moment-là que Quinn eut la certitude que Rachel était réellement préoccupée — pas seulement par cette histoire de dîner ou d'habits, mais constamment. Ses insécurités la rongeaient, parfois plus profondément qu'elle ne voulait le faire entendre. C'était peut-être à cause de la guerre, ou bien cela n'avait aucun rapport avec ce qui se passait au dehors, jour après jour.

Peu importait, à vrai dire.

Quinn se leva et posa sa main sur l'épaule de la plus petite.

« Tu te fais du souci pour rien. Je peux te prêter une robe si c'est ce que tu souhaites, mais, fais-moi confiance, ajouta-t-elle en serrant doucement son épaule et en lui souriant, on ne va pas te juger sur ce que tu portes. C'est ce que tu as en toi qui compte. »

Sur ce, la jeune femme sortit de la chambre et reprit sa place habituelle, allongée sur le canapé, un livre entre les mains.

Rachel savait que Quinn avait raison. Elle embrouillait son esprit avec des broutilles qui ne valaient pas même un franc. Pourquoi voulait-elle faire bonne impression dans des vêtements de haute couture quand le monde s'entretuait ? Il n'y avait pas de place pour d'aussi basses considérations. Elle avait de la chance d'être encore en vie aujourd'hui, et en bonne santé.

Malheureusement, elle s'en rendait compte un peu plus chaque jour.


Sam avait apporté du champagne. Ce détail insignifiant en apparence frappa instantanément Rachel, lorsque tous les quatre furent assis autour d'une table dressée pour l'occasion. Une nappe d'un blanc immaculé sous des assiettes en porcelaine et des verres à pied.

Contrairement à ce qu'elle avait tout d'abord pensé, l'appartement n'était pas décoré, bien qu'il soit chaleureux et accueillant. Rien n'indiquait qu'il était l'hôte d'un réveillon du Nouvel An, tout comme les rues de Paris. Aucune guirlande n'était suspendue aux lampadaires, et peu de mouvement subsistait dans les avenues, bien que l'hiver soit doux et qu'il n'y ait presque pas de vent.

Les grâces furent dites juste avant le dîner, puis les quatre jeunes gens purent apprécier ce qui remplissait leurs assiettes jusqu'à la dernière miette. Le repas fut très plaisant, comme à chaque fois que Mercedes et Sam en étaient les hôtes ; seulement, cet esprit du Nouvel An flottait vaguement autour d'eux, transformant ce simple dîner en quelque chose de plus amical, les rapprochant encore plus.

Rachel avait l'impression d'être entrée dans une boîte hermétique, protégée du monde extérieur et de sa cruauté, habitée par des gens qui faisaient tout pour oublier ce qui les entourait.

Les deux locataires du troisième étage rentrèrent chez elles vers une heure du matin, après des heures de festin, de rires, d'embrassades et de souhaits pour la nouvelle année. La fatigue rattrapait doucement la petite brune, qui, une fois son pyjama enfilé, se glissa sous les couvertures avec un soupir de soulagement. Quinn ne fut pas longue à la rejoindre, ce qui était contraire à ses habitudes ; Rachel l'avait souvent sentie se faufiler dans le lit tard dans la nuit, désireuse de finir quelques chapitres ou de prendre des notes sur son dernier livre, alors que la brune dérivait déjà entre le sommeil et l'inconscience.

Malgré son arrivée imminente dans le pays des rêves et de l'impossible, Rachel se sentit la force de poser une question à la personne allongée à sa gauche.

« Quinn ?

— Oui ? répondit-elle presque aussitôt.

— Sam et Mercedes sont chrétiens, non ? »

Elle voyait encore le couple se tenir la main en récitant le bénédicité, juste avant de commencer à manger.

« Oui. Ils sont catholiques. Pourquoi cette question ? » ajouta-t-elle au bout d'un instant.

Rachel ne répondit pas tout de suite. Allongée sur le dos, les yeux rivés au plafond, elle cherchait ses mots, comme à chaque fois qu'elle démarrait une conversation avec Quinn.

« Rachel ? dit la blonde en ne l'entendant plus. Est-ce que ça va ?

— Je me demandais... je me demandais pourquoi tu... Tu n'as pas prié avec eux avant le repas. »

Le silence les enveloppa encore une fois. La petite brune se demanda si cette fois-ci, elle n'avait pas délibérément franchi une limite qu'elle n'aurait jamais dû approcher, si Quinn allait définitivement se taire et se renfermer à cause d'une sottise qu'elle avait dite.

Mais elle avait sans doute sous-estimé la jeune femme, car elle répondit, d'une voix horriblement calme, après avoir laissé passer quelques minutes :

« Je ne suis pas sûre de croire encore en Dieu aujourd'hui.

— Je ne comprends pas. N'es-tu pas chrétienne, toi aussi ? Tu m'as montré la croix autour de ton cou, fit Rachel, incompréhensive.

— Je suis chrétienne, du moins j'ai été élevée dans la tradition catholique, répliqua la blonde. Mais je ne suis pas certaine que Dieu existe. »

Rachel ne comprenait pas. Les chrétiens étaient censés être déistes, elle en était pratiquement sûre. Cependant, Quinn ne la laissa pas dans le noir complet plus longtemps. Elle ajouta, lentement et doucement :

« Il y a un temps où j'ai cru en lui, ce qui est normal ; pendant toute mon enfance, j'ai suivi des cours de catéchisme, et j'ai fréquenté des écoles catholiques. Je n'avais aucune raison de douter de son existence, bien évidemment. Je croyais ce qu'on me disait, ce que j'apprenais. Mais, plus le temps passait, plus je me posais des questions. Je ne suis pas sûre que Dieu, s'il existe, ait la forme qu'on lui a donnée. (Rachel sentit la blonde se tourner vers elle.) Est-ce que tu sais à quoi ressemble le plafond de la chapelle Sixtine ?

— Non, avoua-t-elle.

— Je t'en montrerai une photographie. Michel-Ange y a peint Dieu donnant vie à Adam. Il y est représenté ayant forme humaine, comme un vieil homme, sage, barbu, et je pense que c'est la façon dont la majorité des gens l'imagine. Seulement, s'il était réellement un homme, et s'il était réellement sage, qu'il existait pour récompenser les bons et punir les mauvais, comment a-t-il pu laisser Hitler arriver au pouvoir ? Comment a-t-il pu lui donner vie ? Cela me dépasse. S'il était réellement bon et miséricordieux et cet être parfait et irréprochable, pourquoi a-t-il laissé faire toutes ces horreurs en 1914 ? Et aujourd'hui ? Il est censé protéger les innocents. Si ce Dieu-là existe, je ne pourrais jamais lui pardonner tout cela. Alors c'est peut-être plus simple de penser qu'il n'existe pas. »

La brune resta silencieuse. Il n'y avait rien à répondre à cela. Presque inconsciemment, elle déplaça sa main jusqu'à la reposer celle de la blonde. Elle était froide et moite, et sûrement tout aussi pâle que d'habitude.

Elle se demandait si la croix qu'elle portait autour du cou s'alourdissait de jour en jour, si elle la portait volontairement comme un fardeau, ou si elle n'y faisait plus attention tant elle y était habituée.

Cependant, Quinn l'acheva avec une simple phrase.

« De toute façon, ce Dieu-là n'aime pas les homosexuels. »

Elle en eut les larmes aux yeux, et fut pratiquement sûre que Quinn pleura en silence cette nuit-là.


Contrairement au mois de décembre assez frisquet, il faisait à la fois sec et doux en janvier. Le soleil se montrait peu, et pourtant, il semblait à Quinn que son appartement était plus chaud que l'an dernier. Il ne neigeait pas, pour la deuxième année d'affilée, bien que des gelées fussent visibles sur les trottoirs et les tuyauteries à l'air libre.

La bouilloire était constamment sur le gaz. Les tasses de thé faisaient des merveilles lorsqu'elles étaient entre ses doigts pour les réchauffer. Quinn réussit à récupérer de vieilles écharpes et gants pour les donner à Rachel (offerts par Sue Sylvester), car, même si elle ne l'entendait jamais se plaindre, elle savait qu'elle était frigorifiée dans cet appartement trop petit et mal chauffé.

Malgré cela, elle le serait sans doute plus si elle était encore dans la rue à cette période de l'année. Elle n'y avait jamais vraiment réfléchi, mais offrir un toit et quatre murs à la petite Juive alors que l'hiver approchait à grands pas était sans doute l'une des meilleures choses qu'elle ait faites.

En plein milieu d'une nuit de la mi-janvier, Rachel fit une seconde crise de panique.

Quinn la sentit plus que ne l'entendit, contrairement à la fois précédente, étant donné qu'elle partageait son lit. En un éclair, elle se redressa, alluma la lampe de chevet avant de se pencher sur la forme remuant sous la multitude de draps.

« Rachel ? Rachel, réveille-toi. »

Elle rabattit les couvertures, avança la main vers son épaule en espérant que le contact n'effraierait pas la jeune femme. La blonde se pencha à son oreille, lui murmurant des mots doux tout en la retenant par l'épaule pendant qu'elle se débattait.

Elle sentit Rachel inspirer brusquement avant d'ouvrir deux yeux confus, effrayés, qui, lorsqu'ils se posèrent sur ceux de Quinn, s'apaisèrent et s'humidifièrent en même temps. La plus grande n'arrêta ses caresses qu'après s'être assurée qu'elle allait bien, malgré le choc du réveil, et se leva pour lui chercher un verre d'eau quand une main sur son bras l'arrêta.

« Ne pars pas » fit-elle précipitamment.

Quinn sourit dans la pénombre, posant sa main sur celle de Rachel et l'enserrant de ses doigts. « Je reviens dans une minute. »

Une fois dans la cuisine, la petite parisienne soupira, adossée à l'évier. Elle ne savait pas comment se comporter avec la jeune femme dans ces moments-là, personnels et douloureux, lorsqu'elle revivait des événements passés qui n'avaient pas perdu de leur effroi. L'hésitation semblait la contrôler dans des situations aussi aléatoires. Devait-elle lui laisser de l'espace pour gérer seule les difficultés qu'elle rencontrait ou, au contraire, ne pas la quitter des yeux, la rassurer à l'excès ?

Elle n'en avait aucune idée.

En revenant dans la chambre, Quinn fit asseoir la brune en lui offrant le verre d'eau fraîche qu'elle tenait.

« Merci » dit-elle en lui rendant le récipient. La blonde, restée à son côté, lui frottait le dos avec des gestes lents et circulaires du bout des doigts.

« Tu m'as fait peur, chuchota-t-elle, l'inquiétude toujours présente dans sa voix. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

— Un cauchemar, marmonna Rachel. Juste un cauchemar. »

Elle n'en dit pas plus. Quinn n'ajouta rien, ne voulant pas brusquer la pauvre fille. Mais, d'un autre côté, elle voulait lui montrer qu'elle était là, à tout moment, même dans les plus pénibles et désagréables.

Rachel s'endormit une dizaine de minutes plus tard, exténuée par ses émotions. Quinn la regarda dormir paisiblement, inspirer et expirer en un rythme lent et régulier jusqu'à ce qu'elle sente elle aussi l'appel de la nuit, et se glissa sous la couette en fermant les yeux.


Au fur et à mesure que le temps passait, Quinn remarquait de petites choses qui rythmaient dorénavant son quotidien, comme le fait que Rachel se levait toujours aux aurores et se couchait juste après avoir soupé. Le fait qu'elle passait de longues minutes, parfois plus d'une heure auprès de la fenêtre du salon ne lui avait pas non plus échappé ; Quinn se sentait souvent coupable de ne pas pouvoir lui faire visiter Paris, l'emmener dans un magasin choisir ses vêtements, ou simplement déambuler entre le quartier de Rochechouart et celui de Montmartre.

Surtout, elle l'entendait continuellement chanter, du matin au soir. La petite brune fredonnait chaque chanson qui était diffusée à la radio, même celles qu'elle n'avait jamais entendues. Elle chantait à voix basse, en français ou dans ce que Quinn supposait être de l'hébreu, pendant qu'elle épluchait des légumes dans la cuisine ou qu'elle aidait à faire la vaisselle.

Sa voix réchauffait son cœur et son appartement autrefois si lugubre, si austère. La blonde se dit qu'elle essaierait de dégoter quelques disques pour Rachel, du moins si elle réussissait à en trouver.

Quinn eut malheureusement l'occasion de mettre ses compétences médicales en pratique quelques jours plus tard, lorsque Rachel tomba malade. Elle se doutait que cela allait arriver car elle ne l'avait pas entendue chanter la veille, ni l'avant-veille. En plus de cela, elle fut réveillée et debout bien avant la brune, qui n'émergea qu'après onze heures du matin — ce qui était plus que curieux.

La blonde remarqua immédiatement un gonflement sur les parties latérales du cou de Rachel, et avant même de la laisser déjeuner, la fit s'asseoir sur le canapé dans le but de l'examiner.

La brune ne broncha pas pendant toute la durée de l'examen — pire encore, elle était silencieuse, ce qui n'était pas pour rassurer Quinn. Elle toucha son front du dos de la main, qui brûlait littéralement. Lorsque pour terminer, celle-ci lui fit prendre de grandes inspirations puis tousser, elle soupira amèrement.

« Tu as une angine, Rachel, dit-elle en touchant son épaule. Et une bonne fièvre en plus de ça. Il va falloir ralentir sur les boissons chaudes, le sucre et le lait. Avec un peu de chance, tu seras guérie en une semaine. »

La petite brune se renversa contre le canapé, les épaules effondrées. Quinn sourit d'une manière qu'elle espérait réconfortante avant d'aller chercher des remèdes plus ou moins efficaces dans la salle de bains. Il faisait beaucoup plus froid qu'au début de l'hiver, et très sec — il n'était donc pas étonnant que des infections comme les angines aient refait surface à cette période de l'année.

Heureusement, elle n'avait pas attrapé de grippe.

La journée sembla longue et morne pour les deux femmes, Rachel n'ayant le cœur à rien et mangeant à peine, et Quinn peinée de voir la jeune femme dans une telle détresse.

Comme d'habitude, Rachel se coucha tôt, tandis que la blonde s'attarda dans le salon pour finir d'annoter et de rédiger quelques documents. Elle fut lassée un quart d'heure plus tard et décida de lire quelques pages d'un de ses livres préférés.

Elle ne fut pas arrivée à la vingtième page qu'un mouvement attira son attention. Quinn leva les yeux et vit une forme humaine aux cheveux bruns, enveloppée d'une couverture en laine qui traînait au sol avancer vers elle. Elle fronça les sourcils, pensant instantanément que son état s'était empiré et que son organisme réagissait mal aux médicaments qu'elle lui avait donnés, mais son anxiété fut bientôt remplacée par un sourire quand elle vit Rachel se servir un verre d'eau, le boire d'une traite avant de déambuler à petits pas jusqu'au canapé.

La plus petite replia la couverture et chercha une position confortable, puis se pencha jusqu'à reposer sa tête sur l'épaule de Quinn. Sa respiration était un peu rauque et difficile, mais elle était moins fiévreuse que dans la matinée.

« Qu'est-ce que tu lis ? » marmonna-t-elle, exténuée, comme chacun l'était dans les premiers jours d'une inflammation.

La blonde sourit un peu. « Des poèmes d'Emily Dickinson. Tu veux que je t'en lise un ? »

Quinn sentit Rachel hocher la tête contre son épaule, et lut ainsi les vers qu'elle avait sous les yeux.

« L'Esprit vit du Cœur
Comme tout parasite —
Si c'est plein de Chair
L'Esprit prospère.

Mais si le Cœur manque
La Pensée s'émacie
Son Aliment
Si infini. » (1355)

Il n'y eut aucun bruit pendant une minute, puis Rachel prononça, d'une voix ensommeillée : « Je n'ai rien compris. »

Quinn rit doucement. « La traduction française laisse à désirer, je te l'accorde. Je te le lirai quand tu seras guérie, tu seras plus à même de comprendre. »

Elles restèrent ainsi un moment, Quinn lisant quelques poèmes alors que Rachel tombait plus profondément dans le sommeil. Ne voulant pas la laisser s'endormir sur un meuble aussi inconfortable que ce canapé, la blonde la réveilla assez longtemps pour pouvoir l'emmener dans la chambre et la coucher sous les couvertures. Rachel remua un moment, trouvant la position la moins pénible pour sa gorge avant de plonger vers le sommeil.

Quinn ne fut pas longue à la rejoindre, s'assurant d'abord qu'une carafe d'eau était pleine et posée sur la table de chevet, puis elle enfila son pyjama avant de se mettre à son tour sous la couette, glissant par la même occasion un bras sécurisant autour du ventre de la jeune femme.

Rachel bougea un peu, puis toussota.

« Tu ne devrais pas rester aussi près de moi, bredouilla-t-elle d'une voix congestionnée. Je vais te rendre malade.

— Chaleur humaine, répliqua la blonde. Tu dois être tenue au chaud si tu ne veux pas que ton état s'aggrave. Et puis, mon système immunitaire est irréprochable. Je ne risque rien. »

Rachel ne répondit rien. Elle attrapa simplement la main restée sur son ventre, la serrant entre ses doigts tremblants et gelés.

Quinn sourit et rougit dans la nuit. Elle songea que son idée de partager son lit n'était, finalement, pas si mauvaise que cela.