Long chapitre pour une longue semaine. On approche lentement mais sûrement du dénouement ! Merci à tous pour votre soutien, vos messages, tout ce qui m'a permis de me dire que je n'écrivais pas cette histoire en vain.
J'en profite pour répondre à certaines reviews ; d'abord, je ne crois pas que Rachel et Quinn auront une dispute dans cette histoire. Elles ont, à mon avis, passé ce stade, si je puis dire, et je sens que cela ne ferait pas avancer les choses. Elles ont déjà eu leur lot de tristesses et de discussions à cœurs ouverts. Ensuite, il est vrai que je préfère les fins heureuses... (: mais il ne faut pas oublier la catégorie sous laquelle j'ai rangée cette fiction. J'espère que vous (et tu) ne serez pas déçus.
Je vous laisse avec le chapitre de cette semaine en souhaitant y avoir fait honneur.
Cela arriva progressivement, sans précipitation, comme tout ce qui était arrivé ces dernières années.
Un jour banal en soi, comme tous les autres.
Cela allait bientôt faire un an que Rachel était arrivée à Paris, sans connaître personne et sans le sou, un jour glacial du mois d'août. Elle ne se rappelait que trop bien ces heures interminables passées dans la cave de cet immeuble, de l'humidité qui trouait les lambeaux qu'elle portait, de la forte odeur de moisi qui l'avait assaillie quand elle s'y était réfugiée.
Elle n'aurait pu y passer une journée de plus, à vrai dire. Autant oser sortir et braver la Gestapo dans une atmosphère respirable. Heureusement, elle n'eut pas à choisir cette option.
La brune était sur le point de tomber de fatigue, appuyée contre un container métallique, lorsqu'un crépitement suivi d'un claquement brusque la fit sursauter.
Elle avait compté dix secondes avant de reprendre son souffle, essayant de reconnaître le bruit qui l'avait effrayée. Elle essaya de ne pas penser à ce que cela pouvait être. Cela ne pouvait être une balle. Cela ne pouvait être quelqu'un qui avait tiré au pistolet. Personne ne l'avait vue entrer dans l'immeuble, personne n'était au courant de sa présence. Elle en était certaine.
Pourtant, moins de cinq minutes après (ou était-ce plus d'une heure ?), Rachel avait entendu des pas. Des pas qui semblaient s'approcher, venir de plus en plus près de sa cache de fortune.
Et, un instant plus tard, la lumière envahit la petite pièce insalubre.
Rachel se souvint avoir retenu sa respiration, bien qu'elle fut au bord de la panique. Elle ne pouvait voir qui était entré — elle était persuadée que c'était un soldat, un homme qui venait la trouver pour lui coller une balle entre les deux yeux ou pour la torturer. Elle était terrifiée par toutes les possibilités que lui offrait son imagination, et cependant elle réussit à garder un minimum de calme et à ne pas faire de bruit.
Elle n'avait pas le choix. Elle ne voulait pas mourir. Elle ne voulait pas être enfermée, que ce soit en prison ou dans un camp, ces camps soi-disant réservés aux Juifs pour qu'ils y travaillent.
(Mensonge, pensait-elle ; si Hitler détestait tant que cela les Juifs, il ne voudrait pas les laisser à côté d'une pioche, d'un marteau ou d'une aiguille à coudre.)
L'inconnu qui venait d'arriver n'était pas là pour elle, avait-elle songé après quelques minutes de crissements métalliques et de légers soupirs mêlés aux froissements d'un vêtement.
Cela apaisa Rachel — du moins, pour un instant. Elle espéra qu'elle allait bientôt être à nouveau seule, car elle ne savait pas combien de temps elle pourrait tenir sans qu'on ne la remarque.
C'était le plus important. Ne pas savoir qu'elle était cachée. Ne pas savoir qu'il y avait quelqu'un, ici, dans ce sous-sol vétuste, assise à même le sol.
Malheureusement pour elle, le sort en décida autrement.
Sans crier gare, un violent éclat, strident et sortant de nulle part, résonna dans la petite pièce sombre, qui renvoya son écho pendant une éternité.
Rachel n'avait pas réussi à contenir sa surprise, qui sortit de sa gorge sous forme d'un hoquet effrayé avant qu'elle n'ait pu l'en empêcher.
Elle se rappelait s'être dit que ça y était, son heure avait sonné. L'inconnu de la cave allait la trouver et la tuer, ou, dans un éclair de rage, la dénoncer aux autorités. Dans cette position, son optimisme, d'ordinaire toujours présent en elle, ne put pas même la réconforter. Elle n'allait pas s'en sortir cette fois-ci, pas comme elle s'en était sortie pendant la moitié de la décennie.
Lorsqu'une voix (féminine, questionnante et plutôt douce, aux antipodes de celle qu'elle s'était imaginée, autoritaire et froide) retentit dans l'espace clos, Rachel avait fermé hermétiquement les paupières.
L'accent allemand était presque parfait. Cela devait être un policier ou un gendarme français aux ordres de la Gestapo.
Sa poitrine se soulevait et se rabaissait frénétiquement, au rythme irrégulier de son cœur. Pourtant, moins d'une minute après, la même voix sonna à ses oreilles, un peu plus proche, sauf qu'elle avait oublié toute trace de germanophilie, prenant le ton typiquement urbain d'un citadin français lambda.
Mais il ne fallait pas qu'elle réponde. Hors de question. Elle serait envoyée dans le premier train en direction de nulle part si elle ouvrait la bouche.
Désespérée, Rachel avait joint les mains et commencé une prière silencieuse.
Ses supplications muettes ne lui furent d'aucun secours, cependant, lorsqu'elle sentit sur elle une lumière puissante, puis une présence juste à ses côtés ; il n'y eut pas de violents assauts sur ses épaules, de coups portés à son corps, pas même un cri de stupeur ou une injure qu'on aurait laissée échapper. Il n'y eut simplement qu'une personne, une femme, si elle en croyait ses oreilles, et elle lui disait qu'elle ne lui ferait pas de mal.
Jamais dans ses rêves les plus fous n'aurait-elle osé imaginer pareil scénario. Elle avait rencontré un tas de personnes, plus ou moins serviables, plus ou moins choquées en apprenant qu'elle fuyait, mais celle-ci devait être sacrément courageuse pour lui parler ainsi, en sachant qu'elle était Juive.
Elle devait le savoir, car il y avait toujours cette foutue étoile jaune cousue à son vêtement.
Malgré cela, l'inconnue n'était pas rebutée. Avec prudence, comme si cela pouvait changer le cours des événements, la petite brune se décida à ouvrir les yeux, à les poser sur cette âme qui n'avait pas peur de lui adresser la parole, de venir vers elle alors qu'elle n'avait rien demandé.
La suite était de l'histoire ancienne ; cela n'empêchait pas Rachel d'y songer de temps à autre, avec une once de nostalgie et un sourire au bout des lèvres.
Quinn l'avait sans aucun doute tirée d'un siècle de misères et d'errances, peut-être même sans en avoir eu pleinement conscience, quand elle l'avait invitée chez elle.
Rachel ne s'était pas, elle non plus, attendue à tout ce que cette simple invitation, cette rencontre improbable et incongrue impliquerait. Elle ne s'était pas attendue à rester plus d'une semaine dans la capitale, le temps de se remettre d'aplomb et de repartir à la recherche d'un endroit sauf, libre de toute domination nazie ou fasciste. Elle ne s'était pas attendue à apprécier la présence de la propriétaire des lieux, à aimer passer du temps avec elle et à écouter ses paroles bienveillantes.
Elle ne s'était définitivement pas préparée à tomber amoureuse de ses manières maladroites et gracieuses, de sa timidité et de ses faiblesses, de ses sourires rougissants et de ses petites attentions quotidiennes à son égard.
La réalisation se fit si vite dans son esprit qu'elle n'eut pas le temps de questionner ce nouveau développement. Et puis, si elle était parfaitement honnête avec elle-même, elle n'aurait certainement pas voulu se questionner.
Car il n'y avait aucune honte à aimer Quinn.
Tout aussi rapidement qu'elle était arrivée à cette conclusion, se produisit un événement crucial qui ébranla jusqu'à l'intérieur de l'appartement partagé par les deux jeunes femmes.
Ce fut à la fois lent, succinct, subtil et terriblement long, et cela commença dès la mi-août, sous un soleil de plomb.
Depuis le dix août, les cheminots faisaient grève. Il apparaissait, aux yeux de la population, que leur but était simplement d'obtenir une augmentation de salaire ou des horaires plus souples. Mais ils furent, à l'étonnement de tous, rejoints trois jours plus tard par la gendarmerie et le métro de Paris, puis par la police, le mardi quinze.
Ce jour-là, Quinn avait acheté, pour la première fois depuis longtemps, le Petit Parisien, qui confirmait la grève souterraine. En plus de cela, le journal annonçait que le courant électrique ne serait plus fourni qu'entre vingt-deux heures trente et minuit. La nouvelle la fit grincer des dents.
Les Allemands semblaient ne pas réagir. Aucune mesure n'avait été annoncée pour arrêter ces grèves dans la capitale.
Des affiches, pour la plupart imprimées par des groupes de Résistants qui utilisaient les locaux de la police, furent collées partout. Pas un bâtiment ne fut épargné (sauf, peut-être, quelques monuments historiques, mais rien n'était moins sûr). Tout le monde, en à peine deux jours, fut mis au courant de cette grève quasiment généralisée, et tout le monde s'en réjouissait.
Les pavés brûlaient sous la chaleur irréelle et vibrante. Ceux qui avaient l'habitude de faire une promenade dans les rues durent l'écourter sans concession, de peur de voir leur peau griller ou peler. Quinn profita d'un vent léger, le soir du mercredi seize, pour prendre sa bicyclette et filer à toute allure chez Sue Sylvester pour l'alléger de quelques aliments de première nécessité.
Lorsqu'elle rentra, elle et Rachel partagèrent un dîner constitué de légumes et de fruits plus ou moins frais, et firent abstraction de leur tasse de thé rituelle, y préférant de l'eau pour se rafraîchir.
C'est le lendemain que tout débuta, par une circonstance en l'apparence sans grande importance.
La radio cessa brusquement d'émettre au beau milieu de l'après-midi.
Quinn, assise sur le canapé, fronça les sourcils et se leva pour vérifier que sa TSF était toujours en état de marche. Il semblait bien que oui, et la panne de courant était pour une fois à exclure, car son poste avait une batterie et fonctionnait avec. Elle tourna le bouton, essaya de capter une autre fréquence radio, en vain. L'aiguille bougeait latéralement, sans succès. Le poste restait invariablement muet.
« C'est vraiment étrange » fit Quinn à mi-voix.
Rachel l'entendit et, levant la tête vers elle, lui demanda ce qu'elle trouvait si bizarre.
« On ne capte plus la radio, répondit la blonde, une moue soucieuse sur le visage. De Radio France à la BBC. Ça n'était jamais arrivé avant.
— Le problème ne vient pas de la TSF ? » Alors que Quinn secouait négativement la tête, Rachel se leva et, debout auprès d'elle, posa une main réconfortante sur son bras.
« Tu t'en fais peut-être pour rien. Il y a sûrement une interruption des programmes pour la journée, ou un souci dans la réception. Tout marchera demain et cet épisode malencontreux sera oublié. Tu peux survivre sans information ni musique pendant quelques heures, plaisanta-t-elle.
— Tu as sans doute raison » fit Quinn au bout d'un moment, puis elle soupira : « J'espère que cela n'annonce rien de grave. Même Radio-Paris n'émet plus.
— Ce n'est pas pour me déplaire.
— Moi non plus. Mais c'est un peu inquiétant. »
Les programmes reprirent dans la soirée comme si de rien n'était. Aucun présentateur ne fit allusion à une quelconque panne généralisée ou interruption des programmes, au grand étonnement de Quinn. Rachel voyait bien qu'elle était un peu confuse et ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer pendant ces quelques heures, mais elle n'avait, elle non plus, pas le début d'une explication.
Cependant, elles n'eurent pas lieu d'en reparler jusqu'au lendemain, aux alentours de l'horaire du coucher de soleil quand l'électricité fut coupée tout à coup.
Quinn se rendit rapidement dans la cave de l'immeuble, sans rien trouver d'anormal dans les circuits. Il était pourtant presque vingt-trois heures, heure à laquelle l'électricité était distribuée à tous les ménages, ou presque. Le problème venait d'ailleurs.
La solution lui fut apportée lorsqu'elle se glissa quelques instants dans la rue, essayant de trouver quelque chose, n'importe quoi pour l'éclairer sur ces derniers jours, décidément plus étranges que d'habitude.
La petite avenue était déserte, paisible. En tournant la tête de droite à gauche, elle aperçut un poseur d'affiche déguerpir dans la pénombre, un seau débordant de colle à la main et un bon kilo de papiers roulés sous le bras.
La jeune femme s'approcha de l'endroit que le garçon occupait dix secondes auparavant, examinant ce qui venait d'être collé sur l'immeuble d'en face. En plissant les yeux, elle arrivait à déchiffrer les premières lignes, à l'encre noire sous un gros titre suivi de plusieurs signes de ponctuation.
L'affiche ne permettait aucun doute, et annonçait, purement et simplement, une grève généralisée dans toute la capitale et ses alentours, sans date de reprise du travail.
Quinn remarqua que toutes les professions, ou presque, étaient concernées ; les électriciens y compris. C'était sans doute pour cela que l'électricité avait été coupée, définitivement cette fois.
Elle espérait qu'elle et Rachel continueraient à avoir de l'eau et du gaz.
En rentrant dans son appartement, elle informa sa colocataire de la nouvelle. Celle-ci ne paraissait que peu étonnée.
« C'est le début de la fin, fit-elle dans un maigre sourire. Les Français se réveillent. La libération arriva d'un moment à l'autre. »
On était maintenant le dix-huit août, et l'état des choses évoluait toutes les heures, sans que ne puissent s'en rendre compte les deux femmes du troisième étage puisque la radio ne leur était actuellement d'aucune utilité. Les journalistes derrière leurs micros n'en savaient pas plus qu'elles. Pour savoir quelle était la situation, il fallait descendre dans la rue.
Et il semblait que beaucoup de Parisiens étaient descendus dans la rue, mais pas uniquement pour observer en silence.
Le quartier de Montmartre, ou plus précisément les rues directement aux abords de la station Abbesses, comme celles de La Vieuville et des Trois-Frères, n'étaient pas très représentatives de ce qui était en train de se passer à l'échelle de la ville, plus agitée que ce morceau d'arrondissement réputé paisible.
Partout dans Paris, on commençait à ériger des barricades, à même le sol ou aux fenêtres, faites de tout ce que l'on pouvait trouver ; de vieux sacs en toile, des pavés délogés du sol, des cageots de fruits et légumes, de vieux meubles dégarnis et des canapés éventrés que l'on s'affairait à faire passer par des cages d'escalier ou des ascenseurs trop étroits. On utilisait tout ce que l'on avait sous la main, et l'on allait même jusqu'à abattre des arbres, à éclater des bouteilles en verre et à en répartir consciencieusement les tessons sur la route. « On », c'était tout le monde. Tous ceux qui, en ayant entendu la marche des troupes libératrices vers la capitale, avaient voulu mettre la main à l'édifice, et mettre des bâtons dans les roues de la Gestapo.
Paris, si inactive, si comateuse ces derniers temps, avait l'air de se réveiller d'un sommeil qui avait duré un siècle, et se préparait à se battre. Du moins, quelques centaines, voire quelques milliers de personnes s'y préparaient.
Le dix-neuf, Quinn avait arpenté les plus grands boulevards de la rive droite, restant sans voix devant ces petits monticules qui s'élevaient et prospéraient à chaque coin de rue. Parfois, certains habitants, le crâne chaussé d'un vieux casque récupéré de la tête d'un Allemand, étaient déjà postés derrière leur monceau de bois et de pierre, arme à la main. Quinn ne s'était pas attardée dehors, ne souhaitant pas se retrouver au milieu d'un sanglant affrontement.
Elle retrouva Rachel dans l'appartement et lui fit part de ce qu'elle venait de voir.
« Tout le monde sent que les Alliés vont bientôt arriver, fit-elle, excitation et inquiétude mêlée à sa voix. Les chars et les camions allemands n'arrêtent pas de faire des rondes. Toute cette tension va finir par exploser. »
Rachel, plus calme que la jeune femme, la prit par les épaules en lui offrant son plus beau sourire.
« Je ne crois pas qu'on ait à s'inquiéter. On est en sécurité ici, on l'a toujours été, et cela ne risque pas de changer maintenant que les gens commencent à se révolter. Ils n'ont aucune raison de venir s'attaquer aux habitations. »
Quinn dut reconnaître qu'elle avait raison. Puis elle posa son front contre le sien, frotta son nez contre sa pommette, tout en lui murmurant des promesses que tout serait bientôt fini, qu'elles s'en sortiraient pour de bon. La petite brune n'eut aucun mal à la croire.
Dans la nuit du dimanche vingt août, Quinn fut réveillée brutalement par de lointains bruits de fusillades. Elle baissa les yeux sur la forme endormie de Rachel, puis sourit faiblement en constatant qu'elle était toujours au pays des rêves.
La blonde glissa ses doigts sur sa nuque, dans ses cheveux bruns, comme pour l'apaiser, ou pour s'apaiser elle-même, pendant que de violents éclats d'armes à feu continuaient d'éclore dans la ville. Quinn crut même, bien qu'elle n'en soit pas certaine, distinguer parmi les cris étouffés et les pas précipités, un coup de canon, ou peut-être deux.
Elle n'aurait su dire combien de temps ce brouhaha dura, mais il faisait toujours nuit noire lorsqu'il prit fin. La jeune femme pensa pouvoir se rendormir, mais le sort en décida autrement, car un éclair pourfendit le ciel, éclairant de vagues fumées pendant un dixième de seconde, avant de laisser place à un grondement sourd et menaçant, pire encore que les lointains coups de fusils.
Une pluie fine et bruyante recouvrit la ville en un rien de temps. L'eau frappait au carreau et sur les toits, transformant sous son passage une ville un instant plus tôt agitée. Quinn pouvait entendre le vent hurler, emporter les gouttes légères et malléables avec lui, donnant plus de violence encore à leur chute.
La nuit avait l'air de ne pas vouloir s'arrêter. L'orage non plus. Il se poursuivit pendant des heures, couvrant le ciel d'un nuage sombre et invisible, dissimulant toute lumière aux Parisiens.
Quinn essaya de retomber dans le sommeil, serrant un peu plus fort les bras de la petite brune sur sa taille et inspirant son odeur pour calmer les pulsations dans sa cage thoracique.
Elle ne passa pas beaucoup de temps dans les bras de Morphée, car elle fut à nouveau réveillée aux aurores, cette fois-ci par des coups discrets frappés à sa porte. Il n'était pas encore cinq heures du matin, mais l'on pouvait apercevoir une pâle lueur à l'est, jaunâtre et teintée d'un orange clair. L'orage était finalement passé, et Paris était redevenue calme, patiente dans le froid matinal.
La blonde s'extirpa délicatement de l'étreinte de Rachel, toujours assoupie, prenant garde à ne pas l'éveiller, et non sans l'avoir embrassée tendrement avant de sortir de la chambre.
Tout en étouffant un bâillement avec la manche de sa chemise, Quinn tituba plus que ne marcha vers la source du bruit, et, en reconnaissant le rythme frappé contre le bois et l'acier de la porte d'entrée, elle eut l'impression que toute trace de fatigue quitta brusquement ses membres.
Elle ouvrit la porte, redoutant le pire, tandis que l'angoisse commençait à s'infiltrer dans ses vaisseaux sanguins.
Un soupir quitta ses lèvres en reconnaissant Sue à deux mètres d'elle, mais elle ne fut pas soulagée pour autant. Surtout quand Sue Sylvester avait l'air si grave, presque malheureuse. Ses vêtements étaient secs ; elle avait sans doute manqué l'orage de tout à l'heure.
« Entre » dit Quinn sans rien ajouter de plus.
Après avoir refermé la porte, Sue la suivit sans un mot dans la cuisine, où la jeune femme était en train de se servir un verre d'eau. C'est seulement alors qu'elle regarda autour d'elle, jeta un œil du côté du salon, semblant chercher quelque chose.
« Où est Rachel ?
— Elle dort dans la chambre » répondit Quinn en esquissant un demi-sourire inconscient.
Sue hocha la tête, puis croisa les bras sur sa poitrine.
Son apparence excita les nerfs de Quinn, qui fronça les sourcils, inquiète. Elle ne savait pas encore la raison de la visite de la grande femme, ni ce qu'elle avait à lui dire. Peut-être que ce qu'elle allait lui apprendre, c'était que les quelques affrontements et fusillades que l'on entendait de temps à autre allaient se transformer en véritable guerre civile, et que la ville n'était plus un endroit sûr, ni pour elle, ni pour Rachel. Pour personne. Quinn avait peur de ce que dirait Sue une fois qu'elle ouvrirait la bouche.
« Quelque chose ne va pas, Sue ?
— Non, pas vraiment, fit-elle d'une voix monotone.
— Tu as des ennuis ? Si tu veux, tu peux rester ici, il n'y a plus beaucoup de place, mais je suis sûre que ça ne dérangera pas Rachel...
— Tu es un ange, Quinn, mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit. C'est ce qui se passe dehors. »
La plus jeune inspira faiblement une bouffée d'air. Elle ne sut quoi répondre, à part un « Quoi ? » murmuré et pitoyable, qui s'effaça instantanément dans le silence de la cuisine.
« Ce qu'il y a, reprit Sue, ce sont ces barricades, ces milliers de personnes dans les rues, armées ou non, qui ont décidé de reprendre la capitale et de virer les Allemands à tout prix. C'est tout à leur honneur, bien évidemment, même s'il a fallu du temps pour que certains d'entre eux se réveillent, mais ce n'est pas le plus important. Le problème est tout autre. Tu as entendu le grabuge de cette nuit ? »
Hébétée, Quinn ne put que hocher stupidement la tête, incertaine quant à la direction que prenaient les paroles de Sue.
« Ce sont les Résistants qui cherchent à reprendre tous les bâtiments municipaux. Les compagnies d'électricité, les gares, les mairies, les sièges de journaux, les préfectures de police. Tout le monde s'y attaque et veut mettre les Nazis dehors. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que certains ne résistent même pas, et fuient, s'ils le peuvent, pour retourner en Allemagne, ou Dieu sait où.
— Je ne comprends pas, souffla la jeune femme. En quoi cela présente-t-il des problèmes ?
— Parce qu'il y a des blessés, Q. Et il y en aura encore, beaucoup plus. Quelques postes de secours commencent à se mettre en place, mais ils manquent de médecins, qui ont été pour la plupart envoyés au front, ou dans l'armée du général De Gaulle. Et puisque les prochains jours, voire les prochaines semaines seront terribles, aussi bien pour le camp adverse que pour le nôtre, avoir quelques bras et jambes pour secourir les blessés ne serait pas de refus. »
Quinn resta silencieuse. Elle ne savait que répondre à cette demande, qui n'en était pas vraiment une, par ailleurs. Sue ne la forcerait jamais à rien, elle le savait. Mais elle n'avait aucune idée de la réponse qu'elle allait donner, et demanda à Sue si elle pouvait réfléchir jusqu'au lendemain avant de prendre sa décision.
Sue étira ses lèvres en un sourire sincère, compréhensif, et s'approcha de Quinn pour poser une main sur son épaule.
« Bien sûr. Prends tout le temps dont tu as besoin, mais sache que tout va s'accélérer dans les prochains jours.
— Je sais bien, répliqua la plus jeune en hochant la tête.
— Si jamais tu acceptes, viens me voir demain, à partir d'une heure. Si tu as quelques affaires en réserve, du tissu ou de l'alcool à désinfecter, apporte-les avec toi. On manque de provisions dans ce domaine. »
Sue quitta les lieux, et Quinn soupira en s'adossant contre le mur près de la porte d'entrée.
Aider ces gens qui se battaient (enfin !) pour la liberté semblait être la meilleure chose à faire. Même si elle n'était pas médecin ou infirmière, elle pourrait être utile sur bien des points. En pesant le pour et le contre de ce que venait de lui proposer Sue Sylvester, Quinn ne trouvait même pas, en réalité, de raison qui la poussait à refuser.
Sauf une, la même raison qui la poussait à rester chez elle plutôt qu'à courir les rues et à flâner à l'extérieur.
Elle ne voulait pas laisser Rachel toute seule. Qui savait ce qui pourrait lui arriver pendant qu'elle serait à des centaines de mètres de l'appartement, peut-être sur l'autre rive, sans personne pour la surveiller. Et il était hors de question de l'amener sur un champ de batailles ; elle n'en avait pas besoin.
Il y avait ses voisins, bien évidemment. Quinn pourrait leur demander d'héberger Rachel la journée, de prendre soin d'elle jusqu'à ce qu'elle rentre et prenne le relais, mais cela lui apparaissait opportuniste, égoïste. Elle était pourtant certaine que cela ne dérangeait pas Mercedes, bien au contraire, mais se sentait mal par rapport à la petite Juive. Elle lui faisait tant subir, sans que cette dernière ne se plaigne.
Quinn passa les minutes suivantes à réfléchir à ce dilemme, alors que, elle le savait, son choix était arrêté. Il y avait une raison qui l'avait poussée à apprendre les rudiments de la médecine, à étudier les manuels de chimie et de physique de son père pendant des heures, la même raison qui faisait qu'elle irait, dans quelques heures, rejoindre Sue au cœur des affrontements parisiens.
En rentrant dans sa chambre, la blonde s'arrêta, observant Rachel pendant quelques instants. La petite femme était emmêlée dans un drap, serrait l'oreiller contre son torse et arborait une expression paisible, presque angélique.
Quinn sourit. Cela lui faisait mal au cœur d'abandonner Rachel, même si ce n'était que temporaire, même pour une heure ou deux, mais elle savait qu'au bout du compte, elle la retrouverait. Rachel l'attendrait.
Elle se mit au lit après avoir réarrangé le drap et l'oreiller de sa petite amie, puis l'embrassa longuement sur les lèvres. Rachel remua un peu, mais ne se réveilla pas, et Quinn fut contente de pouvoir sentir sa chaleur et son odeur tout autour d'elle. Elle s'endormit avant que l'aube ne pointe son visage, et put profiter d'une autre grasse matinée dans les bras de Rachel.
Lorsque le lendemain, elle expliqua, pleine d'une sensation proche du regret à la petite brune ce que Sue lui avait proposé et pourquoi elle avait accepté, celle-ci ne fit que l'encourager dans son choix.
« On a tout le reste de la vie pour nous deux, Quinn » avait-elle répondu pour lui rendre le sourire.
Quinn partit aux alentours de midi trente, laissant Rachel aux bons soins de ses voisins et non sans lui avoir glissé un « je t'aime » assuré et candide à l'oreille, puis elle la serra longtemps dans ses bras sous le regard entendu de Mercedes.
La jeune Parisienne avait l'impression de partir à la guerre, alors qu'elle en sortait à peine.
« Je reviens ce soir » affirma-t-elle en ébauchant un sourire. Rachel le lui rendit et étreignit ses mains.
« Je t'attendrai. »
Et, en effet, Rachel l'attendit. La journée lui parut peut-être plus longue que de coutume, mais elle savait que ce n'était qu'un tour de son imagination. Mercedes semblait comprendre ce qui la tracassait, et faisait de son mieux pour la distraire. Les deux femmes jouèrent aux cartes pendant une bonne partie de la journée, en attendant le retour de Sam, puis de Quinn.
Sam arriva aux alentours de dix-huit heures trente, heureux et affectueux, comme à son habitude. Il embrassa les deux brunes, Mercedes sur les lèvres, Rachel sur la joue, et fit passer le temps en préparant le dîner.
De son côté, la jeune blonde vit des choses qu'elle n'aurait jamais imaginées dans ses rêves les plus fous, et elle commençait, elle aussi, à réellement croire que la fin était proche.
La guerre touchait à son terme, et la liberté était à portée de main.
De tout l'après-midi, elle ne fit que suivre Sue, et rester dans un centre médical aménagé près de l'Opéra — autant que pouvait l'être quelques toiles tendues protégées par quelques pavés, sous lesquelles se trouvait une petite table et un lit de fortune. C'était ici que les blessés affluaient en masse, et Quinn faisait de son mieux pour les soigner.
Elle vit des gens de tout âge, de toutes catégories sociales et professionnelles ; des vieillards venaient pour quelques points de suture, des jeunes enfants, qui n'avaient parfois pas même dix-huit ans, arrivaient en urgence pour se faire extraire une balle du bras ou de la cuisse, ou pour se ravitailler en eau ou en pansements. Parfois, un corps sans vie était ramené, allié ou ennemi, et Quinn devait alors se tamponner les yeux avec sa robe pour s'éviter des pleurs inutiles.
Elle était ici pour travailler, pour sauver des vies, pas pour se lamenter sur les pertes humaines.
Le flux d'hommes et de femmes dura toute la journée, et elle ne reposa ses instruments que lorsque le soleil eut disparu derrière des immeubles gris.
Parfois, des tanks passaient à proximité, toutes armes dehors, sans toutefois en faire usage. Personne ne semblait vouloir attaquer un poste de secours.
Sue la raccompagna au pied de son immeuble, la remercia de son aide et lui donna rendez-vous pour le lendemain. Les deux femmes étaient en train de se faire leurs adieux lorsqu'un camion traversa la rue, lentement, suivi d'une petite voiture noire. Quinn écarquilla les yeux en reconnaissant l'uniforme nazi que portaient les hommes tassés dans le camion, et l'insigne de la Résistance que portaient ceux qui occupaient la voiture.
Quinn lança un regard interrogateur à Sue, qui lui répondit par un sourire mystérieux et un haussement d'épaules.
Les deux jours suivants se passèrent plus ou moins comme ce vingt-et-un août, Quinn accompagnait Sue et soignait des plaies superficielles pendant des heures, puis elle rentrait chez elle, racontait quelques morceaux de sa journée à Rachel qui lui répondait par d'autres anecdotes, et se couchait à ses côtés, soulagée d'avoir pu affronter un jour de plus sans que rien de fatal ne soit arrivé à sa compagne.
La nuit, de puissantes explosions réveillaient tous les habitants ; Rachel et Quinn ne firent pas exception. Des fusillades semblaient éclater de nulle part, et duraient de longues heures, infatigables, meurtrières. Les vitres en tremblaient souvent, comme surprises de la violence des combats ayant lieu à quelques centaines de mètres, et qui ne s'apaisaient qu'au lever du jour.
Mis à part ces canonnades nocturnes, Paris avait l'air calme, aussi calme qu'elle pouvait l'être à cette époque. Rachel ne voyait aucun attroupement, aucun débordement depuis la fenêtre de son appartement ou celui de Mercedes et Sam. Elle supposait que les Allemands devaient progressivement rendre les armes, ne luttaient pas contre l'inévitable. Elle l'espérait.
Mais il fallait croire qu'elle se trompait, et que les nazis n'allaient pas stupidement abandonner une ville aussi importante que celle-ci, car dans la journée du jeudi vingt-quatre, la porte s'ouvrit brusquement sur un Sam paniqué et une Quinn qui serrait les dents, se tenant le bras droit d'une main tremblante.
Une main plus pâle que de coutume, tâchée d'un rouge vif et liquide, remarqua Rachel.
En un éclair, elle fut debout, aida Sam à amener Quinn jusqu'à son appartement tandis que Mercedes rassemblait une trousse de premier secours.
Quinn trébucha sur une marche, faillit entraîner Sam et Rachel dans sa chute, mais leurs bras se resserrèrent autour de sa taille, l'empêchant de tomber. Enfin, ils arrivèrent au troisième étage. La petite brune se dépêcha d'ouvrir la porte, faisant entrer les trois personnes à sa suite, avant de la refermer et de chercher dans la salle de bains tout ce qui pourrait lui être utile.
Pendant ces quelques secondes, il lui sembla impossible de penser ou de réfléchir ; Quinn était blessée, et il fallait la soigner. On en était là. Le reste viendrait plus tard, les questions et les larmoiements, les inquiétudes ressuscitées.
Lorsqu'elle revint dans le salon, Sam avait allongé la jeune femme sur le canapé, de façon à ce que son bras meurtri soit face à l'extérieur. Mercedes sortait rapidement et méthodiquement le contenu de la petite trousse entre ses mains, et le déposa sur une chaise qu'elle approcha ensuite du sofa.
L'attention de Rachel fut ramenée à Quinn quand celle-ci gémit de douleur. Mercedes venait d'appliquer un bout de coton imbibé d'alcool à 90° sur sa plaie. Le coton tourna au rouge bordeaux dès qu'il toucha les chairs à vif.
Elle se précipita aux côtés de ses voisins, puis, voyant des larmes collées aux paupières et aux cils de Quinn, attrapa sa main gauche sans hésitation.
« Oh, chérie. »
Le terme d'affection lui échappa, mais Rachel ne savait pas si ses voisins l'avaient entendu, ou y avaient prêté une quelconque attention. Elle s'en fichait, à vrai dire.
Quinn serra les dents, ouvrit sur elle des yeux embrumés par l'humidité et étreignit sa main. Elle essayait tant bien que mal de ne pas pleurer, tandis que Mercedes continuait de désinfecter son bras.
« Bon Dieu, Quinn, souffla l'Antillaise en voyant la blessure mise à nue. Comment est-ce arrivé ? »
La blonde déglutit, prit sur elle pour chuchoter d'une voix étranglée : « Une balle perdue. Ça tirait de partout. »
Rachel la fit taire en posant deux doigts sur ses lèvres, glissant sur sa joue, écartant les mèches qui assombrissaient son front et son regard. Les explications pouvaient venir plus tard ; la seule chose qui importait, c'était de soigner Quinn.
Sam déclara, après avoir examiné les tissus déchirés, que la balle n'avait fait qu'effleurer son bras, et n'avait pas eu le temps de se loger dans la peau. Cela sembla soulager toutes les personnes présentes dans la pièce. Puis, lui et Mercedes s'affairèrent autour de Quinn, épongeant le sang qui s'écoulait de la plaie, avant de se préparer à recoudre les chairs.
La brune faillit tourner de l'œil lorsqu'on lui demanda d'apporter du matériel de couture.
L'opération prit de longues minutes, peut-être des heures. Rachel n'aurait su le dire. Elle continuait de serrer la main de sa petite amie, lui offrant de maigres paroles de courage pour essayer de la distraire du fil et de l'aiguille qui s'activaient à sa droite.
Quinn était presque médecin, mais cela ne l'empêchait pas de ressentir la douleur.
Enfin, Mercedes coupa le fil. Une ligne sinueuse arpentait maintenant le bras de la jeune femme, au-dessous de son épaule, au niveau de son sein. Son biceps arborait de petites croix grises d'une dizaine de centimètres. Quinn soupira, en un mélange de soulagement, de reconnaissance et d'un peu de tristesse, sans doute. Elle esquissa un sourire qui se mua en grimace lorsqu'elle tenta un mouvement de l'épaule, et accueillit avec joie l'aspirine et le verre d'eau qu'on lui tendait.
Sam enroula un morceau de sparadrap autour de la cicatrice pour éviter d'exposer les chairs à l'air libre.
Le reste de la journée fut vague pour elle. Elle crut entendre des voix familières derrière elle, celle de Rachel remerciant ses voisins et murmurant d'autres choses qu'elle ne put déchiffrer, avant de sombrer vers un sommeil qu'elle espérait long et réparateur.
Il ne fut ni l'un ni l'autre.
Quinn se réveilla avec la sensation de porter une statue d'ivoire à la seule force de son bras. La sensation la fit gémir, et en un éclair une figure qu'elle ne connaissait que trop bien vint s'asseoir devant elle.
« Tout va bien ? Tu as mal quelque part ? Oh, bien sûr, c'est une question stupide. J'ai cru que tu allais bien car tu as dormi calmement pendant une heure, et je n'ai pas voulu te réveiller. Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour toi ? »
Malgré elle, Quinn sourit, heureuse de percevoir la voix de Rachel après des heures de détonations sourdes et de bruits de tirs. Être de retour à la maison n'avait jamais été aussi bon.
Elle secoua négativement la tête, mais regretta instantanément de l'avoir fait.
Rachel la vit serrer les mâchoires, et serra sa main en lui disant qu'elle lui apportait un cachet d'aspirine. Quinn essaya, pendant ce temps, de se redresser contre le bras du canapé. Une douleur lancinante l'accueillit, couplée à un mal de crâne qui faillit lui faire perdre l'équilibre. Elle porta une main à son front en attendant que les tambourinements s'estompent.
Ils furent atténués par le médicament que Rachel lui donna, puis par la tasse de thé chaud qu'elle lui apporta. Il sentait la camomille.
« Cela t'aidera à dormir » dit la brune en souriant.
Quinn s'était finalement assoupie, quelques temps plus tard, à la tombée de la nuit. Rachel l'avait aidée à marcher jusqu'à la chambre, la soutenant à l'aide d'un bras passé sur sa taille, puis elle l'avait installée le plus confortablement possible sur le matelas. Quinn se tourna sur son flanc gauche, reposant son bras meurtri sur le drap. Elle sourit en sentant la petite brune se glisser derrière elle, caresser son mollet du bout du pied, et appuyer des baisers contre son omoplate, au travers de son vêtement.
« Promets-moi de ne plus jamais me faire peur comme ça. »
Et alors même que la jeune blonde était rattrapée par la fatigue et l'endolorissement, elle n'aurait pu être plus sincère lorsqu'elle le lui promit.
Sa promesse fut, sinon inutile, guère pertinente, car dès le lendemain on entendait fuser des cris de toutes parts, depuis les faubourgs les plus riches aux quartiers résidentiels et aux banlieues, comme quoi la division du général Leclerc venait d'entrer dans Paris.
Dès huit heures du matin, les deux femmes furent réveillées par des explosions de joie venant du cœur même de la ville.
On y était enfin. Le vingt-cinq août de l'an 1944, la capitale fut rendue aux Français.
Victory at all costs, victory in spite of all terror, victory however long and hard the road may be ; for without victory, there is no survival.
— Winston Churchill.
