Relecture Brynamon.
Bonne lecture.
Partie 3
ERIC
Quand je vis Blanche-Neige nous quitter si abruptement, je saisis l'ampleur du problème. Notant l'air tendu de William et l'œil perçant de Sara sur moi, je repris contenance.
-Elle ne paraissait pas souffrante pourtant, déclara Sara.
-Ça lui arrive parfois, des maux de tête, conclut le roi sans s'étendre. Venez, suivez-moi !
Après quelques questions d'ordre général, il accepta de nous donner l'asile. Il avait envie de retrouver sa femme et je le comprenais. Il était un bon roi et un bon époux, le mieux qu'aurait pu avoir la Reine car elle méritait la stabilité et la fiabilité.
Cependant…
Alors qu'il partait rejoindre sa chambre, je m'excusai auprès de Sara :
-Rejoins nos amis. Je vais régler quelque chose.
Elle ne se permit pas de savoir de quoi il s'agissait. Elle comprit en m'observant que je ne lui en dirai pas plus.
-Très bien.
Je pris le même chemin que William puis bifurquai vers l'entrée de service du personnel.
Une intuition.
Je la découvris sans difficulté, et me sentis démuni car elle semblait porter un lourd fardeau. Je tentai de la réconforter, de lui demander de rentrer jusqu'à ce qu'elle laisse éclater sans fard ce qui créait depuis si longtemps ce mur entre nous.
Parce qu'il y avait un mur, un mur immense.
Elle me cria dessus. Je fus dévasté. Qu'avais-je fait ? Qu'avais-je fait ?
Je lui tendis la main, en désespoir de cause. Je ne supportais pas de la voir ainsi.
-Je suis désolé.
Enfin j'aperçus son visage défait, éclairé par un halo venu de l'entrée; il était creusé, pâle. Elle irradiait de chagrin. Je fis un pas vers elle, implorant son pardon encore et encore, cherchant à diminuer cette distance entre nous. J'avais du mal à garder l'esprit clair. J'allais bientôt pouvoir attraper sa main, ses yeux étaient suspendus aux miens, suppliants.
-Éric ?
Au travers de la brume de tristesse filtra la voix de Sara. Je tournai mon visage vers ma femme. Elle se tenait à l'entrée, avait laissé la porte ouverte, nous irradiant de lumière. Le contre-jour m'empêchait de voir son expression.
J'étais tiraillé.
Mais finalement le bon sens me guida vers elle. Face à face, elle me sonda comme elle seule savait le faire. Ses yeux bleus brillaient de quelque chose que je n'avais pas envie de voir à nouveau en elle : le doute.
-Que se passe-t-il ?
Je pris sur moi de ne pas me retourner en entendant la Reine nous quitter. Elle allait faire le tour du château pour éviter de passer devant nous, pour éviter toute confrontation ou questions auxquelles elle ne saurait ou ne voudrait répondre.
-Viens, lui imposai-je. La Reine doit être escortée, il fait nuit noire.
-Nous ne sommes pas ses gardes, résista Sara.
Son ton dur ne me disait rien qui vaille. Elle brûlait de mille questions mais ce n'était pas le moment.
-S'il te plait, insistai-je. S'il lui arrivait quoi que ce soit…
Je ne terminai pas ma phrase devant le gonflement de sa poitrine et la crispation de sa mâchoire.
-Bien, cédai-je, contrarié, j'y vais seul, retrouve-moi dans notre chambre !
Je fis demi-tour pour me hâter derrière Blanche-Neige. J'entendis Sara m'emboiter le pas, soulagé. Il valait mieux que nous en parlions maintenant plutôt qu'elle ne rumine en m'attendant. La Reine en vue, je me détendis. Nous la suivîmes de loin, aux aguets. Ma main chercha celle de Sara. Elle me la refusa.
-Explique-moi d'abord ce à quoi je viens d'assister.
-Je tentais de réconforter notre Reine.
-Je ne l'ai pas encore acceptée en tant que telle, me rappela Sara.
-Et pourquoi cela ?
-Et bien pour commencer, elle me parait bien jeune...
-L'âge ne fait pas la sagesse.
-… et bien trop belle, ajouta-t-elle.
-Sara, soupirai-je. Ne te fies pas aux apparences.
-Je ne suis pas aveugle, encore moins stupide !
Devant la reine accélérait le pas ayant compris que nous l'escortions malgré elle et refusant cette option. J'accélérai à mon tour, agacé. Sara m'attrapa le bras et m'obligea à m'arrêter. Elle tentait de garder son calme mais sa poitrine se soulevait avec saccade. Nous nous toisâmes avec intensité, remarquant à peine l'arrivée de William qui prit le relais en la ramenant entre les murs de leur demeure.
-Qu'y-a-t-il entre vous ? Finit-elle par demander.
-Tu es ridicule.
Sa main se leva rapidement mais je parvins in extremis à la contrer, stoppant la gifle qui m'était destiné. Je sentais la tension monter entre nous. Je ne savais comment cesser tout cela. Il m'était difficile de me confier à elle concernant ce pan de ma vie.
- Pas besoin d'en venir aux mains, il n'y a rien… rien qui ne te concerne.
Elle plissa les yeux, se dégagea violemment et fit volte-face pour retourner vers la porte de service qui n'était plus qu'un point à l'horizon. Je restai là, inerte, me demandant comment me sortir de ce pétrin. Sara était exclusive et ne tolérait pas la déloyauté ou la trahison. Nous avions eu du mal à nous retrouver et je venais de tout gâcher…
...mais je ne pouvais mettre ma Reine en mauvaise posture. Elle devait se sentir déjà intolérablement humiliée d'avoir été ainsi mise à nue devant une étrangère.
Il fallait que je répare, il fallait que je la voie et que nous jouions carte sur table afin d'en finir et que chacun puisse avancer dans la direction qui lui convenait mais je me doutais que ce ne serait pas évident maintenant que Sara avait compris que quelque chose n'allait pas.
Devais-je lui expliquer ? Comprendrait-elle ?
Je me mis en route avec la farouche intention de régler cela rapidement.
Nous dinions sans un mot, indifférents au brouhaha de nos camarades. Pipa s'était joint à nous en me voyant pénétrer dans la pièce où ils finissaient tous de diner. J'aurais préféré rester seul à seule avec ma femme au coin de cette longue tablée mais Pipa avait des choses à me demander.
-Où allons-nous vivre ?
-Dans le château, nous ne sommes pas nombreux, il y a des chambres disponibles pour nous si nous le souhaitons.
Je jetai des regards appuyés à Sara qui les ignora royalement.
-Quand allons-nous rencontrer la Reine ?
-Elle viendra à vous.
-Et les Terres de glaces, que vont-elles devenir ?
-Cela ne nous concerne pas, Pipa.
Elle changea de sujet.
-Quel sera notre utilité ici ?
-A chacun d'en décider, le Roi nous exprime sa reconnaissance en nous faisant cette faveur.
Elle parut déconcertée.
-Je peux ne plus être un Chasseur ?
-Tu peux être ce que bon te semble, ma petite.
Elle se perdit en elle-même, piochant dans son assiette. Sara se leva sans prévenir et emmena son assiette et ses couverts en cuisine. Elle était adjacente. J'avalai ma pitance un peu trop rapidement pour pouvoir partir à sa recherche. Je savais qu'il y avait une porte qui donnait sur l'extérieur dans la cuisine.
Je la cherchai sans relâche et après une bonne heure à tourner en rond dans le froid de la nuit, je dus me résoudre à retourner au château. Je croisai Greta sur l'escalier qui menait au premier étage, elle me salua avec réserve et méfiance. Pourquoi cela ? Je lui rendis son salue et lui demandai si par hasard elle aurait croisé ma femme. Elle fronça les sourcils, écoutant la description que je faisais de Sara.
-En effet, je l'ai vue, le Roi l'a faite raccompagner à sa chambre suite à son altercation avec sa Majesté.
Je blêmis.
-Savez-vous… ? Commençai-je.
-Je ne sais rien de ce qui a pu se dire mais mon Seigneur le Roi était très mécontent.
Je me hâtai de regagner les dortoirs, complètement sous tension. J'aperçus Sara de loin, elle marchait droit devant elle, sa tenue de combat à nouveau sur elle, un paquetage sur le dos. Elle se fixa devant moi, étrangement calme.
-Je m'en vais, la Reine ne souhaite pas ma présence ici.
-Je ne peux le croire.
-C'est un fait. La question est : vas-tu encore laisser une reine mentalement instable interférer dans notre vie ? Ou pars-tu avec moi ?
La suite quand je pourrai.
