Au bout d'un moment, des soldats comme ceux qui les avaient récupérés après le Labyrinthe les emmenèrent plus loin dans le Berg. Les Gladers purent prendre une douche et manger. Enfin, ce qu'ils attendaient tous, on les abandonna dans un dortoir. Ils étaient achevés. Le ventre plein, ils s'endormirent en quelques minutes.

Newt se réveilla. Il n'était plus dans le dortoir. Il lui fallut un moment pour comprendre qu'il était seul, de retour dans le tunnel où l'éboulement avait eu lieu. Il ne comprenait pas. Ils étaient sortis de là, tous ! Il lança un regard paniqué autour de lui. Pourtant il se souvenait bien de ce qui s'était passé après, la séparation avec Thomas et Brenda, et tout le reste. Il avait rêvé tout ça ?

La tête lui tournait, sa respiration s'accéléra. Il se prit la tête entre les mains. Un élan de douleur lui arracha un cri. Il tâta doucement son front. Du sang avait séché, sa peau était profondément entaillée. Nom de dieu, il avait vraiment rêvé. Il avait dû s'évanouir, assommé par un pan du plafond. Il laissa tomber ses mains le long de son corps et regarda à nouveau autour de lui, plus lentement. Où étaient passés les autres ? Alors qu'il tournait sur lui-même, un élément sur le sol attira son attention. Il s'approcha prudemment, se penchant pour mieux voir. C'était une main, qui dépassait de dessous les gravas. Il eut un hoquet et un mouvement de recul, avant de se précipiter en avant. Il fallait qu'il essaie de débloquer la personne, de la sortir de là. Il s'escrima à déblayer les pierres, mais c'était trop lourd. Il était incapable de les retirer, il n'en avait pas la force. Il essaya encore et encore, la conviction de plus en plus ancrée que cette foutue main appartenait à Minho. Il se mordait la langue pour ne pas céder à la panique, goûtant son propre sang. Ses doigts étaient écorchés, en lambeaux, et saignaient.

Il tomba à genoux, touchant la main du bout des doigts. Elle était froide. Les larmes se mirent à couler le long de son visage. Le monde semblait se dérober sous lui. Son coeur était comme pris dans un étau, la douleur était insoutenable, il suffoquait.

Newt saisit la main, et s'allongea. S'il avait été plus conscient, il aurait réalisé à quel point son geste était morbide, dégoûtant. Mais il était comme dans un état second. Il s'enroula autour, la serrant fort, ne tirant pas, se disant que si Minho était encore vivant, il ne voulait pas lui faire mal.

Ils étaient tous morts. Le corps secoué par des sanglots violents, Newt perdait doucement la raison. C'est comme s'il allait mourir étouffé. Il s'en fichait. Si cela pouvait lui permettre de retrouver Minho, alors ça en valait la peine.

Une journée passa, sans eau ni nourriture. L'odeur de mort commençait à envahir le petit espace. Newt était loin de tout cela, il était dans une sorte de coma, où il se voyait avec Minho. Ils étaient de retour dans le Labyrinthe, quand ils le parcouraient ensemble. C'était tellement bon de revoir le Runner ! Il était là, juste quelques foulées devant lui. S'il tendait le bras, Newt pourrait même le toucher. Il essaya, avançant la main. Mais plus il s'approchait et plus Minho s'éloignait. Il devenait flou, et Newt courait toujours plus vite, la panique lui ravageant le ventre, un froid glacial l'engourdissant contre sa volonté. Il hurlait pour que Minho se retourne. Mais le Runner l'ignorait, il partait. Newt ne lâchait pas prise, il l'appelait encore et encore. Soudain, Minho s'arrêta. Newt l'imita. Il y avait un problème. Il lui fallut un moment pour mettre le doigt dessus : il pouvait voir le mur derrière Minho. Il était translucide. Newt cria son nom une dernière fois. Le Runner se retourna. Ses yeux étaient tristes, tellement tristes. Il ne dit rien. Il ouvrit la bouche, peut-être dans l'intention de parler, mais il s'évaporait. La seconde d'après, il avait totalement disparu. Newt se remit à courir, la folie prenant possession de lui. Il se laissa tomber là où Minho s'était tenu. Il ne voulait pas que Minho parte ! Il ne voulait pas qu'il reste pour toujours dans le Labyrinthe ! Ils n'appartenaient pas au Labyrinthe, aucun d'eux. Ils avaient une vie quelque part, il le fallait. Les larmes lui brûlaient la peau.

Newt émergea. Il avait mal au ventre. Il réalisa ensuite qu'il devait avoir faim. Sa bouche était sèche et ses larmes s'étaient taries. Il n'avait plus assez d'eau en lui pour les verser. Il retomba dans l'inconscience, heureux du détachement que cela lui apportait. Il ne pouvait supporter la réalité. Bordel, mais qu'il en finisse. Peut-être que s'il rêvait encore, il reverrait Minho. Quelques minutes, ou même une seule seconde, tout était mieux que ce vide abyssal.

Un autre jour passa. Newt n'avait aucune notion du temps, il était perdu dans les méandres de son esprit, de ses souvenirs. Il n'avait plus revu Minho. Il ne pensait pourtant qu'à lui, mais il ne faisait que ressasser sa chute, encore et encore, sentant la douleur irradier dans tout son corps.

Un bruit résonna. Il l'ignora. Puis un autre, et un autre, plus forts et plus près. Il essayer d'ouvrir les yeux, mais c'était trop dur. Ses paupières étaient comme collées, il était complétement desséché. Le monde se mit à bouger autour de lui, le sol devait s'écrouler, ou …? Il perdit connaissance. Après tout, ça n'avait aucune importance.

Newt entendait des bruits autour de lui. Il n'arrivait pas à cerner leur origine ou ce que cela pouvait bien vouloir dire. Il replongea dans l'inconscience.

Cette fois, quand il se réveilla, il ouvrit les yeux. Il était dans une pièce blanche, sur un lit. Des tubes partaient de ses bras et rejoignaient des bouteilles suspendues à des piquets, disposés autour du lit. Il était seul. Il essaya de bouger, et échoua. Il était attaché au lit par des sangles. Il serra les dents, la panique se frayant un passage dans son esprit brumeux. Il commençait à tirer sur ses jambes et ses bras, quand quelqu'un entra dans la pièce, vêtu d'une blouse blanche. C'était une jeune femme, et quand elle s'approcha il put lire « WICKED » sur sa poche de poitrine. Elle se précipita vers lui et le maintint contre le lit, lui racontant tout un tas de sornettes sur la nécessité de rester calme, de ne pas bouger, et que tout irait bien, qu'il allait vivre. S'il avait été en pleine possession de ses moyens, il aurait ricané. Tout allait bien ? Tout allait bien ? Il était hystérique : Minho était mort, ses potes étaient morts ! Rien n'irait plus, son monde était en miettes, éparpillées sur le sol. Et Newt n'en pouvait plus de vivre. Il voulait tellement en finir. Pourquoi, mais pourquoi on ne lui foutait pas la paix une bonne fois pour toute ? Les larmes, traitresses, se remirent à couler telles des torrents le long de son visage, mouillant son cou, y laissant une sensation désagréable. A nouveau, l'impression d'étouffer lui serra la gorge, comprimant sa poitrine et son coeur.

Tout d'un coup, le calme revint. Il s'endormit.

La femme lui avait tout simplement donné un sédatif.

Il lui fallut plus d'une semaine pour se rétablir à peu près. Ils le maintinrent attaché au lit, prévoyant toute éventualité de suicide.

Puis vinrent les questions. Des heures durant, ils l'interrogeaient. Comment étaient-ils arrivés dans ce tunnel ? Pourquoi Newt était-il le seul à avoir survécu ? Ils en étaient ensuite revenus au passé : Que c'était-il passé après qu'ils aient quitté les sous terrains la première fois ? Qui avaient survécu à l'orage ? Qui était mort dans le désert ? Dans le tunnel ? Avait-il vu des Cranks ? Avaient-ils rencontré des locaux ? Etaient-ils sûr que tous les Gladers étaient morts dans le tunnel ? Avait-il essayer de les sauver ? De les sortir de dessous les gravas ? A qui appartenait le bras qui dépassait ?

Et ainsi de suite, encore et encore, à longueur de journée. Newt devenait complétement fou. Il se débattait de plus en plus violemment, il refusait de répondre, il les insultait, se mordait la langue dans ses accès de rage, enfonçait ses ongles dans la paume de ses mains, se griffait les cuisses. Il avait toujours refusé de manger, et ils le nourrissaient de force avec des sondes qu'ils lui enfonçaient dans la gorge, ils l'hydrataient par perfusion, le sédataient pour lui faire sa toilette. Et les interrogatoires reprenaient, inéluctablement.

Newt avait perdu toute notion du temps. Il n'arrivait pas à dormir plus de quelques minutes, et toujours il rêvait de choses affreuses. Il ne voulait plus dormir. Il ne voulait plus manger. Il ne voulait plus parler. Et ils l'empêchaient d'en finir.

Une semaine à ce régime et il ne parvenait plus à penser clairement. Il avait franchement perdu la raison. La seule chose qui restait claire, parfaitement et cruellement nette, c'était que Minho était mort. Mort. Mort. Minho. Mort.

Le mot tournait dans sa tête, défilait devant ses yeux, inlassablement, le réveillant, le clouant au lit. La douleur était infernale. Et les interrogatoires la ravivaient. Comme s'il avait besoin de ça !

Un jour, ils vinrent, et cette fois accompagnés de soldats. Ils le détachèrent et l'entraînèrent de force avec eux. Ils devaient le soutenir, non seulement parce qu'il refusait d'avancer, mais surtout parce qu'il n'en était pas capable. Ses jambes ne le supportaient plus. Ils sortirent de la pièce, la porte claquant derrière eux. Ils étaient dans un long couloir, blanc. De nombreuses portes, identiques à la sienne, se découpaient dans les murs. Ils le longèrent un moment, bifurquèrent plusieurs fois, avant de s'arrêter devant une double porte, plus large que les autres. Le type en tête ouvrit la porte et entra, suivit des soldats et de leur fardeau.

Newt avait du mal à cerner ce qui l'entourait. Il avait la tête qui tournait, des points noirs dansaient devant ses yeux. Ils le traînèrent au milieu d'une salle. Le silence régnait. Sa vision finit par se focaliser. Il ne voyait qu'une personne. Minho.

Il ne le lâchait pas des yeux. Minho ? Ce devait être une hallucination, il dormait, il rêvait. Il cligna rapidement des paupières.

Minho était vivant ?

Newt se débattit, essayant de se défaire des soldats. Il n'avait d'yeux que pour Minho. Le Runner était dans le fond de la salle, une grande salle d'ailleurs. Il y avait d'autres personnes, mais Newt s'en fichait. Minho. Le Glader lui rendit son regard, l'air tout aussi choqué que lui. Ses yeux comme des soucoupes étaient plongés dans les siens. Sa bouche béait.

Newt fit un pas en avant, et vit Minho se précipitait vers lui. Tout était comme au ralenti. Il ne comprenait rien à la situation, jusqu'à ce qu'il sombre dans le noir total. Perdre connaissance, cela devenait une habitude !