Minho suivait le gardien. Il avait toutes les difficultés du monde à se retenir de lui dire d'accélérer. L'endroit était terrible. Cela ressemblait plus à un ghetto qu'à un village. Les bâtiments étaient délabrés et une odeur nauséabonde envahissait l'air. A l'occasion, Minho croisait un regard, souvent hagard, fuyant. Il y avait plusieurs stades dans la Braise, et tous les pensionnaires n'en étaient clairement pas au même. Une jeune femme, certes sale et l'air inquiet, lui fit un petit signe de main, tandis qu'un autre écopa d'un coup de matraque pour s'être approché trop près. Ses vêtements étaient déchirés, sa peau grise était couverte de coupures et de sang séché. Son bras droit pendait dans un axe étrange, un coude ne pouvait décemment pas avoir une telle forme.

Pendant l'intervention, Minho avait réussi à subtiliser le révolver du gardien. Il avait fait semblant de le bousculer dans un accès de terreur. Peu importe que l'autre le prenne pour un lâche tant qu'il obtenait ce dont il avait besoin.

L'arme était froide dans son dos. Il l'avait coincée à sa ceinture, sous sa chemise. Elle était lourde et froide. Comme le chagrin. Minho s'obligea à respirer profondément. Il fallait qu'il se calme. Newt était le seul élément sur lequel il devait se concentrer.

Ils avancèrent un moment encore, traversant une sorte de place où se regroupaient les Fondus. Ceux-là avaient tous l'air bien avancé dans la maladie. Bientôt, ils avaient leur regard fixé sur les deux intrus. En fait non, ce n'est pas eux qu'ils regardaient, c'était le Launcher que tenait Hanz. Minho comprit vite que sans l'arme, ils étaient morts. Il se rapprocha plus près encore du gardien, tel une deuxième ombre.

Ils durent traverser le groupe qui se sépara en deux, pour arriver à la hauteur d'un… bowling ? Minho prit conscience qu'ils avaient tout simplement construit des enceintes autour d'une ville préexistante, balayée par les brûlures du soleil.

Le gardien se tourna vers lui sans vraiment lâcher les Fondus des yeux :

« Ton bonhomme est à l'intérieur, grouille toi, je t'attendrai pas éternellement ».

Minho ne se le fit pas dire deux fois. La boule dans sa gorge ne semblait que croître au fur et à mesure des pas qui le rapprochaient de Newt.

Il dût enjamber plusieurs Fondus allongés au sol, en contourner d'autres. Il regardait de tout côté à la recherche de son Fondu, son Crank. Newt.

Le Glader était debout dans le fond. Le voir remua quelque chose dans son ventre, les fameux papillons de l'amour, et l'angoisse, peut-être plus forte encore. Il lui tournait le dos.

« Newt ? » l'appela Minho d'une voix tremblante.

Les épaules du garçon se raidirent, mais il ne réagit pas plus. Minho s'avança encore, gardant les Fondus à l'oeil. Ils n'avaient pas l'air de s'intéresser à lui.

« Newt » répéta-t-il doucement, « C'est moi, Minho ».

« Vous n'avez pas eu mon message ? » éructa Newt sans même se retourner, « Je ne veux pas vous voir ».

Minho cligna des yeux plusieurs fois, étonné par l'aigreur de Newt.

« Il n'y a que moi, Newt »

« Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? » rétorqua-t-il avec véhémence en lui faisant face, « Toi ou les autres, quelle différence ? »

Minho eut un mouvement de recul. Ses mots aussi bien que son apparence le blessèrent au plus profond de lui-même. Ses yeux d'un bleu si profond ressemblaient désormais à des marais saumâtres. Sa peau était grisâtre et sale. Ses vêtements en lambeaux pendaient lâchement sur son corps. Il avait maigri, ses os pointaient sous sa peau. Minho n'en croyait pas ses yeux. Comment avait-il pu autant changer en si peu de temps ? Des larmes s'accumulèrent au coin de ses yeux. Le poids de son devoir était d'une intensité effarante. Il avait la preuve, devant les yeux, qu'il n'y avait rien à faire.

« T'admires l'étendue des dégâts, c'est ça ? » lâcha Newt, un rictus narquois lui déformant les traits du visage. « Fou que t'aies pu baiser un truc pareil, nan ? »

« Newt, arrête, qu'est-ce que tu racontes ? » murmura Minho en faisant un pas en avant, les larmes coulant sur ses joues. « Je t'aime, tu le sais »

« M'approche pas ! » siffla le Glader, hystérique, en trébuchant en arrière, les yeux fous.

Minho s'interrompit immédiatement. « Je ne te veux aucun mal, Newt, eh blondinet, c'est moi » balbutia le Runner, les larmes lui brouillant la vue.

Un éclat sembla étinceler dans les yeux de Newt. Il fronça les sourcils un instant, se pencha un peu en avant comme pour inspecter ce qu'il avait devant lui. « Minho ? » souffla-t-il comme s'il ne parvenait pas à y croire.

Un sourire immense éclaira le visage de Minho qui s'approcha en vitesse du Glader, mais Newt secoua violemment la tête. Il tendit la main dans son dos et en sortit un Launcher, le canon braqué sur le Runner. Minho n'avait pas réalisé qu'il avait une telle arme. Il s'arrêta dans sa lancée. Même ici, Newt savait se débrouiller. Ce type ne méritait vraiment pas d'y passer. La rage bouillonnait en Minho, et le pire c'est qu'il ne comprenait pas pourquoi Newt persistait et le repoussait.

« Pourquoi ? » lui demanda-t-il, interloqué.

« Je ne veux pas que tu me voies comme ça, Minho. S'il te plait… juste… pars » l'implora Newt en se détournant.

Minho vit des larmes briller dans ses yeux. Les siennes redoublèrent. « Newt je t'en supplie laisse moi m'approcher, d'accord ? Je te jure je ne ferai rien de mal ! » chevrota-t-il lamentablement

Newt secoua violemment la tête : « Je ne veux pas ! » répéta-t-il en hurlant. « Tu m'as vu ? T'imagines le putain de souvenir que ça va te faire ! »

Minho serra les poings. Il voulait qu'il arrête avec ça, il voulait le prendre dans ses bras et ne plus jamais le lâcher.

« T'as eu mon mot ? » lança finalement Newt, un ton plus calme et une expression étrange sur le visage.

Minho hocha lentement la tête. Il avait du mal à respirer, sa poitrine était terriblement douloureuse.

« S'il te plait Newt, laisse moi faire. Je ferai tout ce que tu demanderas, tout ce que tu voudras, mais s'il te plait laisse moi m'approcher » supplia Minho d'une voix étouffée.

Newt plissa les yeux, réticent, puis acquiesça lentement d'un mouvement de tête. Minho se précipita vers lui et l'engloutit dans la chaleur de ses bras. Newt, nom de dieu, Newt. Minho le serrait de toutes ses forces, ses larmes mouillant le corps frêle de l'homme qu'il aimait de tout son être.

« Minho » l'entendit-il dire tout bas, « je veux que tu le fasses ».

Minho tremblait de tout son corps, des sanglots violents l'empêchant de respirer. Il s'agrippait si fort à Newt, il devait lui faire mal. Newt le repoussa et plongea ses yeux dans les siens. Leur bleu magnifique était presque revenu. Il sentit la main du Glader se glisser dans son dos, sous sa chemise. Il prit le révolver sans jamais quitter le Runner des yeux, et l'amena jusque sa tempe. Minho avait le regard rivé au sien, les larmes coulaient sans cesse. Il ne supportait pas l'idée que Newt meurt. Il plaça toutefois la main au-dessus de celle de Newt, autour de la crosse de l'arme. Newt lui adressa un tout petit sourire :

« Je t'aime Minho. S'il te plait, fais le ».

Minho n'arrivait pas à se résigner. Il devait appuyer sur la détente, il le savait. Newt avait un regard suppliant, et il voyait le garçon qu'il aimait dans le fond de ses yeux. Newt était là, il était encore vivant quelque part. Minho ferma les yeux une seconde avant de les rouvrir tout de suite. Il ne voulait pas perdre une miette de ce qui lui restait à vivre avec Newt.

Newt effleura du bout des doigts la joue de Minho qui ne put s'empêcher de se blottir contre sa main. Il ne voulait pas que Newt parte. Il serait seul. Il n'avait aucun souvenir sans Newt. Newt était son ancre, ce qui le maintenait en vie. Oh bordel. Il l'aimait, il était toute sa vie.

Newt s'approcha tout doucement de Minho, hésitant, et le Runner réduisit la distance entre eux. Il posa ses lèvres contre les siennes. La sensation était incroyable. Pourquoi devait-il lui faire tant d'effet ? Il serra le corps mince contre lui. C'était le moment. Minho ferma les yeux, fort, tellement fort, et pressa la détente.

La détonation retentit comme un coup de tonnerre dans l'espace clos. Minho tomba à genoux, le corps de Newt tel une poupée de chiffon entre ses bras. Les sanglots le secouaient, les larmes l'étouffaient. Il tint son corps encore chaud au plus près de lui, pleurant dans son cou. Il le berça en murmurant des mots d'amour incompréhensibles. De toute façon, Newt était mort. Mort.

Minho n'entendrait plus jamais son rire, ni le son de sa voix. Il ne le verrait plus rougir ni fuir timidement son regard. Il ne sentirait plus jamais son corps frémir contre le sien. Et Newt ne verrait jamais la liberté.

Minho n'avait jamais autant souffert, et il ne souffrirait jamais plus autant. Sa poitrine était un gouffre sans fond. La souffrance irradiait, insatiable. Il ne resterait plus rien de lui.

Perdu dans la douleur, il ne réalisa pas que les Fondus se rassemblaient autour de lui, menaçants. Il finit par rouvrir les yeux, s'écartant légèrement de Newt. Le garçon était froid, les membres raidis, les yeux fixes. Il avait dû rester là un moment, mais il n'arrivait pas à se résoudre et l'abandonner. Minho déposa un baiser sur son front. Newt avait voulu en finir. Maintenant il ne souffrirait plus. Newt en avait fini avec la vie et ses horreurs. Définitivement.

Minho était malade de tant d'injustices. Newt était quelqu'un d'extraordinaire ! Il aurait mérité la plus belle des vies, et au contraire ils l'avaient jeté en enfer.

Minho leva enfin les yeux du cadavre, et constata le cercle de Fondus qui le surplombait. Il attrapa le Launcher de Newt avec réticence et se redressa. Il regarda une dernière fois celui qui avait tant fait battre son coeur et qui semblait avoir emporté cet organe fondamental avec lui, puis brandit l'arme en direction des Fondus. Il était mortifié de devoir abandonner Newt ici, mais il se promit qu'il lui ferait une tombe digne de ce nom, que son corps repose dessous ou non.

Les malades s'écartèrent, se refermant ensuite progressivement sur le corps sans vie du Glader, lui bloquant la vue.

Il ne reverrait plus jamais Newt.

Le gardien ne l'avait pas attendu. Minho s'en fichait, il partit en courant, à pleine vitesse, ce qu'il avait appris à si bien faire aux côtés de Newt. Les larmes s'étaient taries. Minho se sentait épuisé, mais il fallait qu'il rejoigne les autres. Ses mains étaient couvertes du sang de Newt. Il serra les dents, refoulant les larmes qui menaçaient de resurgir.

Il atteignit enfin la porte métallique qui pendait grande ouverte, en équilibre précaire sur un seul gond. Minho plissa les yeux mais ne s'attarda pas. Si les Cranks s'échappaient, ce n'était pas son problème. Denver, la ville où étaient allés Thomas et les autres, étaient désormais infestée. C'était le cas du monde entier.

Minho grimpa dans le Berg qui décolla. Sa raison de vivre était derrière lui, restée au sol. Il se roula par terre et s'endormit, emporté par un sommeil agité et douloureux.

PS : Bon bah voilà, j'ai fini par l'écrire. Je ne sais pas pour vous, mais moi, grande sensible, j'ai pleuré ! En l'écrivant, oui, c'est minable je sais... Pauvre Newt... Ne vous inquiétez, une autre fin vous attend :) love you guys !

J'attends vos reviews, dites moi ce que vous en avez pensé, si ça vous a un petit peu attristé quand même, parce que si ça ne vous a fait aucun effet, alors je ne suis bonne à rien ! :) bsx !