Ils attendirent un long moment avant que quoique ce soit n'arrive.

Les portent s'ouvrirent pour la énième fois, mais ce coup-ci c'est Rat-Man qui entra.

Il referma derrière lui et se planta devant les adolescents. Il scruta calmement chacun d'eux, puis se racla la gorge avec distinction.

« Vous venez de terminer l'expérience. Nous vous avions promis l'antidote à votre retour, cependant il n'est pas encore finalisé. Désormais, nous avons réuni tous les éléments nécessaires à son élaboration. Grâce à un système espion inséré dans votre crâne, nous avons pu enregistrer votre activité cérébrale au cours des différentes situations. Ces données précieuses nous permettent d'avancer dans nos recherches ».

Si Minho avait eu plus d'énergie, peut-être se serait-il insurgé d'avoir été pris pour un con une nouvelle fois par WICKED. Ils n'avaient pas encore fini l'antidote ? Quand arrêteraient-ils de leur mentir ? Minho n'avait aucune confiance en eux, et maintenant il n'en avait plus rien à foutre. Il serra les dents. Il fallait toujours qu'ils s'en sortent, non ? Minho avait perdu la volonté de se battre. Il soupira et écouta la suite avec toute l'attention dont son cerveau fatigué et déconnecté était capable.

« Si cela peut vous rassurer » poursuivit Rat Man, « vous n'êtes pas tous contaminés ».

Les Gladers les plus vigoureux laissèrent échapper des hoquets de surprise. La plupart ne fit que plisser les yeux.

« Par là, j'entends que certains d'entre vous sont bel et bien malades. Il fallait en effet dans notre expérience suivre les deux types de sujet, d'un côté les sujets immunisés, et de l'autre, les sujets sensibles au virus. Bien évidemment, les non immunisés ont été contaminés au contact des 'Crank', comme ils se font appelés, lors de l'épreuve de la Terre Brûlée. »

Minho était pendu aux lèvres de Rat Man. Il attendait avec impatience qu'il précise qui était immunisé et qui ne l'était pas. Il avait peur d'entendre un nom en particulier. Il ne savait pas s'il pourrait continuer - ou recommencer - à vivre si Newt était condamné à mort.

Il lança un regard au blond, toujours assis à côté de Thomas. Il avait les poings serrés sur ses cuisses, les jointures blanches. Il tourna les yeux vers Minho, et leurs regards se croisèrent. Minho ne se détourna pas. Il ne savait pas trop quel était le sens de son comportement, mais c'était comme s'il avait besoin de la présence de Newt pour se réconforter. Un regard était tout ce qu'il obtiendrait.

Alors que Rat Man reprenait, ils reportèrent leur attention sur lui.

La légèreté avec laquelle il parlait de l'expérience, des vies qu'ils avaient délibérément mises en péril, était écoeurante. Minho serra les dents, de plus en plus éveillé désormais.

« Voilà la liste des non immunisés » déclara-t-il avant de commencer son énumération.

Minho écoutait sans retenir les différents noms, des sanglots éclatèrent dans la pièce. Puis le sol se déroba sous ses pieds. « Newt ».

Il sentit immédiatement la rage monter en lui, dévastatrice. Il grinçait des dents, les yeux mouillés de larmes. Ces mains n'étaient plus que deux poings serrés et tremblants. Il osa enfin regarder Newt.

Newt était le calme incarné. Ses mains étaient posées à plat sur ses cuisses, comme s'il était plus détendu maintenant qu'il connaissait la vérité. Et peut-être était-ce le cas.

Il avait été soulagé de ne pas entendre le prénom de Minho ni celui de Thomas. A présent, c'était sûr. Il allait mourir, et plus tôt que tard. Il avait vu Minho se rédire du coin de l'oeil. Sa respiration s'était accélérée, on aurait pu penser qu'il allait sauter sur Rat Man.

Il croisa son regard, et vit une larme couler le long de son visage. Il fronça les sourcils. Il n'aurait pas cru qu'il réagirait si fort, il l'avait laissé en plan une heure plus tôt ! L'ironie du moment était épatante. Il avait tellement demandé à mourir, et maintenant qu'il avait Minho devant lui, il avait seulement envie de vivre.

Sa gorge se serra, et sa respiration devint laborieuse. Il ferma fort les yeux, refusant de se laisser aller à la panique. Tu vaux mieux que ça, aller, courage ! Mais non, il ne valait pas mieux que ça et il le savait. Il se sentait complétement dépassé, encore. Sa vie était un véritable ascenseur émotionnel, il voulait seulement un peu de stabilité. Juste un peu de calme.

La crise à peu près refoulée, il rouvrit les yeux. Minho ne l'avait pas lâché du regard. Il avait l'air inquiet, triste, abattu. Newt déglutit péniblement et se détourna de Minho. Il ne pouvait le voir aussi mal, et sans aucun égocentrisme, il savait que c'était sa faute.

Il fixa son attention sur Rat Man, ou du moins essaya-t-il.

« Maintenant que la situation est claire, vous avez deux options » reprit-il de façon clinique, totalement insensible à la détresse des quelques Cranks aux portes de la folie et aussi à celles de la mort. « Je vous ai dit précédemment qu'un implant nous permettait d'étudier et de contrôler votre activité cérébrale. Vous pouvez accepter qu'on vous les retire, ou refuser toute intervention. Le choix vous appartient. »

Rat Man lança un regard circulaire, passant rapidement sur chacun d'eux.

« C'est la dernière chose que WICKED vous demandera » conclut-il enfin.

Il sortit de la pièce, leur laissant un temps de réflexion. Minho, Newt et Thomas se mirent rapidement d'accord. Ils refusaient de se faire charcuter par WICKED.

« Ils n'ont fait que mentir depuis le début » enragea Thomas, « qu'est-ce qui vous fait croire que là c'est différent ? »

Les Gladers s'étaient échangé des regards, avaient repris leur discussion, peu convaincus. Même les filles étaient d'accord avec eux. Ils voulaient tous se faire retirer l'implant. Ils entendaient se débarrasser de WICKED de toutes les manières possibles.

Minho suivait tout cela de loin, totalement détaché. Les autres faisaient ce qu'ils voulaient, lui ne laisserait plus jamais WICKED l'approcher. C'était terminé.

Newt se tourna vers lui.

« Ta décision est prise, Minho ? » dit-t-il calmement, sous contrôle.

« Oui » souffla le Runner après l'avoir fixé une seconde.

Il mourait d'envie de lui demander comment il allait, de le prendre dans ses bras, mais il se l'interdisait. En plus, il n'était pas sûr que le questionner était une bonne idée. Bien sûr qu'il allait mal. Cela allait de soi.

« Et toi ? »

Newt hocha la tête : « Comme toi, j'ai pas l'intention de leur faciliter la tâche ».

Thomas essayait encore de convaincre les autres de les imiter, mais pas moyen. Il finit par abandonner et retourna auprès de ses amis. Newt et Minho étaient assis l'un à côté de l'autre, et discutaient à voix basse. Quand Thomas les rejoint, ils se turent.

« Ils ne céderont pas, je ne comprends pas comment ils peuvent encore y croire » bougonna-t-il en s'asseyant.

Il lança un regard noir à Theresa qui les encourageait à ne pas changer d'avis. Elle leur serinait qu'ils avaient fait le bon choix et que maintenant il fallait s'y tenir. Thomas ricana.

Minho leva les yeux vers lui, agacé : « Je ne vois même pas pourquoi ça te met dans un tel état ».

Thomas allait répliquer quand la porte se rouvrit.

Rat Man entra, suivi par des infirmiers. Il se plaça au centre de la pièce et jeta un regard dédaigneux aux trois garçons. Tous les autres s'étaient avancés derrière Theresa.

« Je suppose que vous refusez la chirurgie ? » observa Rat Man, une pointe d'agressivité dans la voix.

« Il semblerait, en effet » lâcha sèchement Minho.

Rat Man pinça les lèvres : « Très bien, vous êtes libres de choisir ». Il se tourna vers les autres : « Suivez les infirmiers » ordonna-t-il, faisant un pas sur le côté pour libérer le passage.

Ils quittèrent la salle. Minho haussa les sourcils. Il n'avait pas compris qu'ils y allaient tout de suite.

Rat Man leur fit à nouveau face. « Vous, suivez moi ».

Il se retourna, raide comme un piquet, et les entraîna dans les couloirs. Minho avait bien l'intention de tenter de s'échapper, et Newt l'avait compris à son regard, mais derrière la porte cinq hommes en armes les attendaient.

Minho serra les dents alors qu'ils prenaient place autour d'eux pour les escorter. Newt posa la main sur son bras, attirant son attention. Minho leva les yeux vers lui, et Newt se contenta de secouer lentement la tête. Pas maintenant.

Ils les dirigèrent vers une autre pièce, plus petite que celle qu'ils venaient de quitter, mais plus grande que celle dans laquelle ils avaient été détenus séparément.

Ils les firent entrer et refermèrent derrière eux. Ils entendirent le Clic du verrou.

C'est reparti, ragea Minho. Au moins cette fois-ci n'étaient-ils plus isolés.

Deux lits superposés se faisaient face, il y avait un lavabo dans un coin. Ils allèrent s'asseoir sur un lit, déjà fatigués.

« La prochaine fois, on décampe » déclara Minho, péremptoire.

Les deux autres acquiescèrent avec lassitude d'un signe de tête.

« Le problème c'est quand » marmonna Thomas dans sa barbe, hésitant.

« Je m'en fiche, il faut qu'on s'en aille, je n'en peux plus » dit Minho rapidement, les poings serrés.

Newt jeta un regard inquiet sur les murs et le plafond de la pièce : « J'espère qu'ils ne nous surveillent pas… » souffla-t-il

« Tu rigoles ? » rétorqua Minho, « je pense qu'ils savent déjà ce qu'on a derrière la tête ».

« J'imagine » admit Newt faiblement.

Minho lui lança un regard, Thomas était assis entre eux deux, mais Newt s'appuyait sur un bras pour se pencher un peu en arrière. Minho se pencha à son tour et posa discrètement la main sur la sienne, dans le dos de Thomas. Il serra doucement et relâcha. Newt écarquilla les yeux, surpris, fixant Minho avec surprise. Le Runner se détourna.

« La prochaine fois qu'on sort de cette salle, on tente le coup » décréta-t-il fermement.

Thomas laissa échapper un soupir. « Je ne le sens pas trop… » grimaça-t-il.

Minho soupira à son tour. Lui non plus ne le sentait pas, pas du tout. Mais il ne pouvait se résigner à ne rien faire.

Ils restèrent sans nouvelle un long moment, et ils s'allongèrent chacun sur un lit, prenant autant de repos que possible.