Pour commencer, il fallait déjà traverser la ville. Les souterrains, leur expliqua Jorge, permettaient d'éviter de croiser les Cranks. On pouvait toujours en rencontrer quelques uns, mais pas autant qu'à la surface où ils pullulaient. Ils passèrent la journée à courir, évitant la lumière brûlante du soleil. Minho regrettait vraiment de ne pas être dans le tunnel. Sa peau semblait se rétracter avec la chaleur, plus douloureuse que jamais. Il n'avait rien pour se couvrir. Ils essayaient d'être discrets, mais ne manquèrent pas de se faire courser par un groupe de Cranks. Ils étaient très avancés, Minho n'en avait jamais vu d'aussi effrayants. L'avantage quand ils sont dans un état pareil c'est qu'ils sont moins rapides et, bien que fatigués, les Gladers les distancèrent. Jorge les emmena pour la nuit dans un endroit sûr, le sous-sol d'un immeuble que lui et sa clique avaient purgé. Après avoir lutté un bon moment avec un gros cadenas et une chaine d'une tonne, terrifiés que des Cranks les entendent, ils entrèrent.
Il leur fallut une autre journée pour parcourir la distance restante. Ils longeaient une petite ruelle quand Minho aperçut une grosse plaque clouée au mur, similaires à celles du Labyrinthe qui portaient l'inscription « World in Catastrophe Killzone Experiment Department », soit WICKED. Il ralentit pour l'étudier une seconde. Celle-ci avait le même air ancien, mais l'inscription était différente : « Thomas - the real leader » (Thomas - le vrai chef). Abasourdi, Minho cligna des yeux plusieurs fois, sûr qu'il avait mal lu. Mais les lettres étaient toujours dans le même ordre et disaient toujours la même chose. Il rattrapa les autres au pas de course, encore étonné de sa découverte. Il comprenait maintenant la réaction des Cranks au prénom de Thomas : ils l'avaient lu de tous les côtés. Minho se demandait pourquoi WICKED viendrait clouer de telles plaques partout. Quel était encore le sens de tout ça ? Il décida qu'il en parlerait à Newt à la prochaine pause.
Alors qu'ils tournaient à un coin de rue, Minho vit plus loin un groupe de personnes. Minho s'arrêta net, imité par les autres. Deux personnes, une fille et un garçon, étaient mis en joue par une autre, un pistolet à la main. A ses côtés se trouvaient deux autres individus. Ils discutaient entre eux, mais ils étaient trop loin pour savoir ce qu'ils se disaient. De toute évidence, trois d'entre eux menaçaient les deux autres.
Il plissa les yeux. Malgré la distance, il crut reconnaitre Thomas. Il commençait à avancer quand Newt le retint. Avec l'arme à feu, ils n'avaient aucune chance. Il fallait attendre pour saisir une meilleure opportunité. Minho contracta les mâchoires, il voulait aider son pote.
Il ne lâchait pas la scène des yeux. Le garçon armé ne bougeait pas tandis que les deux autres attrapaient leurs victimes. Ils les dirigèrent vers un bâtiment, dans lequel ils disparurent.
« Qu'est-ce qu'on attend pour y aller ? » s'emporta Minho directement.
« Il faut un plan » déclara Newt d'une voix calme, « On ne peut pas se jeter dans la gueule du loup comme ça, on ne sait même pas ce qu'il y a derrière cette porte, ou qui il y a ».
Minho serra les poings. « C'est quoi le plan alors ? » concéda-t-il
« Je connais ce groupe » intervint Jorge. « Ils sont très nombreux, bien organisés, je sais pas trop ce qu'ils veulent à votre pote- »
« Ça a sûrement un rapport avec le fait que son nom est affiché sur tous les murs » l'interrompit Minho. Newt fronça les sourcils. « Regarde autour de toi, shank, « Thomas - the real leader », ma fierté en prend un coup… » (Note : Ils ont tous un tatouage dans le cou, « Property of WICKED, Subject …, et Minho est le Subject A7 the Leader).
« Ouais, n'empêche » reprit Jorge, « on les aura pas comme ça, il nous faut des armes ».
Minho jeta des regards de tout côté, ne trouvant que des barres de fer dans le meilleur des cas. Il soupira, exaspéré : « On ne va pas aller loin avec ça » ragea-t-il d'une voix forte.
« Sssh ! » le rappela Newt à l'ordre. Ce n'était pas le moment d'attirer d'autres Cranks. Minho leva les yeux au ciel, conscient néanmoins que Newt avait raison, comme d'habitude.
Ils se décidèrent rapidement, ils ne savaient pas ce que les Cranks faisaient là-dedans, s'ils tuaient leur ami ou pas.
Jorge souleva sa chemise et tira des couteaux de chasse de sa ceinture. Il les tendit un par un aux Gladers, leur arrachant des regards surpris. Ils n'auraient pas cru qu'il cachait de telles armes sous ses vêtements.
Le plan était simple : faire une entrée en fanfare, profiter de l'effet de surprise pour les maîtriser, retrouver Thomas - et Brenda, et fuir. Simple, mais efficace…? Ils n'avaient pas le temps pour trouver mieux.
Agglutinés devant la porte, les Gladers sentaient la tension monter. Minho lança un dernier regard derrière son épaule pour Newt, puis enfonça la porte. Il se fit mal à l'épaule, il oubliait toujours les plaies qui le couvraient. Une musique assourdissante manqua percer leur tympans. Les Gladers sur les talons, Minho hurla ordres et menaces, attrapant des Cranks et les maintenant, un couteau sous la gorge, imité par les autres. Le but était de les terrifier au maximum.
Jorge restait devant la porte, s'assurant que nul ne sortait. Un Glader balança un coup de pied dans les enceintes, coupant la musique. Minho lançait des regards de tout côté mais il ne voyait pas Thomas. L'adrénaline courait dans ses veines, rendant muette son inquiétude. Il fit signe à Newt, plus loin, de le suivre. Il avait remarqué une porte sur le côté. Un autre Glader les suivit, et ils arrivèrent dans une petite pièce.
Thomas et Brenda étaient accrochés à des chaises, à moitié inconscients. Les trois Cranks de tout à l'heure les surplombaient. Minho bouscula violemment celui qui tenait l'arme, profitant de l'effet de surprise. Les deux autres s'échappèrent directement, abandonnant le bateau. Minho ne s'occupa plus de l'autre, il retira les liens de Thomas tandis que Newt faisait de même pour Brenda. Il glissa le bras du garçon autour de ses épaules, le tenant comme il pouvait par la taille, et le sortit de là, suivit par Newt. Jorge s'interposa et prit Brenda dans ses bras.
Ils sortirent du bâtiment en vitesse, il ne fallait pas que les autres prennent le dessus, ce qu'ils étaient tout à fait en mesure de faire.
En passant la porte, Minho ne put s'empêcher de s'inquiéter. Il ne voyait plus le type armé du pistolet. Tous les autres étaient encore dans la salle, sauf lui. Il avait un mauvais pressentiment. Déguerpir le plus vite possible, voilà l'objectif. Il trainait Thomas, Newt l'aidait en le tenant de l'autre côté. Le Greenbie reprenait lentement ses esprits. Bientôt il marchait presque seul.
Ils étaient assez loin désormais, à près de 500 mètres, quand un coup de feu retentit. Le bruit était atroce, Minho n'avait jamais rien entendu de pareil. Il ne comprenait pas ce qui se passait quand soudain Thomas s'affaissa à côté de lui comme une poupée de chiffon. Il se précipita au sol, le retournant pour voir où il était touché. Il regarda derrière eux, le Crank armé était là, debout, le visage déformé par un rictus de haine. Il appuya à nouveau sur la détente, mais l'arme fit un drôle de bruit. Elle s'était enrayée.
Minho n'y croyait pas. Pourquoi est-ce que les choses ne pouvaient pas aller à peu près normalement ? Comme s'ils n'avaient pas assez d'emmerdes comme ça !
Il souleva Thomas, Jorge l'aida. Ils s'écartèrent le plus rapidement possible, peinant à courir avec le poids mort que constituait désormais Thomas. Il était inconscient, le sang coulant à flots de la plaie. Il avait été touché au flanc. Minho était incapable de dire si un organe vital avait été atteint ou non, néanmoins son optimisme sans pareil le voyait déjà mort et enterré.
Les Gladers se relayaient pour porter Thomas. Plus ça venait et plus il leur semblait lourd. Et le pire dans l'histoire c'est que l'état de Thomas se dégradait. Il était brûlant, une fièvre irradiant dans tout son corps, sa plaie avait gonflé et continuait de saigner. Ils avaient essayé de lui mettre un bandage mais il était déjà imbibé de sang.
Le lendemain, c'était encore pire. Thomas était inconscient, son corps était noyé de transpiration, il grognait de douleur et sa blessure se mettait à suppurer. Elle était infectée, sans aucun doute possible. Minho savait qu'il était fichu, mais il ne l'abandonnerait pas. Jamais.
Ils marchaient depuis un moment quand un bourdonnement puissant s'éleva, suivi de rafales de vent. Minho regarda de tout côté, surpris qu'un orage se déclenche. Il n'avait pas remarqué de nuages. Il leva les yeux, inspectant le ciel. Ce n'était pas un orage, c'était un engin volant. Minho était bouche bée.
« C'est un Berg » déclara Jorge devant les visages ébahis des Gladers.
Le Crank avait l'air inquiet. Personne ne savait quoi faire, et le Berg se rapprochait inéluctablement. Il s'arrêta au-dessus du groupe, flottant à quelques mètres du sol. Le ventre de l'engin s'ouvrit, et des hommes armés braquèrent leur canon sur eux. Un bras métallique descendit de la machine vers le sol, attrapant Thomas. Minho s'agrippa à son pote en criant indistinctement, la machine était trop bruyante. Un type tira, visant le sol juste à côté de Minho. Le garçon sursauta, laissant glisser sa prise sur Thomas. Il sentit quelqu'un le tirer en arrière et lui hurler : « Il va mourir, lâche l'affaire ! ».
Minho se débattit violemment, et abandonna à regret, se retournant pour voir Newt, le visage ravagé par l'inquiétude.
Le Berg s'écarta rapidement, son ventre encore béant. Minho le fixa jusqu'à ce qu'il se fonde dans le ciel. Il était enragé. Il n'avait pas réussi à protéger son pote ! Il serra les mâchoires et les poings, le cerveau en ébullition. Il savait que Thomas serait mort s'ils avaient continué ainsi. Il n'empêche, ça le tuait.
Newt posa la main sur son épaule, serra, et la glissa doucement dans son dos, l'entraînant avec lui et essayant de le réconforter par son contact. Minho le laissa faire et suivit les autres.
Newt fit mine de s'écarter mais le Runner l'attrapa par le bras. « Merci Newt » murmura-t-il. Newt lui sourit. C'était la première fois depuis un long moment qu'il lui souriait franchement comme ça. Le coeur de Minho gonfla. Il l'avait peut-être finalement pardonné. Il regarda le bras de Newt, qu'il n'avait toujours pas lâché. Il descendit la main le long de son bras et lui prit la main. Il entrelaça ses doigts avec les siens et se mit à marcher. Newt ne le suivit pas. « Tu viens ? » le relança Minho en se tournant vers lui. Newt jeta un regard à leurs mains, avant de le reporter sur le visage de Minho, étonnamment embarrassé. Il sourit à nouveau, refermant les doigts sur la main du Runner, et lui emboita le pas.
