Minho sursauta. Quelqu'un le tirait. Pourquoi ne pouvait-on pas simplement lui foutre la paix ? Il ouvrit la bouche pour râler quand sa respiration se bloqua soudainement, un goût salé et une sensation de froid lui envahissant la bouche et la gorge.

Tout lui revint alors. Il était allongé sur un rocher balayé par les vagues. Futé l'ami.

Minho se redressa violemment, crachant ses poumons. Son nez brûlait douloureusement. Saleté d'eau de mer ! C'était sa première tasse et il ne comptait pas réitérer l'expérience.

Quelqu'un lui tapait dans le dos pour le soulager. Il se retourna tout en disant : « C'est bon, c'est bon », clairement agacé, repoussant les mains qui le tenaient en place. Il leva la tête. Matthew. Encore lui ?

Vu l'expression mortifiée du garçon, Minho avait dû parler à haute voix. Malgré tout, Matthew assura sa prise et le tira debout. Une fois fait, il se retourna pour s'en aller.

Minho le suivit des yeux, les sourcils froncés. Il essuya les gouttes d'eau qui dégoulinaient de ses cheveux. Il n'arrivait pas à cerner l'autre. Il agissait comme s'il… le connaissait ? Minho eut envie de se gifler. Bien sûr qu'il le traitait comme ça, il le connaissait vraiment ! Ils avaient grandi ensemble, et quelques années plus tôt ils formaient une famille.

Mais Minho avait oublié tout ça. Il grinça des dents, frustré. Il ne savait pas si les souvenirs reviendraient un jour, et il s'en voulait de ne pas pouvoir se comporter tel qu'un ami le ferait avec Matthew. Ils n'avaient plus cette familiarité.

Le froid le chassa rapidement de son rocher. Les vagues étaient inépuisables, le vent plus fort que jamais. Il reprit le chemin escarpé qu'il avait utilisé pour descendre. Ses mains tremblaient avec le froid, ses gestes saccadés le faisant trébucher à plusieurs reprises. Il manqua tomber à la renverse, à quelques pas seulement du sommet, quand on le rattrapa encore.

Ok, Minho passait son temps à envoyer bouler quelqu'un qui passait le sien à le sauver. Ce n'était pas très juste, non ?

Il leva les yeux et croisa ceux de Matthew. Leur bleu était plus sombre que ne l'était celui de Newt. La couleur de la mer agitée, sous un soleil couchant. Minho faillit lever les yeux au ciel face à une pensée aussi niaise.

Il était surpris qu'il ne soit pas parti. Quelle détermination… Minho ne savait qu'en penser.

« Ecoute, je suis désolé de ne pas être le type que tu connaissais avant… » offrit-il en détournant le regard, se sentant stupide. De façon certaine, il lui faudrait un petit moment pour avaler la ressemblance de Tyler et Matthew avec Newt. Peut-être qu'avec le temps, cela lui passerait… Peut-être arrêterait-il de faire l'amalgame entre eux.

Lorsque Minho posa à nouveau les yeux sur Matthew, celui-ci le fixait toujours. Minho eut l'impression qu'il le comprenait bien qu'il n'ait rien dit de tout cela à voix haute. Embarrassé, il se racla la gorge, le pique de douleur lui rappelant avec amertume son bain d'eau salée.

Matthew pencha la tête légèrement sur le côté, dans l'expectative de ce qu'il s'apprêtait à dire.

« Je préférerais qu'on garde nos distances » déclara Minho d'une voix rauque.

Minho crut lire de la déception dans le regard de Matthew.

« On l'a perdu aussi tu sais » lui rappela Matthew dans un haussement de sourcil.

Minho secoua la tête lentement : « Je sais, mais toi tu as la chance de ne pas avoir son clone debout en face de toi ».

« Je ne lui ressemble pas tant que ça » contra Matthew, « et je ne suis pas Aaron ».

Minho leva les yeux au ciel : « Sérieusement, c'est pas le moment de jouer sur les mots ». Il enfouit les mains dans ses poches, avant de lâcher : « et t'inquiète pas, j'ai bien compris la différence entre lui et toi ».

Cette fois, il l'avait vraiment blessé. Matthew contracta les mâchoires à s'en faire grincer les dents : « Comme quoi tu n'as pas changé, toujours aussi délicat » rétorqua-t-il en croisant les bras.

Il fallut un moment à Minho pour mettre le doigt dessus. Était-ce de la jalousie ? Il commençait franchement à se lasser de cette conversation. Minho leva les mains entre eux deux, comme pour s'excuser, et fit mine de reculer. Matthew, les yeux exorbités par la peur, se précipita vers lui et le tira brutalement par le bras.

Eh merde, Minho avait déjà oublié qu'il était toujours au bord de la falaise.

Matthew haussa un sourcil amusé en s'écartant et lança : « Je me demande bien comment tu as fait pour survivre aussi longtemps par toi même ».

« Je n'étais pas seul » grogna Minho en s'éloignant prudemment du précipice. Sa vie n'avait plus vraiment la même valeur aujourd'hui.

Matthew tiqua à l'usage du passé : « Tu n'es pas seul maintenant non plus ». Il hésita une seconde et regarda ailleurs : « Certaines personnes veulent t'aider ». Sa gêne criait tout haut « moi, moi, je veux t'aider ! ». Minho ne savait pas si c'était gentil ou juste pathétique.

« Je n'ai besoin de personne » décréta-t-il.

Une ombre passa sur le visage de l'autre. « Très bien » se renfrogna Matthew. Il marcha outre Minho et retourna au camp sans un regard en arrière.

Minho haussa les épaules, un peu surpris, et le suivit après quelques minutes. Il fallait bien qu'il se change.

Le pire, c'était que de dos, comme ça, Matthew ressemblait encore plus à Newt. Minho se mordit l'intérieur de la joue, les yeux plus brillants que de normal.

Plusieurs semaines passèrent et Minho eut la paix comme il l'avait demandée. Tyler venait le voir quelques fois, pour se faire gronder ensuite par Matthew. Minho le voyait faire, mais Matthew ne croisait jamais son regard.

Leur camp avait maintenant meilleure allure. Quelques bâtiments de fortune avaient été construits, chacun créant progressivement son propre espace, certains plus doués que d'autres. La maison de Gally était clairement la meilleure. Thomas et Brenda s'étaient décidé à vivre ensemble. L'avantage de la précarité de la situation actuelle était qu'en cas de rupture, il suffirait de se construire une cabane un peu plus loin.

Minho s'installa à côté de chez eux.

Le village était à la lisière des bois. Les Munies espéraient ainsi s'abriter un peu du vent qui montait parfois et devenait très violent. Le climat et ses tempêtes n'avaient cependant rien à voir avec ce qu'ils avaient pu expérimenter dans le désert.

Thomas avait organisé plusieurs expéditions dans le but d'explorer les bois et les alentours. Les deux cents Munies étaient alors dispatchés en équipe, certaines d'exploration, d'autres de chasse, de cueillette, de pêche. L'emplacement était avantageux mais ils ne s'en sortiraient pas vivants s'ils ne s'efforçaient pas un petit peu.

Minho dirigeait une petite escouade de chasse quand ils avaient découvert un grand hangar, dans les bois. WICKED pouvait se lire sur le mur, gravé dans le béton verdi. Minho sentit sa gorge se serrer. Est-ce que cette foutue sensation disparaîtrait un jour ? Avec l'aide des autres, il ouvrit la porte, barrée par une poutre.

Minho était bouche bée. Il y avait des montagnes de boîtes de taille identique avec des inscriptions précisant leur contenu. Il remarqua quelques boîtes, « Soins médicaux », « Outils », « Culture », « Nourriture », il y en avait même une étiquetée « Alcool » !

Minho renifla l'air une seconde. Une odeur étrange persistait. Il fronça les sourcils quand il entendit un bruit. Les Munies échangèrent des regards inquiets, mais Minho croyait reconnaître ce bruit là. Il y avait le même dans le Glade. Il avança dans la direction à la fois de l'odeur et du son. C'était bien ce qu'il pensait, quoique la surprise ne fut pas moindre pour autant. Minho se pencha par-dessus la barrière d'un enclos en bois : des cochons !

Leur enclos n'était même pas si sale, et leur auge n'était pas complétement vide. Comment WICKED avait-il réussi à entretenir des animaux… ? Minho regarda autour de lui, et repéra dans le fond du hangar une console, comme celle qui se trouvait dans la cabane de bois, là où le Flat Trans les avait déposés. Ils étaient donc passés par là pour s'occuper des bêtes. Minho s'en approcha et se fit la remarque qu'il devrait demander à Brenda de désamorcer ce Flat Trans là aussi.

Après une plus longue inspection, ils quittèrent les lieux et refermèrent derrière eux.

Arrivés au village, Minho informa Thomas de leur découverte, et prévint Brenda pour le Flat Trans.

En quelques jours, un enclos fut bâti pour les cochons, et les animaux y furent transférés. Il y eu ensuite des discussions au sujet des fournitures dans le hangar. Certains voulaient conserver au maximum les ressources pour ne les utiliser qu'en cas d'extrême nécessité. C'était la position de Minho au sujet de la nourriture en conserve et autres denrées de longue conservation. Thomas le rejoignait sur l'idée, ils savaient tous les deux ce que c'était que de ne pas pouvoir manger à sa faim. D'autres au contraire voulaient tout ramener, considérant qu'ils auraient le temps de créer des stocks une fois leur forme pleinement retrouvée.

Finalement, Thomas annonça un vote. Les Munies avaient confiance en Thomas et Minho qui les avaient menés à la liberté. La majorité se révéla en leur faveur. Bougons, les autres acceptèrent néanmoins la décision générale.

Les Munies s'accordèrent tous, en revanche, au sujet de l'alcool. Il était seulement question de fêter leur liberté. Après tout, ils étaient tous passés par de sacrées épreuves, et leurs efforts pouvaient être récompensés. Thomas émit quelques réserves, il avait peur que cela ne tourne mal. Après tout, l'alcool ne sort pas forcément le meilleur de nous-même… Brenda le poussa un peu, lui assurant qu'ils surveilleraient la fête, et posa une limite à la quantité d'alcool disponible. Il ne s'agissait pas de vider complétement le stock. Seules quelques bouteilles seraient sorties. De toute façon, il fallait exclure les enfants, et bon nombre de Munies refusèrent de boire. L'idée de la fête ne réjouissait pas tout le monde non plus.

Sur deux cents personnes, il était logique que des discordances voient le jour.

Minho était quant à lui plus que partant. Il avait bien l'intention d'effacer ses souvenirs et sa douleur l'espace d'une nuit. Il attendait ce moment avec impatience.

Minho ne pouvait pas nier que toutes les activités, la nécessité de construire une nouvelle vie, l'aidaient à oublier. Le problème, c'était quand il s'arrêtait. Quand il se couchait pour dormir, ou quand il mangeait, ou quand une activité ne demandait aucune réflexion. Dans ces moments là, la douleur était presque insoutenable. C'était comme si quelqu'un forait un trou dans sa poitrine. Il ne constatait aucune amélioration, c'était même pire qu'au début. Minho passait son temps à cacher ses émotions. Il n'y avait rien de vraiment nouveau à cela, mais c'était plus dur, cacher le manque requérait plus d'efforts que cacher un simple agacement.

La fête arriva ainsi à point nommé. Il allait boire et oublier. La préparation de Gally, dans le Labyrinthe, avait ce pouvoir magique là, Minho espérait bien que les alcools de WICKED auraient la même vertu.

Le tout était de ne pas faire de choses trop stupides… Mais ça… c'était moins important.