Serena Slam ! En route vers le Grand Chelem o/

Et voici la fin, après des mois d'insomnies et de recherches sur le sujet. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette fiction que moi à l'écrire. Si vous avez des questions, des remarques, des critiques, bonnes ou mauvaises, n'hésitez pas. J'ai d'autres idées pour la suite, je m'y remets à la rentrée.

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire ceci, que ce soit un chapitre ou toute l'histoire, et à ceux qui ont pris le temps de laisser un petit mot d'encouragement, comme un certain A. N. Onyme , qui m'a un jour laissé une review qui m'a incitée à me surpasser pour ces derniers chapitres. Bref, merci. Je vous laisse avec le dernier morceau.


Dans les semaines qui suivirent, la ville de Paris retourna progressivement à la normale, reprit le cours du temps qui avait été altéré ces cinq dernières années. Les services publics ne connurent presque plus aucun désagrément, aucune grève ne perturba les transports, et le gouvernement provisoire, mené par le général de Gaulle, mettait graduellement en place de nouvelles mesures pour diriger la France.

Le pays n'était pas tout à fait libéré, en réalité ; quelques départements subsistaient encore aux mains des nazis, mais chaque jour, l'on entendait proclamer la libération de l'un ou de l'autre à la radio, soit par les armées Alliées, soit à la suite du départ des Allemands, qui abandonnaient des villes entières pour tenter de se réfugier ailleurs.

Mais l'état d'esprit avait changé. Cela se ressentait, partout, dans chaque coin de l'Europe, qui se réveillait et renaissait enfin de ses cendres après une domination nazie et fasciste quasiment totale.

On croyait à la fin de la guerre. Certains osaient même croire à une paix honnête et durable, à l'effondrement du régime nazi, au ralliement des peuples qui sauraient pardonner ce fâcheux intermède.

Cela était pourtant bien plus qu'un simple intermède. Ç'avait été plus de la moitié d'une décennie remplie d'horreurs innommables, de sang, de persécutions.

Les premiers signes que la capitale française avait retrouvé de sa splendeur passée ne se firent pas attendre aussi longtemps. Les avenues marchandes furent à nouveau constamment piétinées et arpentées de long en large, la fréquentation des commerces fut décuplée en quelques jours. Dorénavant, quand Quinn ou Rachel se penchaient à la fenêtre ou sortaient prendre l'air, elles s'étonnaient devant le nombre de passants dans les petites rues du quartier autrefois abandonné. Quinn n'avait jamais vu l'endroit si peuplé, pas même lorsqu'elle venait de s'y installer, trois ans avant le début de la guerre.

Ce qui changea presque instantanément, et sans grande surprise pour les deux jeunes femmes, fut leur quotidien. Chaque jour, elles sortaient. Dix minutes, pour se dégourdir les jambes, ou bien une heure passée à flâner à l'ombre d'un arbre, peu importait ; l'important, c'était de pouvoir profiter de cette liberté qui leur avait été retirée trop longtemps.

Maintenant qu'elles savaient ce que leur vie pourrait être, privée du simple fait de pouvoir poser le pied sur les pavés de la ville, elles désiraient en bénéficier au maximum. Rachel avait perdu trop de temps enfermée, et ne recommencerait pas. Rien au monde ne pourrait la faire changer d'avis.

Ces promenades avaient le don de coller un sourire indélébile sur le visage de la petite brune. Elle avait le droit d'errer sans but et sans obligation dans les rues de la ville, sans risquer la prison ou la mort à chaque pas, et parce qu'à ses côtés se trouvait Quinn, chaque seconde que comprenaient ces moments estimés n'en était que plus magnifiée.

Quinn lui fit d'abord découvrir les alentours de l'immeuble, les commerces qui le jouxtaient, les coins et les recoins qui méritaient le détour, et en à peine quelques semaines, Rachel pouvait se targuer de connaître le quartier comme sa poche.

Elle se sentait chanceuse d'habiter dans un endroit de Paris si calme et historique, à deux pas de sa plus célèbre basilique, de cafés-théâtres et de cabarets connus dans le monde entier.

Peut-être ces balades lui avaient fait comprendre qu'elle ne rentrerait jamais chez ses parents. La seule chance qu'ils soient encore en vie était d'ailleurs ridicule, presque nulle. Rachel avait intégré cette idée il y a des années déjà, s'était préparée à l'éventualité de ne jamais plus revoir ses deux pères, ni même de pouvoir revoir la maison où elle avait vécu la majorité de son enfance (elle avait d'ailleurs dû être brûlée, comme chaque maison ayant abrité des Juifs).

Elle ne rentrerait plus chez elle — sauf que chez elle, c'était ici. C'était Paris. C'était Montmartre.

C'était Quinn.

Elle ne pouvait s'imaginer la quitter, elle qui avait pourtant tenté de fuir après que la blonde l'ait recueillie. Cela n'arriverait plus. Tant de choses avaient changé depuis.

Si elle en croyait son intuition, Quinn ne souhaitait pas non plus son départ. Ce dernier était inenvisageable ; jamais Rachel ne voudrait, ni ne pourrait quitter Quinn. Quand tant de menaces et d'incertitudes planaient au-dessus de leur tête, elle ne l'avait pas abandonnée, alors pourquoi le ferait-elle aujourd'hui, à la veille d'un armistice durable et concret et jouissant d'une liberté nouvelle ?

Heureusement, elle ne pensait plus à vivre une vie éloignée de la jeune blonde. Il n'y avait aucune raison à cela : les deux femmes étaient heureuses, plus que jamais, et aucune ne désirait changer leur quotidien, qui se concrétisait chaque jour un peu plus.

Au début de l'automne, Quinn emmena Rachel dans des boutiques de prêt-à-porter du quartier. Après chaque magasin, elles sortirent avec une robe ou deux sur le bras, un chemisier et une paire de chaussures ayant la préférence de Rachel, qui ouvrait parfois des yeux ronds devant les étiquettes de prix, mais Quinn la rassurait alors d'un sourire, et au bout de quelques heures, les vêtements de la petite Juive prenaient presque autant de place dans l'armoire de la chambre que ceux de la blonde.

Il n'y avait pas que les magasins d'habillement qui avaient reçu la visite des yeux éblouis et émerveillés de Rachel. Quinn lui avait fait visiter tous les endroits du quartier méritant son attention ou sa visite, aussi courte fut-elle, et l'avait menée à travers cafés-théâtres, théâtres, églises et monuments, librairies, épiceries fines, disquaires et cinémas.

Bien qu'elles n'y allaient souvent que pour le plaisir des yeux et non pour acheter un quelconque bien ou voir la représentation d'une pièce, la visite de ces lieux, tous ou presque historiques, typiques de l'idée que Rachel se faisait de Paris, lui apportait un bonheur sans nom.

Elle avait réellement l'impression de trouver sa place dans cette ville.

Rachel commençait à retrouver un peu d'une véritable vie. Avec les nouvelles lois votées par le GPRF, maintenant installé à quelques pas de chez elles et non plus en Afrique du Nord, elle se sentait aussi légitime que n'importe quel Parisien vivant ici depuis des générations. Elle avait les mêmes droits, les mêmes devoirs, et rien ne lui aurait fait plus plaisir.

En outre, la chose qui aurait permis à Rachel de se sentir véritablement à sa place et qui lui avait manqué depuis longtemps, c'est Sue Sylvester qui la lui apporta.

Comme à son habitude, la grande femme n'avait pas pris la peine de prévenir son arrivée, un soir du mois d'octobre. Elle étreignit Quinn chaleureusement, puis Rachel, comme si elles avaient été amies depuis des années.

Les banalités échangées, Quinn proposa de faire du thé, et la petite brune se retrouva donc seule avec Sue, assise à côté d'elle sur le canapé du salon.

La présence de la femme blonde ne la mettait plus aussi mal à l'aise, mais elle avait un étrange creux à l'estomac à chaque fois qu'elle croisait son regard. Elle n'avait pas eu l'occasion de la voir souvent depuis ce dîner du mois d'août, et pourtant ces courtes entrevues n'avaient fait que la conforter dans son idée de Sue ; cette femme singulière lui apparaissait comme quelqu'un d'exceptionnellement fiable et sincère, qui était, en plus de ces qualités, très amicale et souriante une fois que l'on apprenait à la connaître. Une Quinn plus âgée, en quelque sorte.

Malgré cela, Rachel ne pouvait empêcher le lien nouant son ventre lorsqu'elle se trouvait en sa compagnie.

Elle était contente de ne pas être son ennemie.

Sue lui offrit un sourire énigmatique en se renversant dans son siège.

« J'ai un cadeau pour toi, ma petite. »

La jeune Juive se trouva un peu plus détendue en entendant le timbre doux de la grande femme, et elle ouvrit sur elle des yeux intrigués.

« Un cadeau ? Quelle sorte de cadeau ?

— Un qui va te faire plaisir, j'en suis certaine » affirma Sue.

Elle ne put la questionner davantage, car Quinn revenait avec un plateau chargé d'une théière et de trois tasses. Chacune prit sa boisson, en but une gorgée pour se réchauffer les entrailles, avant que la conversation ne reprenne gaiement entre les trois femmes.

Enfin, alors que Rachel commençait à s'impatienter, Sue glissa la main dans la poche de sa veste, en retira un paquet de la taille d'un livre noué avec un bout de ficelle et le jeta sur la table basse.

« Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Quinn.

— Ouvre-le, tu verras bien, fit Sue. C'est pour toi et ta copine. »

Sue fit un clin d'œil à la petite brune, qui rougit tout en s'approchant de Quinn. Celle-ci défit le cordon, ôta le papier blanc pour en découvrir le contenu. À l'intérieur se trouvait une boîte, pas plus grande qu'une enveloppe, qu'elle s'empressa d'ouvrir.

En voyant ce qui y gisait, Rachel eut un hoquet de stupeur, et leva les yeux vers Sue pour être sûre de ce qu'elle était en train de voir. Quinn, elle, resta bouche bée.

Au fond du réceptacle se trouvaient un petit carnet, d'un orange un peu passé, sur lequel s'étalaient les mots République Française et son symbole, cerclé de quatre drapeaux. Juste au-dessous, dans les mêmes caractères d'imprimerie, le mot Passeport, puis un numéro de série, et enfin ses nom et prénom. Rachel Sarfati.

Elle n'en croyait pas ses yeux. Rachel tendit la main pour toucher le papier, délicatement, comme s'il allait tomber en miettes au moindre contact. Elle le prit entre ses doigts, et ainsi découvrit un autre document caché sous le passeport. Elle aurait presque dû s'en douter ; c'était une carte d'identité, elle aussi à son nom, avec le lieu de son domicile et son signalement. La carte était tamponnée du commissaire de police du dix-huitième arrondissement. Il ne manquait plus, pour que le document soit complet, que sa date de naissance, sa photo et sa signature.

Elle ne se demanda pas comment Sue avait pu se procurer ses empreintes digitales.

Rachel sentit les larmes lui venir. Elle regarda Quinn, qui semblait dans le même état qu'elle, puis Sue, souriant d'un air désinvolte.

« C-Comment... bégaya Rachel.

— Un jeu d'enfant, dit doucement Sue. Ce n'est pas grand chose. J'espère que ça te fait plaisir.

— Bien sûr que ça me fait plaisir ! Mais pourquoi... Tu n'avais aucune raison qui te poussait à faire autant pour moi, et je ne pourrais jamais te remercier assez pour cela. »

La grande femme sourit, haussa une épaule. Au bout d'un moment, quand Quinn et Rachel eurent repris leur esprit, elle ajouta :

« Je n'étais pas forcée de le faire, mais j'en avais envie. Tu mérites d'être complètement libre, et je me suis dit que je pourrais t'éviter des semaines de paperasse inutile et ardue, surtout parce que tu n'avais plus aucun papier d'identité. Et je savais que cela te ferait autant plaisir qu'à Quinn (la jeune femme leva la tête à cet instant, les yeux humides, en esquissant un sourire qui se voulait assuré). J'aurais aimé pouvoir t'en faire cadeau plus tôt, pour te soulager d'un poids si jamais tu venais à te faire contrôler, mais... »

Sue ne finit pas sa phrase, et haussa à nouveau les épaules. Puis, à sa grande surprise, elle fut emportée dans une étreinte puissante qui faillit la faire tomber à la renverse.

Rachel lui murmura un merci terriblement sincère, aussi respectueux et reconnaissant que si elle venait de lui sauver la vie.

« Je t'en prie, chuchota Sue. Quinn et toi... vous méritez d'être heureuses. »


Les jours filaient à une vitesse folle. Cela faisait un an et trois mois que les deux femmes habitaient ensemble. Elles avaient l'impression de seulement commencer leur cohabitation et, ironiquement, il leur semblait avoir vécu tant d'événements qu'ils pourraient remplir toute une vie à eux seuls.

Il y avait bien évidemment des avantages à avoir passé la majorité, si ce n'était la totalité de son temps libre avec la même personne depuis autant de temps. Rachel connaissait les plats préférés de Quinn (plus faciles à réaliser maintenant que la ville n'était plus soumise à des restrictions alimentaires), savait qu'elle aimait se prélasser au lit aussi longtemps qu'elle le pouvait et aimait veiller aussi tard que possible, et qu'elle n'aimait pas sortir, même si c'était pour faire une simple course, si Rachel ne l'accompagnait pas.

Elle avait appris des tas de petites choses, tout aussi insignifiantes les unes que les autres, qui ne rendaient Quinn que plus spéciale à ses yeux, et ce en ayant simplement partagé un toit avec elle.

Souvent, juste avant que les deux femmes aillent se coucher, Quinn prenait un livre dans sa bibliothèque pleine à craquer avant de s'installer contre le montant du lit. Rachel la rejoignait alors, se lovait entre ses bras d'albâtre et reposait sa tête entre son cou et son épaule. Une minute plus tard, Quinn commençait à lire à haute voix.

La voix de la jeune Parisienne ne cessait d'émerveiller Rachel, la berçant de ses notes suaves et tendres, au creux de son oreille.

Cela ressemblait fortement à l'image qu'elle avait du paradis ; un endroit en dehors du temps et de l'espace, irréel, s'étirant à l'infini, dans lequel personne ne pouvait troubler leur quiétude. Un endroit où elles pouvaient être elles-mêmes, en sécurité.

En général, Quinn attrapait un recueil de poèmes, et en lisait une bonne dizaine avant que Rachel ne tombe dans le sommeil, rattrapée par les tons gracieux et les lentes caresses de la blonde sur sa peau.

Quelques auteurs avaient la préférence de Quinn, majoritairement anglais ou américains, et elle ne récitait la traduction de leurs textes qu'à la demande de sa compagne. Walt Whitman avait résonné entre les quatre murs de leur chambre, ainsi qu'Emily Brontë, Lord Byron, Alfred Tennyson. Les poèmes d'E.E. Cummings revenaient plus souvent que les autres ; Rachel ne saurait exactement expliquer pourquoi. Peut-être aimait-elle la reliure en cuir à peine usé, manipulée avec le plus grand soin, ou la façon dont Quinn la regardait lorsqu'elle lui lisait des vers qu'elle ne comprenait pas.

Elle n'avait aucune notion d'anglais, mais n'en avait pas besoin pour comprendre la signification des mots que Quinn murmurait à son oreille ; son intonation était suffisante pour transmettre l'intention et communiquer la puissance des mots.

Quand Rachel eut enfin l'occasion de poser les yeux sur la traduction des poèmes en français, elle faillit en pleurer.

Elle ne savait pas ce qu'elle avait fait pour mériter une femme telle que Quinn.

Parfois, la petite brune se disait que le hasard, ou Dieu, ou quoi que ce soit qui les avait fait se rencontrer, faisait étrangement bien les choses.

L'une de leurs séances de lecture nocturne fut brusquement interrompue un soir de novembre. La nuit tombait très tôt, et il n'était donc pas impossible que ce fut Sue ou Mercedes ou une autre de leurs connaissances qui soit en train de frapper à la porte. Quinn se leva, déposa son livre sur la couette et alla ouvrir tandis que Rachel en feuilletait les pages.

Un cri la sortit des vers de John Keats, qui la fit sauter hors du lit pour se précipiter dans le salon. Arrivée dans le foyer, la brune ne put en croire ses yeux.

Sur le seuil de la porte se trouvait Quinn, dans un amalgame de bras et d'exclamations, serrant contre elle une femme aux cheveux blonds que Rachel ne pouvait voir. Elle songea d'abord à Brittany, mais écarta cette possibilité ; sa petite amie ne se serait pas mise dans cet état-là si leur voisine était venue à leur rencontre.

Les deux femmes enlacées s'écartèrent, et Rachel put enfin apercevoir une partie du visage de l'inconnue.

Un visage qui ressemblait à celui de Quinn.

Il était plus marqué, avait des traits plus rectilignes, une bouche plus fine, des yeux différents de ceux de Quinn, verts et noisette et or. Le teint moins pâle. Mais les mêmes cheveux blonds, ni trop courts ni trop longs, dont les mèches étaient rangées sous des épingles que masquait un chapeau. Mis à part ces quelques nuances, la jeune femme était son portrait craché.

À ses pieds, il y avait un sac à dos rempli à ras bord, débordant de papiers et vêtements. Seul cet indice aurait dû la mettre sur la voie.

Au moment même où Rachel fit le lien dans son esprit et mit un nom sur ce visage familier, Quinn sembla se souvenir de sa présence et de ses bonnes manières, et lui tendit une main tremblante d'émotion.

« Rachel... »

Sa voix s'était épaissie sous une couche de transport, de trouble et d'enthousiasme, et ses yeux brillaient de larmes retenues. Rachel s'approcha, attrapa la main de la blonde tout en continuant de regarder l'autre femme.

« Rachel, j'aimerais te présenter ma sœur. Frannie. Frannie, voici Rachel. »

Une demi-heure plus tard, après d'autres larmes de la part des deux sœurs et de nombreuses étreintes, les trois femmes se trouvaient attablées dans le salon, avec thé, café et quelques gâteaux devant elles.

Frannie et Quinn ne cessaient de sourire, de s'effleurer l'épaule pour s'assurer de leur présence, ou de s'exclamer qu'elles ne pouvaient pas y croire, qu'elles se retrouvaient enfin après tant d'années.

De longues conversations s'écoulèrent, et l'aînée des Fabray était exactement comme Rachel se l'était imaginée : grande, sûre d'elle, n'ayant pas peur de dire ce qu'elle pensait, taquinant sa sœur dès qu'elle en avait l'occasion. Son accoutrement l'avait également intriguée. Presque aucune des femmes qui déambulaient en ville ne portait une telle tenue, constituée d'un pantalon de toile, de grosses chaussures de marche, d'une chemise en coton sous une veste plus épaisse, en plus de son chapeau en feutre qu'elle avait suspendu au porte-manteau.

Elle avait l'air aussi confiante et extravertie que sa tenue. Rachel l'admirait déjà pour cela. Aussi courtoise que Quinn, elle l'avait saluée avec un sourire sans rien demander de sa situation, ou quelle relation entretenait-elle avec sa sœur.

La petite brune sut tout à coup qu'elle était la plus grande différence entre les deux blondes. Frannie était bavarde. Elle divaguait et décrivait les derniers mois de sa vie, passés sur le continent africain, avec le plus de détails possible, et ne s'arrêtait qu'un infime instant tous les quarts d'heure pour reprendre son souffle.

Selon ses dires, elle venait d'arriver à Paris par le train, cet après-midi même, et n'avait pu résister à la tentation de rendre visite à quelques connaissances — dont Sue Sylvester — avant d'arriver ici, dans ce qui avait autrefois été son appartement.

Ses histoires de combats, de planques, de sabotages de chemins de fer et de radios étaient passionnantes, et Frannie les racontait avec tant de passion et presque de joie qu'elle omettait toute note tragique à son récit. Quinn interrompait souvent sa litanie pour poser des questions sur son quotidien, ou pour éclaircir un point précis, ou simplement pour qu'elle continue de parler. Elles avaient perdu trop de temps durant leurs années éloignées l'une de l'autre.

Lorsque, peu avant minuit, la discussion ne montra aucun signe de faiblesse, Rachel, qui commençait à sentir la fatigue la rattraper, se leva, porta la vaisselle sale dans la cuisine avant de venir s'excuser devant leur invitée.

« Je vais aller me coucher, dit-elle en souriant doucement, les paupières tombantes. Frannie, tu restes dormir ici ? »

Frannie regarda Rachel, puis Quinn, avant de hausser les épaules.

« Comme vous voulez, répondit-elle. Je peux aller prendre une chambre à l'hôtel, ou ailleurs, s'il n'y a pas assez de place.

— Hors de question, fit Quinn. Tu restes ici. Tu veux prendre le lit ? Rachel et moi, on peut se faire une planque dans le salon.

— Pas la peine. Je prendrai ce bon vieux canapé.

— Cette fois, tu es vraiment revenue, pas vrai ? demanda Quinn en fronçant les sourcils.

— Oui.

— Plus de missions suicides au bout du monde, même s'il y a une autre guerre, c'est promis ?

— Promis, Quinn. »

La plus jeune sourit alors, posa sa main sur celle de Frannie. « Tu m'as manqué.

— Toi aussi, Quinn. »


La nuit passa calmement. Rachel n'était pas sûre que Quinn se soit couchée ce soir-là, car elle la retrouva le lendemain à la même place, le visage appuyé contre sa main, écoutant les histoires fantasques et pourtant si réelles de sa sœur.

L'exiguïté de l'appartement sembla s'être accrue durant la nuit, et Rachel songea que ça allait vite devenir compliqué de loger trois personnes sous ce même toit. Pourtant, cela ne la dérangeait pas. Il valait mieux avoir un petit espace couvert et protégé que rien du tout, elle l'avait bien compris. Tout valait mieux que cette cave à rats infestée d'humidité, ou ces wagons à bestiaux où la pluie et le vent s'infiltraient sans crier gare.

Quinn l'invita à s'asseoir, la salua d'un sourire presque timide et en étreignant ses doigts fins. Frannie sourit largement, aussi en forme que si elle venait de dormir douze heures.

Elles ne virent pas le temps passer tant elles avaient des choses à se dire. Rachel n'était pas exclue de la discussion, malgré le fait qu'elle ne connaissait pas Frannie et que celle-ci n'avait toujours aucune idée des liens qui l'unissaient à Quinn. Mais si l'on en croyait l'aisance avec laquelle elles étaient tombées dans de grandes conversations, et la façon qu'elles avaient de s'observer, un peu curieuses mais nullement hostiles, on aurait pu penser qu'elles étaient d'anciennes amies qui se redécouvraient après des années passées à l'étranger.

Frannie n'avait pas dit combien de temps elle comptait rester, mais puisque la question n'avait pas encore été abordée, personne ne voyait d'inconvénient à ce qu'elle prolonge son séjour dans son ancien foyer.

La plus âgée passait ses nuits sur le canapé. Elle avait assuré les deux autres qu'elle ne voulait pas troubler l'ordre déjà installé dans cette maison, et que le divan était plus confortable que la majorité des couches sur lesquelles elle avait dormi ces derniers mois.

Un soir, deux jours après son arrivée, Frannie sortit rendre visite à ses anciens voisins. Sam et Mercedes étaient littéralement extatiques en la revoyant, et ils prolongèrent leurs retrouvailles jusqu'au beau milieu de la nuit.

La jeune blonde rentra dans l'appartement en essayant d'amortir ses pas, se glissa dans la salle de bains, puis en ressortit pour se mettre au lit quand un faible bruit interrompit son geste.

Elle se tut, tenta de bloquer sa respiration un instant, quand le bruit reprit. Frannie pensa à une sorte de gloussement silencieux.

Elle s'allongea sur le canapé, tendit l'oreille en direction de la chambre.

Un rire étouffé surgit, suivi de quelques mots chuchotés, à peine perceptibles à travers la porte fermée. Frannie fronça les sourcils. Puis un autre son brisa la quiétude de l'appartement, sur lequel il était impossible de se tromper.

Le bruit doux, presque inaudible de deux paires de lèvres se rencontrant.

Puis un autre petit rire.

Frannie ne s'était même pas rendu compte qu'elle s'était arrêtée de respirer, comme si elle pouvait, rien qu'en emplissant ses poumons, informer de sa présence les deux occupantes de la chambre.

Ainsi, Rachel n'était pas une inconnue, et pas seulement une colocataire. Elle et Quinn avaient, si elle en croyait ses oreilles, une relation qui dépassait le stade amical. Elle aurait dû s'en douter, à dire vrai. La façon dont ces deux filles se regardaient et se touchaient aurait pu la rendre aveugle de bonheur. Et puis, Quinn n'était pas du genre à inviter n'importe qui chez elle. Elle devait avoir ses raisons. Probablement les raisons du cœur, songea Frannie.

Elle crut percevoir le bruit d'un autre baiser, et elle sourit dans l'obscurité.

Quinn avait sans doute, contre toute attente et toute logique, trouvé le bonheur dans le plus dur des moments, quand la guerre faisait rage tout autour d'elle.

Frannie décida de ne pas confronter sa sœur sur ce qu'elle venait d'apprendre avant au moins le lendemain, et préférablement sans Rachel. Elle espérait secrètement que Quinn soit assez forte pour lui avouer une telle chose, car si elle ne lui en avait pas parlé plus tôt, c'était qu'elle ne s'en sentait peut-être pas le courage.

Le moment se présenta à la fin de la semaine, quand Rachel se proposa d'aller faire quelques courses. Frannie fit semblant d'être plongée dans sa lecture, de ne pas entendre les mots doux qu'elles se murmuraient à l'oreille, et feignit de ne pas remarquer le baiser que Quinn colla sur sa joue.

Si elle avait eu des doutes, ils s'étaient dorénavant dissipés.

Lorsque Quinn revint dans le salon, Frannie l'interpella.

Elles s'installèrent sur le canapé, Quinn ne cessant de sourire, Frannie se demandant si elle était la seule à être au courant de leur relation.

« Je me demandais, commença la plus grande, cela fait longtemps que Rachel vit ici ? »

Dès que son nom fut mentionné, le sourire de Quinn s'agrandit, et elle était presque sûre de pouvoir voir ses joues rougir. Quinn haussa les épaules, répondit qu'elle avait emménagé il y avait un peu plus d'un an.

« Elle est Juive, tu sais. Elle n'avait pas de papiers, pas d'endroit où aller, alors je lui ai dit qu'elle pouvait rester avec moi le temps que les choses se calment. Et puis, quinze mois plus tard, elle vit toujours là. »

Frannie ne connaissait pas très bien l'histoire de Rachel, mais elle la savait complexe. Difficile, même. Elle avait enduré beaucoup, subi des pressions de toute part. Le sujet n'avait été abordé qu'une seule fois en sa présence, et vite abandonné.

« C'est une fille bien, reprit Frannie. Elle a l'air d'être bien pour toi.

— Pour moi ? Comment ça ?

— Quinn... tu sais de quoi je veux parler. »

Quinn eut l'air de chercher à comprendre. Puis elle baissa la tête, rougit de plus belle, avant de hausser les épaules. Elle ne fit rien pendant une minute, avant de relever les yeux, les posant sur ceux, plus clairs, de sa sœur.

« Tu n'es pas fâchée ?

— Pourquoi le serais-je ? questionna Frannie en fronçant les sourcils. Je te l'ai dit, Rachel est une gentille fille, très adorable. » Une pause, puis : « Elle te rend heureuse ? »

Quinn ne put réprimer un sourire, plus éloquent que toutes les réponses verbales qu'elle aurait pu émettre. La plus grande sembla satisfaite, puis elle s'approcha d'elle pour mettre un bras autour de ses épaules.

« Je suis contente pour toi, alors, continua Frannie. Vraiment. Tu mérites d'être heureuse, et si c'est cette fille qui te met dans cet état, je n'ai rien à ajouter. Tu es assez grande pour vivre ta vie comme tu l'entends.

— Comment tu as su ? demanda soudain Quinn. Rachel te l'a dit ?

— Disons que vous n'êtes pas très discrètes, plaisanta-t-elle. Ton sourire non plus, si je peux me permettre. Mais, plus sérieusement, je crois que cela fait si longtemps que je ne t'ai pas vu rire autant, ni aussi apaisée, depuis maman et papa. Je me suis dit que cette petite brune y était pour quelque chose. »

Quinn hocha tristement la tête. C'était vrai qu'à la disparition de leurs parents, elle avait été inconsolable. Frannie s'était même demandé si elle allait jamais retrouver la joie de vivre.

C'était maintenant chose faite.

Quinn avait également dû un peu souffrir du manque d'attention de ses parents — pas parce qu'ils étaient mauvais ou négligents, mais parce qu'ils n'étaient pas souvent à la maison. Frannie avait endossé ce rôle de mère et de père plus d'une fois en leur absence.

Et puis, si elle était totalement honnête avec elle-même, elle pensait que leurs parents n'avaient pas accordé tous leurs soins à sa petite sœur. Ils l'aimaient, bien sûr, l'avait traitée comme une princesse, mais il lui avait manqué quelque chose. Ou bien, c'était Frannie qui avait eu quelque chose de plus. Peut-être le fait qu'elle avait été favorisée (inconsciemment ou non) était lié à ce qu'était devenue Quinn après leur enlèvement.

Une jeune femme qui, sinon triste, n'était pas heureuse, s'était repliée sur elle-même, sans avoir personne sur qui compter.

Évidemment, Frannie avait été là, un temps seulement, avant de partir lorsque la guerre avait éclaté.

Aujourd'hui encore, elle s'en voulait d'avoir fait subir à Quinn plus de solitude que celle à laquelle elle avait été confrontée précédemment. Mais elle était revenue, et Quinn ne lui en tenait pas rigueur, et elle ferait tout pour rattraper ces années perdues.

« Je veux juste que tu fasses une chose pour moi, dit Frannie après un instant.

— Quoi donc ? »

Elle eut un sourire en coin, et Quinn prit peur pendant quelques secondes irraisonnées.

« Présente-la-moi correctement. En tant que ta petite amie, et non une simple colocataire. Tu me dois au moins ça. »

Deux heures plus tard, après avoir rangé les courses que Rachel avait apportées, Quinn s'approcha d'elle, entremêla ses doigts aux siens dans une apaisante caresse, avant de se tourner vers Frannie, et d'annoncer, d'une voix claire et rongée par l'émotion : « Rachel, tu connais déjà ma sœur, Frannie. Frannie, je te présente Rachel. C'est ma petite amie » finit-elle en sentant la brune étreindre sa main.

Frannie sourit, avant de crier un « C'est pas trop tôt ! » qui résonna dans la pièce. Elle s'avança pour prendre les deux femmes dans ses bras, embrassant leur joue tour à tour. Rachel rit, puis se pencha à l'oreille de Quinn, lui murmurant qu'elle était fière d'elle.

Quinn se sentait, elle aussi, fière d'elle.


La cohabitation entre Frannie, Quinn et Rachel commença à montrer ses limites vers le mois de janvier.

L'appartement, ridiculement petit, avec sa seule chambre et sa minuscule salle de bains, ne convenait définitivement pas à trois personnes. Une, certainement, et peut-être même deux, mais pas plus.

Quinn réfléchissait à une idée depuis quelques temps, qui leur conviendrait à toutes, et trouva une solution pendant qu'elle se baladait dans les rues, de retour de chez Sue. Elle en parla à Frannie, qui fut sceptique au début, puis convaincue en écoutant ses arguments, mais pas à Rachel.

Lui faire la surprise serait bien meilleur. Elle espérait seulement qu'elle serait accueillie avec joie.

La jeune blonde avait aussi une autre idée en tête, qui tournait en rond entre ses deux tempes depuis bien plus longtemps sans qu'elle n'ait jamais rien fait pour la concrétiser.

Ce mois-ci, elle fit le tour de certaines boutiques du quartier jusqu'à trouver ce qu'elle cherchait, qu'elle mit ensuite en sûreté dans un endroit auquel Rachel n'irait pas penser (du moins, elle l'espérait).

Frannie, de son côté, arpentait la ville à la recherche de petits boulots, en attendant d'être embauchée par qui le voudrait bien, ce qui laissait enfin un peu plus de solitude et d'intimité aux deux amoureuses. Elles s'étaient réveillées un matin en entendant la porte d'entrée claquer et en avaient immédiatement profité.

Le soleil était déjà haut lorsque Quinn soupira de contentement en reposant sa tête contre l'abdomen de Rachel, emmêlant ses jambes repliées à celles de la brune.

« Tu es insatiable » marmonna-t-elle.

Rachel rit, fit glisser ses doigts dans les cheveux fins de Quinn, qui sourit à son tour et embrassa la peau de son ventre.

« Je ne t'ai pas entendu te plaindre. »

La blonde fit entendre un bruit inintelligible avant de relever la tête. Elle regarda la petite Juive, observa ses traits qu'elle connaissait par cœur, le drap qui s'était échappé de son épaule, le soulèvement lent et régulier de sa poitrine. Rachel la regardait avec la même adoration dans les yeux que huit mois plus tôt. Leur relation n'avait fait qu'augmenter en intensité depuis, et leurs sentiments n'avaient pas changé, s'ils ne s'étaient amplifiés.

Quinn avait eu tort de penser que Rachel se lasserait d'elle ou de Paris. Elle était contente de s'être trompée sur ce point.

Rachel soupira en sentant les doigts de sa compagne effleurer ses cuisses nues.

« Quelque chose ne va pas ? demanda Quinn.

— Je réfléchissais. Crois-moi, j'aime beaucoup Frannie, mais si elle n'était pas constamment ici, on pourrait... »

Rachel fit un vague geste de la main entre elles pour indiquer sa pensée.

Quinn comprenait ce qu'elle voulait dire. Et c'était à ce moment qu'elle se rendit compte qu'il était temps de mettre son idée à exécution, le plus vite possible. Tout le monde y trouverait son compte.

Mais la moue de Rachel fut bientôt remplacée par un sourire narquois en sentant les lèvres de Quinn près de son oreille, murmurer d'une voix suave : « Frannie n'est pas encore rentrée. »


Quinn demanda à Rachel de bien vouloir l'accompagner, à peine un mois plus tard, dans une nouvelle boutique qui venait d'ouvrir de l'autre côté de la butte Montmartre.

Frannie leur fit un clin d'œil complice au moment où elles sortaient de l'appartement, à la grande confusion de Rachel.

La jeune Parisienne la mena à travers de petites rues escarpées contournant la butte, où elles ne croisèrent pas plus d'une poignée de passants en cet après-midi hivernal. Il faisait plus doux que le mois dernier, lorsque les températures avaient chuté à quinze degrés sous zéro, puis la neige avait pris le relai. Il ne restait plus aucune trace du gel qu'avait subi Paris, qui affichait maintenant dix degrés au thermomètre. Ce n'était pas assez pour inquiéter les deux femmes, qui avaient déjà vu pire.

Rachel ne connaissait pas cette partie du quartier, et fronça les sourcils lorsqu'elle aperçut qu'elles s'étaient approchées de Clignancourt. Cependant, elle garda le silence, laissa Quinn la guider de nouveau en direction du Sacré-Cœur, jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent devant une ancienne bâtisse de la rue Lamarck, juste en face de la bouche de métro qu'encerclaient deux grands escaliers.

À l'exception d'un café et d'un restaurant, aucune boutique n'était en vue.

« C'est ici ? »

Quinn hocha la tête en souriant simplement. Puis, attrapant la main de Rachel, elle la fit entrer dans l'immeuble. La brune ne remarqua qu'à cet instant les clés que Quinn tenait dans sa main, suspendues à son index.

Déroutée, elle se laissa tout de même faire, grimpant quatre volées d'escalier à la suite de la blonde, qui s'arrêta enfin, légèrement pantelante, devant une porte identique aux autres.

« On y est » dit Quinn avant d'ouvrir la porte à l'aide du trousseau.

Rachel se doutait déjà qu'il y aurait un appartement derrière la cloison. Elle avait pensé qu'il serait habité, peut-être par une quelconque connaissance de Quinn, ou que ce serait le repaire d'une seconde Sue Sylvester, mais ses hypothèses se révélèrent on ne pouvait plus fausses.

La pièce dans laquelle elle entra était vide. Complètement vide, et aussi très grande. Elle devait faire deux fois la taille de leur salon.

Quinn s'approcha d'elle après avoir refermé la porte, reprit sa main et lui fit faire le tour des pièces.

Rachel remarqua que seule la cuisine était meublée, et que le blanc immaculé des murs et du plafond ajoutait à l'impression de grandeur qui se dégageait de l'endroit. Les nombreuses fenêtres laissaient passer la lumière du soir, lançant de larges ombres sur le parquet.

Elle ne comprenait toujours pas ce qu'elles faisaient ici, et posa la question à sa compagne.

« Tu sais que Frannie prévoit de rester à Paris, commença-t-elle d'un air timide, continuant lorsque Rachel hocha la tête. Eh bien, puisqu'elle n'a pas encore trouvé d'appartement, je me suis mise à en chercher un, avec l'aide de Sue. Et j'ai trouvé celui-ci. »

La petite Juive regarda autour d'elle, reporta son regard sur Quinn.

« C'est un peu grand pour une seule personne, non ?

— Ce n'est pas pour elle, Rachel. C'est pour nous. »

La surprise lui cloua les lèvres. Elle cligna des yeux quand la blonde serra ses mains dans les siennes et emmêla leurs doigts.

« Ne m'en veux pas, marmonna Quinn, je n'ai pas voulu t'en parler avant. J'ai pensé que cela te ferait plaisir qu'on ait notre endroit à nous, réellement, cette fois-ci, et plus grand que l'autre appartement. Cela pourrait marquer le début de notre vie ensemble. En plus, ce n'est pas très loin. Dix minutes à pied, ou une station de métro. »

Comme Rachel ne répondait rien, elle se mit à rougir avant de déblatérer des excuses : « Mais je n'aurais peut-être pas dû, pas sans te demander avant... Si ça ne te plaît pas, je peux toujours le rendre.

— Non, bien sûr que non, s'écria Rachel. C'est... je ne sais pas quoi dire. Je n'aurais jamais imaginé que tu veuilles faire autant. Je t'assure que ça me fait plaisir, c'est juste... incroyable. »

Elle appuya ses mots avec un long baiser sur les lèvres de Quinn, qui dura assez pour que les deux jeunes femmes oublient un instant où elles se trouvaient.

« Quinn Fabray, tu es vraiment pleine de surprises » murmura-t-elle contre sa bouche.

Cette dernière sourit. « Si tu me le permets, j'aimerais t'en faire une autre, tout de suite. »

Rachel acquiesça avant de lui voler un autre baiser, puis s'écarta en souriant.

Quinn hésitait encore, mais ses doutes s'effacèrent face au visage aimant de Rachel.

De toute façon, elle n'avait plus eu de doutes depuis qu'elle était allée voir Mercedes, le matin même, et qu'elle lui avait souri avec bienveillance, serrée dans ses bras, et murmuré qu'elle était fière d'elle.

Ni depuis qu'elle avait trouvé Sam, qui lui avait simplement offert une étreinte en lui disant être jaloux du couple qu'elle formait avec Rachel.

Ni depuis qu'elle était allée à la rencontre de Brittany, une semaine plus tôt, pour lui demander son avis sur la question, laquelle répondit qu'elle ne pouvait que faire une bonne décision. Elle avait ensuite plaisanté en disant que cela n'avait que trop traîné.

Frannie, elle, l'avait taquinée, avant de donner toute son approbation.

Sue avait fini de la convaincre en lui disant qu'elle ne méritait que le bonheur, et qu'une telle décision ne leur apporterait que du bon, à elle comme à Rachel. Elle l'avait ensuite serrée contre elle pour l'embrasser, lui chuchotant des félicitations et ses meilleurs vœux à l'oreille.

Le sourire de Rachel se figea et se transforma en un ébahissement muet lorsqu'elle vit la blonde plier un genou tout en gardant l'une de ses mains entre les siennes.

« Rachel, débuta-t-elle en rougissant et en souriant, resserrant sa prise sur ses doigts, tu sais que je t'aime, et tu me rends infiniment heureuse en m'aimant toi aussi. Je sais que notre relation n'est pas des plus banales, et qu'on a sans doute dû faire face à plus d'épreuves que la majorité des gens, et cela me conforte dans mon idée que l'on est faites pour être ensemble. Je sais qu'on restera ensemble encore longtemps, et dans ce cas-là, les couples se demandent en mariage. Nous ne pouvons pas nous marier, mais on peut se jurer de vivre toute notre vie ensemble, jusqu'à ce que la mort nous sépare, selon la formule consacrée, et même après. Je me fiche de ce que peuvent penser les autres de nous, et c'est pourquoi je te demande, Rachel Sarfati... Veux-tu vivre avec moi pour le reste de ta vie, et, en quelque sorte, devenir ma femme ? »

Rachel étouffa un cri, puis se jeta sur Quinn, la renversant contre le parquet, tout en sanglotant contre son épaule un « oui » décidé et ému. Elle serra le tissu de sa veste entre ses mains, avant de se reculer pour regarder Quinn, ayant besoin de la preuve que tout ceci venait bien d'avoir lieu, que sa demande était réelle.

L'air de profonde béatitude sur son visage lui apprit qu'elle ne venait pas de l'imaginer.

Elle l'embrassa longuement, plusieurs fois, puis se recula en riant nerveusement, joyeusement, pendant que quelques larmes coulaient sur ses joues. Elle tendit le bras pour aider Quinn à se relever, et c'est à ce moment qu'elle remarqua que celle-ci tenait entre ses doigts une petite boîte contenant deux alliances en argent.

Elles se les échangèrent entre larmes, rires et baisers, qui durèrent jusqu'à ce que leur souffle se fut épuisé.

Personne n'aurait pu leur prédire un tel avenir cinq ans plus tôt, mais elles n'auraient voulu le changer pour rien au monde.

Elles avaient survécu des milliers d'horreurs pendant tellement de temps, il était maintenant de leur droit de vouloir goûter au bonheur, jusqu'à ce qu'elles en soient lassées.

Mais elles savaient déjà qu'elles ne se lasseraient jamais de cette sensation de sérénité, de sécurité qui les enveloppait dès qu'elles étaient proches l'une de l'autre.

Elles avaient toute la vie devant elles pour s'aimer, et comptaient bien en profiter pour l'éternité.


Everything that has existed, lingers in the Eternity.

— Agatha Christie.