Thomas eut une idée. Il ne savait pas si cela réglerait tous leurs problèmes, mais peut-être que ça aiderait. Brenda l'y avait encouragé, et elle se trompait rarement.
Minho n'était pas sorti de chez lui de la journée. Il dormait certainement. Personne n'avait osé aller le déranger. Thomas osa.
Il tapa deux fois. Assez rapidement, il entendit une chaise qu'on pousse, un grognement, et la porte s'ouvrit. Minho avait une mine effroyable.
« Tu viens marcher un peu avec moi ? » lui demanda Thomas en s'écartant légèrement du pas de la porte en signe d'invitation.
Minho fronça les sourcils, perplexe, puis sembla se résigner. Il attrapa une veste et referma derrière lui.
Thomas le vit garder la tête basse. Il n'avait peut-être pas envie de croiser le regard des autres.
Il se frotta la nuque dans un effort vain pour la détendre. Il ne savait pas trop comment aborder le sujet. Ce serait forcément sensible.
Minho gardait le silence, et avait apparemment l'intention de le laisser parler le premier. Après tout, c'était lui qui était venu le chercher.
Thomas les menait vers les bois. Il voulait de l'intimité, mais il cherchait aussi quelque chose de précis, quelque chose qui ferait l'affaire. Il fouillait le sol des yeux quand Minho prit la parole.
« Qu'est-ce que tu cherches ? »
Il n'y avait aucune agressivité dans la question, seulement de la curiosité. Cela rassura Thomas. Minho avait l'air de meilleure humeur. Si ça se trouve, il allait tout gâcher avec son idée…
Il s'arrêta de piétiner et se tourna lentement vers Minho. Il le regarda dans les yeux, ouvrit la bouche pour parler, et se mordit la lèvre. Il détourna le regard et se remit à marcher. Minho le suivit, marchant à sa hauteur, sans s'impatienter. C'était perturbant. Minho était plutôt du genre expéditif habituellement. Ou bien c'est juste qu'il se fichait de ce que Thomas avait à lui dire, mais il en doutait. Il n'aurait pas alors pris la peine de venir.
Thomas se racla la gorge, mal à l'aise : « Il faut que tu fasses ton deuil » dit-il enfin.
Minho se tourna vers lui, raide, et soupira un grand coup.
« C'est vrai » concéda le Runner en shootant distraitement dans un caillou.
Thomas le regarda faire, soucieux et surpris par sa réaction. « J'ai pensé qu'on pourrait lui faire comme une tombe tu sais ? » poursuivit-il son idée.
Minho se raidit encore plus. Thomas voyait les réflexions défiler derrière ses yeux perdus.
« J'aurais aimé qu'il voie la mer. Il aurait adoré » murmura Minho au bout d'une minute ou deux.
Thomas ne comprit pas tout de suite où il voulait en venir, puis il hocha lentement la tête : « On peut faire ça devant la mer alors » répondit-il doucement sans lâcher son pote des yeux.
Minho acquiesça. « Mais pas en haut de la falaise ».
Thomas était parfaitement d'accord. Newt avait sauté d'un mur du Labyrinthe, ce n'était certainement pas pour le percher éternellement au bord d'un précipice, même symboliquement.
« Il aimait lire » pensa Minho tout haut.
« Euh » hésita Thomas. Il ne voyait pas tellement en quoi cela les aidait pour trouver une idée de stèle ou autre.
Minho sourit, ce qui surprit Thomas une nouvelle fois.
« Il disait que c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour être libre » expliqua-t-il, de la tendresse dans la voix.
Minho se tourna brusquement vers Thomas, un sourire plus prononcé sur le visage : « Je sais ce que je vais faire » déclara-t-il fermement. « Merci Thomas, t'es un vrai pote » dit-il en le tapant gentiment sur l'épaule avant de repartir en courant.
Thomas était dans le flou. Apparemment ça avait marché. C'était une affaire personnelle, il le laisserait la gérer comme il l'entendait, ce qui signifiait pour le moment qu'il devait rester sur la touche.
Il promena son regard sur le sol et remarqua une pierre de bonne taille. Il s'approcha, l'examina de près. Elle était d'un gris classique, de forme assez rectangulaire. Elle était surtout trop lourde pour qu'il la porte seul. Il reviendrait avec Gally et d'autres. Ils s'en sortiraient. Minho aurait son propre sanctuaire, mais les autres Gladers pourraient aussi pleurer leur ami. Il avait encore une pierre à trouver, pour Theresa. Peut-être ne parviendrait-il jamais à pardonner ses trahisons, toutefois elle restait quelqu'un qu'il avait aimé et qui s'était sacrifié pour lui sauver la vie. Il lui devait bien ça.
Minho fila vers l'établi de Gally. Il avait pensé à quelque chose, il doutait que ce soit fabuleux, mais l'intention était là.
Gally lui lança un regard inquiet en le voyant arriver en courant.
« Tout va bien ? » demanda-t-il en essuyant ses mains sales sur un torchon. Il était occupé de vernir un nouveau plan de travail pour la cuisine commune. La plupart des Munies mangeait désormais en famille chez eux, mais les plus jeunes se réunissaient encore pour le repas, et Frypan avait exigeait une extension de sa cuisine.
Minho hocha la tête en jetant un oeil à son travail, puis croisa son regard :
« J'aurais besoin d'instruments pour graver dans de la pierre, tu as ça quelque part ? ».
Gally haussa un sourcil interrogateur, sans pour autant poser la question qui lui brûlait la langue.
« Je peux te trouver ça, attends là une seconde ».
Minho le remercia et avança plus avant dans l'atelier tandis que le Glader passait dans l'arrière boutique.
Gally était doué de ses mains. Il savait faire dans le fonctionnel, mais aussi dans la finesse et l'élégance. Il fit le tour et remarqua dans le fond, sur une étagère, pratiquement cachée derrière d'autres figurines taillées dans le bois, une silhouette miniature d'enfant rond aux cheveux frisés, Chuck. Minho eut un pincement au coeur. Gally ne s'était toujours pas remis d'avoir tué le garçon. Il était alors contrôlé par WICKED, mais cette justification ne suffirait jamais à effacer le souvenir du Glader qui a pressé la détente et vu l'enfant tomber au sol.
Minho entendit les pas de Gally et s'écarta rapidement, comme pris en faute. Il ne voulait pas qu'il croie qu'il fouille ou qu'il s'introduit dans ses affaires. Ou pire, qu'il le juge. Minho aurait voulu lui dire à quel point il était désolé pour lui, à quel point il comprenait ce qu'il ressentait. Il avait tiré volontairement sur Newt, certes, mais c'est WICKED qui avait provoqué sa maladie et rendu l'exécution nécessaire. Cependant Minho n'avait pas les mots. Il ne savait pas comment réconforter quelqu'un, et il doutait que Gally ait envie qu'on s'apitoie sur son sort.
« J'ai trouvé des ciseaux de gravure dans les boites du hangar. Ils sont plus ou moins épais selon ce que tu veux faire ». Le Builder lui tendit lesdits ciseaux, dont s'empara Minho, et se retourna, fouillant distraitement dans un coffre. « Voilà pour le marteau ».
Minho le récupéra et regarda les outils, un peu perdu. Il n'avait jamais fait ça mais tant pis, il improviserait.
« Je peux te demander pourquoi tu as besoin de tout ça ? » finit par lâcher Gally, cédant à la curiosité.
Minho serra les mains sur ses instruments alors qu'une vague de tristesse assombrissait son visage :
« Je vais dire au revoir à Newt » murmura-t-il comme pour lui-même.
Il tourna les talons et se dirigea vers la porte. A mi-chemin, la voix de Gally l'interrompit :
« Je ne sais toujours pas comment il est mort » dit-il sans détour.
Le coeur de Minho rata un battement. Il baissa la tête. « Je l'ai tué » avoua-t-il, le dos tourné. Il n'attendit pas de réaction de la part de Gally et s'enfuit.
Dans sa hâte, Minho percuta un Munie. Il retint un juron alors que les instruments lui échappaient des mains. Il tomba à genoux, récupéra tout au plus vite.
« Désolé » entendit-il au-dessus de sa tête. Matthew. Shuck it.
Il leva la tête rapidement mais Matthew repartait déjà.
« Attends ! » l'interpela-t-il.
Matthew s'arrêta et se tourna vers lui, le visage fermé. Minho se mâchouillait l'intérieur de la joue, embarrassé.
« C'est moi qui suis désolé, pour ce que j'ai dit tout à l'heure ».
Matthew eut un sourire faiblard : « Désolé peut-être, mais tu le pensais ».
Il n'était pas en colère, juste… triste.
Minho ne voulut pas lui mentir, alors il ne le contredit pas. « Je suis désolé » répéta-t-il en le regardant droit dans les yeux, un peu penaud.
Matthew baissa les yeux sur les mains pleines de Minho : « Tu vas faire quoi ? » changea-t-il de sujet sans subtilité.
Minho se raidit. Un jour il raconterait tout à Matthew, qu'ils étaient amoureux, qu'il a dû le tuer, tout. Mais pas maintenant.
Matthew eut un petit rire contrit quelques secondes plus tard et secoua la tête : « Désolé, tu es pressé, et je te retiens ».
Minho devait lui reconnaître qu'il savait désamorcer les situations délicates. Il lui adressa un sourire reconnaissant et le contourna pour poursuivre son chemin. Il s'interrompit et se tourna vers lui : « Merci ». Matthew hocha lentement la tête. Il le regardait toujours quand Minho s'éloigna.
