Merci à Sissi1789 pour sa review.

En réponse à la tienne LumiredeLune : Tu as raison, ça va être compliqué pour Sara. Je ne suis pas cruelle, la vie est ainsi faite. Les Chasseurs vivent pour la plupart au château, la Reine et le Roi les ont accueillis après leur victoire contre Freya et sa sœur. Merci de ton soutien en tout cas.

J'ai mis du temps à publier, j'en manque cruellement, désolée.

Bonne lecture.


Partie 10


SARA

Thomas respirait la vie, il avait un mois et ne serait bientôt plus en danger. La Reine l'avait remis d'aplomb jour après jour, et je lui en serai éternellement reconnaissante.

Je terminai de lui donner son bain avec précaution. Je sentis Eric pénétrer dans la salle d'eau. Il posa une main sur mon épaule.

-Tu veux que je finisse son bain ?

-Non.

-Tu veux que je l'habille ?

-Non.

-Tu veux que je vous accompagne au château ?

-Non.

Sa présence m'incommodait, me rappelant sans cesse un évènement que je voulais oublier. Il soupira et s'accroupit à mes côtés.

-Sara ?

Je refusai de le regarder.

-Pourquoi refuses-tu mon aide ?

-Parce que je n'en ai pas besoin.

-J'ai envie de m'occuper de lui aussi.

-Je suis sa mère, c'est à moi qu'incombe ces tâches.

-Mais je suis là aussi pour t'aider, tu as besoin de repos, ce dernier mois a été difficile.

-Je vais bien, je n'ai pas besoin de me prélasser dans mon lit. Il y a beaucoup de choses à faire.

-Tu n'es pas encore remise de ton accouchement ma douce.

Il est vrai que ce retour de couche s'éternisait et me mettait un peu sur les genoux mais jamais je ne m'en serais plainte, ce n'était pas mon genre.

-Tu ne sais rien de tout ça, tu n'es pas une femme.

-Sa Majesté m'a expliqué que…

-Tu parles derrière mon dos avec elle ? M'énervai-je.

Il se défendit de telles accusations mais je m'en fichais, focalisée sur Thomas qui se tortillait, peut-être avait-il froid ? J'attrapai la serviette à proximité et le sortis de son bain. Eric me suivit à la trace quand je me rendis dans notre chambre pour allonger Thomas sur le lit. J'avais préparé des habits pour le vêtir chaudement. La Reine m'avait généreusement offert toute la layette de son petit garçon. Rien n'aurait pu me faire plus plaisir. Elle était d'un tel soutien, son aide était si précieuse.

-Sara, nous devons en parler tu le sais ?

Je l'ignorai.

-Sara !

-Ne hausse pas le ton avec moi, répondis-je en le vrillant du regard.

Je ne me laissai pas attendrir par sa mine défaite, son air triste.

-Pourquoi ne pars-tu pas travailler ?

-J'ai demandé un peu de temps libre pour m'occuper de vous, me révéla-t-il.

-Mais pourquoi donc ?

-Parce que je vous aime.

Je m'adoucis fatalement.

-Nous aurons du temps pour nous, ne t'inquiète pas. Va travailler, nous nous verrons ce soir. Je te ferai un bon diner.

-Le garde-manger est presque vide, je ne pourrai le remplir qu'à la fin de la semaine, me prévint-il avec lassitude.

-Ne te tracasse pas. Je ramènerai des choses du château. Tu sais bien que je suis douée pour la récupération des denrées mises au rebut.

-Très bien. Je verrai ce que je peux faire de mon côté.

Il vint vers nous et se pencha pour embrasser notre trésor puis il effleura mon front de ses lèvres gercées.

-Je vais dire au revoir à Aliana et j'y vais.

Il avait déjà quitté la chambre, je m'étais crispée, meurtrie par ses mots. Mes yeux se remplirent de larmes que je chassai avec rage.

-Reprends-toi, pardi !

Je terminai d'habiller mon petit garçon, nous devions nous rendre au château. Sa Majesté nous attendait pour le déjeuner. J'aimais passer du temps avec elle car à son contact la culpabilité était moins atroce.

-Nous sommes prêts mon chéri.

Sur le trajet, je pris mon temps pour faire découvrir à mon fils la beauté de la nature environnante. Il ouvrait des yeux curieux de tout, des yeux du même bleu que son père. Il lui ressemblait énormément, et j'aimais cette idée. Il n'y avait pas plus beau que mon Eric, hormis Thomas, bien sûr. Son arrivée avait changé ma vie. J'étais une mère à présent et rien ne comptait plus à mes yeux.

Je tentai de me rappeler mon enfance, je n'arrivais à me souvenir que de bribes mais le visage de mon père et de ma mère était bien réel malgré toutes ces années. J'avais été privée d'eux trop tôt et je ferai en sorte que mon fils ne connaisse pas ce chagrin. Je devais en parler à la Reine car je ne pourrai plus assurer son escorte ni celle de son époux lors de leur déplacement.

Après une bonne demi-heure, je vis apparaitre la silhouette du château. En entrant dans les murs, je fus saluée sobrement par les gardes en faction et je me détendis. Cela faisait un mois que je luttais chaque jour contre l'angoisse de perdre mon fils, un mois que je tentais vainement de contrer le manque laissé par ma fille bien-aimée. Je ne voulais plus penser à elle, je voulais tourner la page, avancer mais Eric me maintenait dans cet état de mal-être qui me consumait. Il ne comprenait pas que je ne pouvais pas pleurer cet enfant, que si je le faisais, je m'effondrerais et ne pourrais pas m'occuper de Thomas. Et notre fils méritait toute notre attention. Il était le miracle de notre vie et je savais à qui je le devais.

-Majesté, la hélai-je en la voyant dans la nurserie, soulevant son William avec tendresse.

Elle se tourna vers moi et approcha rapidement, le Prince dans ses bras. Je lui souris avec une immense affection en lui tendant mon bien le plus précieux. Nous fîmes échange et je fus ravie de voir William se blottir contre moi. Il grandissait à vue d'œil, ressemblant énormément à sa mère. Je perçus le regard insistant de la nourrice en place. Je voulus aller à sa rencontre pour la questionner sur cette attention accrue mais la Reine m'en empêcha.

-Thomas va bien, il n'a plus besoin de moi, Sara.

Je fronçai les sourcils, anxieuse.

-Vous en êtes sûre ?

-Oui, me sourit-elle avec assurance.

-Une dernière fois s'il vous plait, insistai-je.

Elle hocha la tête et alla s'installer dans l'un des fauteuils en osier présent au fond de la pièce. Je posai William au sol et le maintins fermement pour qu'il marche à mes côtés, il n'allait pas tarder à effectuer ses premiers pas tout seul. J'avais hâte de le voir faire. Nous fîmes un petit tour dans le couloir central. Nous croisâmes quelques servantes qui pouffèrent quand elles se crurent à l'abri de mes oreilles. Je saisis William dans mes bras et je fis demi-tour pour les alpaguer avant qu'elles ne tournent en direction des cuisines.

-Je peux savoir ce qui vous fait rire ?

Elles sursautèrent comiquement en entendant le son de ma voix. Elles me détaillèrent avec une inquiétude soudaine. Elles étaient trois, j'en reconnus une.

-Seraphina ? Insistai-je.

Elle rougit.

-Nous n'étions pas en train de rire.

-Ne vous moquez pas de moi ! Je vous ai entendues ! Répondez à ma question !

Le prince observait les trois jeunes filles avec intérêt, gazouillant et riant pour attirer leur attention. Elles tentèrent une approche vers lui mais je les rabrouai aussi sec. Je n'en démordais pas, j'étais en colère et je voulais des réponses.

-Nous n'étions pas en train de rire, persista la plus petite.

Son œil se fit sévère presque dédaigneux. Je m'approchai d'elle sans prévenir. Elle recula.

-Ne vous foutez pas de moi !

-Surveillez votre langage ! S'indigna Seraphina.

-Vous n'avez aucun ordre à me donner !

-Vous non plus ! S'aventura la plus petite. Vous vous croyez supérieure à nous mais ce n'est pas le cas, loin de là !

-Je n'ai jamais prétendue une telle chose ! Répliquai-je excédée.

-Pas besoin de le dire. Vous vous pavanez avec sa Majesté, vous ne prenez aucun repas avec vos pairs, vous avez pris la place de la garde royale, vous êtes la marraine du Prince. Cela en dit long sur la place que vous croyez avoir ici.

-Je sais où est ma place et je n'ai pas à me justifier devant vous !

-Quelle prétention ! Se manifesta la troisième servante.

-Comment osez-vous me parler de la sorte ? M'emportai-je. Vous ne me connaissez même pas !

La gouvernante apparut dans mon champ de mire, renvoyant les servantes au labeur.

-Je n'ai pas fini ! M'indignai-je.

-Elles ont du travail, me rappela Mary.

Mary qui ne m'avait jamais appréciée depuis mon arrivée ici.

-Je veux connaitre la raison de leurs moqueries.

-N'y voyez rien de personnel, Chasseur. Les commérages alimentent la journée de ses pauvres jeunes filles esseulées.

-Je n'ai rien contre les ragots tant que ça ne me concerne pas.

-Fort bien, dans ce cas…

-Sauf qu'il était évident que j'en étais la cible, persistai-je.

Le visage de Mary se durcit, elle perdait patience visiblement.

-Si cela vous gêne tant pourquoi continuez-vous à les susciter ?

-Comment cela ?

-Retournez chez-vous, occupez-vous de votre mari ainsi il passera moins de temps avec sa Majesté la Reine.

Elle fit volte-face pour quitter le couloir, me laissant complètement abasourdie. De quoi parlait-elle ? Eric viendrait ici en douce passer du temps avec la Reine ? Non, elle délirait, elles déliraient toutes !

-Retournons voir ta maman, décidai-je, en posant William au sol.

Le trajet retour fut plus long car William fatiguait. Cela me permit de me concentrer sur lui, et non sur ce qui bouillonnait dans ma tête. La Reine était postée devant l'entrée de la nurserie, elle m'attendait avec Thomas qui s'était endormi.

-Allons déjeuner, me sourit-elle. Le Roi se joindra à nous si cela ne vous dérange pas.

-Nullement Majesté.

Je devais tirer cela au clair avant de m'hasarder à porter des accusations. J'en parlerai à Éric ce soir au diner.

OoooO

Après un déjeuner qui me parut durer une éternité et où je me montrai d'une humeur peu bavarde, j'empruntai la salle d'eau de sa Majesté pour me changer. J'avais hâte de retrouver un cycle normal. Elle patienta avec Thomas dans sa chambre. William était resté avec son père, ils allaient se promener dans le jardin. Face à mon reflet dans le miroir, je me questionnai. Je craignais que les ragots ne soient fondés. Mon estomac se tordit, je me morigénai, je devais arrêter ces sottises, il n'y avait pas lieu de soupçonner quoi que ce soit. Pas après tout ce qu'il venait de se passer. Cette épreuve nous avait rapprochés tous les quatre, le Roi y compris. Il se montrait plein de tact et attentif. Il était égal à lui-même en somme. Il était heureux avec sa famille, la reine aussi était heureuse. La jalousie humaine pouvait créer des conflits bien inutiles. Je retrouvai un peu de sérénité. En revenant dans la chambre, je surpris la Reine en larme. Elle sursauta en me voyant entrer dans la pièce et se reprit instamment.

-Qu'y a-t-il ma Reine ?

Elle évita mon regard, réellement tourmentée. Cela me fit peur.

-J'espère que vous me pardonnerez un jour.

Je me raidis :

-Vous pardonner quoi ?

-La perte de votre fille chérie.

Ce fut pire à mon sens, j'aurais préféré mille fois qu'elle m'avoue une liaison avec mon mari que d'évoquer Aliana. Je ne relevai pas, préférant récupérer mon fils pour le garder près de moi. Je m'assis sur le bord du lit non loin d'elle pour le bercer un moment, cherchant le courage d'affronter la Reine.

-Je n'ai rien à vous pardonner, murmurai-je enfin. Je vous dois tout.

Je n'avais pas l'habitude d'accorder autant de confiance et de dévotion pourtant, à ses côtés, je ne ressentais rien d'autre que ce sentiment très fort qui me poussait à lui montrer une loyauté sans faille et une affection sans bornes. Il émanait d'elle bonté et générosité. Elle savait être à l'écoute et c'était peut-être pour cela qu'Eric avait passé du temps avec elle.

Elle se leva et s'enracina devant sa porte-fenêtre.

-Je dois me rendre en salle d'entrainement. Mais avant, je dois vous parler de quelque chose, Majesté.

-Je vous écoute.

-Est-ce que mon mari vient vous rendre visite à mon insu ?

Elle resta statique, je ne pouvais voir son expression.

-Majesté ?

Silence.

-Majesté, je vous en prie.

Son dos se vouta quelque peu.

-Il est vrai qu'il m'a souvent rendu visite ce mois-ci.

Le coup fut rude mais je ne ressentis aucune colère contre elle.

-Pourquoi ?

-Il souffre, il cherche du réconfort.

-Je suis là pour ça.

-Vous n'avez pas de temps pour lui.

-C'est fort égoïste de sa part de penser cela, il sait que je suis très occupée avec Thomas.

-Il le comprend très bien mais vous vous êtes fermée à lui, il ne sait pas comment faire pour vous atteindre. Il…

Elle hésita.

-Il quoi ?

-Il pense qu'il est le seul à pleurer Aliana.

Encore ce gros coup dans le cœur. Ma tension monta d'un cran, je me sentis sur le point d'exploser. J'eus juste le temps de lui déposer mon fils dans les bras et de lui demander de me laisser avant que n'éclate mon chagrin.


La suite quand je pourrai.