Je vous promets que le chapitre suivant sera plus intéressant. Pas que celui-ci ne le soit pas, mais... J'en sais rien. À vous de me le dire ?
Au fait, vous êtes au courant qu'un film tiré de Wicked est en préparation ? *frissonne* j'ai peur du résultat. Comme ce fameux film sur une certaine Buffy qui va peut-être (espérons que non) se réaliser dans les années qui viennent. Sans Joss. Grr. Argh.
Quinn se réveilla dans une impression de chaleur, de béatitude presque complète qui la mit tout de suite de bonne humeur. Elle avait passé une nuit qui frôlait la perfection, avec Rachel qui était toujours là, toujours dans ses bras, et ne lui tenait pas grief de ses doutes, ceux qu'elle avait exprimés un peu plus tôt dans la soirée.
Elle sentait qu'elle était en train de perdre pied, de tomber un peu plus, sans pouvoir rien y faire, dans cet ouragan de sensations et de palpitations et de souffles courts et de chair de poule et de tout ce que provoquait Rachel en elle. Plus que de s'y résoudre, elle se sentait enfin prête à l'accepter.
Quinn sourit contre son oreiller en s'y blottissant un peu plus, soupirant de contentement.
Elle trouva un étrange réconfort dans le fait que le coussin avait absorbé son odeur et celle de Rachel, offrant la combinaison des deux à la disposition de ses facultés olfactives.
Dans la pénombre causée par les rideaux fermés, la blonde n'aurait pu dire si le soleil était déjà levé, mais devina qu'il devait être assez tard dans la matinée, puisqu'elle avait pris pour habitude de rester au lit longtemps même après s'être réveillée.
Quinn s'abandonna encore quelques instants dans un de ces rares moments qui la remplissaient d'une sérénité sans fin, appréciant la chaleur que lui prodiguaient son lit et ses couvertures en essayant de graver cette douce matinée dans sa mémoire — car elle savait qu'une fois levée, la réalité du monde extérieur la rattrapera, traversera ses fenêtres et ses rideaux pour s'infiltrer dans son appartement et leur retirer, à Rachel et à elle, un peu de l'innocente naïveté qui semblaient les habiter depuis plusieurs semaines.
C'est à ce moment-là que Quinn lança son bras à travers le matelas, s'attendant à ce qu'il rentre en contact avec le corps de sa colocataire (elle n'osait la définir par un mot plus fort, plus personnel et intime), mais elle ne rencontra que des draps encore tièdes.
Elle ne s'en inquiéta pas, pourtant. Rachel était une lève-tôt, et était probablement déjà debout à faire un millier de choses.
Néanmoins, la blonde ressentit une légère déception en se sachant seule dans sa chambre. Elle aurait aimé, et peut-être était-ce égoïste, se réveiller en sentant le corps de Rachel contre le sien, ses mains lui administrant de délicates caresses pour la sortir du sommeil, sa bouche embrassant sa tempe ou ses cheveux ou, songea-t-elle sans trop l'oser, ses lèvres en lui murmurant un « bonjour » affectueux au creux de l'oreille.
Quinn soupira. Elle n'était pas obligée de se sentir abattue en pensant à ces matins qui pourraient probablement se produire un jour ou l'autre. Après tout, Rachel risquait de vivre avec elle encore assez longtemps, si la guerre ne montrait pas de signe d'essoufflement d'ici peu.
La jeune femme se détendit quelques minutes de plus, vaquant à des réflexions irréelles et oniriques lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit sur une petite brune au sourire gigantesque, portant un plateau comblé dans les mains. Elle était vêtue d'une des nombreuses robes de Quinn, de couleur bleu nuit, aux manches courtes et lui tombant juste au-dessous des genoux.
Le sourire lui revint instantanément à cette vision. Contrairement aux premiers jours de leur cohabitation, où la brune était constamment gênée et mal à l'aise, ayant peur de toucher le moindre meuble, Rachel avait l'air dans son élément, comme si elle avait toujours vécu ici.
Quinn sourit rêveusement, puis gloussa alors que la brune posait le plateau sur la table de chevet.
« Tu ressembles à une femme au foyer. »
La brune la regarda d'un drôle d'air, avant de rire en secouant la tête.
« J'espère que c'est un compliment » répondit une Rachel au sourire contagieux et aux joues rouges.
Tout en s'asseyant contre la tête de lit, Quinn observa la petite Juive, le déjeuner qu'elle avait préparé — rien que pour elle, se dit-elle avec une certaine griserie —, et se demanda un instant si elle pourrait jamais retourner à sa vie antérieure, lorsqu'elle vivait seule et qu'elle n'était pas confrontée de plein fouet à la cruauté de la guerre et qu'elle n'avait pas encore rencontré de jeune femme Juive en fuite et en quête d'un asile.
Elles avaient parcouru un trop long chemin ensemble pour qu'elle la laisse partir.
« C'en est un » lui lança Quinn pendant qu'elle tirait les épais rideaux sombres, laissant la lumière naturelle éclairer la chambre.
Puis, alors que Rachel déposait avec précaution le plateau sur le couvre-lit, sur les jambes de la blonde, celle-ci demanda, d'un ton curieux et presque moqueur : « Et en quel honneur ai-je droit à tout ça ? »
La brune sourit, et répliqua avec la même intonation.
« N'ai-je pas simplement le droit de préparer à manger pour la femme qui m'offre un toit depuis des mois ? »
Quinn haussa les épaules en rougissant, un coin de sa bouche se soulevant. Elle espérait voir cette facette de Rachel plus souvent, ce côté insouciant et heureux, cette femme qui ne pensait plus continuellement à la guerre et aux risques qu'elle encourait — qu'elles encouraient toutes les deux.
La blonde se déplaça un peu plus sur le côté, tapotant la place à sa gauche pour l'exhorter à venir s'asseoir près d'elle. La plus petite sourit de toutes ses dents, avant de s'exécuter, glissant ses jambes sous les draps et s'installant dans une position similaire à celle de Quinn, hanche contre hanche.
Quinn laissa échapper un soupir de contentement quand Rachel posa sa tête sur son épaule. Sa proximité lui avait manqué. Elle jeta un œil affamé sur les aliments qui occupaient le plateau sur ses jambes ; du pain, du beurre, du thé et un ersatz de confiture. Un vrai festin par les temps qui couraient. Elle se sentit saliver d'avance. Quinn chercha la main de la petite brune, qu'elle serra en signe de reconnaissance, avant de lui demander, la même note malicieuse dans la voix :
« Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ce somptueux repas ?
— Tellement de choses, répondit Rachel en haussant les épaules. À commencer par me donner une chance de vivre. Le droit de vivre. »
La jeune Parisienne secoua vaguement la tête, s'écartant légèrement pour pouvoir regarder la brune dans les yeux. Celle-ci lui sourit, sans tristesse, avant de planter un chaste baiser sur sa bouche. Quinn garda les paupières fermées de peur d'avoir imaginé les dernières secondes, mais en sentant les doigts de Rachel venir caresser sa joue enflammée, légers comme l'air, elle les ouvrit lentement, pour voir la jeune femme la regardant avec une telle intensité qu'elle se demanda un instant comment elle avait pu douter de ses sentiments pour elle.
Bien sûr que non, Rachel ne ressentait pas que de la gratitude. Et certainement pas de la pitié.
Elle avait été stupide de penser cela.
Elle était quasiment certaine que la jeune Juive pouvait l'aimer. Elle osait presque l'espérer.
Trois coups, frappés à la porte d'entrée un après-midi, firent sursauter les deux jeunes femmes.
Quinn n'avait reçu aucune visite ces dernières semaines, s'étant pour la première fois focalisée sur elle-même et ses propres émotions, ainsi que sur la brune qui partageait son appartement.
La plus grande alla ouvrir en reconnaissant le rythme marqué par les coups, et fut soudain attaquée par une tornade blonde se jetant dans ses bras.
« Quinn ! Comme je suis contente de te voir ! »
L'intéressée rit de bon cœur face à cet enthousiasme que seule Brittany pouvait afficher, la serrant dans ses bras et embrassant ses deux joues après s'être reculée. Elle avait l'impression que cela faisait une éternité depuis qu'elles s'étaient vues.
« Oh, Rachel ! » fit la grande blonde avec le même engouement en voyant la petite Juive sur le canapé. Puis, trottinant vers elle, s'écria : « Tu m'as manqué ! Cela fait si longtemps qu'on ne s'est pas vues ! »
Brittany lui infligea le même traitement, l'étreignant jusqu'à l'étouffement. Rachel regarda Quinn, incompréhension peinte sur son visage, mais elle lui lança un coup d'œil tout aussi impuissant qu'amusé par-dessus son épaule. Brittany s'écarta de la brune mais la retint par les épaules, inspectant son corps de haut en bas d'un air concentré qui mit Rachel légèrement mal à l'aise. Enfin, elle sourit, avant de s'adresser à Quinn.
« Elle a l'air d'avoir grossi, dit-elle joyeusement. Je suis contente de savoir que tu la nourris bien. » Puis elle ajouta tout bas, à l'attention de Rachel : « On dirait que tu es tombée sur la bonne personne. »
Brittany lui fit un clin d'œil complice qui lui fit monter le rouge aux joues, mais Quinn ne laissa pas à Rachel le temps d'être embarrassée car elle s'éclaircit vivement la gorge.
« Dis-moi, tu voulais quelque chose, Britt ? Tu avais peut-être des documents pour moi ?
— Oh, oui ! répondit-elle gaiement en sortant une liasse de feuillets de son sac. Il y en a qui sont de mon cousin, j'ai cru bon de les ajouter aux miens. »
Quinn prit le paquet de feuilles de la main de l'autre blonde, les feuilletant d'un air distrait avant d'aller les glisser dans le tiroir du bureau, près du poste de radio, pour plus de sécurité. Ces derniers jours, elle avait négligé cette activité, laissant la rédaction et la publication des articles à Sam et à Sue, mais elle se promit d'y revenir le plus tôt possible.
En se tournant vers le milieu du salon, elle vit que ses deux amies étaient en pleine conversation, Brittany faisant de grands gestes à l'aide de ses mains tandis que Rachel l'écoutait calmement mais avec attention, souriante et visiblement captivée par ce qu'elle avait à dire.
Quinn ne put s'empêcher de sourire, heureuse qu'elles s'entendent aussi bien, mais surtout que Rachel ait quelqu'un avec qui discuter — elle-même mise à part —, elle qui ne pouvait sortir pour faire de nouvelles rencontres, ou s'installer à la terrasse d'un café avec Sam, ou même se rendre au cinéma pour voir le dernier film de Billy Wilder, Humphrey Bogart ou Bette Davis.
Elle s'entendit alors demander sans même réfléchir si Brittany aimerait rester pour prendre un thé ou même pour dîner.
« Ce serait avec plaisir, répondit Brittany en souriant doucement, mais j'ai des choses à faire ce soir. Une prochaine fois ? »
Quinn acquiesça, planifiant intérieurement leur futur repas et songeant qu'il lui faudrait mettre au courant la grande blonde des derniers événements dans sa relation avec Rachel.
Elle s'arrêta de penser pour se demander, en avait-elle le droit ? Après tout, elle et Rachel n'avaient pas même discuté de leur relation. Bien sûr, elles s'étaient embrassées, et il était évident qu'elles éprouvaient des sentiments plus que platoniques l'une pour l'autre, mais cela ne voulait pas dire que le monde était soudainement devenu rose et simple pour elles.
Secouant distraitement la tête, Quinn se promit d'y réfléchir plus tard, et d'en parler à Brittany seulement après avoir mis les choses au clair avec sa colocataire.
Brittany partit peu de temps après, les laissant une nouvelle fois seules, et personne ne leur rendit visite pendant la semaine qui suivit.
Ce n'était pas pour déplaire à Quinn ; naturellement, une part d'elle aurait aimé avoir de la visite tous les jours, pour la seule raison qu'elle craignait que Rachel ne se sente trop solitaire, à passer ses journées derrière les fourneaux, derrière un livre, ou derrière la fenêtre. L'envie de demander à ses voisins de venir partager un moment chez elle s'était fait sentir à de nombreuses reprises.
Cependant, Rachel ne semblait pas mécontente de n'avoir que la blonde à qui parler. Lorsque celle-ci lui glissa un jour qu'elle s'inquiétait qu'elle ne puisse sortir ou se sociabiliser, la brune l'interrompit, répondant qu'elle était satisfaite avec l'arrangement actuel.
Quinn essaya de ne plus y penser, mais elle ne pouvait s'empêcher de sentir une pointe de culpabilité surgir de temps à autre.
Bien qu'elle l'ait sans doute sauvée des mains allemandes, de la mort et de l'errance perpétuelle, elle l'avait également coupée à toute sorte de relations humaines et de rencontres qu'elle aurait pu faire si elle était encore dans la rue.
Malgré cela, la blonde ne pouvait regretter son choix. Elle lui avait donné un toit, elle partageait son lit et sa nourriture, et cela valait plus que n'importe quoi.
Et puis il y avait Mercedes, Sam et Brittany, qui, même si elle ne les voyait pas aussi souvent qu'elle le voudrait, étaient disponibles à tout instant de la journée.
Elle savait que cela était suffisant. Ce n'était pas le quantité de personnes qu'elle connaissait qui ferait que Rachel allait se sentir moins solitaire. D'ailleurs, rien ne disait que Rachel se sentait mal. Quinn le saurait, elle en était persuadée.
Les deux jeunes femmes poursuivaient leurs activités quotidiennes comme à l'accoutumée. Rachel se levait aux aurores, préparait le déjeuner, chantonnait, fredonnait les airs qui passaient sur le poste de radio, regardait parfois à la fenêtre, aidait au souper, se lavait, et se couchait. Quinn se levait, mangeait, lisait, préparait le dîner et le souper, lisait encore, se laissait bercer par la voix de la petite brune, écrivait et corrigeait quelques documents, raccommodait ses habits qui tombaient en pièce, et rejoignait Rachel dans son lit.
Parfois aussi, elles s'embrassaient, que ce soit sur la bouche, la joue, la tempe ou l'épaule, quand le besoin plus que l'envie s'en faisait sentir, et aucune n'y trouva rien à redire.
Cela semblait naturel, moins forcé que sincère, et c'était tout ce qui comptait.
Elles n'avaient pas choisi de terme pour qualifier leur relation — à vrai dire, elles n'avaient même pas introduit le sujet dans une conversation. Quinn sentait, et savait qu'il lui faudrait bientôt en parler avec Rachel, mais était, pour l'instant, simplement heureuse de cohabiter aussi paisiblement avec la femme qui embrasait ses sens en un regard.
Quinn avait voulu lui en parler, s'était préparée à avoir cette fameuse discussion avec Rachel, mais à chaque fois sentait que le moment était malvenu, que le sujet tomberait comme un cheveu dans la soupe.
C'était un soir de la mi-mars, froid et sec, qui incita la blonde à poser cette question à Rachel.
Elle ne put vraiment s'en empêcher ; alors qu'elle s'était glissée dans le lit, la petite Juive avait instantanément oublié sa position fœtale initiale pour se pelotonner contre son dos, passant un bras et une jambe par-dessus sa taille et collant son front sur sa nuque. Quinn laissa échapper un soupir frémissant à son contact. Elle ne savait pas comment elle avait pu résister à sa proximité et à sa chaleur pendant tout ce temps passé auprès d'elle.
Mais il fallait qu'elle sache ce qu'il en était réellement de leur relation. Comment Rachel la voyait. Ce que Rachel ressentait. Cela la torturait de vivre dans l'ombre alors que la réponse était, peut-être, à portée de main.
Tournant légèrement la tête, Quinn attrapa la main de la brune et chuchota, incertaine, son nom.
« Oui, Quinn ?
— Est-ce que... » commença-t-elle, mais s'arrêta pour prendre une grande inspiration, ses pensées ayant pris une autre tournure. « Tu sais que je suis amoureuse de toi, n'est-ce pas ? »
En guise de réponse, la main dans la sienne étreignit ses doigts. Elle eut peur d'avoir approché un sujet sensible quand la brune ne répondit pas tout de suite.
« Je sais, dit Rachel après une minute.
— Et ça ne t'effraie pas ?
— Non, répliqua-t-elle prestement. Pourquoi cela devrait-il m'effrayer ? »
Quinn haussa les épaules, incertaine de la façon dont elle devait mettre en voix ses doutes et ses inquiétudes.
« Je suis une femme. Tu es une femme. On vit ensemble. On pourrait avoir des tas d'ennuis si quelqu'un venait à le découvrir, peu importe la nature de notre relation. »
À cet instant, Quinn sentit la brune s'écarter d'elle, et elle songea alors que ce qu'elle avait le plus redouté s'était produit. Rachel la fuyait. Elle ferma les yeux pour retenir les larmes qui menaçaient de s'échapper sur ses joues, mais les rouvrit aussitôt en sentant la main de Rachel appuyer sur son épaule pour l'allonger sur le dos. La petite Juive s'appuyait sur son bras, la main calée sur le matelas, les jambes allongées contre les siennes.
Elle ne prononça pas un mot pendant un long moment, se contentant de la fixer dans l'obscurité d'un air que Quinn aurait qualifié de grave.
« On pourrait déjà avoir des tas d'ennuis, Quinn. Pas seulement parce qu'on est deux femmes. Je suis Juive, je vis ici illégalement, et les seules personnes qui connaissent mon existence me protègent. Tu fais tout pour me protéger. En plus de cela, tu écris des articles pour la Résistance. On risque beaucoup de choses, fit-elle en haussant les épaules, alors pourquoi s'inquiéter plus encore ? »
La blonde n'eut aucune réponse à lui offrir. Elle s'éternisa dans le regard chocolat du visage au-dessus du sien, y trouvant le réconfort qu'elle avait si souvent cherché pendant des années, lorsqu'elle avait douté des choix qui allaient définir le reste de sa vie. Les risques qu'elle prenait en écrivant ces articles et en cachant cette Juive valaient-ils de mettre sa vie en danger, à chaque seconde ?
Elle ferma brièvement les yeux — évidemment que cela valait la peine de prendre des risques. Elle ne pouvait imaginer un scénario dans lequel elle aurait laissé Rachel dans cette cave insalubre où les rats auraient été sa seule compagnie, ou bien si elle l'avait dénoncée.
Finalement, Quinn dit, d'une voix murmurée : « Je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur. J'ai peur de tout ce qui pourrait arriver si je faisais ce dont j'ai envie.
— Il arrivera toujours des choses terrifiantes et injustes, dit Rachel en esquissant un sourire. Surtout maintenant qu'un fou mégalomaniaque est au pouvoir. »
Cela eut le don de faire rire Quinn, bien que le sujet laisse peu de place à la plaisanterie. Elle comprenait où la brune voulait en venir.
« Malgré cela, poursuivit-elle, on ne peut pas se laisser aller à la folie ou aux suppositions. Il pourrait nous arriver des tas de choses mauvaises, mais il se pourrait aussi que ces choses ne se produisent pas. On ne peut pas savoir de quoi demain sera fait.
— Comment peux-tu réagir aussi calmement ? Je veux dire, on pourrait tout perdre, à commencer par notre liberté. Tu l'as dit toi-même, tu ne sais pas ce qu'il pourrait nous arriver. »
Rachel sourit, puis elle prit la main de Quinn qui reposait sur son ventre et la porta à ses lèvres, embrassant ses phalanges avant d'emmêler ses doigts aux siens en un mélange de peau pâle et hâlée.
« Je suis avec toi. Je sais que tu ne me feras jamais de mal. Je sais que je suis en sécurité dans cet appartement, et qu'importe si je ne peux en sortir. Je sais que je t'aime, et je sais que tu m'aimes aussi. C'est tout ce qui compte pour moi. »
Quinn resta muette un moment, puis se pencha avec empressement pour embrasser Rachel. La brune répondit immédiatement au baiser, déplaçant son corps jusqu'à épouser complètement la forme de Quinn, faisant glisser ses lèvres contre les siennes. Elle sentit une des mains de la blonde faire son chemin dans son dos pour venir s'enchevêtrer dans ses cheveux, tandis que l'autre continuait de tenir la sienne.
Quinn pensa pendant un instant, alors qu'elle reposait sa main entre les omoplates de Rachel et bien qu'à travers le tissu de son pyjama, que la plus jeune avait repris un peu de poids, sentant sa peau souple couvrir ses os autrefois saillants, et elle soupira dans le baiser.
Elle pouvait peut-être l'aider. Elle pouvait lui donner bien plus qu'un abri et de la nourriture, elle en était persuadée.
Rachel se réveilla aux aurores, comme elle en avait l'habitude, avec un soupir de contentement en se souvenant des événements de la veille.
Seulement, elle décida de ne pas se lever immédiatement, préférant se détendre dans les bras de Quinn et apprécier ce moment de pure quiétude.
Elle sentit la blonde se blottir un peu plus contre elle, et Rachel leva les yeux pour vérifier qu'elle était toujours bien endormie. En voyant Quinn avoir l'air paisible, un mince sourire flottant sur son visage, elle songea avec mélancolie que c'était peut-être le seul moment de la journée où Quinn ne s'inquiétait de rien, profitait des instants qui lui étaient accordés sans penser au lendemain.
La brune leva timidement une main, écartant quelques mèches blondes de son visage, s'émerveillant une énième fois de la beauté qui se présentait à elle.
Rachel avait d'abord pensé à Quinn comme à une déesse grecque, intouchable et immortelle, qui détenait plus ou moins toutes les réponses à toutes ses questions. Pourtant, plus le temps passait et plus elle s'était rendu compte que ce n'était pas le cas.
Certes, Quinn ressemblait à une star de cinéma, un canon de beauté hollywoodien, une actrice comme sur les affiches qu'elle avait observées dans sa jeunesse à l'entrée des salles de cinéma et des théâtres. Elle lui rappelait la grâce éthérée de Greta Garbo, l'élégance sans faille de Katharine Hepburn, avec un charme qui la rendait sans voix.
Mais comme tout le monde, Quinn avait ses propres insécurités, qui ne la rendaient que plus belle aux yeux de Rachel. Elles la rendaient humaine, vivante, et le malaise qu'elle avait tout d'abord ressenti en sa présence s'était progressivement évanoui pour laisser place à une affection sans borne, une confiance absolue qui s'étaient petit à petit muées en un amour indicible pour la blonde.
Rachel soupira faiblement tout en se pelotonnant un peu plus contre le corps chaud de la blonde, calant sa tête sous son menton et embrassant la peau blanche de son cou, juste au-dessus de sa chemise.
Elle osa songer aux matins qui suivraient, aux lendemains et aux mois qui passeraient, pendant lesquels elle pourrait rester auprès de Quinn, entourée de ses bras ou assise à ses côtés ou simplement en train de la regarder, et elle se demanda brièvement si cette guerre allait jamais finir.
Elle aperçut, dans les premières lueurs du jour, le crucifix briller au cou de la blonde, comme une lumière au bout du tunnel.
Rachel sourit doucement, touchant du bout des doigts la petite croix en argent. Quinn était peut-être sa lumière au bout du tunnel.
...And never to surrender ourselves to servitude and shame, whatever the cost and the agony may be.
— Winston Churchill.
