Minho était maintenant trop déconnecté pour tenir le compte des repas et se situer dans le temps, cela faisait bien longtemps qu'il avait abandonné, qu'il n'y pensait même plus.
Une fois, les deux mêmes types entrèrent dans la salle. Ils plissèrent le nez et le front, dégoûtés par l'état de Minho. Le garçon ne les remarqua même pas. Il se balançait toujours dans un coin, le visage tournait vers le mur.
Ils s'avancèrent, l'interpellèrent. Au son de leurs voix, Minho se contracta, se ratatinant sur lui-même comme s'il voulait qu'ils ne le voient pas. C'était peine perdue.
Ils reprirent leur laïus de la dernière fois, y ajoutant son hygiène déplorable, son manque d'estime personnelle, de respect également pour le monde. Ils lui martelèrent à nouveau son incapacité, sa lâcheté, et ainsi de suite.
Minho n'était plus rien de ce qu'il était par le passé. Il les aurait envoyé balader, et proprement ! Il leur aurait sauté dessus, toutes griffes dehors. Il leur aurait craché à la figure qu'il n'était pas responsable pour tout ça, que c'étaient eux qui le faisait vivre dans un tel état. Il les ignorerait, restant imperméable à leurs attaques et sarcasmes. A leurs critiques.
Mais Minho n'était plus dans son état normal. Il était comme une bête entre les crocs d'un prédateur. L'ombre de lui-même, voilà ce qu'il était. Il avait perdu beaucoup de poids, son visage et son ventre s'étaient creusés. Sa force, aussi bien musculaire que psychologique, s'était envolée. Il était comme un enfant devant son bourreau.
Il ne se rappelait pas combien de fois le schéma s'était reproduit, les mêmes types s'acharnant sur lui encore et encore, lui bourrant le crâne de leurs critiques, que Minho imprimait et assimilait de plus en plus, jusqu'à être totalement persuadé de leur véracité.
Enfin, un jour, on vint, et on le sortit de là. Minho ne pouvait marcher. Ils le posèrent sur une civière, portant tous un masque sur le bouche et leur nez.
Ils le lavèrent, l'habillèrent et le firent manger. Il obtempéra. Il était perdu dans toute cette activité. Une fois son estomac rempli, ce qui ne prit que quelques minutes, ils l'entraînèrent dans une salle.
Elle était grande, bien plus que sa petite pièce. Il n'y avait personne. En revanche, il y avait des chaises dans le fond, et ils le déposèrent sur l'une d'entre elles. Les murs étaient blancs, encore. Tout était blanc ici.
Il renversa sa tête contre le mur, et ferma les yeux. Il y avait trop d'informations à analyser et enregistrer pour son cerveau. Il entendit la porte claquer derrière ceux qui l'avaient emmené, puis plus rien.
Plus tard, Minho serait incapable de dire combien de temps exactement, la porte s'ouvrit à nouveau. Il ouvrit les yeux. Un Glader entra dans la pièce. Et après l'une des filles du Groupe B, et ainsi défilèrent les rescapés de la Terre brûlée, la deuxième épreuve.
Minho ne réagit pas tellement. Il se sentait complétement indifférent, complétement déconnecté. Même quand Thomas apparut, soutenu par deux types, il resta de marbre. Il se rendait compte que ce n'était pas normal. Thomas était devenu un bon ami, c'est ce qui arrive quand on se sauve mutuellement la vie, quand on vit des trucs aussi fous ensemble. Mine de rien, ça crée des liens. Mais là, rien.
Minho referma les yeux. Il avait l'esprit vide, comme d'habitude. C'était sa nouvelle carapace. Ne pas penser. Se détacher de tout ça.
Puis il entendit une nouvelle fois le bruit des portes. Il garda les yeux fermés, peu intéressé. Néanmoins, quelque chose le poussait à regarder. Il n'aurait su l'expliquer, mais il obéit à la pulsion.
En face de lui, Newt chancelait, maintenu par des sbires de WICKED. Il venait de passer le pas de la porte, il était à plusieurs mètres de lui. Ses yeux étaient grands ouverts, les pupilles dilatées, la mine stupéfaite.
Le coeur de Minho se serra. Newt était dans un état pitoyable. Il se demanda ce qu'il avait bien pu vivre de son côté, et l'idée lui fit grincer des dents. Alors qu'il se demandait quoi faire, il vit Newt perdre connaissance et glisser en avant. Minho se précipita en avant avec l'énergie qu'il lui restait, tombant à genoux à côté de Newt. Les types de WICKED repartirent.
Minho souleva doucement la tête de Newt, et la posa sur ses cuisses après s'être assis au sol. Il lui caressa le dos dans l'espoir de le réchauffer. Puis les accusations de ses tortionnaires lui revinrent, et il se sentit coupable d'être si près de Newt.
Il déglutit laborieusement, il avait l'impression que sa gorge était couverte d'éclats de verre. Il se releva et lança un regard à Thomas. Celui-ci fronça les sourcils. Il ne saisissait pas ce que lui voulait Minho. Quand il le vit s'écarter et se rassoir sur sa chaise, sa stupéfaction était totale. Le Runner avait refermé les yeux et réintégré sa position antérieure. Thomas soupira et prit le relai auprès de Newt. Il aurait préféré rejoindre Theresa, mais il avait encore du mal à avaler son comportement, lorsqu'elle l'avait enlevé au pied de la montagne.
Minho rouvrit les yeux et regarda la scène devant lui. Thomas et Newt étaient ensemble, la tête de Newt contre l'épaule de Thomas, les bras de l'autre enroulé autour du Glader tremblant. C'était dur à voir. Mais il lui fallait ravaler sa fierté et sa jalousie. C'était mieux pour Newt. Et si c'est mieux pour Newt, alors c'est mieux pour Minho. Il referma les yeux et attendit la suite, vidant son esprit de toute pensée.
PS : Merci beaucoup à vous, amis lecteurs ! Et merci à Lyraserah pour ses reviews régulières et super sympa :D et aussi à RunReaders (Guest) dont j'apprécie très fortement les encouragements ;D Continuez à lire (désolée pour ce chapitre tout court), je vous kiffe !
