Minho soupira d'aise, enfin allongé sur un lit. Il ne s'était jamais senti aussi fatigué, complétement vidé. A peine eut-il posé la tête sur l'oreiller qu'il s'endormit.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il vit un plafond en lattes de bois. Il cligna des paupières à plusieurs reprises. Il connaissait ces lattes par coeur, leur disposition, peut-être même leur nombre. Pendant deux ans ce fut la première chose qu'il voyait en se levant. Il s'étira. Logique, il était dans le Homestead. Il n'avait jamais fait de rêve aussi construit. Quelle imagination, c'est dingue. Il bailla, ils avaient eu une rude journée hier. Il se leva, s'habilla rapidement. Newt l'attendait déjà à la porte Est. Lorsqu'il aperçut le blond, il eut un sentiment étrange. Aller courir avec lui ne lui semblait pas normal. Des réminiscences de son rêves essayaient de se frayer un chemin vers sa conscience, mais pas moyen, ça ne lui revenait pas. Il se secoua, qu'importe ? Ce n'était qu'un rêve. Newt ne le regarda pas, ne l'attendit pas, il entra directement dans le Labyrinthe. Une fois encore, une impression désagréable fit courir des frissons le long de son dos. Il ne pouvait détacher son regard de la jambe de Newt, sans en comprendre la raison. Il y avait définitivement quelque chose de pas normal. Minho se força à l'ignorer et rattrapa Newt. En une nuit, il avait oublié à quel point le blond courait vite. Il sourit, déjà essoufflé.
Il se mordit la lèvre en regardant le Runner. Des fois, il se demandait pourquoi son coeur semblait voleter dans sa poitrine quand il était avec le blond. Puis il se disait que ça n'avait pas d'importance, il suffisait de profiter de la sensation.
A la pause, Minho se laissa tomber sur le sol à côté de Newt. Celui-ci tourna la tête vers lui et le regarda un long moment, droit dans les yeux. Minho se sentit rapidement mal à l'aise. Qu'est-ce qu'il lui prenait ?
« Newt ? » l'interrogea-t-il
Le blond cligna des paupières et se détourna. Il ne prononça pas un mot. Quelques minutes plus tard, ils repartaient.
Minho n'arrivait pas à se défaire de la sensation d'étrangeté. C'est comme s'il n'avait rien à faire là. Et Newt non plus. Il se tapa la tête un grand coup. Newt se retourna en entendant le bruit, lui lançant un regard surpris. Minho haussa les épaules, et Newt l'ignora à nouveau. Le coup n'avait rien changé. Il n'aimait vraiment pas ça, il y avait quelque chose de louche. Et pourtant tout était plus que normal, non ? Se lever, travailler, le silence, la monotonie du Labyrinthe. Oui, tout était normal.
Minho tenta de se convaincre. Ce devait être ce rêve qui le mettait si mal à l'aise. Il n'arrivait pas à s'en souvenir, mais ce n'était pas une première.
Encore une pause. Newt se planta devant lui. Lui était étrange par contre. Son regard était intense, et Minho ne pouvait s'en détourner. Le blond fit un pas en avant, et Minho recula. C'est quoi ce délire ? Ils poursuivirent ce petit jeu jusqu'à ce que Minho se retrouve le dos collé au mur, empêchant toute retraite. Newt était à une dizaine de centimètres de lui à peine. Son regard lâcha les yeux de Minho et glissèrent sur ses lèvres, avant de remonter sur ses yeux. Minho se sentit rougir. Il déglutit avec difficulté.
« Newt, qu'est-ce que tu fais ? » il ne répondit pas. A la place, il posa une main sur l'épaule de Minho. Une chaleur se diffusa dans son bras, puis dans tout son corps. Il lança un regard inquiet à la main de Newt, et à Newt lui-même. Il ne savait pas s'il voulait qu'il s'arrête ou au contraire qu'il passe à l'acte.
« Je veux essayer quelque chose » murmura Newt, en fixant les lèvre de Minho.
Il déglutit à nouveau. Newt se pencha tout doucement vers lui, plongeant ses yeux bleus dans ceux presque noirs de Minho. Il lui sourit, et déposa un baiser au coin de ses lèvres.
Minho était on ne peut plus tendu. Newt se recula et lui lança un regard interrogateur.
« Respire » lui dit-il en souriant.
Minho s'exécuta. Il réalisa qu'il avait garder son souffle tout du long. Newt baissa les yeux, et Minho rougit. Bordel, il était en érection ! Minho se racla la gorge, il n'avait aucun moyen de se cacher. Newt rit et s'approcha à nouveau. Il prenait, à raison, son excitation pour un consentement. Cette fois il prit le visage de Minho entre ses deux mains, et l'embrassa sur les lèvres. Il l'effleura à peine et se détacha, rouvrant les yeux, mais Minho se décolla du mur et l'embrassa à son tour. Il sourit, sa bouche écrasée contre celle de Minho. Il sentit bientôt la langue du Runner sur ses lèvres, essayant de se faire un chemin. Il les écarta lentement, le laissant entrer. Minho agrippa la taille du blond, reculant et le plaquant au mur à son tour. Il s'écrasa contre lui, son bassin pressé contre le sien. Il n'était pas le seul en érection, il rit en reprenant son souffle. Newt plissa les yeux, puis suivit le regard de Minho. Il rougit à son tour. Il glissa une main dans les cheveux de Minho, l'autre caressant tendrement son visage. Il se pencha et déposa un nouveau baiser sur ses lèvres.
« Je n'aurais peut-être pas à le faire… » chuchota-t-il très bas, pour lui-même.
« Qu'est-ce que tu as dit ? » lui demanda Minho.
Il leva les yeux vers son pote : « Rien, t'inquiète ».
Les mains de Minho remontèrent lentement le long de ses flancs, puis redescendirent. « Je crois que j'ai envie de toi » murmura-t-il dans l'oreille de Newt avant de l'embrasser dans le cou, le mordillant.
Il retrouva les lèvres du blond, prenant ses mains et les plaquant au-dessus de sa tête, l'empêchant de le toucher. Il le tint dans cette position d'une main, l'autre glissant sur son torse, effleurant ses abdominaux avant de descendre sur son bas ventre. Newt tremblait sous ses doigts, il n'était plus tellement concentré sur le baiser. Minho rit doucement en posant la main sur l'érection de Newt. Le blond sursauta, se mordant la lèvre inférieure. Minho l'embrassa à nouveau, caressant son pote au rythme de ses mouvements de bassin. Newt grognait involontairement, tirant sur ses bras pour toucher Minho à son tour. Mais le brun ne cédait pas. Newt renversa la tête en arrière, Minho couvrant sa peau de baisers, léchant et mordillant. Il allait mourir si ça continuait comme ça !
Soudainement Minho fut décoller de Newt. Minho s'explosa contre le mur, la douleur irradiant dans son dos. What the shuck ? Minho releva la tête. Un Griever ! Minho n'en croyait pas ses yeux, un Griever avançait sur lui. Il n'arrivait pas à bouger, quelque chose merdait dans son dos. Il voulait fuir, mais ses jambes le trahissaient, il était incapable du moindre mouvement ! La panique grandit, il suffoquait.
D'un seul coup, la créature tourna sa tête répugnante de l'autre côté. Minho regarda dans la même direction. Il vit alors Newt. Le Runner lui avait balancé une pierre, et battait des bras. Qu'est-ce qu'il foutait ? Minho paniqua encore plus, il ne pouvait rien faire pour le protéger ! Newt ne pouvait courir plus vite qu'un Griever, nul ne pouvait ! Il essayait de crier, de lui dire qu'il fallait qu'il parte, qu'il le laisse, mais rien ne sortait de sa bouche. Il n'arrivait pas à parler. Tout ce qu'il pouvait faire, c'est regarder, totalement inutile. Newt lui lança un regard, et un sourire. Des larmes coulaient déjà sur le visage de Minho. Newt secoua doucement la tête, et le Griever bondit sur lui.
Minho hurla, et se réveilla.
Il était couvert de sueur, le visage trempé par les larmes et déformé par la terreur. Crier lui avait comme déchiré la gorge. Il suffoquait, complétement sous le choc. Cela lui avait paru tellement réel !
Il regarda autour de lui, et tout lui revint. Il était censé être dans le dortoir, avec tous les autres, mais il était seul dans une salle aux murs rembourrés, blancs. Tout était blanc, le sol, les murs, le plafond. Il n'y avait aucun meuble. Il était roulé en boule sur le sol. Il s'étira lentement, et se leva. La tête lui tournait, il avait envie de vomir.
Le seul élément de toute la pièce était une porte, à l'opposé de lui. Il s'approcha dans l'intention de l'ouvrir, mais il n'y avait pas de poignée à l'intérieur. Il passa ses mains sur le cadre dans l'espoir de trouver quelque chose. Rien. Il essaya de tambouriner. Rien. Il décida de faire le tour de la pièce, inspectant tout centimètre par centimètre. Il pouvait même toucher le plafond du bout des doigts. Rien. Nulle part. Il retourna près de la porte et attendit juste en face, debout. Il serait prêt pour fuir. Un long moment passa. Ses jambes commencèrent à fatiguer, et il décida de s'assoir. Patience.
Il attendit ce qui lui parut des heures. Il n'avait aucun moyen de repère, on lui avait retiré sa montre. Il finit par avoir faim, et quelques temps plus tard, la porte s'ouvrait. Il se précipita en avant mais se heurta au même mur transparent que celui qui protégeait Rat-Man. Ç'aurait été trop facile ! Un type en blouse blanche lui envoya un plateau. Il avait un badge sur la poitrine où était écrit « WICKED ».
Son estomac avait beau gargouiller, il décida de ne pas manger. Qui sait ce qu'il mettait dedans ? Sa résolution était des plus difficiles à respecter, mais il s'y tint.
Plus tard il se réveilla, réalisant qu'il s'était endormi. Ce n'était pas vraiment son plan. De toute façon, il avait bien compris qu'il ne s'échapperait pas tant qu'ils ne l'auraient pas décidé. La rage montait en lui. Combien de temps allait-il devoir rester là sans rien faire ? Il détestait l'inertie et la captivité. Il ressentait le besoin urgent de fuir, et de taper quelqu'un.
Son ventre était creux, il était affamé et assoiffé. Un autre plateau fut servi, et un autre. Au 4e il ne tint plus, et il se jeta dessus. Peu importe qu'ils le droguent, c'était trop dur. Vu la fréquence des plateaux, s'ils lui en amené un à chaque repas, soit toutes les quatre heures environ, plus la « nuit », alors il avait déjà passé deux jours. Une fois qu'il eut terminé, des types entrèrent dans la pièce. C'était une première. Ils étaient deux. L'un était plutôt petit et mince, tandis que l'autre était grand, très carré d'épaules. Il en imposait. Le plus grand prit la parole :
« Sujet A7, le leader » dit-il d'une voix grave et détachée en lisant la couverture du dossier qu'il tenait entre ses mains. Il leva les yeux et les plongea dans ceux de Minho. Ils étaient gris, très clairs, et froids. « Tu es un incapable » reprit-il, péremptoire.
Minho plissa les yeux en se frottant le cou, là où étaient tatoués son « identité ». Il se prenait pour qui, celui-là ? Il ouvrit la bouche pour parler, mais l'homme l'en empêcha :
« Tu n'as rien à dire » décréta-t-il. « Tu n'es pas à apte à être leader de quoique ce soit ».
« C'est pourquoi tu as pu voir la plaque disposant que Thomas est le vrai leader » poursuivit le plus petit cliniquement. Sa voix était plus forte que Minho l'aurait cru. Il déglutit. C'était quoi ce bordel, exactement ?
Le plus grand fit un pas en avant. Il était tout prêt maintenant, et regardait Minho de haut.
« Tu as échoué » reprit-il. « Tu n'as jamais été capable de protéger les nouveaux candidats Runners, tu les as laissé mourir. Tu es faible et lâche ». Son ton était calme. Il n'avait pas l'air énervé, il énonçait simplement la vérité, réalisa Minho en serrant les dents. Il fit un autre pas en avant, et Minho recula.
« Thomas est meilleur » ajouta le petit. « C'est lui qui vous a délivré, sans lui tu serais encore en train de courir dans le Labyrinthe comme un rat de laboratoire ».
Minho fronça les sourcils. Ils avaient raison, c'est avec Thomas que tout avait changé, qu'enfin ils avaient trouvé le code et le Grievers Hole. Quant à lui, Minho avait toujours été inutile, il n'avait jamais été le leader. D'abord Alby les avait dirigés, puis Newt. Tout s'était bien passé, et enfin il avait dû jouer ce rôle, et tout était parti en cacahuète, des Gladers étaient morts, ils avaient été séparés les uns des autres, rien ne s'était passé comme il fallait. Et la tentative de suicide de Newt, il ne l'avait pas vue venir, et pourtant il passait leur journée ensemble. Sa pire erreur.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, le grand s'avança encore et recommença :
« Tu n'es pas seulement un médiocre leader, tu es aussi le pire ami que quelqu'un puisse avoir ».
« Newt » murmura Minho tout bas en baissant la tête, honteux.
Le petit ricana, un son des plus désagréables. « Tu sais qu'il mourra par ta faute. Tu les mèneras tous à la mort, c'est la seule chose dont tu sois capable. Tu es minable » conclut-il, le visage rougi par la colère.
« Le problème c'est que nous ne savons plus quoi faire de toi » reprit le grand. « Tu es un poids mort, pire, tu entraînes les autres dans tes choix méprisables » expliqua-t-il.
Minho avait tellement reculé que sans s'en rendre compte, il était plaqué au mur, les deux types à un pas de lui, le surplombant. Il tremblait. Il se sentait mal, l'envie de vomir l'avait repris. Il rejouait le rêve dans sa tête, la façon dont Newt s'était sacrifié pour lui. C'était sa faute. De même, Thomas s'était pris une balle alors qu'il était censé s'occuper de lui, le protéger.
« Il faut ajouter à cela ta déviance » persiffla le petit. « Ton attachement répugnant pour le sujet A5 est proprement infect ! » s'exclama-t-il.
Minho secoua la tête et ferma les yeux. Il fallait qu'ils se taisent, tous les deux. Il ne pouvait en entendre plus. Il se prit la tête entre les mains, se bouchant les oreilles, des sanglots silencieux secouant son corps. Il se laissa glisser au sol, rouler en boule dans le coin où il s'était réveillé le premier jour.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, les deux types étaient partis. Il était à nouveau seul dans la pièce. Les larmes coulaient silencieusement le long de son visage. Il se mordait la lèvre, les ongles enfoncés dans la paume des mains. Il revoyait Newt, son sourire, ses yeux tristes. Et il le revoyait aussi contre lui, tremblant sous ses mains, il entendait encore ses soupirs. Il avait aimé ce qu'il lui avait fait. En quoi cela devait-il être répugnant. Du sang coula sur son menton, rosissant la couleur de ses larmes.
Ils avaient raison, il fallait qu'il s'écarte de Newt, qu'il laisse Thomas faire. Il se ferait discret. Ses interventions ne menaient jamais à quoique ce soit de bien de toute façon.
Il s'endormit au bout d'un moment, glacé et désespéré.
Le lendemain, il n'eut ni nourriture ni visite. Il passa la « journée » à ruminer ses erreurs, son désespoir, sa médiocrité, sa faiblesse, sa lâcheté. Il était minable. Ses doigts saignaient, il avait sans cesse rongé ses ongles, sa lèvre inférieure était entamée, sa langue aussi. Il se balançait d'avant en arrière, assis sur le sol, les genoux ramenés sous son menton, les bras enroulés autour.
Les larmes s'étaient taries. Son esprit était vide. Il avait l'impression de ne plus être qu'un animal, il n'y avait pas de toilettes, ni douche, et il devait faire ses besoins dans un coin. L'odeur était insoutenable, mais il ne la sentait même plus. Un animal, un rat de laboratoire.
PS : WICKED, c'est vraiment des bâtards, on est d'accord ?
Votre silence est désespérant les gens...! Merci aux fidèles ;)
