Merci à Sissi1789 pour sa review.
En réponse à la tienne LumiredeLune : Je suis la reine du suspens, lol. Plus sérieusement, tu as raison, les choses ne seront pas si simple mais il y a de l'espoir. Merci de ton soutien. Voilà la suite.
Un chapitre plus court mais riche en émotion.
Bonne lecture.
Partie 9
ERIC
Alors que les cris de Sara déchiraient le silence, je tentai de rester stoïque. Je ne voulais pas céder à la panique. De tout ce que j'avais pu affronter dans ma vie cette épreuve-là était la pire. Je savais que ma vie tenait à la vie de mes enfants à naitre. Tull jouait avec le Prince, je n'étais plus en capacité de le faire. Je percevais son regard sur moi, lui aussi était inquiet.
-Merci d'avoir emmené notre Reine jusqu'ici, lui dis-je subitement.
-Je ne sais pas comment elle a su qu'il y avait un problème mais elle le savait, répondit-il.
-Elle a en elle une force et des dons incroyables. Je ne suis pas surpris.
-Tu l'aimes beaucoup.
Je me concentrai sur lui, surpris par cette assertion. Ça ne lui ressemblait pas ce genre de remarque. Il observait William mais je n'étais pas dupe. Quelque chose le tracassait.
-Oui, énormément, dis-je avec franchise.
-Elle aussi. Et ce n'est pas sans avoir des conséquences.
-Comment cela ?
-Les commérages vont bon train au château.
Je me raidis.
-Tu ne peux pas prêter foi à toutes ces niaiseries.
-Tu as raison, mais je prête foi à ce que je vois.
Un hurlement plus strident me ramena vers ma Sara. Elle souffrait terriblement. C'était long, très long, trop long. Cela en devenait alarmant. Je voulus intervenir mais Tull me conseilla de laisser la Reine manœuvrer. Je pris donc mon mal en patience.
Il y eu ensuite un long silence.
Je vis sans le voir Tull saisir William et sortir de la maison.
Un cri déchirant me transperça :
-Nonnnn !
Je fis irruption dans la chambre pour découvrir Sara penchée sur un de nos bébés. Elle pleurait de chaudes larmes. Elle posa un regard désespéré sur moi.
-Fais quelque chose !
Je me tournai vers Blanche-Neige mais elle était occupée, toujours penchée vers l'intimité de ma femme.
-Il va falloir encore pousser Sara.
-Eric ! Prends-la !
J'accueillis ma fille dans mes bras. Elle était toute minuscule et toute bleue. Ses yeux semblaient irrémédiablement clos et cela me tétanisa de douleur. Je la berçais doucement, tentant de lui insuffler un peu de vie quand un cri perçant me vrilla les tympans.
-Votre fils, entendis-je.
Blanche-Neige avait placé notre trésor dans les bras de Sara, elle riait à travers ses larmes.
-Mon chéri, ne pleure pas, berça-t-elle notre bébé.
Elle me jeta un regard éperdu d'amour avant de se figer. Dans mes bras, notre fille demeurait inerte. Elle était sans vie, elle était…
- Donnez-la-moi, décréta la Reine.
J'eus un instant d'hésitation.
-Éric. S'il vous plait.
Je me fis violence pour me séparer de ma fille et je me rendis auprès de Sara pour découvrir notre fils. Ses yeux opaques remplis de larmes nous dévisageaient avec inquiétude. Il avait froid, semble-t-il. Je les recouvris d'une couverture supplémentaire. C'était douloureux comme sensation d'être heureux et malheureux à la fois. Je jetai un œil plein d'espoir vers la Reine qui manipulait doucement notre bébé. Le temps parut se figer, nous étions suspendus à ses gestes, espérant entendre enfin ce cri plein de vie tant espéré.
Mais rien ne vint.
Sara se concentra alors sur notre fils.
-Comment allons-nous l'appeler ?
-Nous ferons comme tu le souhaites, répondis-je la gorge noué par le chagrin.
-Thomas, décida-t-elle, comme mon père.
-Très bon choix.
Même si je ne l'avais jamais connu, je devinai une grande affection en elle pour son père.
-Tu dois t'occuper d'Aliana, murmura-t-elle dans un souffle.
Ce prénom collait parfaitement à ce visage que je n'avais connu que quelques minutes. Mon cœur se serra, je devais rester fort. Je m'approchais lentement de la Reine qui était pâle comme la mort. Elle eut beaucoup de difficultés à cesser ses soins, engloutie dans ses larmes.
-Majesté, dis-je. Thomas a besoin de vous, il a besoin de force.
Elle recula enfin et se rendit auprès d'eux. Je pus prendre ma fille dans mes bras. Elle était emmitouflée dans un linge blanc. Son visage blême et ses cheveux blonds avaient été lavés.
-Aliana chérie, merci d'être venue au monde, nous t'aimons infiniment, mais nous devons nous séparer.
Elle parut sourire, elle était comme un ange. Dans ses traits je retrouvais un peu de Sara.
-Nous allons dire au revoir à ta mère.
Une fois à la hauteur de Sara, je fus peiné par ses mots :
-Je ne veux pas la voir.
-Sara.
-Non.
Elle refusa de jeter un œil vers Aliana.
-Sara, insistai-je.
Elle ferma les yeux, et se détourna.
Quelque chose se brisa en moi définitivement. Je sortis de la chambre, un peu hagard.
Sur le seuil de la maison, je manquais de courage. Je la serrai contre moi.
-Pourquoi ?
Je questionnais le ciel.
J'entendis les rires de William. Cela me redonna du courage. Je devais enterrer mon enfant, je devais le faire rapidement avant que je ne perde la raison.
OoooO
Le feu crépitait dans le salon. Sa Majesté donnait le sein à William. Il était tard, Tull était reparti au château prévenir la garde royale que la Reine et le Prince allaient rester hors du château cette nuit. Elle était très bouleversée par ce qui était arrivé et je m'en voulais de lui infliger cela. Dans notre chambre, Sara dormait. Elle avait avalé une décoction préparée par Blanche-Neige et s'était assoupie. Thomas dormait à ses côtés dans le berceau que j'avais confectionné. Je me penchais vers lui, le cœur plein d'amour. Il respirait la vie, il était notre seul espoir de ne pas sombrer dans la mélancolie. Je m'étais rapidement imprégné de ses traits que je n'arrivais pas encore à définir. Je caressai sa joue rosie, espérant apercevoir de nouveau ses yeux mais il dormait profondément.
-Dors bien petit trésor, il faut reprendre des forces.
Je m'assis au côté de Sara. Je fis en sorte de refouler cette colère qui me taraudait quand je posais les yeux sur elle. Il y avait sûrement une raison à son attitude envers Aliana. Elle n'avait pas un sommeil serein, peut-être rêvait-elle de notre fille. Je remis en place une mèche de cheveux qui lui collait au front.
J'entendis les pas d'un cheval.
Tull entra dans la maison, il avait un panier rempli de victuailles.
-Nous devons manger un peu, j'ai pensé que cela ne serait pas en trop.
Il se lava les mains et dressa la table. Blanche-Neige arriva avec le Prince et s'attabla.
-Il y a de la soupe pour Sara, elle est encore chaude, ajouta-t-il.
-Je vais la lui apporter, dit la Reine en se levant.
Elle me tendit William mais il ne voulait pas la quitter. Il sentait sa peine, elle était marquée par la perte de notre Aliana. Elle serra son petit contre elle et attrapa le bol de soupe de l'autre main.
-Je vais vous aider, proposai-je.
-Non, mangez un peu, il faut vous restaurer. Je reviens dans quelques minutes.
-Merci Majesté. Nous vous attendons.
Tull et moi, nous nous faisions face. Il frottait ses mains l'une contre l'autre, il était aussi très affecté.
-Merci pour ce repas, mon frère.
Il hocha la tête.
-Tous nos frères et sœurs Chasseurs t'envoient leur soutien.
Cela me réchauffa le cœur.
-Je resterai cette nuit, je monterai la garde pour veiller à la sécurité de notre Reine et du Prince.
J'acquiesçai, soucieux. C'était la première fois que le Prince dormait hors du château.
-Je te relaierai.
-Non, ne t'en fais donc pas, tu me connais, je dors peu et je suis en capacité de tous vous défendre.
Je n'en doutais pas.
-Reste auprès de Sara… elle en aura besoin.
-Ne sois pas inquiet, Tull, nous nous en sortirons.
Ce fut à son tour d'hocher la tête. Le silence s'éternisa un moment jusqu'à ce que la Reine revienne se joindre à nous.
-Où est William ? L'interrogeai-je.
-Il s'est endormi dans les bras de Sara.
Ses yeux rougis se remplirent de larmes.
-Ne pleurez pas, Majesté.
Elle s'essuya prestement les yeux et prit place à ma droite.
-Vous avez raison, l'heure n'est pas à la complainte. Mangeons, dit-elle avec conviction. La nuit sera longue.
OoooO
Je me réveillai en sueur.
Je mis un certain temps avant de reconnaitre le salon. Je m'étais assoupi sur le fauteuil. Je m'assis, oppressé par les souvenirs d'un cauchemar innommable. Sauf que ce n'était pas un cauchemar.
J'avais perdu ma fille et je sentais que je perdais ma femme aussi.
J'entrouvris la porte de la chambre, Blanche-neige prodiguait des soins constants à Thomas. Je lui en étais reconnaissant. Sans elle, il n'aurait probablement pas survécu lui aussi. Et cette idée était effroyable. Sara dormait encore auprès de William. Je soupçonnais notre Reine d'y être pour quelque chose. Peut-être souhaitait-elle l'épargner un peu ou lui donner un peu de répit ?
Je rejoignis Tull, planté devant notre porte comme une sentinelle. Il était à l'affut du moindre bruit, une torche à la main, une lance dans l'autre. Je lui tapotai l'épaule et me rendit auprès de ma fille. Sa tombe était fleurie, très fleurie. Je souris, ému.
« Majesté… »
Je reconnus le porte-bonheur de Tull accroché sur la croix. Une patte d'aigle relié à un cordon en cuir.
« Mes amis… »
C'en fut trop pour mon cœur meurtri. Je m'effondrai littéralement, anéanti.
La suite quand je pourrai.
