Serena Williams championne ! Lucie Šafářová dauphine et championne en double avec Bethanie ! Cette semaine a été génialement pleine de surprises et de rebondissements. Ces deux femmes sont incroyables et terriblement humaines. Je n'aurais pas plus être plus heureuse de cette année à Roland-Garros. Vivement Wimbledon, je sens qu'on les y retrouvera à leur meilleur niveau. Et puis, Serena se rapproche des records de Steffi et de Margaret. Elle m'épate sur tous les points.

Pardonnez-moi si ce chapitre semble un peu décousu. Je me rattraperai avec le suivant, promis.

P.S.: déjà 100 reviews ! Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser un petit mot sur cette histoire, et à ceux qui l'ont mise en favoris/suivis. C'est incroyable (:


« Un jour, j'aimerais pouvoir visiter cette ville tout entière. Tous les monuments, de la Tour Eiffel aux jardins royaux, en passant par les théâtres. Je marcherai sur chaque pavé de chaque avenue, et je grimperai les marches de la Basilique du Sacré-Cœur. »

Quinn sourit en entendant la voix rêveuse de Rachel. Cette dernière avait rapproché une chaise de la fenêtre du salon, et s'y était perchée pour pouvoir observer, en écartant le rideau avec précaution, le bout de la rue qui s'étalait sous ses yeux, les toits en zinc et en ardoise, les pigeons s'envolant de temps à autre en scindant le gris bleuté du ciel de leurs ailes affolées, le morceau de Sacré-Cœur qui s'élevait, fier et immaculé, sur la colline de Montmartre, debout malgré les bombes qui avaient troué le quartier il y a de cela plusieurs semaines.

La petite brune ne se souciait pas d'être vue, par des passants ou les habitants de l'immeuble d'en face ; elle savait bien qu'il y avait tout de même un risque, mais sachant que Quinn se faisait plutôt discrète, ceux qui pouvaient l'apercevoir à la fenêtre ne se doutaient sûrement pas qu'elle n'était pas la propriétaire des lieux.

Aussi, à plus de dix mètres au-dessus du sol, il était peu probable qu'on se rende compte de sa présence, occultée par les rideaux fins accrochés à la fenêtre.

« On pourrait le faire ensemble, continua Quinn. Je te ferai visiter ce que je connais déjà, et on découvrira le reste ensemble. »

Rachel tourna la tête vers la Parisienne et sourit, presque timidement, comme si cette possibilité ne lui avait pas traversé l'esprit, mais maintenant qu'elle était évoquée, elle la pensait être la meilleure chose à faire.

« J'adorerais ça. »

Quinn sourit, songeant aux possibilités qu'offraient la future libération de Paris et de la France, qui pourrait arriver d'une minute à l'autre. Elle avait entendu dire que les Français avaient débarqué en Toscane, et prenaient par surprises les armées allemandes sur tous les fronts. Les Soviétiques tenaient leurs terrains, et le Troisième Reich s'effritait lentement, de tous côtés.

Bientôt, Rachel serait enfin libre, à nouveau libre. Elle aurait à nouveau le droit de poser le pied dans les rues sans se sentir menacée, et d'avoir un travail, et de vivre comme tous les autres.

La jeune femme avait l'impression qu'une page était en train de se tourner — et qu'elle le serait définitivement une fois la nouvelle de la libération de l'Europe du joug nazi officialisée. Depuis que Rachel était apparue dans sa vie, il lui semblait tout voir d'un autre point de vue. Lorsqu'elle sortait dans les rues de la capitale, Quinn imaginait les Juifs, les communistes, les Tsiganes, les intellectuels obligés de se cacher de tous, de vivre sous les combles d'un immeuble, dans une pièce dérobée d'un appartement prêté gracieusement, dans une cave grignotée par les rats et l'insalubrité.

Bien sûr, elle savait que des tas de gens se cachaient depuis quelques années, pour des raisons aussi diverses que légitimes. Mercedes se cachait. Sue cachait ses activités, perçues comme illégales. Des tas de réfugiés, clandestins, des personnes qui avaient voulu tenter leur chance dans la capitale de la mode et des rêves devenus réalité avaient vu leurs illusions s'effondrer lorsque l'ombre de l'empire allemand couvrit autoritairement la ville lumière.

Plus encore, elle avait vu de ses propres yeux les conséquences horrifiantes de la persécution et de la propagande perpétrées par les nazis, ainsi que les affres de la collaboration, trop fréquente. Un jour qu'elle se promenait, Quinn avait découvert, épouvantée, placardées dans chaque recoin de la ville et du pays, des dizaines d'exemplaires de l'Affiche rouge, annonçant fièrement et avec condescendance, la condamnation suivie de l'exécution de membres du groupe Manouchian.

Elle s'était effondrée, inerte, une fois rentrée chez elle, effrayée de ce qui pourrait lui arriver, imaginant le pire depuis ce jour.

Paris, dont on chantait autrefois les louanges, n'était plus qu'un point sur une carte, une ville fantomatique, habitée par des âmes invisibles, dirigée d'une main de fer par des âmes invincibles.

Tout du moins, des âmes que l'on croyait invincibles. Car aujourd'hui, les cartes étaient redistribuées. Cet empire, autrefois impénétrable et inextinguible, avait montré ses failles, et se trouvait dorénavant dans l'incapacité de contenir toutes ces armées, françaises, soviétiques, anglo-saxonnes et coloniales, qui l'attaquaient brusquement de toutes parts.

Il y avait une chance pour que la liberté triomphe enfin, après des années passées dans l'oubli.

Il y avait une chance plus que probable pour que, dans moins d'un an, Rachel puisse goûter à l'air parisien, aux pavés sous ses pieds, et qu'elle puisse errer sans but dans les avenues marchandes, qu'elle observe d'un œil brillant les vitrines pleines à craquer des boutiques de luxe, et qu'elle puisse se promener en toute sérénité aux côtés de Quinn, leurs bras emmêlés, s'échangeant des regards heureux et aimants sans se soucier des coups d'œil des badauds.

Quinn y croyait, elle qui avait presque perdu toute foi en un quelconque changement de situation dans les prochains mois. L'Armée de Libération de De Gaulle gagnait du terrain, les Alliés arrivaient à contrer les attaques allemandes, et pour la première fois depuis très longtemps, sans faire de concession.

Tout était possible. Les chances pour que toutes ces horribles persécutions cessent enfin grandissaient de jour en jour, quand elle entendait à la radio que les Français avaient récupéré telle ville ou tel département et s'approchaient, lentement mais sûrement, de la capitale.

Elle voulait croire en cette future liberté. Car cela signifiait qu'elle aurait une chance d'avoir un futur avec Rachel.


Les jours se ressemblaient tous au fur et à mesure qu'ils défilèrent rapidement devant les yeux de Rachel et de Quinn.

Il y eut des coups de vent violents et quelques orages, qui semblaient alterner avec des températures clémentes et une humidité constante dans l'air pendant de longues semaines. Le temps changea brusquement au milieu du mois de juillet pour rester au beau fixe. Quinn n'eut plus besoin d'essayer d'allumer le chauffage, et rangea définitivement les couvertures et la couette en plumes qui trônaient sur son lit depuis l'automne.

Les deux femmes passaient, sans vraiment s'en rendre compte mais sans rien trouver à y redire, plus de temps debout avec l'allongement des journées et le retard de la nuit.

Elles décidèrent d'un commun accord de retarder leur déjeuner et leur dîner d'une heure, de rester dans le salon jusqu'à ce que la lumière naturelle n'y pénètre plus, de rendre visite à leurs voisins de l'étage du dessous au moins une fois par semaine ; toutes ces petites choses, en apparence anodines, banales, rendaient leur vie quotidienne plus réelle, y ajoutaient une profondeur indispensable pour deux personnes partageant leurs vies, et qui voulaient continuer à le faire, aussi longtemps que cela était possible.

Mercedes et Sam étaient, à chaque fois que l'un ou l'autre ouvrait la porte de leur appartement et voyait qui se trouvait derrière, extatiques de les voir. Ils leur offraient généralement à boire (du thé, du café), parfois à manger (quelques biscuits secs ou de la brioche), s'ils ne les invitaient pas à dîner avec eux.

Ces visites se généralisant, pour le plus grand bonheur des quatre protagonistes, Rachel commençait à réellement sentir qu'elle avait une place dans ce petit groupe d'amis. Plus encore, elle avait l'impression — plus qu'une impression, elle savait que c'était la vérité — d'être traitée comme un être humain à part entière, avec sa propre opinion et sa personnalité, et qu'elle était aimée pour cela.

Elle savait que les regards de la jeune antillaise, remplis d'affection et un rien malicieux, qui lui étaient adressés n'auraient jamais été pour une inconnue, une Juive en fuite ou une simple voisine. Elle savait que les étreintes de Sam, ses sourires timides et sincères étaient l'une des façons du jeune homme de lui montrer qu'il se souciait d'elle, comme la première fois qu'il l'avait vue, effondrée dans une allée sombre au milieu d'éclats de verre ensanglantés.

Plus encore, la petite brune savait que les deux voisins de Quinn ne lui en voulaient pas d'avoir brusquement débarqué dans l'appartement du troisième étage, et de partager depuis presque dix mois les repas d'une blonde autrefois solitaire sans rien lui donner en retour, si ce n'est un peu d'amour et de réconfort dans un monde déchiré par la violence.

Ce n'était évidemment pas de sa faute ; Rachel n'avait pas choisi de tomber sur Quinn, sur une femme qui lui ouvrirait les portes de chez elle et de son cœur, et la grâce dont elle faisait preuve n'était qu'un infime exemple des raisons qui l'avaient poussée à rester ici.

Et pourtant, Sam et Mercedes la traitaient comme si elle avait habité avec Quinn depuis toujours, comme s'ils s'étaient connus à l'école et venaient de retrouver une vieille amie perdue de vue il y a des années.

Elle n'aurait pu rêver meilleur cadre de vie, et souhaitait de toute son âme pouvoir continuer à expérimenter cet état de béatitude et de sérénité, de liberté que lui offrait Quinn.

Cette dernière paraissait plus reposée avec l'arrivée des beaux jours. Ses cheveux s'éclaircissaient, sa peau devenait moins pâle, ses mains plus calleuses, ses yeux plus verts et plus vifs.

Quinn était également plus matinale ; elle qui n'avait pas l'habitude de fermer les volets de la fenêtre de sa chambre, elle était presque invariablement réveillée par les rayons de soleil traversant les rideaux blancs et tombant sur l'oreiller. Rachel savait que la blonde était sortie du sommeil lorsqu'elle la sentait se coller un peu plus à elle, pressant sa poitrine contre son dos, ou bien resserrant son étreinte sur sa taille de ses bras d'albâtre.

Rachel aimait ces matinées paresseuses, baignant dans une atmosphère onirique et tranquille, séparées du reste de la journée par un miracle qu'elle ne s'expliquait pas.

La tranquillité de ces moments quotidiens amenait beaucoup de tendresse, de conversations belles et inutiles à la fois, parfois embrouillées par le sommeil, entre les deux jeunes femmes.

Parfois, Quinn réveillait sa compagne en se blottissant contre elle, parsemant sa nuque de baisers, glissant sa main sous son pyjama pour caresser la peau tendre de son ventre et de ses hanches jusqu'à ce que cette dernière étire ses membres engourdis et lui rende la pareille. D'autres fois, la blonde sortait du lit aux aurores (aussi dur que cela était de laisser Rachel et la chaleur qu'elle dégageait, même pour quelques minutes), et revenait un instant plus tard, les bras chargés d'un plateau aussi maigre qu'appétissant qu'elle déposait à ses côtés.

Peu importait comment elle se réveillait, en fin de compte ; Quinn ne cessait de surprendre Rachel, et Rachel adorait l'unicité de ces moments.

C'était l'un de ces matins, cuisant sous le soleil d'été, qui avait vu naître entre elles l'un de ces banals dialogues comme elles en avaient l'habitude, entrecoupé de leurs respirations lentes et reposées, du bruissement des draps sur leurs corps, du roucoulement d'un oiseau posé sur un balcon adjacent. Un banal dialogue dont l'intensité les surprit tout autant qu'elle les rapprocha.

Elles avaient quitté le pays des rêves depuis longtemps déjà, et pourtant, ne pouvaient se résoudre à abandonner leur refuge fait de coton et de tissu pour faire face à une autre journée où tout pouvait arriver, le meilleur comme le pire.

Elles voulaient simplement faire durer, ne serait-ce qu'un instant de plus, un moment privilégié qui n'existait qu'entre elles.

Faisant face à la petite brune et tenant sa main dans la sienne, Quinn lui avait demandé, non sans une légère appréhension, si elle aurait préféré ne pas être Juive pour ne pas avoir à fuir et à endurer toutes ces persécutions.

Rachel sembla réfléchir une seconde, puis secoua la tête.

« Je ne peux pas affirmer cela. Si je n'avais pas été Juive, beaucoup de choses seraient différentes aujourd'hui.

— Et si tu avais eu le choix, poursuivit Quinn, aurais-tu préféré ne pas l'être ? »

Cette fois-ci, la brune prit son temps pour répondre.

Elle ne savait pas si elle aurait aimé être autre chose — chrétienne, athée — que ce qu'elle avait toujours été, ce qu'elle avait toujours connu. Évidemment, si elle avait eu une autre religion, si son père avait été catholique, elle n'aurait pas subi ces années de chasse à l'homme et de dénigrements constants. Elle n'aurait pas eu à traverser d'innombrables frontières, à essayer de se faire comprendre par des étrangers et à se dissimuler dans des granges humides ou des caves étriquées.

Elle ne serait sans doute jamais arrivée à Paris, une nuit d'août, par un wagon de marchandises, et n'aurait jamais passé une nuit, un jour et le début d'une autre nuit dans le sous-sol de ce bâtiment délabré, dont la porte principale ne fermait plus et par laquelle elle s'était engouffrée, morte de froid, avec l'espoir de trouver quelqu'un qui puisse la faire voyager jusqu'à sa prochaine destination, quelle qu'elle soit.

Pire encore, elle n'aurait jamais rencontré Quinn.

Rachel le lui dit, doucement, en ajoutant que malgré les complications qui s'étaient glissées en travers de son chemin à cause de sa religion, d'un attribut qu'elle avait tout sauf choisi, elle ne regrettait rien.

« C'est l'une des raisons qui fait que nous sommes ensemble aujourd'hui » sourit-elle, tout en glissant une mèche de cheveux derrière l'oreille de Quinn.

La plus grande resta silencieuse, l'ombre d'un sourire sur les lèvres, laissant ses paupières se fermer d'elles-mêmes sous les caresses de la brune.

« Ce n'est pas contraire à ce que préconise ta religion, poursuivit la blonde d'un air moqueur et légèrement goguenard, que de vivre avec une autre femme et d'en tomber amoureuse ?

— Peut-être, répondit Rachel sur le même ton. Mais si je ne me trompe pas, c'est aussi contraire à la tienne, n'est-ce pas ?

— C'est vrai, gloussa-t-elle. C'est vrai. »

C'était si simple de discuter de sujets aussi sérieux avec Rachel, songea Quinn. Elle qui avait eu besoin de semaines et de mois pour arriver à concilier injonctions religieuses et préférences amoureuses, toutes ces questions lui apparaissaient maintenant sans importance. La croix qu'elle portait autour du cou s'était finalement allégée, après un temps passé à la traîner comme un fardeau.

La blonde n'avait pas besoin d'un Dieu en plus de cela pour embrouiller son esprit.

Toutes ces années passées à lutter contre des ordres qui devaient lui dicter sa conduite lui semblaient perdues, vaines, et certainement pas heureuses. Aujourd'hui encore, rien ne lui accordait le droit, en l'apparence banal et si ridicule, d'avoir une petite amie, de tenir sa main dans la rue, de fonder une famille avec elle. Tout cela lui était interdit à cause de stupides lois, de stupides religions, et cela assombrissait son humeur chaque fois qu'elle y pensait.

« Mais je n'y accorde aucune importance, reprit Rachel, comme si elle sentait où Quinn voulait en venir. Tant pis si t'aimer veut dire être reniée par un quelconque rabbin qui n'a, d'ailleurs, en aucune façon le droit de décider de la personne que j'aime. Personne n'a le droit d'en décider, sinon moi-même.

— Tu ne me verras pas discuter sur ce point. »

La brune sourit, approcha son visage de celui de Quinn pour poser un chaste baiser sur ses lèvres.

« Quinn, peu importe ce que les autres en disent, dit-elle tendrement. On est ensemble, c'est tout ce qui compte. Aucun pape, aucun prêtre, aucun homme politique ne pourra nous faire dire le contraire. Point final. Même si l'on est deux femmes, on a le droit de s'aimer. Et tu veux savoir pourquoi je pense que notre relation est tout aussi convenable et tout aussi légitime que n'importe quelle autre ? »

Lorsque Quinn hocha la tête, perplexe et amusée, Rachel se pencha vers elle, embrassa le morceau de chair juste au-dessous de son oreille, avant d'y murmurer d'une voix basse :

« Parce que, que ce soit pour procréer ou non, faire l'amour est une belle chose. On ne peut pas nous châtier pour cela. »

La jeune femme ne put qu'admettre qu'elle avait raison, surtout quand Rachel fit glisser ses petites mains le long de ses bras, avant de prendre un chemin qu'elles ne connaissaient que trop bien, se faufilant sous sa chemise, effleurant ses côtes de ses ongles courts.


Ce que Quinn ne savait pas, c'était que Mercedes savait.

Elle savait que Quinn et Rachel entretenaient une liaison amoureuse depuis un certain temps. Elle avait eu ses doutes bien avant que Quinn ne vienne lui annoncer que Rachel l'avait embrassée, en vérité. Cette conversation entre elle et sa voisine n'avait fait que les confirmer.

Non, c'était bien avant cela que Mercedes commença à soupçonner la nature de la relation entre les deux jeunes femmes. Elle n'aurait pu expliquer pourquoi ; peut-être était-ce dans la façon discrète de l'une d'observer l'autre, dans un coup d'œil qui se voulait rassurant, dans un sourire timide qui n'était adressé à personne et qui n'avait pour but que de transcrire leurs émotions.

À vrai dire, pensa-t-elle amusée, l'alchimie entre les deux femmes lui avait sauté aux yeux après seulement quelques rencontres.

Si ses suspicions et ses yeux n'étaient pas assez, Mercedes pouvait faire confiance à ses oreilles. C'était l'un des avantages de vivre dans l'appartement juste au-dessous de celui de votre voisine.

Il lui arrivait, au cours de la journée, de percevoir le bruit de pas au-dessus de sa tête, de pieds nus glissant sur le parquet, sur le rythme d'une musique qu'elle pouvait, en tendant l'oreille, discerner parmi les rires feutrés et les voix étouffées. Cela pouvait avoir lieu plusieurs fois par semaine, et était devenu de plus en plus courant ces derniers jours.

Le bruit des talons sur son plafond ne la dérangeait pas, bien au contraire ; Mercedes aimait savoir que sa voisine et sa petite protégée avaient retrouvé un peu de leur joie d'antan, en dansant sur des valses de Brahms ou des menuets de Bach ou de Boccherini, sans plus se soucier du monde qui les entourait.

Elle sourit en entendant, une fois de plus, Rachel et Quinn entretenir une danse sur un énième compositeur de l'époque classique, et songea qu'elle avait eu raison lorsqu'elle dit qu'elles s'étaient trouvées.

Elle n'aurait pu imaginer mieux pour Quinn. Cette petite brune lui faisait le plus grand bien, et elle espérait qu'elles arriveraient à outrepasser les obstacles en travers de leur chemin, et ceux qu'elles auraient encore à affronter dans le futur, même après la guerre.

Mais Mercedes n'était pas la seule à savoir quel tournant avait pris la relation entre Quinn et Rachel, et cela, la blonde ne le savait pas non plus.

Rien n'aurait pu l'expliquer, mais Brittany était, par le plus grand des hasards (ou simplement par la logique la plus simple), au courant des sentiments amoureux unissant ses deux amies. Il est vrai qu'elle n'avait eu l'occasion de rencontrer Rachel, cette petite Juive aux grands yeux et au sourire timide, qu'une poignée de fois, mais cela avait été suffisant pour qu'elle sache.

Elle était heureuse pour Rachel ; elle éprouvait une affection sincère envers elle, et savoir que Quinn était la raison derrière ses rires et ses regards revigorés ajoutait à son bonheur.

La blonde n'avait, à sa connaissance, jamais été entièrement satisfaite dans la vie. La mort de ses parents l'avait tirée trop tôt d'une enfance chérie et idolâtrée, et son arrivée à Paris n'avait pas eu que du bon. Bien sûr, grâce à Sue, cette femme au cœur titanesque qui avait pris les sœurs Fabray sous son aile sans rien demander en échange avait permis à la jeune fille de grandir, d'évoluer tout en ayant une épaule solide à laquelle se raccrocher lorsque les choses tournaient mal. La pauvre Quinn avait ensuite eu le cœur brisé — par une femme, qui plus est. Cela avait dû la tourmenter énormément, ou du moins, pendant quelques temps. Elle ne savait pas exactement quels avaient été ses véritables ressentis par rapport à cette autre femme ; il fallait dire que Quinn était une experte dans l'art de la feinte et de la dissimulation.

Puis la guerre se propagea jusqu'à Paris, amenant avec elle son lot de désolation, d'immigration et de déchirements que tout le monde ressentit au plus profond de son être.

Quinn ne fut pas épargnée, ni plus ni moins que les autres.

Tous ces contrôles, ces descentes de police, ces accusations et ces chuchotements qui pouvaient mener n'importe qui en prison avaient le don de mettre tout le monde sur les nerfs.

Avec l'arrivée (infortunée, il est vrai) de Rachel, Quinn avait retrouvé l'espoir qui lui faisait défaut, le sourire qui lui manquait, le pétillement derrière ses pupilles couleur d'or.

Peut-être que Quinn devrait encore lutter contre l'époque et la société et un tas de choses qui ne dépendaient pas d'elle pendant longtemps, mais dorénavant, elle avait Rachel à ses côtés. Elle avait trouvé une femme qui lui rendait confiance en elle, en qui elle avait confiance, et dont l'amour n'était plus à prouver.

Leur amour n'avait jamais été à prouver, songea Brittany en souriant.

Elle repensa à la dernière fois qu'elle avait rendu visite à son amie blonde et sa colocataire brune, à leur façon de se frôler la main, à leur façon de se parler.

Jamais elle n'avait eu la chance de voir deux personnes aussi amoureuses l'une de l'autre.

Sam, quant à lui, ne savait pas tout cela, mais cela ne l'empêchait pas de savoir autre chose.

Il voyait Quinn heureuse, réellement, et ce seul fait lui suffisait.

Il se souvenait encore de Quinn, presque six ans plus tôt, lorsqu'elle avait emménagé dans cet immeuble et qu'elle avait enfin accepté leur invitation, à lui et Mercedes, à prendre le thé.

La jeune blonde était alors plus que silencieuse, et Sam l'avait d'abord crue sourde. Avec les années, Quinn sembla abandonner quelques-unes de ses défenses, et s'ouvrit peu à peu au couple qui habitait au deuxième étage, à leur plus grande joie.

Avec l'arrivée des nazis au pouvoir, Mercedes et lui n'avaient pas eu le choix, et durent limiter le cercle de leurs connaissances au strict minimum. Quinn en fit partie, bien évidemment.

Dès leur première rencontre, Quinn l'avait tout de suite intrigué. Elle ne fuyait jamais son regard, et il s'aperçut, au fil des mois, que quelque chose en elle criait qu'elle n'était pas entière, qu'elle n'était pas elle-même — pas seulement en sa présence, mais à chaque instant, en tout lieu et à toute heure de la journée.

Peut-être que ce quelque chose qu'il lui manquait, c'était Rachel qui le lui avait apporté, cette petite Juive qu'il avait recueillie un soir qu'il rentrait du travail, et qu'il avait ensuite amenée, sans se poser de questions, chez sa voisine à demi médecin devenue sa plus proche amie. Depuis ce jour, Rachel n'avait pas quitté son appartement, et ne semblait pas en avoir envie. La blonde non plus, par ailleurs. Vivre avec une autre personne n'avait pas l'air de la déranger — surtout quand cette personne était aussi adorable que Rachel.

Qu'est-ce que Rachel pouvait bien avoir et que Quinn n'avait pas ? Sam n'en avait aucune idée.

Mais cela n'avait pas d'importance. Car depuis que la petite brune était arrivée, et vivait à deux pas de sa porte, Quinn n'avait jamais semblé aussi épanouie, aussi sincère.

Elle était complète.


It's a long old road, but I know I'm gonna find the end.

— Bessie Smith.