Je me possède aucun des personnages des livres ou des adaptations au cinéma. Par contre Idelwën et Gohenlass sont des créations qui m'appartiennent.
Faisant suite à ma série « L'histoire d'un roi », voici une série de plusieurs moments prenant place dans la jeunesse de Legolas.
Dans ce 24éme chapitre, alors que Thranduil et Gohenlass sont toujours en Lorien, Arenor doit prendre le commandement des opérations pour tenter d'éviter la progression des orcs, toujours plus nombreux et dangereux.
Je voulais m'excuser de ce retard de publication. Déjà parce que j'ai été happé par un autre fandom à cause du dernier film vu au ciné, mais surtout parce que cette fin est dure émotionnellement à écrire, mais je vous promets de publier la suite plus rapidement.
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)...
L'HISTOIRE D'UN PRINCE
Chapitre 24 : Déjà trop tard
Legolas n'osait pas bouger. Sa position n'était pas vraiment confortable, tirant encore sur sa blessure mal guérie, mais Arenor avait mis si longtemps avant de s'écrouler d'épuisement dans ses bras, qu'il ne voulait pas le réveiller. Alors, il serra les dents, se disant que s'il continuait à ignorer la douleur, elle finirait bien par passer… Ce qui, pour le moment, était loin d'être le cas. Il avait tellement mal… Malgré lui, il laissa échapper une légère plainte et un frisson le parcourut. Il retint son souffle, heureux de ne pas l'avoir réveillé, avant de voir ruinés ses efforts par des coups nerveux donnés à la porte.
Arenor se redressa d'un bond, dans un élan de panique qu'il ne put réprimer. Son jeune frère apprécia de pouvoir changer de position et posa une main sur sa poitrine pour lui dire de ne pas avoir peur.
- Tout va bien.
Arenor posa les yeux sur son frère, touché de voir que c'était lui qui était en train de le rassurer, alors qu'il se remettait à peine d'une blessure terrible… Il aurait voulu lui faire comprendre que tout allait bien, qu'il finirait par se remettre de la perte de Narufinnel comme de celle de leur mère, mais il ne trouva pas les mots et, se remettre n'était sans doute pas le bon terme. Il ne s'en était jamais remis, mais leur père avait raison, il fallait continuer à avancer, continuer à vivre pour protéger ce qui pouvait l'être, continuer à se battre… Alors, il se redressa, repoussant doucement la main de son jeune frère et se dirigea vers la porte.
Galion se tenait sur le palier, à la fois gêné et désireux de lui faire part de la situation. L'aîné des deux princes l'observa.
- Que se passe-t-il ?
- Un éclaireur vient de rentrer, les orcs s'assemblent sur le Nord. Ils ont brûlé le village et redescendent vers nous.
Arenor frémit.
- Ils veulent couper le palais du reste du monde en nous enfermant dans un cercle d'incendie ?
- J'en ai bien peur, ernil nìn (mon prince).
- Et bien, nous ne les laisserons pas faire, répliqua Arenor. Rassemble une compagnie, je pars à leur rencontre.
La voix de son frère était si sombre, si dure, que Legolas se leva précipitamment du lit pour le rejoindre. Un peu trop précipitamment puisque ses jambes cédèrent et qu'il s'écroula lourdement. Il aurait sans doute heurté le sol si son frère ne l'avait pas retenu en passant un bras autour de sa taille.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je viens avec toi !
- Non… Tu es trop faible. Tu tiens à peine sur tes jambes.
- Cela n'a pas d'importance, tu ne peux combattre seul.
- Legolas, n'est pas peur… J'ai combattu plus d'orcs que tous les elfes de ce palais. Je reviendrai.
Le jeune elfe frémit tout en murmurant.
- C'est sans doute ce qu'a dû murmurer Narufinnel avant de partir en patrouille.
- Honeg (petit frère), reprit Arenor en posant ses mains sur ses joues pour planter son regard dans le sien. Je suis un guerrier et je vous aime toi notre père et toi pour vous abandonner. Je dois défendre ce palais, mais n'aie crainte, tout va bien se passer. Je reviendrais… Melin le honeg (je t'aime petit frère)…
Arenor se pencha, déposant un baiser à la racine des cheveux de Legolas qui frémit et noua ses bras autour de lui pour se blottir contre sa poitrine.
- Melin le hanar nìn (je t'aime mon frère)… Ne meurs pas…
- Non… Jamais…
Arenor laissa son jeune frère finir de trembler tout en posant son regard gris sur Galion.
- Il est encore épuisé. Il faut prendre soin de lui.
- Je le ferais, soyez prudent mon prince.
- Autant que je le pourrais, répondit Arenor en glissant une nouvelle fois ses mains sur les joues de son frère tout en lui souriant.
- Aide Galion à organiser les défenses internes si tu as assez de force, mais repose-toi sinon honeg.
Legolas hocha doucement la tête, reculant de deux pas pour que son frère puisse sortir de la pièce. Le jeune elfe aurait eu envie de le suivre, de partir au combat avec lui… Cela venait peut-être de sa fatigue ou de la douleur sourde qui continuait à remonter dans sa poitrine, mais il se sentait terrorisé… Ces derniers temps avaient été si difficiles. Les orcs de plus en plus violents, les batailles de plus en pus nombreuses… Oui, il aurait préféré que son frère reste auprès de lui, surtout qu'il n'avait même pas eu le temps de faire le deuil de Narufinnel… S'il avait eu plus de forces, il l'aurait accompagné. Non, il devrait l'accompagner. Legolas fit deux pas pour le rejoindre, mais son corps, encore épuisé et en proie à l'émotion céda. Le jeune elfe s'écroula et n'échappa au contact violent avec le sol que grâce aux bras de Galion qui le retinrent.
- Doucement ernil nìn, vous êtes encore faible.
- Je dois le rejoindre.
- Non… Pas dans cet état, mais ne vous en faites pas. Votre frère est une force de la nature, comme votre père. Il reviendra…
- Puisse Eru vous entendre, murmura Legolas pendant que son précepteur le raccompagna vers le lit pour l'étendre doucement.
Il aurait pu le ramener à sa chambre, mais il paraissait si blanc et épuisé, que n'importe quel lit ferait l'affaire et puis, il aurait l'impression d'être auprès de son frère…
...
Thranduil traversa un couloir du palais à grande enjambée pour se glisser dans sa chambre. Il avait le souffle court et il se cramponna à la commode en face de lui pour ne pas s'effondrer sur le sol pendant qu'une voix ne cessait de tourner dans sa tête.
« Tu ne devrais pas être ici ! »
Ce sentiment terrible ne le laissait jamais en paix, peut-être parce qu'il savait qu'il avait raison. Sa place était chez lui, auprès de ses fils et non pas ici. Bien sûr, le fait que Celeborn accepte enfin de l'aider était une bonne chose, mais le roi des elfes sylvains avait dû lui montrer sa douleur. Lui, qui aimait tant la cacher, il avait dû céder… Ce n'est pas qu'il l'avait voulu réellement, mais le roi avait un étrange lien avec ses fils. Il sentait leur souffrance et celle d'Arenor lui avait coupé le cœur en deux…
« Tu ne devrais pas être ici ! »
Comme cela était vrai… Par Eru, sa place était auprès de son peuple, mais c'étaient bien eux qu'il tentait de protéger en élaborant une stratégie de défense avec Celeborn. Il frémit. Se cramponnant plus fort à la commode sans se rendre compte que quelqu'un était rentré à sa suite.
La main d'Elrond se posa sur son épaule, le faisant sursauter. Le seigneur de Fondcombe avait un air triste.
- Mon ami… Que se passe-t-il ?
Thranduil frémit. Elrond était comme son frère. Alors, il lui murmura du bout des lèvres en tentant maladroitement de cacher ses émotions.
- Je ne devrais pas être ici… Mes fils souffrent. Ils ont besoin de moi et je suis là…
Il y avait tant de peine dans sa voix et son attitude qu'Elrond pressa un peu plus fort son bras.
- Mais que s'est-il passé ?
- Je vous l'ai dit…
- C'est plus profond, parce que ça vous hante.
Thranduil baissa la tête, observant ses mains qui tremblaient doucement.
- Vous ne savez pas quelle impression cela fait d'être obligé de presque tuer son propre fils…
Elrond finit de se rapprocher.
- Parlez-moi…
Son ami frémit une nouvelle fois en fermant les yeux pour tenter de contrôler son émotion.
- Il y avait eu cette attaque dans un village déjà détruit depuis longtemps et Legolas… Le poignard de cet orc était enfoncé si prêt de son cœur, murmura-t-il d'une voix qui tremblait de plus en plus. Sa pointe en crochet, lui aurait déchiré la poitrine, si je l'avais simplement retiré… Je, j'ai démonté le manche et j'ai dû la pousser à travers son corps déjà épuisé. Est-ce que vous avez une idée du bruit que peuvent faire des vertèbres en se brisant ? Une idée de ce que ça fait de voir la douleur dans les yeux de votre enfant et de savoir que vous en êtes la cause… ce que ça va d'entendre son aîné hurler pour que vous arrêtiez de torturer son frère, parce que c'est ce que j'ai fais… J'ai torturé mon petit garçon déjà à peine en vie… Je n'avais jamais vu autant de sang…
Thranduil n'avait pu se retenir et les larmes coulaient sur ses joues. Elrond perçut toute sa peine et l'attira dans ses bras pour tenter de l'apaiser. Il le sentit trembler sous ses doigts pendant qu'il déposa sa tête sur son épaule.
- Tout cela m'épuise… Si j'étais mort à Dagorlad…
- Non, le coupa Elrond. Votre peuple et votre famille ont besoin de vous, murmura Elrond en lui faisant un léger signe de tête.
Le roi des elfes sylvains le comprit et se redressa, tournant la tête sur la gauche pour découvrit Gohenlass au fond de la pièce, appuyé contre le mur. Le jeune capitaine avait été si discret que Thranduil ne l'avait pas repéré et il fut touché de le découvrir en larmes. Il frémit et lui tendit la main.
- Viens Gohenlass, approche.
Le jeune elfe hésita avant de se rapprocher. Il tenta d'essuyer maladroitement ses larmes avant de s'immobiliser à deux pas de son roi. Thranduil lui sourit et passa un bras derrière sa nuque pour l'attirer dans ses bras. Il le sentit frémir, puis l'une de ses mains s'agrippa à sa tunique comme si sa vie en dépendait et il murmura d'une voix remplie d'émotion.
- Je ne veux pas vous perdre aran nìn (mon seigneur)… Je ne le supporterais pas.
Il y avait une douleur réelle dans ses mots et cela toucha profondément Thranduil qui lui murmura.
- Ion nìn (mon fils)… Ne pleure pas… Je ne compte pas mourir. C'est juste si dur en ce moment… Mais je suis là, mon grand fils.
Gohenlass frémit en sentant l'affection comprise dans la voix de ce roi qui était devenu un second père. Lui aussi été épuisé par les batailles et les pertes alors, il frémit et murmura dans un souffle, s'autorisant pour la première fois à utiliser ce mot qui était pourtant ce que son cœur ressentait depuis si longtemps.
- Adar (père)…
Thranduil sourit et le serra un peu plus fort dans ses bras, heureux de l'entendre murmurer ce mot-là.
- Mon fils… Je suis avec toi…
Elrond sentit son cœur se serrer devant l'épuisement et la douleur qui se dégageait des deux elfes. Comment avait-il pu faire comme les autres et les laisser se battre seuls aussi longtemps ? Bien sûr, il avait lui-même quelques soucis avec la protection de sa cité, mais cela n'avait rien à voir avec ce que devait affronter son ami. Il posa une main sur son bras, pour ne pas trop les déranger.
- Nous allons hâter ces discussions pour que vous puissiez reprendre la route dés ce soir.
- Hantale (merci), lui répondit en retour Thranduil tout en gardant Gohenlass dans ses bras.
Elrond hocha la tête et sortit de la pièce pour laisser le père et son fils adoptif profiter d'une intimité dont il avait besoin.
Tout à ses pensées, il sursauta en se retrouvant face à Galadriel. La dame de Lorìen lui fit un léger sourire.
- Vous êtes soucieux.
Son gendre frémit et tourna la tête pour jeter un coup d'œil à la porte de la pièce qu'il venait de quitter.
- Nous les avons abandonnés… Comme nous avons abandonné Oropher à Dagorlad.
- Oropher a chargé sans réfléchir.
- Oui, c'est vrai, mais nous avons tous regardé les siens se faire massacrer sans réagir et pourtant, ce sont eux qui ont affaibli l'ennemi et nous ont permis de l'emporter… Nous refaisons la même chose.
- Non, nous allons les aider.
- Mais est-ce qu'il n'est pas déjà trop tard ?
...
La bataille était brutale… Les cris des orcs et des elfes se mélangeaient dans un enchevêtrement de violence presque irréel… Tout était que sang et râle des mourants.
Arenor avait mené l'assaut pour couper l'avancée des orcs, mais il n'avait compris que trop tard que c'était un piège. Leurs ennemis savaient que les elfes ne laisseraient pas les villages se faire massacrer, qu'ils viendraient à leur rencontre et ils les avaient piégés, prenant la compagnie sylvaine en tenaille…
Le prince s'en voulait. Il aurait dû réfléchir, son père aurait sans doute vu venir le piège, mais lui ne l'avait pas senti et ses soldats étaient en train de le payer. D'une passe d'armes bien maîtrisé, il trancha le bras d'un orc avant de le décapiter, juste avant recevoir un elfe dans les bras. Le guerrier venait de se jeter entre son prince et un ennemi qui l'attaquait dans le dos, offrant sa vie en sacrifice en se faisant transpercer par la lance à sa place. Arenor frémit.
- Non…
Son regard croisa celui de l'elfe qui lui murmura en rendant son dernier souffle.
- Sauvez-vous mon prince…
L'elfe devint un poids mort dans ses bras et Arenor le laissa tomber sur le sol en frémissant de rage. Tout était de sa faute ! Il se redressa et fonça sur l'orc le plus proche, le tuant avec une sauvagerie dont il ne se savait pas lui-même capable. Puis, il haleta doucement et, tout en reprenant son souffle, ses yeux balayèrent le champ de bataille. Les elfes tombaient un à un… La bataille ne pouvait être gagnée, mais, en plus, ils n'avaient pas d'échappatoire cette fois… Un frémissement le parcourut.
- Pardonne-moi Legolas, je ne voulais pas te mentir, murmura-t-il juste avant qu'une ombre ne se dresse dans son dos.
Arenor pivota sur le talon, mais ne fut pas assez rapide. Il encaissa un violent coup à la tempe qui le fit rouler au sol. Le jeune elfe resta inerte et un grand sourire se dessina sur le visage de l'orc monstrueux qui venait de l'assommer.
- Bien, voilà une belle prise.
Le regard rempli de haine, il hurla aux autres orcs.
- Achevez les autres ! Moi, je vais m'occuper de celui-là… J'ai quelques questions à lui poser.
L'orc se baissa, empoignant Arenor par le coup avec un sourire sadique. Ce dernier sembla retrouver un peu ses esprits et ses mains se posèrent sur la sienne pour le faire lâcher. L'orc sourit.
- Il est inutile de te débattre, mais ne t'en fait pas. Je ne vais pas te tuer tout de suite, mon prince.
Arenor comprit et murmura d'une voix étranglée pendant qu'il chercha à atteindre son arme.
- Je ne dirais rien…
- C'est ce que nous verrons…
