Merci à Sissi1789 pour sa review.

Nous amorçons la fin de cette fic.

Bonne lecture et n'oubliez pas les reviews! Cela fait toujours plaisir!


Partie 12


ERIC

Je rentrai éreinté de cette journée de labeur.

-Sara ?

-Dans la cuisine, l'entendis-je me répondre.

En pénétrant dans la pièce, je l'y trouvai s'affairant autour du diner.

-Où est Thomas ?

-Il dort dans son berceau.

Je vins l'embrasser, elle me tendit sa joue, je lui enserrai la taille pour la ramener vers moi mais elle esquiva.

-Le diner ne va pas se faire tout seul.

Je soupirai, malheureux. Son rejet me dévastait. Je fis un détour par la salle d'eau pour me rafraichir et me mettre à l'aise. Une fois propre, je pus me rendre au chevet de mon fils bien-aimé. Il dormait comme un ange. Je lui caressai les cheveux, admirai ses traits harmonieux. Il était la perfection même. A nouveau, la douleur me happa dans ses filets, mes yeux s'inondèrent de chagrin.

Aliana chérie.

Je m'assis sur notre lit, le visage enfoncé dans mes mains.

-Il faut te ressaisir !

Je sursautai, je n'avais pas entendu Sara entrer. Je séchai prestement mes larmes sans rien répondre.

-Le diner est prêt, viens.

Je la suivis sans entrain. Je n'avais pas faim. Je laissai la porte entrouverte et regagnai la cuisine. Elle avait dressé la table et nous nous installâmes pour entamer ce copieux repas.

-Tu as fait bonne pioche dans les cuisines on dirait.

-Cela vient de Tull, je lui ai demandé de s'en occuper car j'en étais incapable.

Je la dévisageai un instant, la fourchette en suspens. Elle n'était plus la même que ce matin, quelque chose avait changé.

-Pourquoi ?

-J'ai eu une altercation avec les servantes ce matin.

Je fronçai les sourcils.

-A quel sujet ?

-Elles me jugent prétentieuse et arriviste.

-N'y prête pas attention, tu n'es rien de tout cela.

-Sauf que selon elles, nos pairs m'en veulent de m'accaparer le temps et l'attention de la reine.

-Tu ne l'accapares pas.

-Je le sais. Enfin je croyais le savoir mais j'ai rencontré Tull, il a confirmé tout cela et même pire, apparemment, nous snobons nos amis et nous ne leur laissons aucune chance de servir le roi et sa famille. Nous avons remplacé la garde, nous avons le monopole des décisions, nous bénéficions de bonifications qu'ils n'ont pas.

-Tull t'a dit cela ? M'inquiétai-je.

-Oui. Mais il m'a dit de ne pas m'en faire, il venait de s'entretenir avec la reine et les choses allaient rentrer dans l'ordre.

-De quelle manière ?

-En cédant notre place. En nous éloignant de la famille royale.

Je crus recevoir un coup de massue. Elle perçut mon silence, son air dur devint sombre.

-Je vois bien que cela te contrarie de ne plus voir la reine.

Je ne répondis pas.

-Tu veux savoir ce que j'en pense ?

-Je sais déjà ce que tu en penses.

-Vraiment ?

-Oui. Tu es contre mais tu t'y tiendras pour le bien de notre famille.

Elle écarquilla les yeux, surprise.

-En effet. Comment le sais-tu ?

-Je te connais. C'est tout.

Elle soupira, continua de diner.

-Je me fiche des ragots mais je ne veux pas porter préjudice à la reine et à sa famille peu importe ce qui se passe entre vous.

Tout cela n'allait pas encore recommencer. Je ne voulais plus me justifier. J'avalai ma soupe d'une traite et me levai pour quitter la table.

-Où vas-tu ?

-Prendre l'air.

-Tu te rassois !

Son ton autoritaire me braqua. Je voulais de la distance entre nous pour ne pas m'énerver. Ces accusations m'étaient insupportables. Je fis quelques pas vers la sortie.

-Tu quittes cette pièce, je m'en vais avec Thomas et jamais plus tu nous reverras.

Je me figeai, estomaqué. Elle ne faisait jamais de menaces en l'air. Je me retournai lentement vers elle. Elle dinait tranquillement, sûre d'elle-même.

-Que t'ai-je donc fait pour mériter pareil traitement ?

Elle continua d'avaler sa soupe.

-Réponds ! M'emportai-je.

-Tu reviens t'asseoir.

Je pris sur moi d'obtempérer. Elle darda sur moi deux halos azur d'une rare intensité. Je l'avais blessée profondément, mais je ne savais pas comment.

-Tu as dit à Blanche-Neige que je ne pleurais pas notre fille.

Encore un coup de massue.

-Ce n'est pas ce que j'ai dit.

-Qu'as-tu dis dans ce cas ?

Je perçus le tremblement de sa voix. Son émotion était forte et elle redoutait ma réponse. Je m'en voulus de lui infliger cela.

-J'ai dit que tu ne prenais pas le temps de la pleurer.

-Je ne peux pas le faire Eric !

-Il le faudra pourtant. Sinon tu sombreras dans la mélancolie un jour ou l'autre.

Elle ferma ses yeux.

-Je ne peux pas, je te dis.

-Pourquoi ?

J'avais le cœur en morceau devant tant de peine.

-Parce que je ne me relèverai pas.

-Je t'aiderai.

Elle secoua la tête, en proie à un immense dilemme, la main sur son front.

-Je t'aiderai, lui promis-je à nouveau.

Elle se leva pour me servir le plat principal.

-Sara…

-Nous devons manger pendant que c'est encore chaud.

-Parle-moi. Je t'en prie.

Un mois de silence, un mois d'incompréhension, un mois d'abime.

-Mange, s'il te plait.

Sa voix s'était faite suppliante. Je lui accordai du temps. Encore.

Le repas s'éternisa. Quand le diner fut terminé, je débarrassai et entamai la vaisselle.

-Pourquoi fais-tu ces corvées ?

-Je veux t'aider.

-Si tu veux m'aider, aide-moi à trouver une autre maison, partons d'ici.

Troisième coup de massue. Pas sûr que je me relève de celui-ci.

-Déménager ?

-Oui.

Elle s'approcha pour se poster à mes côtés. Elle saisit un torchon pour essuyer la vaisselle.

-Alors ? Revint-elle à la charge.

-Nous ne pouvons pas.

-Mais si.

-Je ne peux pas l'abandonner.

Elle posa durement l'assiette qu'elle venait de sécher dans le buffet.

-Elle a un mari, il saura s'occuper d'elle !

-Je te parle de notre fille ! Grognai-je avec fureur en me rinçant les mains.

Elle accusa le coup. Je préférai m'éloigner d'elle, tendu.

-Ce sera mieux ailleurs, persista-t-elle. Et elle sera bien ici. Sa Majesté y veillera.

-Ce n'est pas son rôle ! C'est à nous de veiller sur notre ange. Nous avons bien trop demandé à Blanche-Neige.

-Nous ne lui avons rien demandé, et nous ne l'avons forcée à rien. Je suis sûre qu'elle acceptera de veiller sur notre fille.

-Oui elle le fera, Blanche-Neige est comme ça, elle donne beaucoup et nous en avons abusé.

-Toi le premier, s'énerva-t-elle

-Je le concède. Je lui ai imposé un chagrin qui n'était pas le sien parce que tu refusais de le partager avec toi. J'ai pris de son temps pour ne pas sombrer.

-Et maintenant elle souffre autant que nous, me reprocha-t-elle.

Je m'en étais rendu compte trop tard.

-Elle pleure notre fille et ça m'oppresse, continua-t-elle. Il faut que l'on parte aussi pour la libérer de ce fardeau.

Je m'adossai contre la table, sonné.

-Je l'ai vu pleurer, m'asséna-t-elle avec violence, tu te rends compte ! Je l'ai vue verser les larmes que je me refuse à libérer. J'ai commencé à craquer devant tant de désolation.

Je m'en voulais tellement.

Et je lui en voulais aussi.

-J'avais besoin de toi. Tu m'as rejeté. Je n'aurai pas dû aller voir Blanche-Neige et l'accabler mais tu as aussi ta part de responsabilité.

-Je le sais, admit-elle enfin.

Je lui jetai un coup d'œil appuyé mais elle était ailleurs, perdue dans ses pensées.

-Fuir n'est pas la solution, intervins-je.

-Nous ne fuyons pas, s'indigna-t-elle. Nous allons nous reconstruire et notre éloignement leur permettra de se reconstruire aussi. Ils en ont besoin et nous aussi.

Je ne savais plus que penser.

-C'est la seule solution, persista-t-elle.

-Nous sommes les parrains de William, je te rappelle.

Je faisais une dernière tentative pour ne pas avoir à abandonner cet endroit que j'aimais. Elle ne s'y attendait visiblement pas. Elle se retourna face à l'évier.

-Cet enfant a besoin de toi, il t'aime énormément.

-Il finira par m'oublier, sa mère saura l'aimer suffisamment, je ne suis pas inquiète.

-Il va te manquer.

Elle agrippa le rebord de l'évier.

-Le manque je connais. J'ai été privé de mes parents, puis de toi… et maintenant de ma fille.

Elle arrivait à en parler. C'était déjà ça.

- Je ne sais pas comment tu fais, lui avouai-je, je n'ai pas ta force, ni ton courage. Quand je t'ai perdue, j'ai sombré dans la violence et dans l'alcool. Je suis faible.

Et pour elle, c'était le pire des défauts, je le savais.

-Tu n'es pas faible. Tu t'es égaré simplement.

Elle était toujours dos à moi. J'avais envie de la rejoindre, de lui dire merci de m'ôter ce poids de mes épaules.

-Quand tu aimes, tu es entier, c'est toujours démesuré. Alors ton chagrin ne peut être que de la même manière et il t'est difficile de le contenir. N'aies pas honte de ce que tu ressens. Je t'aime aussi pour tout ça. Tu es courageux et fort, tu es attentif et généreux, sensible et affectueux. Tu es un père et un mari formidable.

Elle me fit enfin face. Elle devint toute pâle alors que mon cœur battait la chamade devant tant d'éloges, que mes yeux débordaient de soulagement et d'amour. Elle entoura son corps de ses bras, se vouta un peu.

-Pardonne-moi, Eric. Je m'en veux de t'avoir privé de ta fille. Je sais que c'est de ma faute si elle n'est plus avec nous. Je me rappelle que je suis tombée une fois au milieu de ma grossesse, je ne t'ai rien dit pour ne pas t'inquiéter. J'ai eu un peu mal au ventre mais ça n'a pas duré. Je n'ai pas fait assez attention.

Elle riva son regard démuni au mien, laissant enfin paraitre une douleur immense. Je comblai la distance entre nous pour la serrer très fort contre moi.

-Pardon, pardon, pleura-t-elle.

-Il n'y a rien à pardonner, nous avons tous deux perdu notre fille. La vie s'est montrée cruelle.

Des pleurs résonnèrent dans la maison.

-Mais elle s'est aussi montrée clémente.

OoooO

J'avais donné son bain à Thomas, je l'avais mis en tenue de nuit et maintenant j'observais sa mère lui donner le sein. Elle était sereine, maternelle et belle à se damner. Je profitais enfin du bonheur familial, elle me permettait d'être présent et de participer. Je lui fis faire son rot et il s'endormit dans mes bras. Sara s'éclipsa dans la salle d'eau pendant que je continuais à bercer Thomas. Elle revint un bon moment plus tard, vêtue d'une chemise de nuit. Elle attrapa sa broche à cheveux et de positionna devant notre unique miroir en pied.

-Tu devrais le mettre dans son berceau qu'il ne prenne pas l'habitude de dormir dans nos bras.

J'obtempérai avec résignation. Je me faufilai ensuite derrière elle pour l'enlacer et embrasser son cou. Son odeur m'avait tant manqué, il était différent, accentué par la maternité. Son contact aussi m'avait manqué. Elle brossait ses cheveux avec vigueur pour bien les démêler. Mes mains parcoururent le léger tissu, marquèrent le léger arrondi de son ventre, remontèrent vers ses seins lourds de lait et affreusement désirables.

-Je ne suis pas encore prête.

-Je le sais.

-Alors enlève tes mains de ma poitrine.

-Encore une minute, protestai-je, en embrassant toujours son cou.

Elle soupira tout en souriant.

-Tu te fais du mal.

-Je sais mais c'est si bon.

Je cherchais un moyen de calmer mon envie, de me résoudre à ne plus la toucher mais c'était difficile.

-Bientôt, promit-elle, en se dégageant.

Elle redéposa sa brosse et natta ses cheveux.

-Viens dormir.

Je me déshabillai quasiment entièrement et me glissa sous la couverture. Face à face, nous nous observions avec prudence. Ses yeux encore rougis des larmes versés me ramenèrent à la réalité. Une réalité qui me terrassait. Elle caressa ma joue, approcha son visage du mien et effleura mes lèvres des siennes. Je tressaillis de bien-être, fermant les yeux pour en savourer l'instant. J'avais tant besoin d'elle pour aller mieux, pour subsister jour après jour.

-Je t'aime tellement, mon amour, lui murmurai-je.

Elle continua de caresser ma joue.

-Je suis là maintenant.

Le soulagement brisa la digue qui maintenait le flot de souffrance depuis des semaines. Elle essuya mes larmes de longues minutes durant sans un mot puis accola son front au mien.

-Nous allons y arriver. Demain nous irons au château leur dire que nous partons. D'accord ?

-Et Aliana ?

-Elle partira avec nous.

J'acquiesçai alors, espérant un avenir meilleur.


La dernier chapitre quand je pourrai.