Certains d'entre vous suivent le tennis ? Vous avez vu le match entre Williams et Azarenka ? Elles étaient toutes deux incroyables, et vraiment, Serena ne cesse de me surprendre (y compris ce lundi contre Stephens. J'ai littéralement hurlé contre mon écran.). Vivement la suite.

Merci pour vos reviews, je n'arrive pas à exprimer à quel point vos retours me touchent. Elles m'incitent à faire de mon mieux pour ne pas vous décevoir, et j'espère vraiment que ce n'est pas le cas (;


Tout avait changé en une fraction de seconde.

Grâce à un tout petit bout de papier, à un discours radiodiffusé, toutes les possibilités que Quinn avait envisagées, tout l'avenir qu'elle avait pensé et repensé, toutes les probabilités d'une libération soudaine ou d'une occupation sans fin s'étaient trouvés bouleversés.

Car, à compter de ce jour, ce n'était plus qu'une question d'heures ou de semaines avant que l'Europe et la liberté ne se relèvent et vainquent le nazisme et le fascisme une bonne fois pour toutes.

La vague d'émotions qui la submergea déferla sur elle pendant des heures, jusqu'à la fin de la journée, et elle fut quasiment certaine que toute personne ayant eu vent des dernières nouvelles avait ressenti la même chose.

Y compris Rachel.

La petite Juive avait pleuré avec elle un long moment, partageant les mêmes sentiments, aussi divers et puissants qu'ils soient. Peut-être que la nouvelle de cet après-midi l'avait encore plus affectée, parce que la possible liberté prochaine qu'elle sous-entendait signifierait bien plus pour elle que pour Quinn.

Quinn n'était pas quotidiennement menacée par sa confession. Quinn n'était pas obligée de rester constamment entre les quatre murs de son appartement.

Elle espérait que ce débarquement impromptu mènerait à des actions concrètes, et rapides. Pour que Rachel retrouve sa liberté volée, ses droits, tout ce qu'on lui avait enlevé sans qu'elle ait rien fait pour mériter un tel traitement.

Leurs sanglots se brouillèrent et leurs larmes se mêlèrent longtemps, jusqu'à ce que les deux jeunes femmes aient retrouvé assez de présence d'esprit pour sécher leurs joues et avoir digéré l'information du jour. Elles rirent en voyant l'état pitoyable dans lequel elles s'étaient mises ; robes froissées par des étreintes qui n'en finissaient de durer, encore et encore, et mouillées par des pleurs ; coiffures défaites et cheveux ébouriffés, yeux rougis, visages échauffés par tant de transports.

« Un verre d'eau ? » proposa la blonde en souriant faiblement. Elle respirait laborieusement, fatiguée, mais l'air véritablement heureuse. Rachel acquiesça, attendit qu'elle revienne de la cuisine, un verre dans chaque main, et la remercia d'un sourire.

La plus petite le vida d'un trait, puis le déposa sur la table basse. Elle se renversa ensuite en arrière, reposant sa tête sur le dos du canapé, et se mit à rire.

« Je n'arrive pas à y croire, fit-elle en gloussant. C'est trop beau pour être vrai. »

Quinn imita sa posture, soupirant lorsqu'elle ferma les paupières, tout en s'esclaffant elle aussi.

« Je sais. Ça a l'air... surréaliste. Complètement fou. »

Il n'y avait pas lieu de douter, pourtant, les deux femmes le savaient. Elles avaient, l'une comme l'autre, entendu Charles de Gaulle à la radio, et lu ce message qui avait probablement été diffusé dans toute la capitale, dans la France entière, peut-être même dans le monde entier.

« Brittany savait, dit Quinn en tournant la tête, regardant Rachel dans les yeux. Elle savait qu'il allait y avoir un débarquement. C'est ce dont elle avait voulu me parler quand elle est venue il y a un mois.

— Oh. Elle avait vu juste. Mais je ne me souviens pas l'avoir entendu dire...

— Elle n'a pas voulu te le dire, la coupa gentiment Quinn. Je ne sais pas pourquoi. Ce jour-ci, lorsqu'elle m'a emmenée dans la cuisine pour me parler d'un sujet personnel, c'était pour m'apprendre cette nouvelle. Un débarquement, en France. »

Rachel fronça les sourcils. Elle se souvenait de cette journée banale, de la visite de Brittany peu après le bombardement de Paris. Bien sûr, elle comprenait que les deux blondes aient des choses à se raconter, y compris des choses qui n'étaient pas nécessaires de dire en sa présence, que ce soit en rapport avec leurs travaux au sein de la Résistance ou d'autres sujets.

Mais cacher une nouvelle aussi grande, aussi importante, aussi optimiste que celle-ci, qui remplirait d'espoir et de bonheur n'importe qui ? Elle n'arrivait pas à trouver une raison à cela.

Elle aurait évidemment gardé le secret, si on l'avait mise dans la confidence. Rachel n'était pas stupide ; elle savait qu'une opération d'une telle envergure était, en général, gardée secrète jusqu'à son lancement, pour surprendre aussi bien l'ennemi que les citoyens lambdas. Et puis, excepté Quinn, elle n'avait personne à qui se confier. Et si jamais l'idée lui venait de crier par la fenêtre à qui voulait l'entendre qu'une telle action aurait bientôt lieu, on aurait vite fait de la mettre en prison, sous le regard condescendant ou neutre des passants.

Quinn dut sentir ce qui la tracassait, car elle posa une main sur la sienne en lui souriant, compréhensive et douce.

« Je suis sûre que Brittany avait ses raisons, dit-elle lentement. Je crois même les connaître. »

La brune resta muette, attendit qu'elle poursuive, ce qu'elle fit après s'être un peu plus rapprochée d'elle.

« Ce sont les mêmes raisons qui m'ont poussée à ne pas te révéler l'information, chuchota Quinn en la fixant sans ciller. Elle voulait te préserver. Elle savait que tu serais heureuse en apprenant la nouvelle, que cela te redonnerait espoir. Mais elle savait aussi que si jamais le débarquement n'avait jamais lieu, que si ses sources s'étaient malheureusement trompées ou que l'opération avait été annulée, tu aurais été dévastée. J'aurais été dévastée, moi aussi. Pendant des années, on m'a fait croire que demain, tout serait terminé, alors qu'en réalité la situation empirait. Une déception de plus ou de moins, finalement, ce n'est pas grand chose. Mais je crois que... je voulais te préserver de ce désappointement qui nous menaçait.

— Comment aurais-tu pu être sûre que cette nouvelle allait se transformer en déception ? demanda la brune. Cette fois-ci, tout aurait pu être différent ; et on le sait aujourd'hui, tout est différent.

— C'est vrai. Mais il y a un mois, je n'en avais aucune idée. J'étais persuadée que c'était encore une illusion, un rêve d'idéalistes pour que nous ne perdions pas espoir, qui nous décevrait une nouvelle fois. Si j'avais su, je te l'aurais dit. Bien sûr que je t'en aurais parlé, Rachel. J'ai été idiote. J'aurais dû le faire, et non taire un aussi grand événement, sous prétexte que je n'étais pas sûre qu'on allait être libres. Sous prétexte de te protéger. »

Quinn baissa les yeux, sentant la honte commencer à se propager sous sa peau en écoutant ses propres excuses qui lui semblaient ridicules maintenant qu'elle les exposait à Rachel. Pourtant, des doigts fins vinrent relever son menton, et des yeux sombres plongèrent dans les siens, maintenant le contact pendant de longues secondes.

Rachel lui sourit.

« Tu n'as pas à culpabiliser, Quinn. Je comprends tes raisons. Et puis, ajouta-t-elle dans un haussement d'épaules, c'est du passé, dorénavant. On n'a plus besoin d'en parler. Tout est différent, maintenant. »

Elle avait raison, comme à son habitude. Ressasser ces jours qui avaient précédé l'annonce officielle du débarquement ne servirait à rien. Seul le présent comptait.

Lentement, avec un sourire qui s'élargissait au fur et à mesure, Quinn tira Rachel vers elle, plaçant la paume de sa main contre sa joue et déposant un long baiser sur ses lèvres. Au bout d'une dizaine de secondes, elle s'écarta, les joues un peu plus rouges qu'une minute auparavant, tout en continuant de caresser son visage du bout des doigts.

« J'ai tellement de chance de t'avoir rencontrée. »

La petite brune sourit tandis qu'une rougeur similaire à celle qui couvrait Quinn s'installait sur sa peau. Ses mots et ses actes (en particulier, ses caresses, ses baisers, amoureux et tendres) lui avaient toujours fait cet effet.

Mais le sourire de la jeune parisienne se transforma en quelque chose de triste, mélancolique, et elle dit, d'une voix basse, fragile :

« Ces derniers temps, tout est si... parfait, entre nous, que j'ai l'impression que ce qu'on vit depuis des mois n'est qu'un rêve, et que je vais me réveiller à tout moment, seule, sans toi.

— Je peux t'assurer que ce n'est pas un rêve, répliqua Rachel en serrant ses mains. C'est impossible.

— J'ai peur que cela arrive, pourtant. Qu'un jour, tu ne sois plus là, que tu disparaisses sans dire un mot.

— Ça n'arrivera pas, Quinn.

— Cela pourrait arriver, fit-elle en baissant les yeux. Si jamais tu décidais que tu t'ennuyais, que la vie ici ne correspondait pas à tes attentes, ou que finalement, l'Autriche te manquait trop, que ta famille te manquait trop, et que tu voulais les retrouver. Peut-être que tu te lasserais de Paris, ou bien de moi. »

Quinn renifla faiblement, se mordant la lèvre. Elle en avait peut-être trop dit, ou bien tout dit trop tôt. Il y a une minute à peine, elle et Rachel se réjouissaient du débarquement, et voilà qu'elle brisait leur simple moment de joie pour dévoiler ses craintes, fondées ou non.

Mais elle savait que leur temps était compté ; plus vite la France serait libérée, et plus vite Rachel retournerai chez elle.

Cette pensée lui était insupportable.

Elle en était étrangement persuadée, malgré l'assurance passée de la petite Juive, et malgré la partie optimiste de son esprit qui lui criait de croire en leur relation, de ne pas l'abandonner. Quinn ne l'abandonnait pas, cependant ; elle était simplement terrifiée par cette alternative.

« Quinn ? » dit Rachel d'une voix indéfinissable.

L'intéressée ne bougea pas.

« Quinn, regarde-moi. »

Lorsqu'elle releva enfin le visage et croisa le regard de Rachel, elle eut peur de se mettre à pleurer. Elle ressentait tant de choses pour cette femme, cette petite brune aux grands yeux et à la voix angélique, et elle se demanda avec difficulté si c'était la dernière fois qu'elle pourrait la regarder ainsi, sans qu'elles soient dérangées par personne, libres de s'aimer et de vivre, tout simplement.

Rachel se pencha pour l'embrasser, longuement, sentant ses poumons brûler, jusqu'à ce qu'elles se séparent naturellement dans une grande inspiration. Elle continuait de serrer ses doigts entre les siens, et les étreignit une nouvelle fois avant de commencer à parler.

« Je te promets devant Dieu, Quinn, que jamais je ne te quitterai. Jamais, répéta-t-elle en accentuant ses mots d'un regard inflexible. Je t'aime. Jamais je ne voudrais vivre ailleurs. Je me fiche que ton appartement soit ridiculement petit ou que Paris soit si triste, puisqu'aucun autre endroit ne pourrait me plaire. Et tu sais pourquoi, Quinn ? Parce qu'ailleurs, tu n'y seras pas. Je ne pense pas pouvoir survivre dans un endroit où tu n'es pas. Je sais que je ne pourrais pas le supporter. Car sans toi, je ne suis rien. Je ne serais plus qu'une Juive sans intérêt, une femme inutile, au ban de la société. Mais avec toi, je suis bien plus que cela. »

Comme Rachel ne poursuivait pas, la blonde renifla, sentant les larmes refluer sous ses paupières sans qu'elle puisse les arrêter. Elle fut surprise — et, quelque part, terriblement soulagée — de sentir l'une des mains de la brune quitter les siennes pour se poser sur sa joue, écartant quelques mèches blondes de son visage, avant d'agripper ses épaules pour la tirer contre son corps.

Quinn ne put s'empêcher de pleurer doucement sur son épaule, enterrant son visage contre le tissu de sa robe, tandis que Rachel caressait ses cheveux d'une main et l'attirait impossiblement plus près de l'autre, posée dans le creux de ses omoplates.

Elle songea que la brune était l'une des seules personnes — si ce n'était la seule — capable de la faire pleurer sans qu'elle se sente honteuse d'afficher aussi grossièrement ses émotions, et cela, rien qu'en lui disant qu'elle ne voudrait la quitter pour rien au monde.

Elle se sentait incroyablement sotte d'avoir pu pensé le contraire, alors même que Rachel lui avait déjà assuré qu'elle ne partirait pas, qu'elle était, dorénavant, sa seule famille.

Ses larmes coulèrent de plus belle alors que son corps était secoué de silencieux sanglots. Rachel continuait de caresser tendrement sa peau, ses cheveux, murmurant des mots d'amour et de réconfort dans son oreille pour l'apaiser.

Sentir la petite brune pressée contre elle, sans un centimètre pour les séparer, lui permettait de rester calme, de demeurer ancrée. Sa proximité et sa voix douce et chaude lui permirent de reprendre ses esprits, et elle retira sa tête de son épaule pour sécher le reste de ses larmes d'une main vacillante.

Quinn leva les yeux et sourit faiblement à Rachel, comme pour la rassurer, lui promettre que tout allait bien.

« Je suis désolée, dit-elle. Je n'aurais pas dû me laisser emporter. »

Rachel sourit, s'approcha pour essuyer les dernières traces d'humidité sur ses joues, puis garda le visage de Quinn entre ses mains.

« Je comprends que tu aies peur, fit la brune en ne cessant de l'observer. Vraiment. Tout comme tu comprends, j'en suis sûre, que j'ai peur qu'un beau matin, des soldats armés viennent m'enlever et m'emmener loin de toi. Cela me terrifie plus que tout. Mais ça n'arrivera pas. Parce que je ne partirai pas, et parce que tu ne laisseras jamais personne me faire de mal. »

Sur ces mots, Rachel l'embrassa une nouvelle fois, communiquant ses sentiments à l'aide de ce simple geste qui faisait maintenant partie de leur quotidien. Lorsque la brune s'écarta et laissa une Quinn pantelante et rougissante, elle sourit narquoisement, avant de se pencher vers elle.

« Promets-moi qu'on restera ensemble, quoi qu'il arrive » demanda la plus petite en continuant d'embrasser sa compagne, parsemant sa peau de baisers qui se déplacèrent progressivement jusqu'à son cou, suivirent le contour de sa mâchoire et le bord de son oreille.

Quinn se hâta de lui promettre, se perdant petit à petit entre son odeur de savon et son toucher de soie.

Elle ne pouvait rien lui refuser, et n'était pas certaine d'en avoir envie.

De toute la soirée, jusqu'aux premières lueurs de l'aube, Quinn ne fit qu'embrasser Rachel, sur toutes les zones de son corps qu'elle pouvait atteindre, et Rachel lui rendit chaque baiser, chaque caresse, chaque frôlement, en un curieux mélange de volupté et d'innocence.

Il leur semblait avoir atteint une nouvelle sorte de connexion avec la certitude qu'elles ne seraient jamais séparées — du moins, pas de leur propre volonté. Elles ne le permettraient jamais, et sachant cela, ce fut comme si leurs sentiments se décuplèrent, refusèrent de rester intériorisés ou astreints plus longtemps.

Alors qu'elles les avaient contenus, parfois même à grand peine, durant les mois où elles étaient certaines de n'avoir que quelques jours à vivre avant que quelqu'un ne les découvre, savoir qu'elles allaient bientôt être complètement, irrévocablement libres avait fait rompre la corde qui les enserrait et les étouffait.

Parce qu'elles se sentaient libres, elles avaient l'impression légitime d'être invulnérables, affranchies de toutes les lois qui entravaient leur quotidien.

Quinn était en train d'embrasser le ventre et l'abdomen de Rachel quand cette dernière songea qu'elle pourrait très bien partager le reste de sa vie avec la blonde. Elle se voyait déjà vivre jusqu'à cinquante ans entre les quatre murs de cet appartement parisien, minuscule mais confortable, avec Quinn à ses côtés, prête à lui tenir la main et à franchir avec elle chaque obstacle qui se présenterait sur leur chemin.

Elle se sentit partir dans ses pensées d'avenir, de concubinage et de longues promenades sous le soleil d'été quand elle fut brusquement ramenée à la réalité en sentant Quinn embrasser ses cuisses, glisser sa langue sur sa peau basanée, promenant ses lèvres autour de son genou, s'attardant là où ses muscles répondaient à son toucher, frémissant sous sa bouche sans que Rachel ne puisse les contrôler.

La brune expira par le nez, fermant hermétiquement ses paupières lorsqu'elle sentit ces mêmes lèvres grimper un peu plus, marquant l'intérieur de ses cuisses qui flageolaient sous tant d'attention. Ses mains agrippèrent les draps, qui se froissèrent sous ses doigts crispés.

« Rachel ? »

Une voix anxieuse la sortit de sa rêverie. Rachel ouvrit les yeux, les posa sur ceux, attendrissants, aimants, compréhensifs, d'une Quinn rougissante vêtue uniquement de ses effluves de menthe fraîche, qui la regardait comme si elle détenait tous les secrets du monde.

Pendant une seconde, la petite brune fut envahie par l'odeur qu'elle dégageait ; une odeur qui ne cessait de l'apaiser, qui calmait les palpitations de son cœur et l'entourait d'une sensation de sérénité, de sécurité. Une odeur qu'elle associerait toujours à Quinn, forte sans être agressive, caressante et enivrante à la fois.

C'est sans doute à cet instant, ou juste après que la blonde, sur un ton d'une infinie douceur, lui dit « on peut s'arrêter là, si tu le souhaites », couplé à un léger sourire en coin, que Rachel fit son choix, et fut certaine qu'il était le bon.

Elle passerait le reste de sa vie, et tout ce qui s'ensuivrait, aux côtés de Quinn Fabray.

Rachel répondit en secouant la tête et en se mordant la lèvre pour empêcher le sourire qui menaçait de prendre toute la place disponible sur son visage, puis relâcha sa prise sur les draps pour poser une main sur sa joue d'albâtre, caressant sa pommette et le haut de sa nuque, jouant avec les fines mèches de cheveux qui s'y trouvaient. Quinn se pencha pour l'embrasser, caressant sa peau de son souffle chaud, avant de descendre plus bas, parsemant sa poitrine et ses côtes de baisers amoureux.

Quelques instants plus tard, pendant qu'elle reprenait son souffle et retombait sur Terre, Rachel se dit qu'elle avait sûrement entrevu un morceau du paradis, et que si c'était ce que la vie à deux, avec Quinn, impliquait, elle serait heureuse de commencer dès maintenant et de ne jamais la quitter.


Deux jours après la nouvelle du débarquement (qui avait été si largement diffusée et reléguée qu'il était impossible de ne pas en avoir entendu parler), Paris avait l'air de contenir sa joie.

Il n'y avait eut aucun débordement dans les rues, du moins pas à la connaissance de Quinn, ni d'annonce à la criée, et elle n'avait vu aucune affiche placardée dans la capitale lorsqu'elle était sortie pendant quelques minutes, juste après avoir récupéré son courrier.

Paris était calme, en totale opposition aux combats qui se jouaient maintenant à quelques centaines de kilomètres de là, en Normandie, et qui se rapprochaient lentement de la ville.

Ce débarquement semblait encore si utopiste et irréel que des éclats de joie provenaient encore, à des moments incongrus et aléatoires, de leur appartement.

Il leur arrivait, à elle et à Rachel, de se mettre à rire, pour n'importe quelle raison, à n'importe quel moment de la journée ; et souvent, l'autre rejoignait la première, jusqu'à ce que leurs côtes leur fassent mal et qu'elles en aient les larmes aux yeux.

Il faisait bon de pouvoir exprimer leur joie de cette façon. La nouvelle du six juin 1944 leur avait donné ce regain d'espoir qui leur manquait, celui qu'elles avaient perdu il y a des années, celui qui leur permettait de continuer à vivre en ayant abandonné en route l'un des poids qui pesait sur leurs épaules et qu'elles traînaient derrière elles depuis tant de temps.

Sam vint frapper, au beau milieu de l'après-midi, à leur porte pour étreindre ses deux voisines de toutes ses forces, riant et souriant à s'en décrocher la mâchoire.

Tous trois échangèrent quelques heureux mots d'espoir dans une atmosphère apaisée, comme si le voile qui les brouillait habituellement et les empêchait de croire en quoi que ce soit de concret s'était finalement dissipé, laissant derrière lui une vague réminiscence de ce qu'avait été leur vie ces cinq dernières années.

Quinn contempla, le temps d'une seconde, l'idée d'informer Sam de sa relation avec Rachel. Mercedes avait vu ses doutes plus ou moins confirmés, alors pourquoi ne pas lui dire, à lui aussi ? Il avait le droit de savoir, après tout. C'était son meilleur ami, son voisin, ainsi que celui de Rachel. Il serait bien au courant un jour ou l'autre.

Pourtant, elle ne lui dit rien. Elle sentait que ce n'était pas le bon moment pour cela.

Et peut-être qu'elle était un peu effrayée de sa réaction.

Ce que Quinn ne savait pas non plus, c'était que Rachel y avait aussi songé. Elle qui avait si longtemps vécu cachée, et qui l'était toujours à ce jour, ne voulait plus vivre dans l'ombre. C'était trop éreintant.

Sam partit après quelques minutes, promettant aux deux jeunes femmes de bientôt les inviter autour d'un dîner (une véritable réception, cette fois-ci) lorsque la guerre serait bel et bien terminée. Il ajouta, avec un clin d'œil, que cela pourrait arriver très vite, bien plus vite qu'elles ne le croyaient.

Sans surprise, Quinn lui faisait aisément confiance sur ce point.

Les jours continuèrent de se succéder sans accroc. Étrangement, il n'y eut aucune descente de police, aucune fouille de tous les commerces et habitations, ni même le renforcement des patrouilles dans la ville après l'annonce du débarquement de Normandie. Il y avait encore et toujours des soldats errant dans les rues, martelant les pavés de leurs bottes de plomb, surveillant tout d'un regard intraitable et impitoyable, et des tanks arpentant les plus grandes avenues, celles qui bordaient le Louvre et la Bastille, la Concorde et les Champs-Élysées.

La blonde était relativement heureuse, et même soulagée d'habiter un quartier comme Montmartre. Un coin de Paris escarpé, peut-être peu accueillant au premier abord, et surtout, éloigné des grandes institutions, prises d'assaut par les généraux nazis et les soi-disant politiciens régissant la France.

Il faisait assez froid depuis quelques jours, pas plus d'une douzaine de degrés, et encore moins à la tombée de la nuit, ce qui incita la blonde à ressortir une des lourdes couvertures en laine qui gisaient au fond de son armoire.

On pouvait entendre le vent gémir à la fenêtre, et apercevoir quelques branches d'arbres plier sous cette agitation.

Quinn se glissa rapidement dans le lit, où Rachel avait déjà pris place et lisait un livre, avant d'étaler la couverture sur la couette. Son poids leur offrirait peu de liberté de mouvement, certes, mais également une chaleur non négligeable qui empêcherait d'engourdir leurs extrémités.

La jeune femme soupira de contentement tout en s'installant plus confortablement contre le bras de la petite Juive, y blottissant son visage tandis qu'elle glissait une de ses jambes entre les siennes, comme elle avait souvent coutume de le faire.

Satisfaite de sa position, Quinn attrapa la main de Rachel qu'elle embrassa, puis chacune de ses phalanges ; elle sentit plutôt qu'entendit la brune laisser échapper un petit rire, puis emmêla ses doigts dans ses cheveux, massant son cuir chevelu et tirant de la blonde un soupir d'aise.

La blonde se sentit dériver lentement vers le sommeil, bercée par le bruit des pages qui se tournaient de temps à autre, régulièrement, et par la quiétude surréaliste de son environnement. L'appartement était redoutablement silencieux, la rue encore plus ; plus personne ne s'y aventurait dès que le jour commençait à décliner, et aucun bruit de moteur ou de roues s'écrasant les pavés ne pouvait être entendu au loin.

La lumière diffusée par la lampe de chevet ne la dérangeait pas, elle qui pouvait aisément dormir en toutes circonstances (même en plein jour), à la seule exception qu'il lui fallait du calme. Quinn se réveillait en sursaut au moindre bruit ; c'était ce qui était arrivé lorsque Rachel avait eu des cauchemars, ainsi qu'au moment du bombardement — mais, après tout, qui pouvait rester endormi alors que des bombes explosaient au-dessus de votre tête ?

Quelques minutes plus tard, Quinn sentit la brune s'écarter légèrement, entendit un léger bruit creux suivi d'un déclic qui plongea la pièce dans le noir, avant que Rachel ne s'allonge contre elle, le dos contre sa poitrine, encastrant la main de la blonde entre les siennes et reposant cet enchevêtrement de chairs pâles et bronzées sur son ventre.

Inconsciemment, elle serra la petite brune un peu plus contre elle, désireuse de ne laisser aucun centimètre d'espace vide entre leurs corps étroitement imbriqués.

« Quinn ? » chuchota une voix questionnante.

La jeune femme répondit par un murmure tout aussi interrogatif. Elle ouvrit les yeux, fut accueillie par une obscurité débordante et le délinéament du corps de Rachel à peine perceptible, éclairé par quelque lumière venant de l'extérieur, puis choisit de les refermer. Elle n'avait pas besoin de la voir dans des moments comme celui-ci ; savoir que Rachel était dans ses bras était suffisant.

Et puis, Quinn lui faisait confiance. Elle savait que Rachel ne ferait pas la même bêtise que le premier jour. Elle ne s'enfuirait pas — plus jamais.

« Est-ce que tes parents ont su, poursuivit Rachel sur le même ton doux et bas, que tu préférais avoir des relations avec des filles ? »

Malgré le sérieux de la question, Quinn ne put s'empêcher de glousser. Peut-être était-ce l'innocence de Rachel qui avait suscité cette réaction légèrement absurde de sa part. C'était l'un de ses traits de caractère qu'elle adorait, et qui faisait de Rachel ce qu'elle était.

« Peut-être, répondit-elle. Je ne leur ai jamais dit, cependant. Je n'aurais pas supporté qu'ils me renient.

— Et Frannie ?

— Je suis positivement certaine qu'elle est au courant de mon homosexualité, sourit-elle. Je ne lui ai pas dit non plus, mais nous avons vécu toutes les deux, toutes seules, un long moment, et je crois qu'elle a dû m'apercevoir une ou deux fois en compagnie d'une femme. Elle a sûrement deviné toute seule. »

La plus petite ne répondit rien pendant un moment, perdue dans ses réflexions, jusqu'à ce que Quinn étreigne gentiment sa main et lui demande s'il y avait une raison à toutes ces questions.

Rachel haussa une épaule.

« Peut-être. Enfin, oui, il y a une raison. Je me demandais... commença-t-elle avant de s'arrêter brusquement.

— Je t'écoute, chérie.

— Cette fille, avec qui tu vivais, c'était... vous étiez ensemble, c'est ça ? »

Quinn acquiesça lentement, toujours incertaine quant à où voulait en venir Rachel.

« Que lui est-il arrivé ?

— Elle est partie. Enfin, ça semble assez évident.

— Je veux dire, reprit la brune, incompréhension et timidité se mélangeant dans sa voix, pour quelle raison t'a-t-elle quittée ? Tu es Quinn, bon sang. Quinn Fabray. Tu es la personne la plus merveilleuse que je connaisse. Personne ne voudrait même songer à te quitter. »

La blonde rougit fortement, et fut contente que Rachel ne puisse voir à quel point ses joues brûlaient. Un peu embarrassée, elle esquissa un timide merci, embrassa l'omoplate de Rachel à travers sa chemise en coton blanc avant de reposer sa tête sur l'unique oreiller qu'elles partageaient.

« Si tu ne veux pas répondre, je comprendrais, fit la jeune Juive. Ce n'est sans doute pas le bon moment d'en parler.

— Ne t'en fais pas, chuchota Quinn. J'ai juste... gardé cette histoire au fond de moi, pour moi, depuis des années. Je ne sais pas trop par où commencer. (Rachel étreignit ses doigts, affectueusement.) C'est une histoire banale, en fin de compte. Rien de très extravagant. Quand Frannie et moi nous sommes installées à Paris, la guerre n'avait pas commencé. Pourtant, ma sœur voyageait beaucoup, en France et à l'étranger. Elle n'a jamais aimé les espaces clos, et se sentait sûrement à l'étroit dans cet appartement. Elle partait souvent, et longtemps, parfois pendant des mois, revenait quelques semaines, et repartait en vadrouille. C'est sans doute pour cela qu'elle n'a jamais su — ou du moins, elle ne me l'a jamais fait savoir — que j'ai rencontré une fille, une jeune femme, avec qui j'ai eu une brève liaison à la fin de la décennie.

« Tout s'est enchaîné très vite. D'abord, la première rencontre, puis d'autres, puis un début d'amitié, et avant que je ne m'en rende compte, on avait dépassé cette ligne. Je ne me souviens pas m'être dit que ce que l'on faisait était mal, que ce que l'on éprouvait méritait la pendaison. C'était juste... une relation comme une autre, à mes yeux. Je ne crois pas l'avoir aimée ; je l'appréciais beaucoup, elle m'était très chère, mais je n'arrivais pas à éprouver quelque chose de plus fort. Enfin, ce n'est pas très important. Pourtant, je tenais à elle plus que tout. On a passé quelques temps ensemble, dissimulant notre relation aux yeux de tous. C'était difficile, car elle ne supportait pas de se cacher. Elle voulait crier dans la rue, aux passants, aux inconnus, ce qu'elle était. Des mois ont passé, puis la guerre fut déclarée. Tout le monde pensait, moi y compris, que les Français allaient vaincre les Allemands, que tout ne serait qu'une question de semaines. Je suis tombée des nues quand j'ai appris que l'armée française avait été battue, et qu'Hitler et ses nazis allaient occuper la France.

« Elle ne l'a pas supporté. Elle voulait partir, fuir le pays, fuir le continent parce qu'elle ne voulait pas perdre sa liberté. Je ne pouvais argumenter contre cela. Mais ce qu'elle ne voulait surtout pas, c'était que l'on découvre notre liaison. Deux femmes qui s'aimaient, c'était impensable pour l'époque, pour la société ; mais pour les nazis, c'était bien pire que cela. À les écouter, on devrait mériter le bûcher. Je crois qu'elle a été effrayée, véritablement, par tout ce que l'on racontait, toutes ces horreurs qui venaient de l'Est, et c'est ce qui l'a finalement décidée. Un jour, j'ai frappé à sa porte sans obtenir de réponse. Le concierge m'a dit qu'elle avait plié bagage cette nuit même, et qu'il n'y avait plus rien chez elle, pas même ses meubles. Lorsque je lui ai demandé si elle avait laissé une adresse, il a répondu négativement. Selon lui, elle ne reviendrait plus jamais.

— Tu n'as pas essayé de la retrouver ? » demanda doucement Rachel, effleurant son avant-bras du bout des ongles.

Elle sentit Quinn hausser les épaules, avant d'ajouter :

« Je m'en suis remise assez vite, en fin de compte. Je crois que je n'étais pas réellement amoureuse d'elle. »

Puis, Rachel perçut son souffle contre son oreille, son nez caressant ses cheveux et sa nuque, sa voix suave et cajoleuse.

« Mais de toi, je le suis, irrémédiablement. »

Le baiser qui suivit, à la jonction de son cou et de sa mâchoire, faillit lui faire perdre tous ses moyens.

Rachel était certaine, sans qu'aucun doute ne soit possible, qu'elle passerait le reste de sa vie avec Quinn, et que Quinn ressentait probablement la même sensation, insistante et étourdissante, au creux de son ventre, lui nouant la gorge et étouffant ses poumons, qui lui indiquait la même chose.

Jamais elles ne se sépareraient.