CHAPITRE 2.
-Meurtre, mystère, macabre... Comment un policier au sang froid implacable, une femme fatale, et le canon glacé d'un revolver nous tiennent tant en haleine et réussissent à nous maintenir éveillés jusqu'aux premières heures du matin ? Encore une fois, l'alchimie est là, et ce soir nous célébrons le maître du roman policier en fêtant la sortie de son dernier livre, "Tempête de Feu », déclarait l'éditrice et ex-femme de Richard devant une assemblée de pleine de fans.
-Le dernier chapitre et la sensationnelle conclusion de la série policière du héros Derrick Storm que nous adorons tous. J'ai l'honneur de vous présenter le maître incontesté du macabre, Rick Castle !
Debout au milieu de la foule dans son smoking noir Armani et ses lunettes de soleil sur le nez, Rick s'amusait avec ses nombreuses admiratrices. Le sourire aux lèvres, il continuait à faire perdurer l'image qu'il véhiculait depuis de nombreuses années : un homme à femmes.
Lui, si timide et si peu sûr de lui durant son adolescence, avait changé du tout au tout avec le succès. L'image d'un père de famille sérieux et pantouflard ne faisait pas vendre, comme lui notifiait à chaque sortie officielle sa maison d'édition.
Pour vendre, il se devait de vendre aussi une image. Celle d'un jeune auteur de trente ans, père de famille, qui adorait s'amuser et qui croquait la vie à pleines dents.
C'était la raison de son enthousiasme feint ce soir. Un sourire aux lèvres, un stylo à la main, il proposait à ses nombreuses fans des autographes, sans rien lâcher de son côté charmeur.
Un peu plus loin, assis au bar avec un verre d'eau à la main, Jim Beckett observait du coin de l'oeil celui qu'il avait appris à aimer comme son propre fils. L'image qu'il véhiculait dans ces soirées et dans les magazines était tellement loin de celle du garçon qu'il avait pratiquement élevé avec sa femme.
Soupirant devant une énième poitrine que Rick signait, il se laissa emporter dans l'un de ses souvenirs.
Flashback.
-Il va falloir penser à agrandir la cabane, songea Jim, en observant de loin sa fille unique, allongée sur le sable en maillot de bain avec Rick à ses côtés.
-Une chambre de plus ? répéta, intriguée, Johanna en levant un sourcil. Si c'est une proposition pour agrandir la famille, je suis désolée de te dire que je suis trop vieille pour ça.
-Quoi ? non…..et puis tu n'es pas trop vieille, sourit-il en la contemplant amoureusement sur son rocking chair, un livre à la main. Dois-je te rappeler à quel point tu m'as enchanté hier soir?
- Non, murmura-t-elle en l'admirant aussi.
Jim et Johanna étaient mariés depuis presque vingt ans. A quarante trois ans, ils avaient tout pour être heureux. Une carrière professionnelle d'avocat enrichissante et une vie de famille bien remplie. Katherine Hougton Beckett était leur seule et unique fille. Après la naissance de leur merveille, ils avaient décidé d'un commun accord d'attendre quelques années avant de réitérer l'expérience, mais la vie en avait décidé autrement. Après plusieurs fausses couches, Johanna avait abandonné l'idée d'agrandir la famille.
Ils avaient alors acheté un petit chalet en bord de lac, pour profiter pleinement de tous les instants de la vie avec leur fille chérie.
La venue de Rick dans leur vie était devenue comme une évidence au fur et à mesure des années. Il était le fils qu'ils n'avaient jamais eu. Lui et Kate s'entendaient à merveille depuis leurs huit ans.
C'est donc surprise que Johanna observait son mari près de la vitre du chalet, en train de scruter leurs deux adolescents.
-Pourquoi une troisième chambre alors ? demanda-t-elle, toujours autant intriguée
-Kathie grandit…..enfin…elle a changé
-Changé ?
-Et je suis sûr que Rick s'en est aperçu, argumenta le patriarche en bougonnant, alors que sa femme souriait à son explication.
-Oh oui, il l'a remarqué. Tu as vu comme il la regarde, il est mignon
-Non, il n'est pas mignon, il est en rut !
-en rut ? tant que ça ! se mit-elle à rire. Ce n'est pas un animal, Jim
-Non, c'est un prédateur ! Crois-moi, j'ai été à cet âge là. Et je ne pense pas que Richard s'émerveille du cerveau de notre chère fille.
-Tu es….ridicule. Et puis, elle aussi a peut-être remarqué que Richard a grandi ?
-Que veux-tu dire ? fit Jim, effaré , le visage blême
-Il a grandi…..énormément. Ce n'est plus le petit garçon à qui j'apprenais à faire des cookies. Il est un homme…fort séduisant.
-Oh mon dieu, je vais de ce pas faire cette troisième chambre !
-Jim, tu crois vraiment que cette troisième chambre les empêchera de se rapprocher s'ils le décident ?
-S'il touche à Kathie, je le tue !
-Jim! fit-elle outrée
-Quoi? J'aime ce gamin, vraiment….mais….mais…..
-Mais quoi ?
-Mais….. pas ma fille !
Souriant en se mordant la lèvre inférieure devant la mine déconfite de son mari, Johanna se leva de son fauteuil, en déposant son livre pour venir lui prendre la main avec une infinie tendresse.
Les yeux dans les yeux, elle tentait de trouver les mots qui apaiseraient les peurs de son cher et tendre, quand le cri de leur fille à l'extérieur les surprit tous les deux.
Dehors, posée comme un sac à patate sur une des épaules de Richard, Kate se débattait avec ses pieds et ses mains, pour ne pas partir à l'eau.
-Ne fais pas ça ! hurlait-elle en lui tapant le dos
-Alors ….dis-le !
-Non,je ne le dirai pas !
-Allez, Kate…sinon…..c'est le plongeon, l'avertit Rick, tout sourire , en tentant de maintenir comme il le pouvait son amie qui gigotait dans tous les sens.
-Non ! non ! et …..non !
-Ok…..alors….un…deux…..
-Ne fais pas ça ! Je te jure que tu vas le regretter !
-Et trois…..c'est parti pour le grand…..Aie ! Aie! Aie ! cria Rick, alors que Kate lui pinçait de toutes ses forces l'oreille droite en se contorsionnant. Pomme ! Pomme ! Pomme ! Hurla-t-il sous le regard amusé de Jim et Johanna.
Doucement, Richard déposa au sol Kate, qui souriait fièrement,les cheveux aux vent, alors que ce dernier se tenait l'oreille en gémissant de douleur.
-Tu m'as mutilé
-Tu n'as qu'à m'écouter ! Quand je dis non, ! c'est non ! Et mutilé? Sérieusement ? ricana Kate, les mains sur ses hanches, en le lorgnant sans vergogne dans son maillot de bain.
Rick était un adolescent très bien bâti. Ses larges épaules et sa taille donnaient à Kate un sentiment de sécurité, depuis des années, mais ces dernières semaines, elle commençait à l'observer sous un oeil différent. Les deux jeunes enfants de huit ans avaient bien grandi pour laisser place à deux jeunes adultes…..séduisants et attirants.
-Oui ! Je vais être sourd ! bougonna-t-il en se frottant l'oreille, alors que Beckett riait devant son air théâtral.
-Il faut toujours que tu exagères
-Tu plaisantes , j'espère !
-Non, d'ailleurs si tu ne fais pas carrière dans l'écriture, pense au théâtre.
- Tu….je…..
-Oh et au fait…..à défaut d'être sourd, tu vas être mouillé
-Mouillé ? répéta-t-il, intrigué, avant qu'elle ne pose ses mains sur son torse pour le pousser dans l'eau.
Perdant l'équilibre devant l'assaut de Beckett, Rick tenta de garder les pieds sur le ponton en vain. Après un dernier regard surpris, il plongea les fesses les premières dans l'eau froide du lac, sous le rire de Kate et ses parents.
-Tu es une diablesse ! s'écria Rick, en sortant la tête de l'eau.
-Tu vois, sourit Jo en caressant la main de son mari. Elle sait se défendre.
-Je le sais…..mais…..il pourrait lui briser le coeur. De tous les garçons qu'elle risque de rencontrer, il risque d'être le seul avec ce pouvoir là.
-Elle pourrait aussi lui briser le coeur, rétorqua Jo. Ta fille n'est pas des plus innocentes...je pense même qu'elle a plus de chance de dévergonder Rick que l'inverse.
-Mais…..
-Et si Rick devait être son premier grand amour, je pense qu'on aurait pu trouver pire, non ?
-Je…..attends, attends…..ne me dis pas que tu cautionnes…qu'ils…..tous les deux…..entre eux! balbutia-t-il
-Jim, ils ont quinze ans…..dans un an ou deux…..ça va arriver. Peut-être pas avec Richard….. mais, ta fille va devenir une femme tôt ou tard.
Déglutissant devant cette information, Jim lâcha du regard sa femme pour observer sa fille et Rick à l'extérieur, en train de se chamailler gentiment. Ils avaient l'air complice….mais de là à accepter la future sexualité de sa fille….., pensait-il, alors que les caresses de sa femme sur sa main se faisaient de plus en plus appuyées.
-Je vais lui parler, murmura-t-elle pour tenter de le rassurer
-A qui ? A Richard ? fit-il, étonné, en scrutant sa femme tout sourire
-Non….à notre fille. Je te laisse le loisir de discuter avec Richard de ces choses-là…..entre hommes…si Martha est d'accord, bien entendu.
-Tu veux que je lui parle de sexe, gémit-il, la boule au ventre
-Si tu préfères en discuter avec Kathie, je te laisse…..
-C'est bon, c'est bon, capitula le patriarche.
-et s'il te plaît, ne lui fais pas peur. Discute avec lui comme si s'était ton fils.
-Facile à dire quand le dit fils pourrait être celui qui….à ma fille.
-Raison de plus pour lui expliquer, le respect, l'attente et surtout l'attention.
-Oh mon dieu, soupira-t-il, en relâchant la main de sa femme pour partir en direction du placard dans le hall du chalet
-Que fais-tu ?
-Je prends mon porte-feuille. J'ai besoin de planches pour cette troisième chambre
-Jim
-Quoi ? Je veux bien lui parler, mais il est hors de question que mon bébé dorme à côté d'un adolescent en rut !
-Tu sais, c'est peut-être ta fille qui est en rut
-Ok…..une troisième chambre et une salle d'eau sans eau chaude pour leur rafraîchir les idées ! déclara-t-il en sortant du chalet. Tu vas voir, Jo, c'est dans mes cordes.
Amusée par son air contrarié, Johanna contempla quelques instants les adolescents en face d'eux. Ils avaient grandi…..Jim avait raison….mais contrairement à lui, elle espérait qu'un jour sa fille puisse rencontrer un homme comme Rick. Car malgré tout…..il était toujours là pour elle…quoi qu'il arrive.
Fin du Flashback.
XXXXXXXXX
Dans un immeuble de New-York, vers 21 heures.
-ça va te plaire, sourit Espo, en apercevant sa supérieure arriver d'un pas décidé sur le pallier de l'appartement de la victime.
Javier Esposito et Kévin Ryan étaient les deux co-équipiers de Beckett. Au fil des années, ils avaient tissé des liens d'amitié tous les trois ainsi qu'avec la légiste Lanie Parish. L'équipe de Kate était l'une des plus efficaces en matières de clôture d'enquête sur la circonscription du douzième de New-York.
-Pourquoi ça ?
-On a affaire à un romantique. La victime est recouverte de pétales de roses mec ne sait pas moquer d'elle.
-Il y a deux choses qui ne vont pas dans ta phrase,Javier, rétorqua Beckett, les mains sur les hanches
-Quoi donc ?
-Victime et romantique, assura-t-elle, en passant devant l'hispanique pour entrer à son tour dans l'appartement. Il n'y a rien de romantique a avoir des pétales de roses sur...
- Lanie dit que c'est mieux que du chocolat ou du miel, ça ne colle pas au moins, la taquina-t-il
- Sérieux ? la dévisagea-t-elle avec ces prunelles émeraude. Elle est morte ...alors un peu de respect.
- Lanie va très bien et...
- Espo!
- Ok, ok, abdiqua-t-il un petit sourire aux lèvres , les mains dans ses poches en suivant sa supérieure à l'intérieur.
- Alors…qu'est-ce qu'on a ?
Depuis qu'elle était devenue lieutenant police, Kate Beckett observait le même rituel à chaque affaire. Elle traitait chacune de ses victimes avec le plus de respect qu'elle pouvait leur accorder. A chaque pas qu'elle entreprenait devant une nouvelle enquête, son cerveau lui rappelait douloureusement pourquoi elle était ici….Et ce qu'elle avait perdu.
Le visage déterminé à rendre justice pour la victime, elle écouta avec attention le résumé d'Esposito, sous les yeux de Ryan qui les rejoignait.
- Allison Tisdale, 34 ans, diplômée de la FAC de New York, elle travaillait dans le social.
-Sympa pour une assistante sociale, déclara Beckett en observant avec attention l'appartement de la victime.
Le luxe y était omniprésent, des meubles, à la décoration, en passant par les baies vitrées du salon qui surplombait la grande pomme.
-Une fille à papa, rétorqua Ryan
- Les voisins se sont plaints de la musique, et comme elle répondait pas... ils ont envoyé le gardien pour vérifier.
Marchant toujours en direction de la scène de crime, Kate se figea en découvrant le corps de la victime, allongée sur le sol avec un tournesol sur chaque oeil et le corps recouvert de pétales de roses. Elle connaissait cette mise scène, elle l'avait lue des centaines et des centaines de fois dans un de ces livres. La boule au ventre, elle déglutissait devant le rapport d'analyse de Lanie.
-Il lui a même acheté des fleurs…..qui a dit que le romantisme était mort, déclara le médecin légiste, en souriant à l'arrivée de son amie.
-Tu vois, j'avais raison, Beckett, sourit, tout heureux Espo, sans tenir compte du regard effrayé de sa supérieure sur le corps devant elle.
-Aucune trace de lutte, elle devait connaitre son agresseur , ajouta Lanie, en levant le regard sur son amie pour la voir pétrifiée devant elle. Tu vas bien ?
-Je…oui…autre chose à part les roses? déglutit-elle difficilement
-Deux balles dans la poitrine….un petit calibre. Beckett , tu es certaine que tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle en se levant pour la es livide...on dirait que tu viens de voir un mort.
-Je…..oui…
Comment était-ce même possible? Comment sur des centaines d'auteurs de bestsellers sur Manhattan, le tueur avait-il pu imiter l'une de ses scènes ?
Putain de merde ! pensa-t-elle , la boule au ventre et le coeur serré devant tout ce que cette victime impliquait pour elle.
Devant la mine complètement déconfite de sa meilleure amie, le médecin légiste retira ses gants, et murmura doucement, pour ne pas attirer les regards sur elles :
-ça va sweety ?
-S'il-te-plaît, dis-moi qu'elle a été violée
-Je….pardon?, blêmit Lanie devant la requête de Beckett
-Des traces de viol ? de lutte ? de….
-Kate, il n'y a rien de tout ça. Qu'est-ce que tu as ?
-ça y est je l'ai ! s'écria Ryan, en s'approchant de la scène de crime, fier de lui, sous les yeux de son coéquipier et en faisant sursauter les filles.
-Qu'est-ce que tu as, bro ?
-Je sais où j'ai déjà vu cette mise en scène. Les fleurs sur la victime, les tournesols, les deux balles…..ça ne vous dit rien ? argumenta l'irlandais, alors que Kate sentait la nausée lui retourner l'estomac
-Heu…..non, répondit, incrédule, Javier
-C'est pas vrai, tu ne lis jamais, toi !
-Ben contrairement à toi, je passe mon temps libre à faire des choses de grandes personnes
-Des choses ? Et tu te dis une grande personne avec un vocabulaire pareil?
-Les gars , stop, gémit Beckett devant leur perpétuelles chamailleries
-C'est lui qui a commencé
-Non, c'est….
-J'ai dit stop !
-Ok, ok, abdiqua penaud Ryan toujours le calepin à la main et le stylo. Tout ça pour dire que c'est dans un des livres de Richard Castle, ronchonna ce dernier, mécontent de s'être fait rabrouer.
-Oh…mon dieu, souffla Lanie, en comprenant la lividité du teint de son amie à ses côtés
-Oh mon dieu , quoi? s'agaça Javier, qui ne comprenait toujours pas.
Les deux mains sur ses tempes, Kate cherchait une solution pour avancer dans l'enquête sans avoir à le rencontrer. Elle pourrait éviter tout le truc de la mise en scène et voir ou ça la mènerait ? non…le meurtrier s'était donné beaucoup de mal pour retranscrire la scène…..il devait être fan.
A cette constatation, elle blêmit un peu plus en pensant qu'il pourrait être visé. Etait-il possible qu'il soit sa prochaine victime ? Que son meilleur ami soit en danger, lui aussi?
-Kate, chérie…..
-On va devoir interroger tout le voisinage, Ryan tu peux t'en charger ? l'interrompit Beckett, en tentant de cacher son trouble
-Oui
-Espo, concentre-toi sur la victime. Ses comptes bancaires, ses horaires de boulot…..la totale
-Ok…..et toi ?demanda le latino, en dévisageant la légiste et sa supérieure
-Moi, je vais aller interroger l'auteur du bouquin.
-Heu….tu veux qu'on appelle le central pour une adresse, ou….
-Non, je sais où il se trouve, soupira Kate, avant de faire demi tour et sortir de l'appartement.
Elle avait besoin de temps …elle avait besoin de vomir…elle avait besoin….elle ne savait pas de quoi elle avait besoin, mais de tous les scénarios qu'elle avait imaginés pour leurs retrouvailles, une enquête sur un meurtre n'en faisait pas partie.
Le dos contre l'immeuble de la victime , à l'abri des regards, elle prit de grandes inspirations pour calmer son rythme cardiaque qui s'emballait sous l'effet de la panique.
Book Party de « Tempête de Feu ».
Il venait de terminer son discours devant ses fans. Il avait continué à sourire, à signer des autographes sans jamais montrer sa lassitude.
Fatigué, il s'était isolé à l'abri des regards pour appeler sa fille de dix ans, qui se trouvait à une pyjama party chez sa meilleure amie, quand son éditrice rentra dans sa loge avec un agacement non feint :
-Quel espèce d'idiot tue le personnage principal d'un de ses best-sellers !
-Heu…..citrouille, je te rappelle demain matin avant de venir te chercher
-D'accord papa…..dis bonjour à Gina
-Heu….oui, chérie. Fais de beaux rêves.
-toi aussi, termina amusée Alexis, avant que Rick ne raccroche en dévisageant son ex-femme.
-Le mot intimité , tu ne connais pas ?
-Oh arrête, Richard ! Comment as-tu pu tuer Derrik !
-Est-ce mon éditrice vampirique qui s'inquiète pour son compte en banque ou ma sangsue d'ex-femme ? rétorqua-t-il, le sourire aux lèvres, pour ne pas lui montrer son agacement
-Alors c'est ça ta façon de te venger ? Tu me punis en tuant la poule aux oeufs d'or?
-Oh je t'en prie, je sais bien que je suis mesquin et inconscient, mais à ce point là, ce serait exagéré
-Ah ? Alors pourquoi ?
-Derrick Storm était devenu ennuyeux…..j'avais l'impression de bosser
-Pauvre biquet ! il avait l'impression de bosser, siffla-t-elle, excédée par ses arguments . Il y avait d'autres solutions, tu aurais pu le mettre à la retraite ou l'estropier , ou le faire engager dans un cirque , ah mais non, bien sûr, tu n'as pas pu t'empêcher de lui mettre une balle dans la tête !
-Eh oui, une vraie boucherie, la balle l'a défiguré, répondit-il, fier de lui, en prenant une flûte de champagne qui se trouvait près d'un buffet. Mais ne t'inquiète pas, ce n'est pas Derrick Storm , la poule aux oeufs d'or, c'est Rick Castle. J'ai écrit une demi-douzaine de best-sellers avant lui , tu penses que je n'en suis plus capable ?
-Oh , je n'en sais rien, tu ne devais pas me rendre un manuscrit, il y a déjà deux mois.?
-ça ne se commande pas, le génie
-Ah oui, vraiment? Et la page blanche, Richard ? Tu devrais un peu penser à bosser, plutôt que de t'amuser !
-C'est…..
-Et qu'on soit clair, si d'ici trois semaines, je n'ai rien sur mon bureau, Black Pawn te demandera de rembourser l'avance que l'on t'a accordée. Alors…..il était ennuyeux, hein? siffla-t-elle, avant d'ouvrir la porte de la suite, et de lui cracher avant de partir: et retourne à la fête, les fans ont besoin de voir le grand Rick Castle avant sa chute !
-Vipère ! siffla Castle, avant de se laisser choir sur un fauteuil derrière lui.
Sa flûte de champagne à la main, les épaules lâches, le regard posé sur la couverture de « Tempête de Feu », Rick soupira en fermant les yeux. Il était épuisé…..et surtout sans imagination. Depuis des mois, il n'arrivait plus à écrire…..c'était comme si son art s'était envolé. Tuer Derrick Storm n'avait pas été une décision prise à la légère, elle était mûrement réfléchie. Mais il ne pouvait plus continuer de relater les histoires de cet agent encore et encore. Il s'ennuyait…..il avait besoin d'une nouvelle inspiration.
Soupirant, le coeur lourd, il sortit de ses pensées quand deux coups à la porte retentirent :
-Va-t-en , Gina !
-Ce n'est que moi, fils, répondit timidement Jim, en ouvrant la porte pour voir Richard, totalement accablé, affalé sur une chaise. Tout va bien ?
-Oui, oui. Bonsoir Jim, je suis content de te voir, sourit Rick, en tentant de cacher sa peine tout en venant enlacer celui qu'il avait considéré comme un père pendant des années.
-Alors ? des soucis avec Gina ? le taquina le patriarche
-C'est une vipère…tu aurais dû me prévenir que toutes les femmes sont vides et perfides…..et effrayantes
-Pas toutes
-C'est vrai, concéda à regret Castle, en jetant son verre et la bouteille de champagne à la poubelle. Les Beckett sont certainement une espèce rare.
-Tu devrais peut-être chercher une fille disons plus…. naturelle la prochaine fois, une fille à ton image.
-Naturelle ?
-Oui….la seule femme qui aurait pu être digne d'être une Beckett , tu l'as laissée s'envoler.
-Kyra est partie, rétorqua Rick, amusé que Jim lui donne des conseils, même après toutes ces années.
-Tu mérites d'être heureux
-Je le suis…vraiment
-Bien. Mais pour ce que ça vaut, je ne veux pas m'imposer ou te donner des conseils non-sollicités, mais….
-oh non…..la derrière fois que tu as employé ce ton, tu m'as pratiquement menacé de me couper mes attributs si je touchais à Kate
-Je t'ai aussi dit de traiter toutes les femmes avec respect et ….
-Je sais, je sais…..mais elles n'ont pas toutes eu le même conseil apparemment , soupira Rick, déçu.
Il avait espéré pouvoir offrir à Alexis le genre de famille qu'il n'avait pas eue dans son enfance, le genre de famille avec un papa et une maman qui s'aimaient, mais ses espoirs avaient été déçus quand il avait découvert la mère de sa fille avec un autre homme au lit.
Jamais encore il n'avait ressenti pareille rage envers quelqu'un , en une fraction de seconde Meredith avait balayé sa famille. Il lui en voulait encore énormément…..c'est à cause d'elle qu'il avait retenté sa chance, des années plus tard, avec Gina pour donner à Alexis une mère, mais c'est surtout à cause de Meredith…..de son histoire avec elle, qu'il n'avait plus revu ou entendu le son de la voix de sa meilleure amie.
Lassé par la gente féminine, Rick vagabondait de lit en lit sans exposer son coeur désormais. Il était un auteur célèbre , il avait réalisé son rêve mais quelque part sa mère avait raison…le manque de Kate dans sa vie n'avait jamais été comblé.
Se frottant la nuque avec un air misérable sur le visage, il avoua à Jim , les mains dans ses poches :
-Elle me manque
-Je sais, fiston
-Elle va bien ? …..Elle est heureuse ?
Il n'osait que très rarement questionner Jim au sujet de sa fille. Sans doute par respect envers lui, Rick ne souhaitait pas être la cause d'un conflit entre Jim et Kate, mais aussi par peur. Par peur de souffrir en entendant, par son père d'adoption, que la femme qu'il aimait était heureuse avec un autre.
-Elle va bien….elle semble heureuse. Son métier lui prend beaucoup de temps.
-hum
-Tu devrais l'appeler, je suis certain que Kathie aimerait que tu….
-Je le sais, mentit-il, en pensant à tous ses nombreux appels en absence des années plus tôt. Je vais devoir te laisser pour un petit bain de foule. Plus vite ma présence ne sera plus requise, plus vite je pourrais retourner à la maison et voir Alexis.
-Très bien, concéda Jim, qui ne voulait pas imposer sa présence.
Sa relation avec Richard avait toujours été ambiguë . Il l'aimait comme un fils, mais leur passé commun n'avait pas été de tout repos. Rick représentait le meilleur ami de Kate, mais aussi le seul homme sur cette terre à pouvoir la blesser. Il avait toujours pensé que Richard serait le grand amour de Kathie, mais leur côté tête de mule et leur jeune âge avaient eu raison d'eux. La mort de Johanna avait joué un tournant dans leur relation.
Il avait vu Rick s'éloigner après, semblait-il, une redoutable dispute avec Kate. Pendant des mois, il n'avait plus revu le jeune garçon, et un matin, il s'était présenté à sa porte avec un nourrisson emmitouflé dans ses bras, et un sourire aux lèvres.
Le jeune homme avait été très fier de présenter sa petite merveille : Alexis Johanna Castle, mais la démarche peu sûre du patriarche, combiné avec la senteur d'alcool et l'état plus que douteux de sa maison, avait fait fâner le joli sourire de l'auteur.
Rick avait alors éloigné sa fille pour la protéger, il avait tenté de joindre Kate qui n'avait jamais daigné répondre à ses appels, et il avait ensuite donné une chance à Jim de s'en sortir.
C'est Castle qui l'avait trainé en centre de désintoxication, après une discussion très humiliante pour le patriarche.
Rick lui avait rappelé qu'il avait une fille, et que sa femme aurait très certainement été déçue par son comportement. Qu'il n'était pas un ivrogne, mais un père de famille, qu'il avait des responsabilités et que ce n'était pas dans une bouteille qu'il veillerait sur Kate.
Si Jim Beckett était sobre depuis 10 ans, c'était grâce à Rick , grâce à ses mots, et grâce à Kate qui l'avait poussé à être un meilleur père….à redevenir le papa qu'elle connaissait.
Rick et Jim s'était revus alors plusieurs fois au fil des années, autour d'un café, pour discuter. L'auteur avait fait promettre au patriarche de ne jamais révéler à sa fille que c'était lui qui avait pris en charge tous ses soins médicaux, il ne voulait pas que Kate se sente redevable de quoi que ce soit.
S'il avait aidé Jim, c'était à cause de cette image de père qui lui avait donnée, à cause de Johanna…à cause de cette famille qu'il avait formée avec eux.
Seulement leur relation, sans Johanna ou Kate à leurs côtés, avait alors semblé dénuée de sens. Les deux hommes, tout en pudeur, avaient du mal à communiquer. Les frictions entre Castle et Beckett y jouaient grandement.
Rick s'était éloigné peu à peu de lui pour oublier tout ce qu'il lui rappelait, tout ce qu'il avait perdu…..il s'était éloigné pour oublier Kate et panser ses blessures.
-Je suis heureux que tu aies pu venir…..vraiment. Mère est là , tu l'as aperçue ?
-Non, mais je vais aller la saluer avant de partir , sourit Jim, toujours content de pouvoir converser avec Martha
-Cherche près du bar ou près d'un homme sans alliance, le taquina Rick en grimaçant
-Richard, s'offusqua Jim
-Je plaisante, je plaisante…enfin pour le bar
-Tu es impossible. Martha à le droit de s'amuser aussi
-Oh pour ça, elle est très bonne, rit-il en ouvrant la porte de sa loge. A très vite ?
-Oui
-Bien. Merci encore pour tout Jim
-Merci à toi, et prends soin de toi, fils.
Après un hochement de tête, Rick s'engouffra dans le couloir de l'hôtel où se tenait la réception de sa book party. Le coeur lourd, comme après chaque discussion avec Jim, il tentait de ne pas se laisser submerger par le flot de souvenirs qui envahissaient. Les mains dans les poches, il releva les yeux devant les flashs qui crépitaient à quelques mètres de lui, et il soupira en pensant comme à chaque soirée de ce type :
- S'il te plait, viens ce soir.
A l'extérieur, devant l'hôtel de la Book Party.
Assise dans sa crown Victoria, la tête sur le volant, elle tentait de calmer sa respiration en écoutant les conseils bienveillants de son amie au téléphone :
-C'est l'occasion rêvée de renouer vos liens
-En l'interrogeant sur un meurtre, gémit Kate
-Oui ! Non…..heu….je ne sais pas. Il est auteur de romans policiers, je suis certaine que ta démarche va lui plaire.
-Lanie, je ne l'ai pas vu depuis plus de dix ans….douze pour être exacte, je ne pense pas qu'il sera ravi d'être interrompu en pleine séance de dédicaces sur poitrines.
-Ne sois pas médisante…..et puis, ça fait des années que tu cherches une excuse pour l'aborder, la voilà .
Lanie connaissait toute l'histoire de Kate et Rick. Un soir de grande beuverie, la lieutenant s'était épanchée sur son amour de jeunesse, sur ce meilleur ami qu'elle avait fait fuir des années auparavant. Les larmes aux yeux, elle lui avait expliqué à quel point il lui manquait, à quel point elle mourait d'envie de le revoir…à quel point elle s'en voulait de l'avoir évincé de sa vie.
Alors voir Kate si hésitante aujourd'hui, agaçait quelque peu la légiste. Ce n' était plus une adolescente qui avait fait une erreur, c'était une jeune femme, un détective d'homicide, elle pouvait très bien gérer les retombées de leur rencontre.
-Je ne veux juste pas que mon enquête en pâtisse. Montgomery risquerait de me retirer l'affaire au vu de mon implication avec un témoin, ou….
-Et nous y voilà, après seulement cinq minutes de conversation à coeur ouvert, tu débites déjà des répliques de série B.
-Je…..
-Montgomery ne te retirera pas l'affaire, et s'il te plait, de quelle implication avec le témoin parle-t-on? Parce qu'a part avoir été ton ami d'enfance , il y a des lustres, il est juste ton auteur préféré désormais. Kate…arrête de fuir et agis comme une adulte.
-Facile à dire, rumina-t-elle, en relevant le visage pour observer l'engouement de la soirée de loin.
-Va discuter avec ton ami.
-Je…..
-A plus tard , la coupa la légiste, en raccrochant pour ne pas lui donner une raison de plus de se lamenter.
Désormais totalement seule dans l'habitacle de sa voiture, Kate ferma les yeux quelques secondes en repensant à ses derniers mots à son égard :
-Va-t-en, dégage ! Je ne veux plus jamais te revoir !
Comment avait-elle pu être aussi méchante ? Pourquoi ne lui avait-elle pas laissé une chance de s'exprimer ? pourquoi n'avait-elle pas répondu à ce fichu téléphone par la suite ?
Emergeant de ses pensées à cause d'un klaxon dans la rue, Beckett sortit de sa voiture, en prenant son insigne, son arme et son courage, et partit en direction de la book party.
Elle allait juste revoir un vieil ami….tout se passerait bien. Enfin , elle l'espérait…..
Tout d'abord un grand merci pour l'engouement à cette histoire. ça fait plaisir de savoir que vous êtes toujours là malgré l'arrêt de la série.
Ensuite, je tenais à vous souhaiter une belle et heureuse année 2018, qu'elle soit fait d'amour, de rire et de santé.
Je poste rapidement ce chapitre avant de partir en soirée, je promets de vous laisser un petit mot personnel à chacun d'entre vous dès le chapitre suivant qui se fera en milieu de semaine.
Bonne soirée et bon réveillon à toutes et tous !
