Merci à Sissi1789 pour sa review.
Bonne lecture.
Partie 7
SARA
Au moment même où j'eus ce mouvement de recul, je sus que j'avais mal réagi et que je m'étais trahie. Le visage du roi exprima une telle inquiétude que cela me désola. Je lui rendis son bien et quittai la pièce en trombe, cherchant désespérément une sortie pour fuir. En traversant la chapelle, je remarquai une porte latérale qui devait donner sur l'extérieur, par bonheur elle était ouverte. Je courus encore, je voulais mettre beaucoup de distance entre cet enfant et moi. Les jardins royaux étaient immenses. Je m'adossais à un arbre fleuri de bourgeons roses et je m'y laissai glisser. Je tremblais comme une feuille. Quand William avait voulu récupérer son fils, je m'étais vue, en l'espace d'une seconde, m'enfuir avec ce trésor.
Horrifiée, je l'étais.
Je respirai longuement pour reprendre mes esprits. Je n'étais pas de nature sensible et là pourtant je me morfondais de douleur, souffrant de ne pouvoir enfanter. Mes retrouvailles avec Eric avaient déclenché ce besoin viscéral de m'unir à lui de cette manière. Je ne me connaissais pas cette nature maternelle, mais dès que mon filleul était apparu dans mes bras, j'avais compris que j'étais faite pour être mère.
Je crispai mes doigts sur mon ventre, serrant ma chair à m'en faire mal, provoquant une douleur physique pour oublier la douleur de mon âme. Mais ça ne fonctionnait pas. Je me levai prestement et grimpai tant bien que mal à l'arbre pour en casser une grosse branche. Une fois au sol, je saisis mon arme de fortune et commençai à me battre contre mon ennemi la tristesse qui avait la forme de ce tronc d'arbre. Après maints et maints coups, je devins rageuse face à cet ennemi immuable.
-Sara !
La reine m'observait avec effarement. J'étais échevelée, en sueur mais je m'en fichais.
-Venez, allons discuter.
-Je n'ai rien à vous dire.
-Je comprends votre peine.
-Vous ne comprenez rien ! Criai-je, furibonde.
Elle se tut un instant. Je pris sur moi de m'excuser et attendis qu'elle accepte ces maudites excuses. Je ne regrettais pas cet accès de colère mais je ne devais pas oublier à qui je m'adressais.
-Marchons un peu, proposa-t-elle.
Je finis par obtempérer. Je me recoiffai sommairement et déposai au pied de l'arbre la branche arrachée. Elle m'entraina vers un chemin en dalle de pierre qui paraissait ne jamais finir.
-Eric m'a parlé de votre attente à tous les deux de voir arriver un enfant.
Je me figeai, il avait osé ! Elle me fit face :
-Ne lui en veuillez pas, nous étions dans l'incompréhension face à votre réaction et il a jugé nécessaire de nous éclairer.
-Maintenant vous savez quelle épouse inutile je fais.
-Détrompez-vous, mon amie.
-Je ne suis pas votre amie.
-Vous l'êtes maintenant.
-Non, persistai-je.
-Vous l'êtes.
Elle posa une main sur mon épaule, une chaleur m'irradia, soulagea mon cœur meurtri. Abasourdie, je l'observai avec incertitude. Elle me sourit avec bienveillance et là, tout ce que m'avait dit Eric la concernant, prenait un sens. Il émanait de cet être hors norme un don qui soulageait réellement tout être vivant. Toutes les reines avaient-elles des dons extraordinaires ? Freya et sa sœur avaient eu un pouvoir destructeur, un pouvoir que j'avais subi et subi encore et encore. Mais sa Majesté était tout autre, son pouvoir était guérisseur, sa présence redonnait vie et colorait le monde. Pas étonnant que l'environnement du château resta toujours florissant et verdoyant malgré les saisons. C'étaient des détails que j'avais remarqués sans jamais vraiment y accorder de l'attention.
Le cœur moins lourd, je parvins à lui sourire.
-Puis-je ? Me demanda-t-elle.
Elle avait ouvert ses bras et espérait que je ne m'y oppose pas. Je hochai simplement la tête, un peu gênée par tant de sollicitude. Je n'arrivais pas à y voir de l'hypocrisie ou de la malice car il n'y en avait pas. Elle m'enlaça légèrement et tapota mon dos. Je ne voulais plus être ailleurs. Je me sentais en sécurité et en paix. Je fermai les yeux, envahie d'images réconfortantes.
-Voilà, dit-elle après une minute en me relâchant.
Elle recula, expira longuement.
-Votre vœu sera bientôt exaucé.
-Mon vœu ?
-Vous verrez en temps voulu. Reprenons notre marche.
Ce fut d'un pas plus léger que je progressai à ses côtés. Je n'en connaissais pas la raison mais je me sentais plus confiante. En jetant un œil en arrière, je constatai qu'il n'y avait aucun garde.
-Je n'ai pas besoin de protection, dit-elle comme si elle avait lu dans mes pensées. Vous êtes là.
Je me gonflais de fierté malgré moi et me réprimandai de tant d'orgueil.
-J'ai quelque chose à vous proposer, Sara.
-Je vous écoute, Majesté.
-J'aimerais vous quittiez ce travail dans cette taverne, là n'est pas votre place.
-Je…
Quoi lui dire ? Elle en connaissait beaucoup sur ma vie apparemment.
-Il y a des enfants orphelins au sein du château, j'ai besoin d'aide pour prendre soin d'eux. Greta étant partie, tout est devenu compliqué.
-Je ne suis pas une nourrice, Majesté.
-Non mais vous êtes une mère même si vous n'avez pas encore d'enfant.
Je soupirai car elle avait tellement raison.
-Je sais aussi que vous êtes un chasseur. Les deux ne sont pas incompatibles.
-Vraiment ?
-Lors de nos déplacements, vous pourrez assurer notre protection. J'ai foi en vous.
Ma gorge se noua.
-Majesté…
-Oui ?
-Je dois vous demander une chose.
-Laquelle ?
J'hésitai, examinant chacun de pas. Un pied devant l'autre.
-Eric, lâchai-je enfin.
Elle ralentit avant de complètement s'arrêter. Je fis marche arrière, pour revenir à sa hauteur. Une profonde tristesse l'avait gagnée et je m'en voulus d'en être à l'origine.
-J'espère que vous me pardonnerez, Sara.
Je me détournai d'elle, anxieuse. Elle me contourna, attrapa mes mains et les serra très fort.
-Regardez-moi.
Je fus happée par sa douleur.
-Je vous en ai voulu, je voulais être à votre place, je vous enviais.
Ses yeux brillèrent d'émotion contenue. Les miens aussi forcément. Mon cœur cognait fort dans ma poitrine, émue par tant de sincérité. J'avais enfin mes réponses, sans cris, sans menaces, sans rancune.
-Je l'aimais tellement.
Je pouvais la comprendre. Je l'aimais tellement moi aussi.
-Mais vous avez toujours été là, planant autour de lui, créant un mur. Je l'ai connu tellement meurtri par votre absence, n'étant que l'ombre de lui-même.
Mon cœur se serra.
-Merci de l'avoir aimé Majesté, murmurai-je d'un souffle, d'avoir soulagé son fardeau. Il vous aime encore profondément.
Je le savais, je l'avais accepté et ce depuis longtemps car il m'avait prouvé qu'il m'aimait bien au-delà de tout ce qu'il éprouvait pour elle. Et je savais que je pouvais le lui dire désormais car je n'avais plus aucune méfiance envers elle.
Son regard eut un éclat particulier, presque songeur.
-Il a su me ramener à la raison, me rappeler que j'avais déjà dans mon cœur un amour que je chérissais. J'étais aveuglée par l'inexpérience et la passion et cela m'avait joué des tours. Je lui dois beaucoup. Maintenant je suis sereine et heureuse et c'est grâce à lui.
-Nous sommes heureux de votre bonheur, soyez en sûre.
-Je le sais, sourit-elle. Rentrons mon amie, allons nous joindre aux invités et profiter du petit William mais avant passons par mes appartements vous refaire une beauté.
Dans sa chambre, elle me laissa accéder à sa salle d'eau. Je revins près d'elle plus fraiche et m'installai sur le siège de sa coiffeuse. Une des servantes frappa à la porte mais sa Majesté la renvoya sans cérémonie.
-Pas besoin de commères, s'agaça-t-elle.
Je souris à travers le miroir et elle me le rendit, amusée.
Elle m'aida à me coiffer d'une tresse qui me seyait bien mieux qu'un chignon et me proposa quelques artifices. Elle en avait peu à vrai dire, ce qui ne m'étonna même pas. Je rehaussai mon teint, brunis un peu mes paupières et apposai du rose sur mes lèvres un peu gercées.
-Vous êtes très belle, ma chère Sara.
Je me sentis rougir sous son œil émerveillée. Elle était tel un soleil, irradiant tout sur son passage.
-Il n'y a rien de plus beau que vous sur cette Terre, Majesté.
Et je le pensais en cet instant.
-Vous oubliez mon petit William, rit-elle.
-Vous avez raison, ris-je à mon tour.
-Venez, ne nous faisons plus attendre.
Avant d'entrer dans la salle du banquet, elle glissa son bras sous le mien. Ce geste incongru me fit oublier ma gêne de me présenter devant le roi. A travers la foule qui nous dévisageait, j'aperçus mon homme au fond près du buffet, une grande assiette bien garnie dans la main, discutant avec Tull. Je voulus les rejoindre mais la Reine me guida vers son mari.
-Réglons ça de suite, décréta-t-elle.
Nous approchâmes des deux William. Elle souriait et je vis le Roi se détendre instantanément. Il me complimenta sur ma mise en beauté. Nous conversâmes un moment jusqu'à ce que le nourrisson ne commence à pleurer.
-Il doit avoir faim. Je vais lui donner le sein.
Blanche-Neige s'éloigna avec lui, me laissant seule avec son époux. Il les suivit du regard, rayonnant de joie; il avait rajeuni. Il se troubla face à l'insistance de mon regard sur lui.
-Qu'y-a-t-il ?
-Sa Majesté est une femme unique.
Il sourit à pleine dents.
-Je suis bénis de l'avoir pour épouse.
-Elle vous a donné un fils magnifique.
-Et aussi des amis en qui j'ai toute confiance.
Je fis une légère révérence en signe de remerciement. Son regard dévia vers la droite. Vers Eric.
-Il s'impatiente.
-J'y vais de ce pas.
J'avais amorcé mon départ avant de me raviser.
-Majesté ?
-Oui ?
-Merci de m'avoir confié William, je serai une bonne marraine, je vous en fais la promesse.
Il attrapa ma main qu'il porta à ses lèvres. Je sentais l'attention sur nous, je restai pétrifiée de stupeur.
-Je n'en ai aucun doute ma chère Sara.
-Devrais-je me méfier, entendis-je Eric demander avec nonchalance.
Il glissa un bras autour de moi tandis que le Roi me rendait ma main.
-Nullement. Je vous laisse mes amis, je dois m'occuper de mes invités.
Eric prit sa place devant moi et haussa les sourcils.
-Quoi ?
-Tu es … extrêmement désirable.
-Ne dis pas de bêtise et sers moi une assiette.
Il s'exécuta et nous nous installâmes à une table. Entourés de certains de nos pairs chasseurs, je me sentis à ma place. Je les écoutais converser mais j'étais décontenancée par l'attitude de mon mari. Son regard sur moi était brulant, je devinai son désir qui amplifiait sans commune mesure. Impossible de terminer mon assiette ni mon verre de vin.
-Partons, dit-il subitement.
Il s'excusa auprès de nos pairs et me tira à sa suite.
-Où m'emmènes-tu ?
-Tu verras.
Nous traversâmes le château pour aller récupérer nos chevaux. Nous galopâmes longuement à travers le domaine jusqu'à un lac. Il descendit et laissa sa monture libre. J'en fis de même pour aller le rejoindre. Il me bloqua contre un arbre et m'embrassa furieusement. Dans le bas de mon ventre, mes entrailles étaient en ébullition. Le coin était désert, il se déshabilla et souleva ma robe pour prendre possession de moi sans préambule. C'était inhabituel et inapproprié. Pourtant mon corps réclamait cet accouplement avec violence comme un besoin irrépressible. Je l'agrippai au cou, mes lèvres soudées aux siennes, subissant avec délectation ses assauts frénétiques. Je fermai les yeux, proche de l'extase. Il était partout, dans ma chair, dans mon cœur, dans mes yeux. Je gémis d'un plaisir douloureux alors qu'il renforçait sa prise sur mes cuisses pour s'infiltrer plus profondément en moi et répandre son plaisir.
Haletant, nous étions dans l'incompréhension. Je l'entendis me demander de lui pardonner, au creux de mon cou. J'étais toute endolorie mais pour rien au monde je n'aurais voulu changer cela. Il n'y avait pas d'explication mais je n'avais pas de regret. Je caressai ses cheveux avec douceur :
-Je t'aime.
Il se redressa, le regard encore voilé de désir mélangé à de la culpabilité.
-Je t'aime encore plus.
Je caressai sa joue avec tendresse.
-Je te voulais tellement que ça me faisait mal, m'avoua-t-il.
-J'ai aimé chaque seconde, le rassurai-je.
Il reprit confiance et relâcha ma cuisse en réajustant ma robe avant de prendre mon visage entre ses mains pour m'embrasser avec éminemment de tendresse.
-Viens, allons nager un peu, lui proposai-je, amoureuse comme au premier jour.
Il ne se fit pas prier.
La suite quand je pourrai.
