Je me possède aucun des personnages des livres ou des adaptations au cinéma. Par contre Idelwën et Gohenlass sont des créations qui m'appartiennent.
Faisant suite à ma série « L'histoire d'un roi », voici une série de plusieurs moments prenant place dans la jeunesse de Legolas.
Dans ce 23éme chapitre, alors que Thranduil et Gohenlass sont en route pour la Lorien, Legolas encore faible et Arenor doivent faire face à une épreuve qui risque de les marquer à jamais.
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS 1 : Alors voilà après ce chapitre, il en restera deux autres pour la conclure, mais ne nous en faites pas, avec la fin de cette fic débutera la troisième partie de l'histoire des elfes de la Terre du Milieu. Thranduil, Legolas et sa famille seront toujours présent mais vous y retrouverais aussi Elrond, sa famille et donc Aragorn. Je vous tiendrais au courant !
PS 2 : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)...
L'HISTOIRE D'UN PRINCE
Chapitre 23 : De Mirkwood à la Lorièn
La forêt était calme et verte… Tout paraissait tranquille si ce n'étaient les bruits de sabots d'un cheval qui galopait. Les buissons s'écartèrent et Thranduil passa rapidement, suivi par Gohenlass. Les deux elfes avaient quitté Mirkwood quatre jours plus tôt pour descendre dans la Lorien, répondant ainsi à l'appel de Galadriel. Le roi des elfes sylvains n'avait pas été très heureux de recevoir ce message, mais il savait qu'il ne pouvait se soustraire à cette réunion. D'ailleurs, il n'en avait pas réellement envie. La situation à ses portes était presque désespérée. La dernière mission avait failli lui coûter la vie de son plus jeune fils, dont la survie n'avait tenu qu'à sa volonté de vivre.
Thranduil n'était pas dupe. Il savait que seul, il ne pourrait contenir la menace qui se répandait depuis Dol Gudur. Il devait convaincre les seigneurs de la Lothlorièn de lui venir en aide et d'attaquer en remontant du Nord, sinon… sinon il ne pourrait plus tenir très longtemps… et les elfes sylvains se feraient massacrer… Comme toujours…
Le seul problème était Celeborn, avec lequel l'attente n'était pas franchement cordiale, les deux étant trop différent pour bien s'entendre, surtout avec le mépris affiché par Celeborn pour Oropher. Un mépris que Thranduil, toujours profondément marqué par la perte de son père, ne lui pardonnait pas. Le roi des elfes sylvains se rappelait encore de ce jour où il avait pris la route dans une tempête de neige dévastatrice pour se rendre à Imladris et leur annoncer qu'il savait qui était le nécromancien. Ce jour-là, il n'avait pas vraiment été pris au sérieux. Même Elrond ne savait pas que penser de ses déductions, pourtant, Thranduil était sûr qu'il ne se trompait pas… Il le savait… Comment pourrait-il ne pas reconnaître l'homme qui lui avait arraché son père ?… Un père qui était mort dans ses bras, tout comme Glordrim dont le fils chevauchait à ses côtés… Thranduil le ressentait dans tout son être… Cet ennemi que la faiblesse des Hommes n'avait pas achevé, revenait et il était de plus en plus puissant… Un frisson le traversa sans que le seigneur elfe en eu conscience. Par contre, ce léger frémissement n'échappa pas au jeune elfe qui chevauchait derrière lui.
Gohenlass avait compris l'enjeu que son roi voulait mettre dans cette réunion, mais il le connaissait assez pour savoir qu'à la première réflexion désagréable de Celeborn, il serait capable de lui mettre son poing dans la figure et la perspective d'une bagarre entre deux des plus importants seigneurs elfes de toute la Terre du Milieu ne l'enchantait pas vraiment. Alors, il s'était porté volontaire pour partir avec lui, déjà parce qu'il savait qu'il serait capable de l'apaiser et surtout parce qu'il refusait de le laisser partir seul.
Les elfes sylvains étaient quotidiennement sous les attaques de leurs ennemis, des attaques toujours plus violentes. Ces derniers n'hésiteraient pas à s'en prendre au roi si jamais il croisait leur route. Chevaucher seul était tout autant une folie que de chevaucher à 30, mais deux hommes pouvaient se faufiler entre leurs lignes tout en veillant l'un sur l'autre.
Lorsque le capitaine avait émis l'idée de partager la route avec lui, Thranduil avait souri. Refuser n'était pas envisageable, car Gohenlass était tout aussi têtu que son père. Il avait donc accepté et ils étaient partis du palais aux premières lueurs de l'aube, laissant les rênes du royaume à Arenor, qui leur promit de veiller à la fois sur la cité et sur son jeune frère encore convalescent.
A l'approche du domaine de Dame Galadriel, Thranduil fit ralentir sa monture et fut imiter par Gohenlass qui en profita pour admirer les arbres millénaires aux troncs noueux et les feuilles d'un vert éclatant qui jouaient avec le vent. La forêt était magnifique et, pour la première fois depuis longtemps, il prit subitement conscience de la noirceur et l'atmosphère oppressante de Mirkwood. Tout était si différent… Vertbois-le-Grand était définitivement devenu le Bois de Grande-Peur… Un frisson le parcouru… Par Eru qu'il aurait aimé contempler ce spectacle-là tous les jours. Les elfes qui vivaient ici se rendaient-ils seulement compte de la chance qu'ils avaient ?
Le jeune capitaine fut brusquement tiré de sa rêverie par des silhouettes qui surgirent de la gauche. Son œil accrocha l'éclat d'une lame et il se mit automatiquement en position de combat, plongeant sur le bras armé qu'il désarma d'un coup sec en déboîtant presque l'épaule de l'importun avant de pivoter pour faire face à un autre ennemi et de le priver également de son arme d'un violent coup de pied tout en agrippant un troisième dont il tordit le bras pour le mettre à terre devant lui avant que la voix de Thranduil ne résonne.
- Daro (Arrête) Gohenlass !
Le jeune elfe s'immobilisa, prenant le temps de détailler les assaillants dont deux étaient étalés par terre et un troisième immobilisé à ses pieds. Il ne remarqua que maintenant la chevelure blonde et les oreilles pointues des supposés ennemis qu'il venait de maîtriser en quelques secondes grâce à ses réflexes acquis lors de ses longues années de combat. Un peu confus, il relâcha son étreinte sur l'elfe qu'il tenait et ce dernier se redressa en massant son épaule tout en bougonnant.
Thranduil eut un sourire amusé pendant que l'elfe de la Lorien se tourna vers le roi sylvain.
- Désolé Haldir, les embuscades sont si courantes que Gohenlass a développé de bons réflexes. Il faut mieux s'annoncer que nous tomber dessus à l'improviste.
- Je viens de m'en rendre compte seigneur Thranduil, répondit Haldir en jetant un coup d'œil de travers au jeune capitaine qui remontait en selle en prenant soin de ne pas le regarder.
Gohenlass se sentait mal d'avoir attaqué des elfes, mais il nota l'éclair d'amusement dans le regard bleu-gris de Thranduil et se détendit un peu. Son roi ne semblait pas lui en vouloir.
- Dame Galadriel vous attends, je vais vous escorter, ajouta Haldir.
- Eh bien, nous vous suivons.
Les elfes de la Lothlorièn ouvrirent donc la marche aux elfes du Nord dans un silence un peu pesant. Thranduil fit ralentir son cheval pour se retrouver aux côtés de son capitaine qui avait décidé de fermer la marche. Le jeune elfe lui murmura du bout des lèvres.
- Je suis désolé. Je n'ai vu que la brillance de la lame.
- Ne le sois pas… Mon père disait toujours que chacun de nos guerriers en valait trois des autres et tu viens juste de leur rappeler. Cela pourrait nous être plus utile que tu ne le penses.
- Vous le croyez vraiment.
- Oui, fils… Tout va bien.
Gohenlass frémit en redressant la tête… « Fils », le mot rempli d'affection calma ses inquiétudes tout autant qu'une étreinte et il se détendit un peu, s'autorisant un sourire.
...
Arenor était debout sur l'une des terrasses qui surplombait l'ouest de la cité, la haute et abrupte falaise s'étendant à ses pieds. Le fils aîné de Thranduil semblait perdu dans ses pensées. La dernière patrouille tardait à rentrer et ce n'était jamais bon signe. Ses pensées s'envolèrent en direction de son père et de son meilleur ami qui était parti à la rencontre des elfes de la Lorien. Il espéra que tout se passerait sans problème avant de percevoir un léger bruit dans la pièce derrière lui. Il fit demi-tour et rentra dans la chambre de son frère.
Legolas était étendu dans son lit, le visage encore trop blanc pour aller bien. Bien sûr, Arenor savait que le plus dur était passé, qu'il avait échappé à la mort, mais la douleur était encore là et le léger gémissement qu'il tenta d'étouffer brisa le cœur de son aîné.
Arenor se laissa tomber assis sur le bord du lit de son frère, se penchant sur lui en lui serrant doucement la main pendant que l'autre balaya avec délicatesse sa joue.
- Hey ? Je suis là.
Legolas gémit doucement pendant qu'un frémissement le parcourut et que sa respiration se fit légèrement difficile. Arenor lui serra un peu plus fort la main et sentit ses doigts s'agripper aux siens en retour.
- Doucement… Thuio honeg (respire petit frère)
Legolas s'arqua faiblement et Arenor frémit à son tour devant la faiblesse encore trop grande de son jeune frère. Il avait tant eu peur de le perdre. Avec délicatesse, il glissa une main sous son dos pour l'asseoir dans ses bras et lui permettre de respirer un peu mieux en étant assis. Legolas frémit et laissa sa tête basculer dans le cou de son frère en fermant les yeux. Il n'avait repris connaissance que depuis deux jours et il se sentait mal et faible. Sentir les bras de son frère le soutenir était un support qui lui donnait envie de s'accrocher. Un léger gémissement plaintif lui échappa avant qu'il ne parvienne à repousser la douleur et à inspirer de l'air plus facilement dans sa poitrine blessée.
Arenor le laissa prendre quelques respirations fragiles avant de presser sa joue.
- Ouvre les yeux.
Legolas redressa la tête vers son frère qui le garda contre lui tout en caressant sa joue.
- Ça va mieux ?
Pas tout à fait sûr de sa voix, Legolas hocha doucement la tête avant de la laisser retomber dans le cou de son frère qui comprit la demande muette de son cadet.
- Ne t'en fais pas. Je reste auprès de toi. Est-ce que tu veux boire un peu ?
Legolas frémit et hocha une nouvelle fois la tête. Son frère tendit la main pour prendre la coupe sur la table et la porter à ses lèvres. Legolas leva une main tremblant légèrement pour la tenir, mais son frère l'aida à boire. Il déglutit lentement et Arenor ressenti un pincement devant la difficulté apparente de son jeune frère pour effectuer un geste aussi banal. Il était encore trop faible pour rester seul. Leur père n'avait pas vraiment eut le choix, mais sa place aurait été ici, prêt de ce fils qui aurait eu besoin de sa magie pour accélérer sa guérison… Quand il eut fini, il déposa la coupe sur la table pendant que Legolas tenta de murmurer.
- Hannon le (merci)…
- Ce n'est rien petit frère, tu me sembles épuisé.
- Je le suis… J'ai du mal à respirer et la douleur me…
Legolas ne finit pas sa phrase et gémit plaintivement. Arenor le pressa doucement contre lui. Cela lui ressemblait tellement peu, lui qui avait l'habitude d'encaisser coups ou réflexions sans jamais se plaindre…
- Ne t'en fais pas… Je reste prêt de toi.
Ce fut à ce moment que deux petits coups furent frappés à la porte. Arenor fronça les sourcils pendant que la longiligne silhouette de Tauriel se glissa dans la chambre. Elle posa un regard inquiet sur Legolas, effondré dans les bras de son frère et sursauta presque lorsque ce dernier s'adressa à elle.
- Quelque chose ne va pas ?
- La patrouille vient de rentrer, répondit la jeune elfe visiblement mal à l'aise.
- Des soucis ?
- Oui… Les orcs avaient des wargs, ils les ont attaqué prêt de la clairière de l'Est.
- Des morts ?
- 8 et tous les autres sont blessés.
Arenor frémit… Cela ne s'arrêterait donc jamais ? Il savait qu'il aurait dû jouer son rôle de fils de roi et aller au-devant de ses guerriers blessés, mais il posa les yeux sur son jeune frère qui somnolait à moitié dans ses bras et auquel il venait de jurer de rester… De toute manière, il était encore tellement faible qu'il n'avait pas vraiment envie de le laisser.
- Tu peux t'en occuper ?
- Je vous remercie pour cette marque de confiance mon prince, c'est un honneur, mais je pense que vous devriez vous rendre au chevet des blessés.
Arenor fronça les sourcils.
- Je ne comprends pas.
- Narufinnel faisait partie de la patrouille. Elle est gravement blessée.
- Comment ça ? Frémit Arenor. Ce n'est pas possible, elle m'avait dit qu'elle devait rester à l'atelier et…
- Elle ne voulait pas vous alarmer… Son état est grave… Vous devriez, tenta de lui faire comprendre la jeune elfe.
Arenor eut l'impression de ne plus pouvoir respirer à cause d'un coup en pleine poitrine. La femme qu'il aimait avait pris part à cette patrouille sans lui dire, parce qu'elle savait qu'il avait peur pour elle… et elle était blessée… Ses yeux tombèrent sur son jeune frère, à peine éveillé dans ses bras et dont il percevait la respiration saccadée… Devrait-il voir souffrir toutes les personnes auxquelles il tenait ? Legolas semblait s'être rendormi, pourtant, ce n'était pas le cas, car il murmura d'une voix tremblante.
- Va la rejoindre… Je vais bien.
Arenor sursauta.
- Tu es sûre ?
- Oui…
- Je vais rester vers lui, murmura Tauriel.
Arenor redressa la tête en direction de la jeune elfe et approuva d'un hochement de tête. Doucement, il déposa Legolas allongé dans son lit.
- Je reviens vite…
- Non… Je suis tiré d'affaire, tu sais… Reste vers elle…
Arenor adressa un léger sourire à son jeune frère avant de se redresser et de sortir de la chambre. Quand il fut parti, Tauriel se rapprocha et se laissa tomber assisse sur le bord du lit de Legolas. Ce dernier lui tendit la main et elle la serra avec douceur.
- Comment tu te sens ?
- Vivant et c'est déjà pas si mal par les temps qui courent…
Tauriel lui sourit et Legolas tira doucement sur sa main, lui faisant comprendre qu'il voulait qu'elle s'allonge à ses côtés. Cette dernière le fit en souriant, posant sa tête sur l'oreiller à côté de la sienne et se blottissant un peu contre son épaule.
- Tu as besoin de quelque chose ?
- Juste de ta présence, murmura Legolas et tournant la tête vers elle, déposant sa joue sur son épaule.
Tauriel sourit et se retourna sur le côté pour l'envelopper dans ses bras sans dire un mot, mais en lui offrant le soutien dont il avait encore besoin pour lutter contre la douleur.
...
Thranduil posa pied à terre à l'entrée du palais et fut imité par Gohenlass qui se porta à ses côtés. Les yeux du jeune elfe furent éblouis par la beauté de la cité qui se dévoilait à son regard. Bien sûr, il aimait son palais en dentelle de pierre et il trouvait Imladris splendide, mais là… C'était autre chose… C'était majestueux et… magique… Peut-être pour rappeler que Galadriel était l'elfe de la Terre du Milieu avec les plus grands pouvoirs. Des parcelles de sa magie semblaient danser au milieu des feuilles et des dentelles de bois.
Thranduil sourit et donna un léger coup de coude à Gohenlass dont la fascination pour cet endroit semblait amuser.
- N'ouvre pas les yeux aussi grands, lui murmura-t-il.
- Amin hirathea (je suis désolé), bredouilla le jeune elfe en baissant les yeux.
Son roi lui donna une légère tape sur l'épaule tout en lui souriant.
- Tu n'as pas à t'excuser. Il est vrai que tu n'es guère sorti de chez nous à part pour gagner Imladris.
- Le monde abrite-t-il d'autres endroits aussi merveilleux que celui-ci ?
- Le monde abrite bien des endroits qui vaudraient d'être vu, lui répliqua Thranduil en souriant.
Gohenlass se perdit quelques secondes dans des rêves faits de chevauchées et de découverte, mais il fut ramené à la réalité par un bruissement et l'apparition sur le grand escalier de Dame Galadriel et de son époux, Celeborn. Les deux seigneurs de la Lorièn descendirent quelques marches pour les accueillir. Galadriel leur fit un sourire bienveillant, dont ne les gratifia par son époux et Gohenlass perçut la tension déjà palpable entre son roi et le seigneur qui les avait invités. La discussion lui promettait d'être animée.
- Bienvenue Thranduil Greenwood, Roi de Mirkwood, dit Galadriel. Le voyage s'est bien passé ?
- Oui… Les orcs sont plus occupés au Nord, répondit Thranduil.
- Bien, nous sommes heureux de vous compter parmi nous.
- Je mentirais si je disais que je n'ai pas hésité à abandonner mes hommes alors que l'Ombre ne cesse de croître.
- Mais nous devons parler de cette ombre, dit Galadriel.
- C'est pour cela que je suis venu.
- Je pensais que c'était plutôt par crainte de quitter votre terrier, lui répliqua Celeborn, s'attirant un regard réprobateur de son épouse.
- Parce qu'il est vrai que vous descendez souvent de vos arbres, répliqua Thranduil sur le même ton, s'attirant pour sa part un regard exaspéré de son capitaine.
- Bien, dit Galadriel. Il est tard et nous paraissons tous fatigués, peut-être qu'il serait temps de…
La Dame de Lorièn ne termina pas sa phrase. Devant elle, Thranduil venait de pâlir subitement pendant que sa main se porta à son cœur. Gohenlass perçut la défaillance de son roi et le rattrapa par un bras.
- Aran nìn (mon seigneur) ! Que vous arrive-t-il ? Vous vous sentez mal.
- Non… Le rassura tout de suite le roi. Pas moi… C'est Arenor qui souffre… Il se passe quelque chose… Je n'aurais pas dû venir…
Un frémissement le parcourut avant qu'il ne sursaute légèrement au contact de la main de Galadriel sur son bras.
- Il ne faut pas avoir peur. Il n'est pas blessé.
- Mais il souffre… Il se passe quelque chose et je ne suis pas chez moi…
- Votre fils est brave… Tout ira bien… Dit-elle avant d'ajouter en redressant la tête en direction de Gohenlass. Je pense que vous avez besoin de repos. Nous allons vous amener à vos chambres.
Le jeune capitaine hocha discrètement la tête pendant que Thranduil se redressa, tentant de chasser cette désagréable impression.
...
En entrant dans les salles de guérison, Arenor fut accueilli par les plaintes et les gémissements de douleur des blessés et par l'odeur de sang qui flottait dans la pièce. La nausée s'empara de lui et ses jambes faillirent céder, mais une main secourable le prit par le bras. Le jeune prince se retourna vers celui qui venait de le rattraper en frémissant.
- Galion ?
- Elle est par ici, répondit l'échanson sachant très bien pour qui son prince était là.
Sans lâcher son bras, il le mena sur la gauche en direction d'un lit sur lequel reposé une belle elfe à la chevelure brune. Sa peau était pâle, ses yeux clos et deux guérisseurs s'affairaient autour d'elle. Arenor fit de son mieux pour ne pas fixer le sang qui maculait les draps de sa couche. Il fit quelques pas pour se rapprocher avant que ses jambes ne cèdent et qu'il s'écroule lourdement sur le bord du lit.
- Narufinnel !
En l'entendant prononcer son nom, la belle elfe fit l'effort d'ouvrir les yeux. Elle détailla son regard gris inquiet et lui fit un pâle sourire.
- N'aie pas peur.
Elle lui tendit la main qu'il lui saisit avant de se cambrer de douleur. Arenor tourna un regard inquiet aux guérisseurs qui ne le rassurèrent pas. Son état était grave. Son cœur se serra et les larmes lui montèrent aux yeux pendant qu'il se pencha un peu plus sur elle pour caresser son front et sa joue.
- Meleth nìn (mon amour)… Pourquoi tu ne m'as pas écouté ?
- Je suis une guerrière du peuple sylvain. Je ne voulais pas que tu sois le seul à risquer ta vie pour les nôtres.
- J'ai été élevé pour ça… Toi, tu es la plus merveilleuse des artisans que je connaisse.
- Les orcs ne font pas de différence. Ils tuent tout…
- Je sais… Mais c'est à moi de te protéger…
- Non… Je ne suis pas fragile…
La jeune elfe se cabra de douleur une nouvelle fois entraînant un regard paniqué de son compagnon en direction des guérisseurs. L'un d'eux soupira.
- Elle a perdu beaucoup de sang et le poison est violent.
- Poison ?
- Les lames en sont imbibées, nous avons déjà perdu deux autres guerriers.
- Non… Murmura faiblement Arenor en se retournant vers la jeune elfe.
Cette fois, il fut bien incapable de continuer à retenir ses larmes. Narufinnel le vit et leva une main qu'elle plaqua doucement sur sa joue.
- Ne pleure pas s'il te plaît.
- Je ne veux pas te perdre, répondit Arenor en plaquant sa main sur la sienne.
Il fut touché par le froid de ses doigts. Tout cela ne pouvait pas se finir bien.
- Sois fort meleth nìn… Comme l'est ton père…
- Non… Narufinnel…
- Je ne crains pas la mort.
- Mais je ne veux pas te perdre…
- Embrasse-moi, murmura la blessée en caressant doucement la joue de ce prince qu'elle avait aimé depuis qu'ils étaient enfants.
Arenor frémit… L'embrasser alors qu'elle était en train de mourir… Un frisson remonta le long de son échine pendant que l'image de son père, berçant le corps sans vie de sa mère lui revint en tête. Il avait mis si longtemps à se défaire de cette douleur. Narufinnel lui sourit en pressant un peu plus fort sa joue et en frémissant légèrement, il se pencha au-dessus d'elle, déposant ses lèvres avec hésitation sur les siennes. La jeune elfe fit glisser sa main sur sa nuque et lui murmura avant de lui rendre son baiser.
- Melin le (je t'aime)…
Arenor frémit, incapable de s'arrêter de pleurer pendant qu'il lui rendit son baiser. Un baiser rempli d'amour, de tendresse et de désespoir…
Narufinnel s'accrocha à ses lèvres pendant qu'elle sentait son corps s'engourdir, pendant qu'elle sentait le sang continuer à suinter de sa blessure au ventre et le poison se répandre dans ses veines… Elle s'accrocha à ses lèvres, ne voulant emporter que la douceur de ce moment dans les cavernes de Mandos et pas le reste… Pas la souffrance… Pas les non-dits… Par Eru… Pourquoi devait-elle partir maintenant, alors qu'elle avait été si heureuse la semaine dernière en découvrant… La jeune elfe chassa cette pensée de son esprit, craignant presque qu'il puisse la percevoir dans leur baiser et elle ne voulait pas lui rajouter cette douleur-là… Surtout pas… Elle avait mal… Elle avait froid… Tout semblait devenir flou autour d'elle… Elle partait… Alors, pressant ses lèvres une dernière fois contre les siennes, elle ferma doucement les yeux.
Arenor sentit le dernier élan de sa compagne dans ce baiser passionné, comme il sentit sa main glisser de sa nuque. Un frisson le parcourut pendant qu'il se redressa, découvrant ses yeux clos et son corps inerte. Un sentiment de désespoir et d'impuissance s'empara de lui.
- Non ! Narufinnel ! Non !
Il empoigna la jeune elfe par les épaules et la secoua doucement, comme si cela allait la réveiller et lui ramener. Elle ne pouvait pas mourir… Il l'aimait… Il avait prévu de l'épouser… Il ne voulait pas la perdre.
- Non ! Non ! Reste avec moi ! Narufinnel !
Il continua de la secouer, luttant contre l'impensable pendant que ses larmes devinrent plus violentes. Les guérisseurs tentèrent de le faire reculer, mais il les repoussa brutalement se mettant à hurler de douleur.
- Non ! Meleth nìn ! Non ! Tu ne peux pas mourir ! Non ! Reste avec moi ! Non !
La détresse du jeune elfe se répercuta dans toutes les salles de guérison tant ses cris étaient déchirants. Il fallut la présence de Galion, qui noua solidement ses bras autour du corps de son jeune prince pour que ce dernier accepte de lâcher le corps sans vie de sa compagne, pour que les hurlements cessent et pour qu'il se laisse tomber dans les bras de son précepteur qui le berça doucement sans dire un mot, tout en pensant que le roi n'avait peut-être pas choisi le meilleur jour pour s'absenter.
...
En tremblant légèrement, Thranduil se laissa tomber assis sur un banc dans la chambre où venait de les installer Dame Galadriel. Gohenlass fronça les sourcils, apparemment inquiet.
- Est-ce que tout va bien ?
- Moi oui… Mais par Eru, comme Arenor souffre… Mon petit elfing… Pourquoi faut-il que je sois ici ?
- Je suis désolé mon ami, lui répondit la voix de quelqu'un qui venait de pénétrer dans la pièce.
Gohenlass se redressa comme un ressort en découvrant le seigneur d'Imladris pendant que Thranduil tourna la tête vers lui.
- Elrond ?
Le roi sylvain se leva à son tour et fit deux pas pour serrer son meilleur ami dans ses bras en lui murmurant.
- Vous avez l'art d'apparaître quand j'ai besoin de vous.
- Je le vois. Que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas… J'ai l'impression que mon fils souffre, répondit ce dernier en brisant l'accolade.
- Alors nous ne ferons pas traîner les choses.
- Hannon le…
- Elrond Aran, le salua poliment Gohenlass en se courbant avec respect.
- Mon petit, lui répondit ce dernier en lui donnant une accolade à laquelle il n'était pas préparé. Comment vas-tu ?
- Euh… Je vais bien…
- A ce que je vois tu n'es jamais très loin, dit Elrond en se redressant
- Il est de mon devoir de protéger mon roi.
- Tu n'as aucun devoir, lui dit Thranduil en pressant doucement son bras. Mais je suis heureux de t'avoir à mes côtés fils.
...
Tauriel était toujours étendu dans le lit de Legolas qui s'était endormi la tête contre son épaule quand elle perçut une étrange agitation. Intriguée, elle se redressa doucement en faisant attention à ne pas le réveiller avant de se diriger vers le couloir. Elle ouvrit la porte pour voir Galion, soutenir Arenor, en larme et l'aider à entrer dans sa chambre.
Un frémissement la parcourut lorsqu'elle comprit comme une gifle ce qui venait sans doute de se passer. Dans son dos, il y eu un bruissement puis Legolas murmura faiblement.
- Que se passe-t-il ?
- Rien… Tu peux te rendormir, dit la jeune elfe en souriant à son ami.
Mais Legolas n'était pas dupe et, dans son attitude, il comprit que quelque chose venait de se passer.
Galion aida Arenor à se laisser tomber assis sur son lit. Le jeune prince, toujours en larmes, observait ses mains tâchées par le sang de celle qu'il aimait et qu'il venait de voir mourir sans lui venir en aide. Il tremblait et l'échanson du roi ne savait pas vraiment quoi faire pour alléger sa douleur.
- Vous devriez prendre un peu de repos.
- Je ne suis ni blessé, ni malade, répondit Arenor laissant sa tête tomber entre ses mains tout en se moquant des traces de sang qu'il étala sur ses joues.
- Je peux peut-être…
- Dehors !
- Je vous demande pardon ?
- Sortez ! Laissez-moi seul ! S'exclama Arenor.
Galion soupira et hocha la tête avant de sortir de la pièce. Arenor laissa de nouveau sa tête tomber entre ses mains pendant qu'il pleurait. Il perçut toutefois la porte s'ouvrir de nouveau et murmura sans redresser la tête.
- Laissez-moi Galion… Ce n'est pas contre vous, mais je veux rester seul.
Ce dernier ne sembla pas l'écouter et les pas se rapprochèrent. Une main se posa même sur son épaule.
- Mais moi, je ne veux pas te laisser seul.
Arenor sursauta… Cette voix ! Il redressa la tête pour se retrouver face à son frère. Son visage blafard était marqué par la douleur et son autre main était plaquée sur sa poitrine. Marcher jusqu'à sa chambre lui avait coupé le souffle et Arenor eut juste le temps de tendre les mains pour le réceptionner avant qu'il ne s'effondre.
- Legolas !
Avec précaution, il l'allongea sur son lit et le détailla avec un air inquiet.
- Mais qu'est-ce que tu fais ?
- Tu ne dois pas rester seul.
- Mais toi, tu tiens à peine debout !
- Tu serais venu me le dire…
- Non, pas tout de suite, lui concéda son frère.
- Alors, il fallait que je me lève, grimaça le jeune elfe.
- Pas dans cet état.
- Je veux être là pour toi.
- Je vais te ramener dans ton lit.
- Non ! S'exclama Legolas en se redressant. Je veux rester à tes côtés… Narufinnel était mon amie, tu sais…
Arenor frémit et les larmes revinrent à la mention du nom de celle qu'il avait perdu. Legolas grimaça et parvint à s'asseoir, passant ses bras derrière le cou de son frère pour l'attirer dans ses bras.
- Je suis là, tu sais… Comme toi tu es toujours là pour moi. Nous sommes frères…
- Oui, dit Arenor en s'autorisant à passer les bras autour du corps de son cadet. Nous sommes frères.
- Et nous affronterons chaque épreuve ensemble pour l'éternité.
- Oui, confirma une nouvelle fois Arenor. Pour l'éternité honeg…
...
Mis à part les grands seigneurs elfes de la Terre du Milieu, Gandalf et Saroumane avaient pris place autour de la table pour discuter des orcs qui grouillaient de plus en plus dans Mirkwood. Tous avaient l'air grave et Elrond avait pris soin comme toujours de prendre place aux côtés de Thranduil en lui évitant de se trouver trop prêt de Celeborn. Gohenlass était debout dans le fond de la pièce, observant la scène les bras croisés. Le seigneur de la Lorien lui jeta un coup d'œil et maugréa.
- Je pensais que ce conseil était réservé à…
- C'est mon fils, le coupa Thranduil. Il l'est devenu le jour où avec Gil-Galad vous avez décidé de nous abandonner.
Elrond sursauta légèrement et posa une main sur la cuisse de son ami pour tenter de l'apaiser. Galadriel se pencha en avant, empêchant son époux de répondre. Celebrian qui était dans un autre coin de la pièce la traversa et vint poser une main sur le bras de Gohenlass auquel elle sourit.
- Et si tu venais avec moi ?
- Je ne suis pas le bienvenu dans cette demeure ?
- Mon père est aussi borné que peut l'être le tient. Je suis sûr que nous avons des choses à nous dire.
Le sourire de la fille de Galadriel était si doux que le jeune elfe baissa la tête en souriant.
- Il ne l'est pas vraiment.
- Thranduil Oropherion mentirait-il ?
Gohenlass lui adressa un second sourire furtif.
- Alors, laissons nos pères discuter.
Cette fois, ce fut Celebrian qui sourit pendant qu'elle lui prit le bras, l'entraînant vers la sortie. Elrond lui adressa un léger sourire avant de se retourner vers ses beaux-parents.
- Bien… Pourquoi nous avoir réunis ?
Bien évidemment, Elrond savait ce qui se passait, mais il préférait laisser parler Galadriel en premier.
La Dame de la Lorìen sourit.
- Merci… La forteresse de Dol Gudur prend vie chaque jour un peu plus. Les orcs montaient vers le Nord, mais maintenant, ils étendent leur armée vers le sud et…
- Tiens donc… La coupa Thranduil en souriant. Tant que les orcs tuaient de elfes sylvains, ce n'était pas un problème, mais maintenant qu'ils descendent vers le sud, maintenant qu'ils s'en prennent à des elfes de la Lorìen cela en devient un.
- Je ne vous permets pas de parler de cette manière, dit Celeborn.
- Il a raison, intervint Saroumane, je pense que pour le bien de cette réunion nous devons tous mesurer nos propos.
- Je m'en moque, parce que c'est la vérité.
- Thranduil… Tenta de l'apaiser Gandalf qui connaissait bien aussi le roi des elfes sylvains.
- Non ! S'exclama Thranduil en se redressant. Vous ne comprenez pas… Nous nous faisons massacrer depuis si longtemps. Ma femme a été massacrée… Mon plus jeune fils vient de survivre par miracle. Pour venir m'asseoir à cette table, j'ai dû le laisser là-bas, blessé et épuisé, après trois semaines d'inconscience… Trois semaines… Vous n'imaginez même pas ce que j'ai dû lui faire pour essayer de le sauver…
Tout en parlant, les émotions de Thranduil avaient de plus de plus de mal à se contenir. Elrond perçut les larmes pointer aux coins de ses yeux.
- Mon aîné vient de ressentir une douleur qui l'a brisé en deux… Ma place n'est pas ici, à discuter avec des personnes qui minimisent depuis des années ce que nous traversons. Elle est avec eux… Vous savez quoi, au final… Faites ce que bon vous semble… Alors, laissez-les nous massacrer où aidez-nous en attaquant par le sud pour nous soulager… Mais ma place n'est pas ici et je n'ai même pas l'envie de crier ou d'essayer de vous convaincre que tous ces orcs sont au service de notre ancien ennemi… Tout ce que je veux, c'est reprendre la route pour rentrer chez moi… Je veux serrer mes fils dans mes bras, avant de le perdre eux aussi...
- Thranduil… Mais que s'est-il passé ? Demanda Elrond touché par l'émotion de son ami dont la voix, comme les mains ne cessaient de trembler.
- J'ai failli le perdre… Mon Legolas… Avec cette lame empoisonnée plantée dans la poitrine que j'ai dû lui arracher en le poignardant… J'ai eu l'impression de l'achever moi-même... Je n'avais jamais vu autant de sang… J'ai presque senti son cœur, s'arrêter sous mes doigts et j'entends encore les hurlements de désespoir de son frère... Tout ça m'épuise… Je ne devrais pas être ici...
Une larme de détresse coula sur la joue de Thranduil. Elrond lui pressa le bras et Celeborn se leva malgré le geste que tenta Galadriel pour le retenir. L'air grave, il fit le tour de la table et avec une certaine hésitation, il tendit la main pour presser l'épaule de Thranduil.
- Je suis désolé… Nous ne vous laisserons pas combattre seuls… Peu importe qui commande ces orcs, notre armée remontera depuis le Sud pour vous soulager… et vous aider…
Thranduil frémit et redressa la tête vers Celeborn en murmurant.
- Quel revirement…
- Je suis désolé, répéta une nouvelle fois Celeborn. Dans cette guerre, nous sommes tous du même côté. Toute cette douleur. Si j'avais été moins obstiné, vous n'auriez jamais dû torturer votre fils pour tenter de le sauver.
Thranduil émit un léger rire tout en adressant un sourire à Celeborn auquel il tendit la main.
- Je ne pense pas être le moins obstiné des deux.
Celeborn lui rendit son sourire et serra la main tendue par Thranduil, scellant le pacte qui allait les faire combattre de nouveau côte à côte.
Vous êtes arrivé au bout de ce chapitre, il vous a plu ou pas d'ailleurs, alors n'hésitez pas à laisser une review surtout si vous l'ajoutez en favori, merci d'avance et à bientôt !
