J'ai eu du mal à m'y remettre, par manque d'encouragements. Enfin bon, voilà la suite.

Bonne lecture.


Partie 4


SARA

J'observais Éric, patientant pour obtenir une réponse qui tardait. Il était contrarié, c'était une évidence, mais par quoi ?

-Qu'as-tu dis à la Reine ?

-Rien qui ne soit vrai.

-Mais encore ?

Je m'agaçai.

-Qu'en as-tu as faire ? Je te demande de partir avec moi. Nous ne serons jamais bien ici. Il est hors de question que je me retrouve encore sous le joug d'une reine en mal d'amour.

Il pâlit.

-Tu crois que je n'ai pas compris ? Ajoutai-je.

Mon cœur, que j'avais réussi à calmer depuis ma confrontation avec cette reine émotive, se remit à battre frénétiquement en le voyant détourner les yeux.

-Regarde-moi Éric.

Il mit un instant avant d'obtempérer. Il paraissait tiraillé ce qui augmenta mon inquiétude. Avais-je eu raison de m'emporter contre Blanche-Neige ?

-Cette femme…

-Sa Majesté, me coupa-t-il.

Je me crispai.

-Sa Majesté nourrit des sentiments envers toi et je ne puis l'accepter.

-Je comprends.

Donc il le savait bien.

-Pourquoi me faire venir ici alors que tu connaissais ses sentiments envers toi ?

J'avais beaucoup de colère à nouveau sans parler de cette sensation de trahison.

-Parce que je supposais que son mariage la rendait heureuse. William est un bon époux, un bon roi, son ami de toujours. Je n'étais pas sûr de ce qu'elle pouvait ressentir, je devinais juste un attachement profond envers moi. Nous avons traversé beaucoup d'épreuves et cela nous a rapprochés.

Non, non, non…

-Tu as des sentiments pour elle ?

Ma voix tremblait bien malgré moi. J'avais cette compression subite sur mon cœur qui m'asphyxiait. Je venais à peine de le retrouver et de comprendre qu'il ne m'avait jamais abandonnée sciemment. La vie nous donnait une deuxième chance alors pourquoi cela arrivait-il ? Je guettai sa réponse, anxieuse.

-Je tiens à elle, oui.

Je me sentis piétinée, une sensation atroce. Mon poing se serra si fort que j'en entendis les craquements. Je devais m'éloigner, je devais partir loin, je devais…

Il serra dans sa main la pierre qui scellait notre union.

-J'ai retrouvé un peu de toi en elle, et cela a soulagé mon cœur meurtri par ta perte. J'étais inconsolable, rongé par le chagrin et l'alcool…

Il était ailleurs, ses yeux bleus perdus dans je ne sais quel souvenir. La tristesse suintait de tous ses pores.

-Je ne pensais pas sourire à nouveau, je ne pensais pas que j'étais utile à quoi que ce soit ou à qui que ce soit mais elle changé tout cela. Je pensais qu'elle n'était qu'une petite chose fragile mais elle s'est épanouie sous mes yeux en une femme combattante et intraitable.

Il continua de triturer la pierre, secouant la tête, cherchant ses mots.

-Je t'ai toujours aimé, pas un jour ne passait sans que je ne pense à toi mais je me noyais dans la culpabilité, j'étais responsable de ta mort et cela m'était intolérable. Blanche-Neige avait cette lumière en elle, quelque chose d'indéfinissable qui guérissait les cœurs et les blessures. J'ai été attiré par cette lumière, j'avais besoin de sortir ma tête hors de l'eau.

Je n'arrivais pas à le concevoir, je n'arrivais à croire qu'il ait pu…

-Ne te méprends pas, mon amour.

Il attrapa mes épaules, je voulus me dégager mais il renforça sa prise :

-Je n'ai jamais pensé aller où que ce soit auprès d'elle. Je la savais destinée à William et je me suis réjoui. Je voulais le meilleur pour elle car elle nous avait sauvées de la Reine Noire. Mon affection pour elle n'est en rien comparable à la passion qui enflamme mes veines dès que je t'aperçois. L'amour que je te porte est comme l'air que je respire. Mon cœur bat comme au premier jour de notre rencontre dans cette prison sur roue. Je venais de perdre ma mère et pourtant dès que j'ai croisé ton regard, j'ai su…

Je fixai son torse, ébranlée, je recevais beaucoup trop d'informations, je ne savais plus que penser.

-Regarde-moi.

J'en étais incapable. Il souleva mon menton qu'il caressa de son pouce et il me sourit. Je parvins à rester insensible à la tendresse qui émanait de ses traits pour ne pas abandonner trop vite.

-Tu as su quoi ?

-Que je t'aimerais.

Mon front se heurta à son menton, je fermai les yeux, bouleversée. Que devais-je faire ? Je l'aimais tellement que l'idée de le perdre une deuxième fois me parut insurmontable. Il caressa ma longue tresse et me serra contre lui.

-Ne m'en veux pas, Sara.

-Partons, murmurai-je.

-Je dois parler à la Reine.

Je me raidis.

-Je suis responsable de ce qu'elle ressent, je me sens coupable des variations de son cœur. Je dois régler ça sinon …

-Tu n'es en rien responsable à moins que tu ne l'aies encouragée ?

-Je…

Quoi encore ?

De nouveau sur la défensive, je me défis de son étreinte. Je plantais mes yeux dans les siens.

-Tu as intérêt à tout me dire.

Sinon, je ne répondais plus de rien.

Alors il me raconta ce qui s'était passé dans cette salle de veillée funèbre sans rien omettre (je savais quand il mentait). Il me fallut quelques instants pour réaliser le lien étrange qui les unissait. Je perdis pied, encore. Je le contournai pour m'éloigner, le cœur anéanti.

-Ne pars pas.

Je ne répondis pas, poursuivant mon chemin. Je retenais mes larmes, je ne voulais pas de ce désespoir. Je devais m'éloigner, fuir. Je ne savais pas où j'allais mais j'y allais.

-Bien, céda-t-il. Je pars avec toi.

Le voulais-je ?

-Sara !

J'accélérai le pas. Je l'entendis courir derrière moi. Il me saisit avant même que je n'ai pu esquiver (à moins que je ne voulus qu'il le fasse). Il me tourna vers lui et me repoussa vers le mur en pierre pour m'enlacer avec rudesse. Sa bouche chercha la mienne et s'en empara avec autorité. Il ne me laissa aucune chance de résister. J'agrippai ses cheveux, encerclait sa nuque, succombant à cette fièvre qui l'animait.

-Je suis à toi, je suis à toi, répéta-t-il d'un ton malheureux entre deux baisers.

Mon cœur se transperça. Il n'était pas homme à jouer, je le savais. Il souffrait de cette situation, je le ressentais. Il interrompit notre étreinte et je remarquai ses yeux brillants de peine. J'attrapai son visage à deux mains :

-Va prendre tes affaires.

oOoOoOo

Dans notre chambre, il attrapa son paquetage et y fourra rapidement le peu qu'il avait déballé quand on toqua à la porte de manière vigoureuse. Surpris, nous nous figeâmes, les yeux braqués sur la porte.

-Entrez, dis-je enfin.

Le Roi se matérialisa sur le seuil et, sans même un regard vers moi, ordonna à Éric d'aller voir la Reine. Celui-ci me jeta un coup d'œil, inquiet. Il avait raison de s'inquiéter car je fulminais.

-Ecoutez, votre Majesté… , commença mon époux.

-C'est un ordre, décréta William.

-Il n'a pas d'ordre à recevoir de vous ! M'interposai-je.

Le regard qu'il me lança me glaça sur place. C'était étrange venant d'un visage aussi doux.

-Vous, vous en avez assez fait. Et tant que vous serez sous mon toit, vous devrez vous soumettre.

-Nous partions justement, persistai-je, plus dure que jamais.

Éric se mit entre nous, m'offrant un sourire confiant.

-Je reviens vite, mon aimée. Ensuite nous partirons.

Il embrassa mon front et s'en alla au pas de course. Je me postai vers la grande porte-fenêtre pour patienter, ignorant royalement William. Quand je me rendis compte qu'il ne bougeait toujours pas du seuil de la porte. Je croisai les bras en signe de refus de discuter ou de me faire réprimander.

-J'aurais pu vous faire enfermer, dit-il enfin.

-Faites, sifflai-je.

-Ne me tentez pas.

-Je ne vous demande pas de faveurs, je souhaite juste que votre épouse cesse de convoiter le mien.

Je sus à l'instant même que j'étais allée trop loin mais je n'avais pas de regret, je n'étais pas hypocrite et je honnissais la malhonnêteté. Je soutins son regard courroucé. J'étais furieuse moi aussi.

-Pourquoi n'êtes-vous pas partie immédiatement ? Me questionna-t-il sèchement.

-J'allais le faire mais Éric…

Non, impossible de lui dire.

-Oui ?
-Nous allons partir dès qu'il reviendra de ce guet-apens.

Décidément, je devrais réfléchir à deux fois avant de parler. Il fit quelques pas dans la chambre. Je me tendis comme un arc.

-Qu'est-ce qui vous a rendu aussi amère, Madame ?

-Freya a déjà tenté de me le prendre en l'éloignant de moi, en me faisant croire qu'il m'avait abandonnée. Il est hors de question qu'une autre Reine en fasse de même.

-Ce n'est pas ce qui va se passer.

-Êtes-vous aveugle ?

-Je ne suis point aveugle, mais je la connais. Je sais qu'ils ont des choses à régler et ensuite elle y verra plus clair.

-Et si elle décide de le choisir lui ?

Il ne répondit pas, continua de s'approcher et se posta comme moi devant la porte-fenêtre. Il examina l'extérieur, perdu dans je ne sais quelle introspection. Il était si près que je pouvais détailler chaque ligne de son visage marqué par une vie difficile. Je me demandais ce qui avait pu laisser de telles marques quand il se tourna enfin vers moi. Sa colère était loin, seule subsistait de la tristesse.

-Elle ne le fera pas, quoi que cela lui en coûte.

Je fus surprise par cette réponse, et inquiète.

-Et cela ne vous gêne pas ?

-Je ne devrais pas parler de cela avec vous, se défila-t-il.

-Je ne trahirais rien de ce que vous pourriez me dire, Majesté.

-Je ne vous connais pas.

-Je vous en donne ma parole, m'offusquai-je.

Il ne put réfréner un léger sourire en coin.

-Si vous me donnez votre parole alors tout est pour le mieux, se moqua-t-il.

Je lui donnai mon dos, vexée.

-Ne me tournez pas le dos.

-Je fais ce que je veux.

-Vous manquez de savoir-vivre.

-Allez vous plaindre à la Reine des Glaces. Ah non, c'est vrai, elle est morte.

Il y eut un long silence qui me força à lui refaire face. Il exprimait tellement de mal-être que j'eus de la peine pour lui. Il le remarqua et se rembrunit.

-Je vous laisse, Madame.

Il quitta la pièce séance tenante. Ses gardes, en faction hors de la chambre, le suivirent au pas. J'étais pleines de doutes, doutes accentués par cet homme mal-aimé.

Vingt minutes plus tard, Éric revint et attrapa son sac.

-Nous partons.


La suite quand je pourrai.

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, même si c'est pas en français.