Je pense écrire une fic BtVS, peut-être Willow/Tara. Parce que, sérieusement, too much feelings. Arrghh. Je crois que revoir tous ces épisodes a un peu déteint dans mon écriture.

Surtout, merci énormément pour vos reviews, vous êtes au top ! J'aime savoir que vous accrochez toujours à l'histoire et que je ne fais pas n'importe quoi avec les situations ou les personnages. N'hésitez pas à me dire si vous trouvez un passage trop abracadabrantesque ou incompréhensible. Beaucoup de descriptions au menu d'aujourd'hui.

Pour répondre à l'un(e) d'entre vous, je ne compte pas inclure Santana à cette fiction, même si j'ai longuement hésité. Je préfère faire peu de personnages mais les faire bien, plutôt que d'en inclure une centaine bâclée. (:

Et pour répondre à une autre : calme avant la tempête ? Peut-être. Mais si je fais la pluie, je fais aussi le beau temps.


Rachel dormit d'une traite. Son mal de gorge, bien que bénin, l'avait fatiguée au point d'avoir à peine assez de force pour se retourner dans le lit.

Elle se réveilla en sentant la lumière du soleil frapper la chambre à travers la fenêtre. Rachel toussota un peu, avant de froncer les sourcils en éprouvant une sensation de chaleur sur l'abdomen et la nuque, qui n'était certainement pas causée par les minces rayons du soleil d'hiver, affaiblis par la brume matinale.

En bougeant légèrement et après avoir étouffé un accès de toux, la brune baissa les yeux et remarqua le bras d'albâtre drapé sur sa taille, un pied, qui n'était pas à elle, perdu entre ses chevilles. Elle sentait la respiration régulière et apaisante de Quinn dans son cou et ses cheveux, lui provoquant une sensation étrangère et pourtant agréable.

C'est à ce moment-là qu'elle prit conscience que jamais Quinn n'avait dormi aussi près d'elle. Elle avait toujours montré une certaine forme de respect, ou de pudeur, ou d'intimité à son égard, et laissé à Rachel tout l'espace dont elle avait besoin, que ce soit sur le matelas ou dans l'appartement.

Pourtant, en sentant son corps collé presque timidement au sien sous une unique couverture, la petite brune se dit que la situation se répétait, cela ne lui déplairait pas.

La blonde avait l'odeur rassurante du savon et de plantes — peut-être de sauge ou de menthe poivrée.

Rachel tenait la main de Quinn contre son ventre, caressant ses phalanges du bout des doigts, et songea au peu que lui avait raconté la blonde à propos d'elle. En y réfléchissant bien, elle ne savait que très peu de choses à son sujet. Cette femme aurait très bien pu lui avoir menti sur ses occupations, sur la façon dont elle obtenait de l'argent, sur ses relations avec, possiblement, des officiers allemands.

C'était peu plausible, mais probable. Rien n'obligeait Quinn à lui dire la vérité, après tout.

Pourtant, elle lui faisait confiance. Ce n'était pas comme si Rachel avait beaucoup de choix, mais elle sentait qu'elle pouvait se confier à la blonde — elle lui avait déjà confié sa vie, et finalement, qu'avait-elle de plus précieux ?

Quinn la sauvait, chaque jour. C'était plus qu'elle n'aurait imaginé quelques années auparavant, lorsqu'elle fut obligée de quitter sa maison, son pays, sa famille. Et Quinn se souciait d'elle plus qu'elle n'avait à le faire. Rachel avait été étonnée, au tout début de leur cohabitation, de voir la blonde rester chez elle pendant la majorité du temps. Elle avait cru qu'elle ferait comme tous les autres qui l'avaient aidée à se cacher : elle serait nourrie, aurait un endroit où dormir, et devrait fuir si jamais des soldats retrouvaient sa trace ou si les habitants de la ville devenaient trop suspicieux.

La jeune parisienne était différente. Rachel n'avait plus l'impression d'être un quelconque fardeau, une quelconque Juive à dissimuler, à laquelle on n'adresserait pas la parole sauf pour lui dire de décamper.

Elle n'était rien de tout cela. Il lui semblait même que Quinn appréciait de l'avoir à ses côtés. Il était vrai que cette dernière n'était pas très bavarde, mais son comportement était tout sauf hostile à son égard. Elle répondait à ses questions et ne la laissait pas seule avec sa maladie, comme elle l'avait souvent été chaque hiver, dans une cave trop humide ou un grenier poussiéreux et propice aux infections.

Parfois même, Quinn se confiait à elle.

Et l'aidait à surmonter ses terreurs nocturnes.

Elles avaient passé le stade où la politesse était forcée, et étaient lentement tombées dans une relation stable, inassimilable au lien qui unissait habituellement une fugitive et la personne qui la cachait aux yeux des autres.

Cela faisait longtemps qu'elle n'avait plus eu ce sentiment d'être appréciée. Quelqu'un se souciait d'elle et de sa santé, et cela lui suffisait amplement.

Rachel sortit de ses pensées quand elle remarqua que les rayons du soleil ne l'atteignaient plus directement. Elle pensa en souriant que Quinn avait un sommeil de plomb si elle n'était pas même dérangée par la lumière lui tombant sur le visage.

Elle remarqua pour la première fois qu'aucun réveille-matin n'était programmé, aucune alarme ne troublait la quiétude matinale et ne l'empêchait de savourer le moment du réveil.

Une quinte de toux la prit brusquement, et la proximité de Quinn lui fut soudain rappelée lorsqu'elle sentit son bras raffermir sa prise et son corps remuer derrière elle.

« Tout va bien ? » fit la blonde d'une voix un peu rauque.

Rachel sourit, bien qu'elle ne puisse pas la voir. « Tout va bien. Tu peux te rendormir. »

Au fond d'elle-même, la petite brune savait qu'elle avait raison. Quinn se souciait réellement d'elle. Sa bienveillance n'était plus à mettre en doute.


Quinn prit soin de Rachel toute la semaine, encore plus que d'habitude, si cela était possible.

Elle fut soudain heureuse d'avoir suivi des études de médecine, même si ce n'était que pour trois ans, et d'avoir eu un père généreux et infirmier qui lui apprit les rudiments de la médecine moderne. Sans cela, elle n'aurait pas su faire face à la moindre petite angine.

Lorsqu'elle se rendit chez Sue pour lui demander quelques-uns de ses remèdes les plus efficaces (évidemment, Quinn faisait bien plus confiance à cette femme qu'elle connaissait depuis toujours plutôt qu'à des pharmaciens qui ne cessaient de la faire douter et de l'embobiner), la blonde laissa la pauvre fille aux bons soins de ses voisins. Autant qu'elle soit entre de bonnes mains si jamais son état empirait.

Elle détestait la laisser seule, même une heure, bien qu'elle soit obligée de sortir pour ravitailler ses placards tous les dix jours.

Le mois de février était sombre, comme tous les mois de février. Il faisait sec et de plus en plus froid — les températures diminuaient et se rapprochaient des négatives un peu plus chaque jour, ce qui n'améliorait pas l'état de santé de la jeune malade.

Bien que Rachel ne sorte pas, le froid s'infiltrait dans l'appartement sans être le moins du monde importuné par les murs fins comme du papier. Quinn était constamment en train de faire bouillir de l'eau pour que la vapeur atténue cette sensation de froid constant.

Elle espérait également que Rachel n'attraperait pas de pneumonie. Cela serait terrible pour la petite brune.

Heureusement, il lui semblait que ses ganglions fussent moins prononcés et enflés après une semaine de gargarismes, de cataplasmes et d'infusions aux plantes. La fièvre était tombée, et Rachel lui sembla définitivement hors de danger quelques jours plus tard, malgré une légère toux qui la gênait parfois.

Cela ne l'empêchait pas de passer, chaque nuit après la première, un bras par-dessus de sa taille pour lui tenir chaud.

Du moins, c'était ce qu'elle se disait.

Ses inhibitions qui la bloquaient si souvent au beau milieu d'une conversation ou d'un souvenir semblaient s'évanouir dans l'obscurité rassurante de la chambre.

La brune n'avait pas l'air dérangée par son comportement, par cette personne presque inconnue qui glissait son bras sur sa taille et tenait sa main dans la nuit sans mot dire. Rachel se rendait compte, de plus en plus, à quel point elle attendait avec impatience cet unique et éphémère moment de la journée, qui se répétait nuit après nuit.

Et quoique Rachel fut guérie depuis déjà quelques temps, Quinn ne cessait pas ce qui était en train de devenir une nouvelle habitude.

Un soir, sombre et froid, Rachel fit, pour la première fois, un geste vers la blonde. Elle la sentit se mettre furtivement sous les couvertures en laine, comme de coutume, et lui laissa à peine le temps de s'installer avant de se tourner dans sa direction et de s'approcher de son corps ; elle posa sa tête sur l'épaule de Quinn tout en glissant un bras autour de sa taille jusqu'à ce que plus aucun centimètre ne les sépare.

Pendant une seconde, Rachel sentit le corps se tendre sous le sien, et craignit d'avoir fit un pas de trop, mais Quinn fit alors reposer sa main sur son crâne, et la plus petite laissa échapper un soupir de soulagement qu'elle retenait sans le savoir.

Elles restèrent ainsi un moment, jusqu'à ce que Rachel décide, comme à chaque fois, de briser le silence.

« Raconte-moi une histoire. »

La blonde fronça les sourcils, surprise par cette étrange requête, avant de rire doucement.

« Une histoire ? demanda-t-elle en souriant. Tu veux que j'aille chercher un livre pour te le lire ?

— Non, une histoire à toi. Je veux dire, pas quelque chose d'inventé. Une histoire sur toi, sur ta vie. »

Quinn se figea un moment, et la petite brune ajouta très vite : « Seulement si ça ne te dérange pas. Tu n'es pas obligée de me parler de toi si tu n'en as pas envie ou si c'est trop demandé. »

Quinn en avait envie, pourtant. Elle lui faisait confiance. Mais quelque chose d'inconnu l'empêchait encore de se confier à Rachel, elle ne savait trop pourquoi. Cependant, elle décida de laisser de côté cette peur qui la tiraillait entre le silence et l'esquive, et s'appliqua à satisfaire la demande de la jeune femme.

« Ce n'est pas trop demandé, fit-elle en chuchotant presque. Il n'y a pas grand chose à dire sur moi, en réalité. Je suis née dans un petit village de la Seine-et-Marne, pas très connu ni même important. J'ai une sœur, Frannie, qui a quatre ans de plus que moi, mais ça, tu le savais déjà. On vivait dans une petite maison assez grande pour nous quatre, ma mère, mon père, ma sœur et moi. Nos parents s'occupaient constamment de nous, même s'ils n'étaient pas souvent à la maison à cause de leur travail, mais ce n'était pas grave. On vivait une vie normale, si l'on peut dire.

« Frannie s'occupait de moi quand papa et maman ne le pouvaient pas. On était inséparables — on l'est toujours, malgré la distance. Elle a été un peu plus qu'une sœur, c'était mon modèle, et en grandissant, elle est devenue une femme forte, confiante et incroyable. J'essaie un peu de lui ressembler, je crois, dit Quinn en riant.

— Vous avez vécu longtemps là-bas ? demanda la petite brune.

— Jusqu'à mes dix-sept ans. Ensuite, Frannie et moi sommes parties nous installer à Paris. On y a rencontré Sue, qui était une amie de maman, et elle nous a hébergé jusqu'à ce que l'on trouve un endroit où habiter. C'est ainsi qu'on s'est retrouvées à deux dans ce minuscule appartement. »

Elle resta silencieuse un moment. Rachel voulut lui demander pourquoi avaient-elles déménagé, mais se retint au dernier moment, sentant que sa question serait sans doute déplacée si Quinn avait délibérément omis ce passage. Au lieu de cela, elle demanda :

« Pourquoi Paris ?

— Tout le monde aime Paris, sourit la blonde. Je crois qu'on voulait vivre un bout de rêve, Fran et moi, en débarquant dans cette capitale irréelle avec seulement des projets plein la tête et des envies de tout visiter. C'était tout de même un peu dur de s'habituer au changement, au début. Je veux dire, je suis issue de la campagne, et le milieu rural est infiniment différent d'un centre urbain aussi gigantesque que Paris, tu vois de quoi je veux parler. (Rachel hocha la tête contre son épaule.) Au début, je me sentais un peu submergée en voyant tous ces grands immeubles et monuments à chaque coin de rue. Cela ne ressemblait à rien de ce que je connaissais déjà ; j'étais habituée aux petites maisons faites de pierre et aux kilomètres à parcourir pour trouver un magasin et aux chemins boisés, et me voici dans un endroit complètement étranger, fait de grandes avenues, de petites rues pavées, d'immeubles en béton avec des balcons et des monuments couverts d'or et d'ardoise. J'étais émerveillée. C'est pour cela que j'ai décidé d'y rester, même après que la guerre fut déclarée. »

Quinn arrêta son récit à cet instant, ne désirant pas raviver des souvenirs encore trop frais du début de la guerre et du départ de Frannie pour des destinations lointaines. Elle songea au jour où elles avaient, pour la première fois, fait la connaissance de Sue Sylvester, au jour où elles décidèrent de louer cet appartement, puis au jour où son aînée quitta la ville, lui promettant d'être de retour très vite et que tout se passerait bien.

Elle repensa à sa rencontre avec ses deux voisins, sa rencontre avec Brittany, et sa première rencontre avec un uniforme du troisième Reich.

Elle pensa aussi à ce que lui avait raconté Rachel sur sa propre vie, comment elle était arrivée à Paris sans le vouloir, dans le seul but de fuir la cruauté et de se cacher pour pouvoir continuer à vivre. C'était injuste. Ajouté à cela le fait qu'elle avait deux pères — Quinn n'osait trop lui demander comment cela était possible, mais ce n'était pas ce qui importait — la jeune femme avait dû subir d'innombrables pressions.

Le corps à moitié allongé sur le sien lui sembla tout à coup plus lourd ; en baissant la tête, Quinn vit que les yeux de la brune étaient fermés, et que sa respiration s'était considérablement ralentie. Ses pieds froids chatouillaient les siens.

Bien qu'elle n'eusse pas voulu déranger cette vision si paisible qui s'offrait à elle, Quinn s'extirpa à contrecœur de cette étreinte pour chercher, à tâtons dans la nuit profonde, une paire de chaussettes en laine qu'elle gardait au fond de son armoire. Elle les enfila ensuite aux pieds de la brune, trop exténuée pour se réveiller ou protester. La blonde savait qu'en se réveillant, la jeune femme serait heureuse de voir qu'elle n'avait pas deux blocs de glace au bout des jambes.

En la voyant si apaisée, Quinn ne put s'empêcher de sourire, tout en se glissant sous les draps pour reprendre sa place auprès de la petite brune.

Elle sourit doucement, osant à peine faire un seul mouvement dans la crainte de la réveiller. Rachel avait, elle aussi, traversé tant de choses, et pourtant elle réussissait toujours à sourire, à rire, à communiquer, à trouver le sommeil. Elle continuait à vivre.

Quinn soupira en songeant que c'était, finalement, grâce à elle si Rachel avait aujourd'hui un toit au-dessus de la tête. Elle s'en serait terriblement voulu si la brune s'était enfuie et si Sam ne l'avait pas retrouvée cette nuit-là. Leur relation avait bien changé depuis. Rachel n'était plus effrayée, malgré quelques cauchemars qui s'insinuaient dans son esprit et étaient ravivés de temps à autre.

Qu'étaient-elles ? C'était difficile à dire. Amies, ou du moins, autant que pouvaient l'être une anarchiste et une Juive en France en 1944. Elles étaient, tout simplement. Coexistaient ensemble, dans un monde ayant cédé à la brutalité, à la folie et au meurtre.

Mais elles étaient. Elles vivaient — c'était tout ce qui importait dans des moments pareils.

Ce dont Quinn était sûre, c'était qu'elles vivaient une agréable routine où seuls quelques obstacles les attendaient, à l'abri des regards, de la guerre et des horreurs incessantes.

Pourtant, cette relation nouvelle et confortable qu'elles entretenaient ressemblait à l'amitié la plus romantique qu'elle ait jamais connue.


Quinn sortait de la petite laverie à l'angle de la rue des Trois-Frères, des sacs remplis de linge propre au bout des bras, quand elle eut une étrange impression.

Ce n'était pas grand chose, juste une sensation qui la laissa désorientée une seconde ou deux, puis s'évanouit dans l'air comme si elle n'était jamais arrivée.

Elle n'y prêta pas plus attention et continua son chemin vers son immeuble, fredonnant la chanson que Rachel chantait ce matin en épluchant des légumes pour le repas. Inconsciemment, elle se mit à sourire.

Il lui sembla que la route jusqu'à son appartement était plus courte que d'habitude — peut-être parce qu'elle avait hâte de rentrer chez elle, de revoir Rachel pour lui apporter des vêtements propres, de préparer le dîner à ses côtés et de s'endormir dans ses bras. Quinn n'avait aucune idée de pourquoi ces pensées l'enchantaient à un tel point. Elle vivait constamment avec Rachel, et pourtant il lui tardait de la retrouver.

Elle n'y pensa pas plus que cela, car, qu'y avait-il à penser de cela ? Il n'y avait rien de mal à attendre avec impatience le moment où elle retrouverait sa colocataire. Que dire de plus ?

La jeune blonde tourna dans la rue qui menait à son immeuble, identique à ceux qui l'entouraient, et sa bonne humeur s'évapora brusquement. Son sourire disparut de son visage, et le même pressentiment troublant revint la hanter, plus puissant encore que la première fois.

Quinn ralentit sa marche, décidée à trouver l'origine de ces impressions qui semblaient la poursuivre, lorsqu'elle comprit soudain pourquoi ce sentiment d'appréhension l'avait touchée en premier lieu.

Juste devant son immeuble, trois soldats empruntaient la porte d'entrée et débarquaient dans la rue presque déserte de cet après-midi de février, leur visage arborant l'air grave traditionnel des soldats nazis.

Il n'en fallut pas plus pour que Quinn sente tout l'oxygène être expulsé de ses poumons.

Les trois hommes descendaient la rue, et la blonde ne put que les suivre du regard, le souffle coupé, jusqu'à ce qu'ils disparaissent à l'angle d'un commerce. C'est alors seulement qu'elle agit, et que la pensée la plus horrifiante se dessina, claire comme du cristal, dans son esprit.

Rachel. Ils avaient dû trouver Rachel. Ils ont pu lui faire du mal, ou même pire.

Sans même s'en rendre compte, Quinn laissa tomber les sacs au sol et courut en direction de son immeuble.

Oh, comme elle espérait avoir tort !

Elle pria un Dieu auquel elle ne croyait plus que la jeune femme était encore en vie, encore dans son appartement, en bonne santé, et non pas à des milliers de kilomètres dans un wagon à bestiaux ou dans une salle de torture.

La simple pensée que Rachel avait été enlevée lui donnait des haut-le-cœur. Elle grimpa les escaliers le plus vite possible, les larmes aux yeux, espérant de toute son âme qu'elle y verrait la petite brune l'attendre, comme à son habitude, assise sur le canapé, un livre à la main, une chanson au bout des lèvres, un sourire pour l'accueillir.

Quinn eut l'horrifique idée que jamais plus elle ne reverrait son sourire innocent, et c'en fut presque trop à supporter.

Elle faillit rater la dernière marche qui menait à son étage, se rattrapa à la main courante, puis sortit fébrilement ses clés d'appartement de la poche de sa veste. Elle songea qu'elle aurait dû faire faire un double pour le donner à Rachel, au cas où le besoin de fuir se présenterait, mais c'était trop tard pour penser à cela.

Tremblant de la tête aux pieds, la jeune femme réussit finalement à ouvrir la porte, puis la poussa d'une main mal assurée, la laissant grincer sur ses gonds et dévoiler un salon vide.

Quinn sentit un sanglot traverser sa gorge.

Il n'y avait personne dans le salon. Les fenêtres étaient fermées, aucune trace d'effraction ou de lutte n'était visible, et aucune jeune femme, brune, Juive, au sourire contagieux ne s'y trouvait.

Elle retint ses larmes assez longtemps pour faire fiévreusement le tour de l'appartement, sans même fermer la porte d'entrée, pour vérifier si Rachel s'était cachée dans une autre pièce, avant de se rendre compte que le silence et le vide étaient ses seuls compagnons.

Les jambes tremblantes, la blonde s'effondra au beau milieu du salon sur ses genoux, la tête dans les mains. Des larmes salées commençaient à couler sur ses joues, sans espoir d'être retenues plus longtemps.

Quinn avait failli. Elle n'avait pu protéger Rachel.

Elle ne savait pas pourquoi elle y accordait autant d'importance. Ce n'était qu'une Juive, une pauvre femme qui se cachait depuis des années, et elle n'avait réussi qu'à retarder l'inévitable de quelques semaines. Elle ne devrait pas pleurer sur son sort.

Pourtant, elle ne pouvait s'en empêcher. Elles avaient vécu ensemble de longs mois, elles avaient appris à se connaître, à se faire confiance, et juste au moment où les choses semblaient aller pour le mieux, Rachel avait disparu.

C'était injuste, terriblement injuste. Parce qu'elle était heureuse, plus qu'elle ne l'avait jamais été en compagnie de la petite brune.

Quinn se mordit les phalanges en pensant amèrement qu'elle aurait dû faire plus attention. Elle aurait dû s'assurer de la sécurité de Rachel au lieu de la laisser pour laver des vêtements ou acheter de la nourriture. Rachel était plus importante que cela.

Elle ne sut pas combien de temps elle resta prostrée à cet endroit, mais le soleil était déjà en train de décliner lorsqu'elle se décida à se lever.

Rien ne semblait plus avoir d'importance. En regardant autour d'elle, Quinn se dit qu'il y avait bien une chose qu'elle pouvait faire avant de se morfondre et de se complaire dans son malheur pour le reste de ses jours.

Les jambes encore mal assurées et les yeux picotant, la jeune femme sortit de son appartement, et sans même prendre la peine de fermer la porte derrière elle, descendit un étage pour informer Mercedes et Sam de sa triste découverte. Elle descendit les marches lentement, se retournant à chaque pas, comme si Rachel allait soudain apparaître sur le seuil de sa porte et lui sourire et l'inviter à entrer pour déguster le repas qu'elle venait de préparer.

Elle fut un peu plus déçue et furieuse contre elle-même à chaque marche descendue.

Arrivée devant la porte de ses voisins, elle frappa et attendit qu'on lui ouvre. Mercedes apparut, et son sourire se figea lorsqu'elle vit l'expression de désespoir qui peignait le visage et les yeux rougis de son amie.

« Quinn ? Chérie, qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? »

Quinn baissa les yeux, honteuse et sentant les larmes lui revenir. Elle renifla, puis dit, d'une voix monocorde : « J'ai perdu Rachel. »

Mercedes sembla ne pas comprendre. « Qu'est-ce que tu racontes ?

— Elle n'est plus là, dit-elle en revoyant l'appartement vide et les soldats sortir de l'immeuble. Rachel n'est plus là. »

Mercedes ouvrit de grands yeux, puis son visage prit un air indéfinissable. Elle attrapa la main de la blonde, la forçant à la regarder dans les yeux.

« Quinn... Rachel est ici. »

La phrase sembla prendre une éternité avant d'être comprise par son cerveau. Ses yeux s'agrandirent, sa respiration s'accéléra et il lui sembla qu'elle était au bord de l'évanouissement après tant d'émotions. C'est seulement à cet instant qu'elle pensa à regarder à l'intérieur de l'appartement, et qu'elle vit, assise sur le canapé, en partie cachée par des meubles et sa voisine, la plus belle vision qu'il lui fut donné de voir.

« Rachel » fit-elle d'une voix cassée, rompue par l'émotion. Elle crut une seconde être en train de rêver, mais lorsque la brune regarda en sa direction, elle sut qu'elle était bien réelle.

Sans même s'en rendre compte, Quinn avança dans l'appartement jusqu'à tomber sur ses genoux face à Rachel, toujours assise sur le sofa, puis elle s'effondra une énième fois, enroulant ses bras autour de la taille de la jeune femme et enterrant son visage contre son abdomen.

Rachel était là, face à elle, et elle ne l'imaginait pas. Elle était bien réelle, et en un seul morceau, et en sécurité.

Rien qu'à cette pensée, la blonde sentit d'autres larmes couler sur sa peau, et serra encore plus fort la petite brune qui, bien qu'elle ne comprenait rien à ce qui avait pu mettre Quinn dans cet état, l'attirait contre elle tout en caressant ses cheveux pour essayer de la calmer. Ses épaules étaient parcourues de soubresauts, et Quinn essayait de retenir les sanglots bruyants qui lui montaient à la gorge sans trop de succès.

Elle avait eu tellement peur, effrayée par une simple association d'idée qui aurait pu devenir réalité, qui était devenue réalité dans son esprit.

Et pourtant, Rachel était là, continuant de la tenir contre elle, et elle n'avait plus aucune raison d'avoir peur.

Aucune des deux femmes ne sentit Sam s'éclipser discrètement du salon pour rejoindre sa petite amie dans la cuisine. Confus, il resta silencieux pendant une minute, regardant l'action qui se jouait à quelques mètres dans sa propre maison, avant d'interroger Mercedes.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? Quinn a des ennuis ? »

La jeune femme secoua la tête, observant la scène d'un œil bienveillant. Elle sourit doucement.

« Je crois qu'elles se sont trouvées. »


Le reste de la journée fut flou pour les deux habitantes du troisième étage, qui rentrèrent chez elles dès que la blonde put de nouveau utiliser ses jambes engourdies. Quinn n'avait pas quitté Rachel d'une semelle, et seulement après de longues et douloureuses heures ses larmes se tarirent enfin.

La brune avait plus ou moins compris ce qui avait mis la jeune femme dans cet état ; du moins, elle en savait assez pour concevoir le fait qu'elle avait été sincèrement bouleversée, et qu'elle l'était toujours.

Après avoir passé la porte d'entrée, Quinn s'était retrouvée à sangloter presque désespérément en pensant à ce que son appartement aurait pu être, et à ce qu'il avait failli devenir si Rachel avait été emmenée. Puis la brune s'était assise près d'elle, l'avait prise dans ses bras et laissé pleurer sur son épaule durant toute la soirée, et même après.

Jusqu'à ce que la blonde tombe de fatigue entre ces mêmes bras qu'elle aimait tant et qui avaient failli lui manquer.

Allongées l'une contre l'autre sur le canapé, Quinn ne pouvait pourtant se résoudre à fermer les yeux pour trouver le sommeil, de peur de se réveiller seule et d'avoir imaginé ces retrouvailles. Elle n'était pas sûre de pouvoir supporter une déception aussi grande.

Mais Rachel était toujours là, face à elle, l'encerclant de ses bras fins et de son parfum enivrant, lui chuchotant que tout irait bien, qu'il n'y avait plus à s'inquiéter.

Quinn voulait y croire plus que tout au monde, même si elle savait que c'était faux.

Elle avait été plus qu'imprudente en la laissant seule toutes ces heures, et cela avait bien failli lui coûter Rachel.

La blonde ferma les yeux, essayant de refouler ces pensées qui la hantaient depuis des heures, avant de les rouvrir et de poser sa main sur la joue de la petite Juive.

« Je suis tellement désolée, Rachel. »

Deux yeux bruns la regardèrent étrangement, presque tristement, avant qu'une voix douce n'atteigne ses oreilles. « Tu n'as rien fait de mal. Ce n'était pas de ta faute, Quinn.

— Bien sûr que si, murmura-t-elle. Si je n'étais pas partie...

— Tu n'aurais pas pu savoir. C'est plutôt moi qui devrait m'excuser. »

Elles parlaient à voix basse, comme si elles avaient peur qu'une entité étrangère les écoute et les sépare. À l'air étonné que prit Quinn, la brune ajouta rapidement : « Je n'aurais pas dû te faire peur comme ça. J'aurais dû te prévenir avant.

— C'est tout de même de ma faute, soupira la blonde. J'ai fait une erreur. Je ne partirai plus. Je ne te quitterai plus. »

Puis, tout bas et les yeux fermés, presque comme si elle avait peur de prononcer ces mots, Quinn dit : « J'ai cru que je t'avais perdue. »

Rachel sentit sa poitrine se compresser douloureusement. Que pouvait-elle répondre aux peurs les plus profondes de cette femme, qui les lui confiait comme si elle en avait honte et si tout était de sa faute ? Cependant, elle décida d'agir au lieu de répondre oralement, touchant du bout des doigts la mâchoire de Quinn, juste au-dessous de son oreille. La blonde inspira fortement au contact, et c'est ce qui la poussa à faire un dernier geste pour l'assurer, pour lui promettre que tout allait bien, et que tout irait bien, même si tout cela était incertain.

Elle avança doucement, autant que pouvait le lui permettre sa minuscule place sur le canapé, et posa ses lèvres sur celles de Quinn un instant. Il lui sembla avoir oublié de respirer. Lorsqu'elle se recula, la blonde avait toujours les yeux fermés, la bouche légèrement entrouverte, et elle pouvait sentir son souffle chaud contre elle.

Rachel prit une grande inspiration, tout à coup indécise, en voyant les yeux de Quinn se poser sur les siens, interrogateurs. Puis, un mince sourire étira ses lèvres.

Elles restèrent dans cette position peu confortable, allongées l'une contre l'autre, jusqu'à ce que la fatigue les rattrape et les emporte dans le sommeil. Juste avant de sombrer dans l'inconscience, Rachel sentit Quinn caler sa tête sous son menton, soupirant de contentement.

Elle était quasiment sûre que tout irait bien.