CHAPITRE 3.


Debout le sourire aux lèvres avec sa flûte de champagne à la main et un stylo dans l'autre, Rick conversait tranquillement avec sa mère.

Avec les années, ils s'étaient rapprochés l'un de l'autre. Durant son enfance, Richard avait légèrement jalousé Kate et sa famille. Il aurait aimé pu avoir le même lien avec sa mère, mais le travail de Martha et son statut de mère célibataire ne leur laissaient guère le temps et le loisir de passer des moments ensemble. Il avait donc grandi auprès de la famille Beckett, avant de se rapprocher au fil des années de sa mère. La naissance d'Alexis avait aussi beaucoup favorisé leur lien.

-Jim est ici, il voulait te saluer avant son départ, confia Rick, toujours déstabilisé par sa rencontre avec le père de Kate.
-Je l'ai rencontré. On a bavardé quelques instants, mais il devait rentrer chez lui
-Je t'en prie , ne me dis pas que tu lui as parlé de Kate, gémit-il , en sachant pertinemment que leurs deux parents espéraient les rapprocher tôt ou tard.
-Non, se défendit, sourire aux lèvres, Martha en hochant de la tête à un homme derrière Rick. Nous nous sommes résignés avec les années
-Bien
-Mais…..
-Le sujet est clôt. Et puis que regardes-tu depuis tout à l'heure ? demanda Rick, en se retournant pour voir un homme d'âge moyen sourire dans leur direction.
-Il n'y a pas que toi qui as le droit de prendre du plaisir
-Mère, tu…..
-chut, chut, pas si fort, j'ai peut-être encore une chance

La dévisageant pendant quelques secondes, Rick déposa son verre sur le comptoir en s'accoudant, la tête basse, pour soupirer :

-Du plaisir…..je ne prends plus te plaisir depuis des mois.
-Richard
-Gina me harcèle pour un nouveau chapitre, et…..et…..rien.
-Comment ça, rien ?
-Je n'y arrive plus. Je n'arrive pas à trouver une idée ou une trame de fond…..c'est comme si l'écriture me fuyait.
-Ne sois pas si dramatique, tenta Martha en le voyant aussi accablé. Et puis, pourquoi avoir tué le personnage principal de ton livre si tu n'as plus…..
-Parce que je m'ennuyais, avoua-t-il, la boule au ventre.
-Tu t'ennuyais ?
-Oui…..rien qu'une fois, j'aimerais qu'on vienne me voir pour me dire un truc nouveau.

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Inspirant, expirant, lentement , Kate tentait de cacher son stress en arborant fièrement son insigne de flic, et en gardant la tête haute devant la foule qui s'était amassée pour rendre hommage à son auteur favori.

Depuis sa sortie de la voiture, elle cherchait vainement une phrase à lui dire….un début de conversation qui ne serait pas gauche ou maladroit après autant d'années, mais toutes ses idées la faisaient grimacer au fur et à mesure de ses pensées.

« Salut, Rick, comment vas-tu ? »….peut mieux faire, pensait-elle
« Hey…tu m'as manqué »…..trop direct
« Eh bien, je ne pensais pas qu'autant d'années étaient passées, regarde-toi »….définitivement nul.

A chaque pas qu'elle faisait sur le sol de cette hôtel de luxe, elle réfléchissait à la façon d'aborder cette discussion, qui serait sans nul doute gênante et mortifiante. Elle était seulement soulagée d'être venue seule pour cet interrogatoire. Si elle avait dû emmener Espo ou Ryan….ou pire, des officiers avec elle, elle ne savait pas dans quel état de lividité elle se trouverait à cet instant.

Les gens riaient, discutaient, et l'alcool coulait à flot, ses yeux observaient avec beaucoup d'attention tout ce qui entourait désormais la vie de son meilleur ami. Les bimbos, l'argent, les tenues chics…..ils s'étaient tellement éloignés depuis la dernière fois qu'ils s'était vus.

Soupirant, elle releva le regard pour tenter de le trouver quand son cellulaire se mit à sonner.

-Beckett
-Je viens de voir tous les voisins, commença Ryan en entrant dans le commissariat. Personne n'a rien vu. Aucun bruit suspect non plus. La probabilité qu'elle connaissait son agresseur est élevée.
-Ok, très bien. Aide Espo avec les comptes bancaires, histoire de voir comment une assistante sociale pouvait vivre dans pareil luxe.
-Bien. Tu as interrogé l'auteur du livre ?
-Pas encore, je le cherche et je…..je…., balbutia-t-elle en l'apercevant, de dos, à côté de sa mère près du bar
-Beckett ?
-Je ….je te rappelle, Ryan
-Ok, tu es sûre que tout va bien ?
-Oui….je…..à tout à l'heure, déglutit Kate, en raccrochant, sans lâcher Castle du regard.

Il avait l'air tellement….grand et imposant…..tellement adulte. Elle ne l'avait plus revu depuis ses dix-neuf ans…..ils avaient grandi en douze ans. Kate ne savait pas pourquoi elle semblait si effrayée par cette constatation. Elle l'avait vu dans des dizaines de magazines au fil des années, dans des interview télévisuelles, mais le voir en chair et en os à quelques mètres d'elle rendait toute cette absence réelle.

La boule au ventre, elle sentit la nausée la prendre. Doucement, elle se rapprochait de Rick en tentant de trouver quoi lui dire quand elle entendit une bride de sa conversation avec sa mère :

- Parce que je m'ennuyais
-Tu t'ennuyais ?
-Oui…..rien qu'une fois j'aimerais qu'on vienne me voir pour me dire un truc nouveau.

Un truc nouveau? Ok…elle pouvait le faire….elle pouvait lui donner ça. Inspirant grandement pour se donner du courage, elle lui tapota le dos doucement, en tentant de réprimer le frisson qui l'envahit à ce simple contact, et lui déclara de sa voix la plus sûre :

-Mr Castle?
-Où voulez-vous que je signe ? répliqua Rick, le sourire aux lèvres, en se retournant pour blêmir de surprise ensuite
-Lieutenant Kate Beckett de la police de New-York, j'aurais quelques questions à propos d'un meurtre commis plus tôt dans la soirée.

Un sourire timide aux lèvres, son insigne à vue d'oeil de Rick, elle tentait de ne pas se désintégrer devant le regard stupéfait qu'il lui donnait.

Son stylo toujours à la main, il la dévisageait comme s'il apercevait un fantôme. Ses longs cheveux bruns avaient laissé place à un joli carré, ses yeux étaient toujours aussi verts, mais avait perdu de leurs éclats, de leur innocence, mais à part ça, elle était toujours la même….toujours aussi grande, toujours aussi belle…..elle était Kate Beckett, et son coeur palpitait devant la vison qu'elle lui renvoyait.

Perdus dans les yeux l'un de l'autre, ils tentaient de ne pas se perdre devant leurs nombreux souvenirs communs quand la voix de Martha derrière Rick les firent sursauter :

-Katherine, chérie, tu es venue….mais regarde-toi, sourit la matriarche en l'enveloppant dans une étreinte. Tu es toujours aussi ravissante, darling

Plus de dix ans qu'elles ne s'étaient plus revues. Martha se souvenait encore de ce jour funeste où elle avait embrassé pour la dernière fois sa jeune voisine. On venait tout juste de mettre en terre sa mère. Kate, alors âgée de dix neuf ans, se tenait droite comme « i », les yeux dans le vague, comme si tout ceci n'était pas réel. Doucement, l'actrice l'avait entourée de ses bras pour lui apporter un peu de réconfort, alors que son fils pleurait silencieusement aux côtés des Beckett. Elle n'aurait jamais pu penser à cet instant que ce serait la dernière fois qu'elle la voyait.

Flashback.

Un joli ciel bleu contrastait avec un froid glacial en ce 13 janvier 1999. Les yeux rivés sur la pierre tombale de sa mère, Kate restait figée. Elle avait l'impression d'être dans un terrible cauchemar. Tout ceci ne pouvait pas être réel. Elle n'avait pas pu perdre sa mère…non pas elle…..

Les bras ballants, les cheveux au vent, elle observait, la boule au ventre, le cercueil descendre sous terre sous les pleurs de son père à ses côtés.

Ils étaient censés passer les fêtes ensemble, ils étaient censés diner au restaurant ce soir-là…..comment tout ceci avait pu se terminer ainsi?

Elle revivait encore et encore sa dernière conversation avec sa mère ce matin- là, comme si elle pouvait trouver un élément qui lui permettrait de croire que tout ceci n'était pas vrai.

-Kathie, allez, lève-toi, sourit joyeusement ce matin Johanna, en entrant dans la chambre de sa fille à 8 heures du matin
-C'est trop tôt, ronchonna la jeune femme
-Il n'est jamais trop tôt pour un brunch avec sa mère. Allez, je dois être au tribunal dans une heure et j'aimerais passer un peu de temps avec toi
-Maman….on s'est vues pendant dix jours, râla en baillant la jeune Beckett
-Oui, et je ne sais toujours pas pourquoi ma fille est toujours un coeur à prendre
-Si tu penses que me réveiller à l'aube va délier ma langue, tu te trompes
-Non…..mais ne me force pas à demander à Richard
-N'importe quoi, soupira-t-elle en ronchonnant en pensant à son meilleur ami.

La rentrée scolaire à Stanford avait été extrêmement dure pour Kate. En peu de temps, tout ses repères avaient été chamboulés. Sa famille n'était plus là, et Rick…..Rick n'était pas allé à l'université. Son premier roman avait été publié quelques jours avant les grandes vacances d'été, et son agent de l'époque lui avait assuré que les études étaient dorénavant une chose à mettre en suspens. Sa carrière d'auteur allait exploser et il n'aurait pas le temps de s'abandonner sur les bancs de l'université.

Ils avaient dû alors gérer la distance comme ils le pouvaient. Mais les cours, la cadence de ses journées mélangées avec les horaires discontinus de Rick les avaient légèrement éloignés.
Lui, qui avait promis de venir la voir au moins deux ou trois fois avant les vacances hivernales, n'avait pu se déplacer qu'une seule fois le temps d'un week-end.

Leurs soirées téléphone s'étaient elles aussi espacées au fur et à mesure de la publication du livre de Richard. Il était sous les feux des projecteurs et n'avait pas une minute à lui pour souffler.

Lors de la dernière conversation téléphonique qu'ils avaient eue, Rick lui annonçait qu'il prenait du bon temps avec une jeune actrice en herbe du nom de Meredith. Quelque part, Kate jalousait cette jeune femme qui pouvait passer du temps avec son meilleur ami. Elle, qui croulait sous les livres, n'avait guère le temps pour une amourette de passage.

C'était donc ravie qu'elle était rentrée à la maison pour les vacances de Noël. Rick était présent et ils avaient pu passer du temps ensemble.

-Pourquoi cet air si renfrogné ? sourit Johanna, qui savait que l'éloignement avec Richard était difficile pour tous les deux.
-Pour rien, mentit-elle en se frottant les yeux, avant de sortir de son lit en s'étirant de tout son long sous les yeux attendris de sa mère.
-Tu sais qu'il t'aime
-Qui ça ?
-Richard
-Maman, bougonna Kate, en cherchant un bas de jogging à enfiler.
-Il est malheureux sans toi. Je t'assure.
-Il s'amuse avec ...une certaine...Meredith , crois-moi, il y a plus malheureux que lui.
-Kathie, tu….
-Et puis c'est juste un ami, râla-t-elle devant l'entrain que sa mère mettait à vouloir les mettre en couple.
-hum, hum, acquiesça Johanna en se levant pour lui embrasser le front. Ton père était juste un ami aussi.
-Maman!
-Ok, ok…..allez, rejoins-moi en bas, tout le monde n'a pas la chance de pouvoir faire la grasse matinée.
-tu parles d'une grasse mat...
-Kathie ?
-Oui, gémit-elle dans l'attente d'une nouvelle boutade.
-Je t'aime, chérie.

Elles avaient ensuite déjeuné ensemble avec son père, en riant et en se mettant d'accord avec l'heure du diner au restaurant. C'était la dernière fois qu'elle avait vu sa mère.

Les yeux emplis de larmes, elle sortit de sa torpeur par la douce étreinte de Martha qui l'enveloppa de ses bras.

-Je suis désolée, darling.
-Martha
-Je suis là…..quand tu veux …..à tout moment, déglutit difficilement la matriarche en pensant à son amie en terre.

Doucement elle relâcha l'étreinte de la mère de Rick qui lui embrassa le front avec tant d'amour que Kate voulait la repousser violemment. Elle n'avait pas besoin de ça, elle avait juste besoin de sa mère, de ses brunchs, des ses matins matinaux, de ces conversations mère-fille, elle avait seulement besoin de son étreinte…..elle voulait juste sa mère.

Déglutissant en posant les yeux sur les inscriptions en face d' elle: « Vincit Omnia Veritas », elle sentit la nausée la prendre et la terre s'ouvrir sous elle. Mon dieu, c'était réel , elle avait perdue sa mère. La tristesse l'envahit et elle se sentit partir. C'est les bras de Rick autour de sa taille, qui la ramenèrent à la réalité. Doucement dans le creux de l'oreille , il lui murmura, en sanglotant sans lâcher sa prise sur elle :

-Kate, je suis là, je suis là….
-Rick….elle est morte…., sanglota-t-elle en sentant ses jambes la lâcher.
-Je sais ….je suis là…..Toujours, Kate.

Fin du Flashback.

-Merci Martha, sourit Kate, en sentant les larmes lui monter aux yeux en se remémorant ça dernière étreinte avec la mère de Rick.

Le froid, le cercueil de sa mère, les larmes , les cris de détresse de son père, la bouteille de whisky au sol et la descente aux enfers qui s'étaient ensuite déchainés pour sa famille la frappèrent de plein fouet. Le coeur meurtri, elle entendit Martha réprimander son meilleur ami à côté d'elle.

-Richard, trésor, dis quelque chose. Tu voulais quelque chose de nouveau…..ça c'est nouveau, assura cette dernière, en relâchant son étreinte pour observer son fils toujours sans aucun mouvement près d'elle.
-Heu….oui, bien sûr…..où sont mes manières, balbutia-t-il sous le choc. Je….je ne m'attendais pas à te voir….Je suis content de te voir, rectifia -t-il devant le regard qu'elle lui lanç que content.
-Moi aussi.

Les yeux dans les yeux, ils se sourirent en tentant de ne pas se laisser envahir par leurs mauvais souvenirs. Doucement, elle se rapprocha de lui. Son regard bienveillant, son sourire ravageur qu'il ne portait que pour elle l'attirèrent comme au bon vieux temps. Tous leurs bon moments leurs revinrent en un seul regard : leur rencontre, leur fou rire, leur premier baiser, leurs bêtises…..tout….

D'un tendre regard, elle le contempla avec une seule envie…..pouvoir plonger sa tête dans sa cou et profiter de sa grande carrure pour un câlin. Ils n'étaient plus du même monde, mais ils étaient toujours les mêmes : Kate et Rick ...et cela devait suffire, non ?

Le sourire aux lèvres avec le même désir qu'elle, Castle lui demanda timidement sans oser la toucher:

-Puis-je t'offrir un verre ?
-Oh….non…..désolée, gémit-elle, en se souvenant de la raison de sa présence ici. Je suis en service.
-En service?
- Un meurtre a été commis plutôt dans la soirée et j'ai besoin de t'interroger, tu te souviens ?

Au froncement de sourcil qu'il lui lança, Kate comprit que ses mots avaient été mal interprétés. Souriante, elle tenta de lui expliquer :

-Tu n'es pas suspect, mais le meurtrier à …..
-Tu es venue juste pour le boulot alors ? la coupa-t-il, le coeur brisé.
-je…..non…..oui…enfin , je veux dire au début oui, mais….
-Vas-y, pose tes questions, Beckett, je ne voudrais pas abuser de ton temps si précieux, cracha-t-il, vexé

Douze années a attendre qu'elle lui fasse un signe, qu'elle l'appelle, et elle venait avec une enquête et un interrogatoire? Il se sentait blessé plus qu'autre chose. Les mains dans ses poches, le visage renfermé , il l'observait blêmir à ses mots.

-Richard, trésor, tu devrais peut-être prendre le temps de l'écouter….
-Mère, je pense que le célibataire que tu contemplais tout à l'heure s'impatiente, la coupa-t-il, avec un regard qui lui en disait long. Et pour ce qui concerne le temps, je pense que j'ai été assez patient, non ?

Soupirant devant sa tête de mule de fils, elle hocha simplement de la tête avant de venir embrasser une nouvelle fois Kate tout en lui murmurant :

-J'espère te revoir très vite. 595 Broome Street. Tu seras toujours la bienvenue.
-Merci Martha, déglutit-elle, en observant l'air glacial de Rick sur elle.

Lentement la matriarche s'éloigna pour leur donner plus d'intimité, alors que Castle s'installait sur un tabouret de bar en lui déclarant :

-Je vous écoute détective
-Rick ne fais pas ça, je…..
-Douze ans et tu oses débarquer à ma book party pour un meurtre ?
-Je…..ok, je sais que le timing n'est pas de mon côté mais…
-Je ne veux pas savoir
-Castle, je…..
-On était censés être ami. On était censés être…..
-Je sais
-Et maintenant regarde-nous, on est des parfaits étrangers , soupira-t-il, le coeur lourd, en passant à la raison de sa présence.

Alors qu'elle allait répliquer en lui disant que désormais elle souhaitait tout connaitre de sa vie , qu'elle était désolée pour son attitude, elle fût interrompue par une jeune femme brune , tailleur et talons aiguilles, qui embrassa la joue de Rick en lui murmurant quelque chose à l'oreille, la réponse de Castle lui glaça le sang :

-Non, c'est juste une détective qui veut me poser des questions sur un meurtre.

Juste une détective ? Elle avait été Kate, pour lui…..elle avait été sa meilleure amie. Elle l'avait vu grandir, pleurer, rire…..et maintenant elle était juste un détective ? La colère de ce nouveau rejet envahit tout son corps, et elle lança à Rick et à sa conquête du moment, sur un ton sévère :

-J'ai besoin que tu me suives au poste pour un interrogatoire
-Sérieusement ? Tu ne peux pas me poser tes foutues questions ici ?
-Non, j'ai besoin d'un enregistrement pour….
-De mieux en mieux, râla-t-il en se levant. Paula, peux-tu faire avancer ma voiture à l'entrée que je termine cette mascarade au plus vite?
-Richard, je ne pense pas que quitter la fête à cet instant est une bonne idée, et ….
-Dois-je vous rappeler que je souhaite interroger votre ami ? la coupa, excédée, Kate en montrant une nouvelle fois son insigne. Et pas besoin de voiture supplémentaire, je t'escorterais au commissariat pour…..
-Je croyais que je n'étais pas suspect
-Tu ne l'es pas, mais….
-Alors pas besoin de prolonger notre temps ensemble, Beckett, n'est-ce pas ?

D'une main, il sortit les clefs de sa voiture en la foudroyant du regard. Comment avait-elle pu venir pour l'interroger ? Pourquoi ne pouvait-elle pas faire semblant et passer un bon moment avec lui ? Qu'avait-il fait de si horrible pour qu'elle le blesse encore après toutes ces années?

Elle était là pour son boulot…..pas pour lui. La boule au ventre, le coeur en miettes, il releva le regard sur l'assemblée en cachant toute la tristesse qui l'envahissait à cet instant. Après un dernier sourire surfait , il sortit de la pièce en laissant Kate, complètement prise au dépourvu, derrière lui.

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Le trajet vers le commissariat ne lui avait jamais paru aussi long. Elle se détestait de l'avoir blessé une nouvelle fois, mais elle jugeait sa réaction excessive. Elle était là pour l'enquête, oui, mais avant tout pour lui.

Finalement le meurtre d'Alisson Tisdale n'avait été qu'une excuse pour aller le voir, et aujourd'hui elle était heureuse d'avoir pu rencontrer son ami.

Soupirant en pensant à l'interrogatoire qu'elle devrait mener , elle cherchait une solution pour lui expliquer la situation sans l'envenimer un peu plus.

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Debout dans l'ascenseur qui le menait au douzième, Rick tentait de contenir sa colère. Il avait tellement espéré de leur rencontre après plus de dix années d'absence, qu'il était désormais blessé qu'elle fasse enfin ce pas au nom du travail.

Il espérait avoir signifier quelque chose dans son passé, mais apparemment il s'était trompé encore une fois.

Le coeur lourd, il fit ses premiers pas dans le commissariat quand une voix qu'il connaissait bien l'interpella :

-Rick Castle, que me vaut le plaisir de ta venue, ici ?
-Roy, répondit le sourire crispé Castle. Un petit contretemps, rien de grave.
-Dis-moi pas que ça implique un cheval car tu sembles un peu trop habillé cette fois-ci
-Touché
-Alors, trêve de plaisanterie, ricana le capitaine en lui tapotant amicalement l'épaule. Mes officiers m'ont fait un briefing de la situation, il s'agit juste d'un petit interrogatoire. D'ailleurs où se trouve le lieutenant Beckett ?
-On a pris deux voitures différentes…pas bon pour la presse, argumenta-t-il devant son regard interrogatif.

Il ne voulait pas s'épancher sur sa relation avec Kate, il voulait juste en finir avec ceci, et noyer son chagrin dans une bonne bouteille de Scotch. La démarche lourde et fatiguée , il suivait son ami dans les couloirs du poste quand son regard se troubla sur un objet qu'il n'avait pas vu depuis des années.

Les mains tremblantes, il caressa avec hésitation la famille d'éléphants qui se trouvait sur le bureau de Kate. Il n'avait pus vu ce bibelot depuis la dernière fois qu'il avait retrouvé Johanna à son bureau pour un dernier conseil. Les larmes aux yeux, il soupira en repensant à cette conversation.

Flashback.

-Que me vaut le plaisir de ta venue, chéri, sourit Johanna Beckett , en tailleur gris , ses lunettes sur le nez, avec un sourire bienveillant.
-Je te dérange? demanda, peu sûr de lui, Rick deux gobelets de café à la main
-Tu sais bien que toi ou Kathie êtes les deux seules personnes à pouvoir arriver à l'improviste sans me déranger.
-Et Jim
-Oh, mon mari doit avoir une excuse. Tu apprendras ça plus tard, pouffa-t-elle en venant l'embrasser, pour le saluer. Comment vas-tu chéri ?
-Je vais bien. Le livre fait son effet et la maison d'édition souhaite un contrat d'exclusivité avec moi, assura-t-il en lui tendant son café tout sourire.
-Oh, donc tu es venu parce que tu as besoin d'un avocat pour le contrat ?
-Eh bien….
-Et tu penses pouvoir me payer en caféine ? sourit-elle, taquine. Je sais que le droit commun paye mal, mais de là à être soudoyée en grains de café. ..
-Le café est simplement là pour le plaisir, assura Rick
-Je le sais, trésor. Je te taquine. Alors, tu as besoin de mes talents ?
-En quelque sorte, gémit-il, en s'installant sur la chaise en face d'elle.

Au froncement de sourcil qu'elle lui lança,il sut qu'il était démasqué. Johanna Beckett avait un don particulier pour sonder le plus profond de son être. Son regard ancré dans le sien, elle déposa son café vanille en lui déclarant :

-Quelle bêtise as-tu faite ?
-Oh je…..eh bien…..je…..
-Dis-moi que tu n'as pas remis une vache sur le toit d'un immeuble, je pensais avoir été claire à l'époque pour…..
-Ce n'est pas ça
-Ok…vas-y , je t'écoute.
-Heu….je ne sais pas par quoi commencer, soupira-t-il, mal à l'aise.

Il avait pensé que venir lui parler de ses problèmes résoudrait tout, mais finalement , maintenant, il était terrorisé à l'idée de la décevoir. Il ne savait pas vers qui se tourner. Kate lui hurlerait dessus sans aucun doute, Jim lui ferait un sermon d'anthologie, et sa mère….il ne voulait pas voir à quel point il serait une déception pour elle…..résigné, il avait décidé de se tourner vers la seule personne en qui il avait confiance, après Kate.

Le regard sur le jeune homme qui se trouvait en face d'elle, Johanna commençait à s'inquiéter. Elle ne l'avait jamais vu assis peu sûr de lui. Depuis que Kate était partie à Stanford, Richard n'était passé que très rarement les voir.

La publicité autour de l'écrivain lui prenait tout son temps, et elle avait l'impression de ne l'avoir vu que quelques fois depuis septembre.

- Si tu commençais par le commencement. Une bonne histoire a toujours besoin d'une introduction.
-Ok…..oui…..c'est vrai, concéda Rick, en se levant pour prendre en main un bibelot représentant une ribambelle d'éléphants dans sa main.

Observant l'objet avec beaucoup d'attention, il déglutit en avouant fébrilement :

-J'ai rencontré une fille…elle s'appelle Meredith.
-Je le sais, Kathie m'a parlé d'elle ce matin , sourit la matriarche, pour calmer l'anxiété du jeune homme
-Elle l'a fait ?
-hum. C'est bien pour toi. Je ne vois pas pourquoi tu sembles si …..perturbé. Ce n'est pas la première fille que tu rencontres. Non ?

Rick était étonné que Kate ait discuté de Meredith avec Johanna. Quand il lui avait parlé de sa nouvelle petite amie, Beckett avait l'air dubitative et non convaincue par sa relation. Il avait donc pensé que son amie avait clairement compris la nature de sa relation avec Meredith : simplement le plaisir.

- Richard, de quel conseil as-tu besoin ?
-Il faut me promettre de ne pas crier, gémit-il en pensant qu'il aurait peut-être dû en parler à Kate avant.

Ils avaient passé pratiquement toutes les vacances d'hiver ensemble. Ils s'étaient de nouveau rapprochés et il avait peur de sa réaction maintenant. Il aurait aimé pouvoir en parler à Kate mais il savait qu'il la blesserait involontairement. Déglutissant devant le regard de Johanna, il l'entendit lui déclarer, avec une voix maternelle et pleine d'amusement:

-As-tu tué quelqu'un?
-non !
-As-tu forcé cette jeune fille a….
-Non! s'offusqua-t-il alors qu'elle lui souriait
-Alors rien de ce que tu pourras me dire me fera….
-Je l'ai mise enceinte, la coupa-t-il alors qu'elle se figea à ses mots. Je…je vais être papa…..elle m'a appelé ce matin pour….me le dire. Est-ce que ça va ? demanda-t-il inquiet en la voyant passer par toutes les couleurs.
-Je…..peux-tu répéter ?
-Je vais être papa , grimaça-t-il alors qu'elle se levait en hurlant tout en se pinçant l'arête du nez
-Richard Alexander Rodgers ! Qu'est-ce que tu n'as pas compris du cours sur la protection !Je pense avoir passer assez de temps avec Kathie et toi sur ce sujet !
-Je me suis protégé mais la capote a explosé et…..et…..
-Et tu la mise en enceinte !
-Tu as promis de ne pas crier
-Je ne crie pas ! je m'exprime !
-Je…qu'est-ce que je vais faire ? murmura-t-il, désemparé.

Il n'avait jamais eu l'intention d'avoir une relation suivie avec cette actrice rousse . Il avait besoin d'une distraction après que Kyra l'ait laissé tomber. Il avait juste besoin de s'amuser un peu, et de profiter pleinement de la vie.

Après seulement quelques mois de relation avec elle, ils avaient décidé de faire un break pour rejoindre Kate pour les vacances scolaires. Meredith le fatiguait avec ces nombreuses facéties, et il espérait que ces quelques jours loin d'elle lui ferait ouvrir les yeux. Mais ce matin , elle l'avait appelé…et il allait être papa.

Dire qu'il était terrorisé était un euphémisme . Il allait avoir 20 ans dans seulement quelques mois, il avait espéré plus de la vie…il avait espéré avoir un jour un enfant avec une personne qu'il aimait profondément…il avait toujours cru, espéré avoir cet enfant avec Kate. Elle était sa meilleure amie, elle était la femme qu'il aimait depuis son adolescence .

Sentant la nausée le prendre, il se laissa choir sur la chaise derrière lui, la tête en avant , il sentit les mains chaudes et affectueuses de Johanna qui lui entourèrent le visage pour le regarder dans les yeux.

-Richard...est-ce que tu l'aimes ?
-Je…..je…..
-Dis-moi, chéri, déglutit la matriarche devant son air si apeuré
-Pas comme Kate, avoua-t-il péniblement.

Les yeux dans les yeux, il tentait de trouver le courage de faire face à toute cette situation. Il était le nouvel auteur en vue sur Manhattan, son livre « sous une pluie de balles » faisait un tabac dans le monde de l'édition…..il était censé acquérir plus d'expérience et attendre que Kate termine ses études. Il avait espéré pouvoir avoir la chance de lui exprimer l'étendue de ces sentiments par la suite, mais…mais il allait être papa, et il ne voulait pas donner à cet enfant la vie qu'il avait eue.

Son enfant méritait d'avoir un père et une mère. Les yeux larmoyants , il murmura dans un sanglot :

-J'ai tout foutu en l'air, hein?
-Non, non, non…..chut, ça va aller, chéri, assura Johanna en l'enveloppant tendrement .

Sa tête contre le ventre de la mère de Kate, il inspirait doucement cette odeur de cerise que seules les femmes Beckett dégageaient. De ses mains , il s'agrippa à ses hanches et laissa ses émotions l'envahir. Il était terrifié…..apeuré devant l'avenir qui se profilait devant lui.

D'une douce caresse, elle balaya ses cheveux tendrement en lui demandant :

-Est-ce qu'elle veut garder le bébé?
-Je…..je ne sais pas…..
-Richard, il va falloir que tu discutes avec cette jeune fille
-Je sais
-Il va falloir que tu prennes tes responsabilités quoi qu'elle décide
-Je sais
-Mais tu n'es pas obligé de rester avec la mère de cet enfant si tu ne le désires pas.
-Je…..
-Tant que tu es là pour elle et le bébé, c'est bien.
-Je ne peux pas faire ça, soupira-t-il en gémissant contre son ventre. Je resterai avec elle , si elle veut le bébé.
-Trésor, tu as le temps de prendre ta décision, mais quoi que tu décides, je serai là ainsi que Jim.

Ses pleurs redoublèrent devant l'étendue de l'amour qu'elle lui portait. Sentant le jeune homme, qu'elle considérait comme son fils, perdre pied, elle lui embrassa les cheveux en lui chuchotant :

-La vie ne donne jamais rien qu'on ne peut encaisser
-J'ai peur
-Tout va bien se passer…
-Ma mère va tellement être déçue….tu dois tellement être déçue, gémit-il en relevant le regard sur la femme qu'il considérait comme sa propre mère.
-Je suis fière de toi, tu m'entends ? Je suis un peu…..en colère par la situation, mais je ne serai jamais déçue. Tu as accompli tellement de chose, Richard, tu es extraordinaire.
-Extraordinairement stupide , rumina-t-il
-Non…..tu es juste humain, sourit-elle, les larmes aux yeux, en lui caressant tendrement la joue. Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. …..mais chéri…
-Oui?
-Il va falloir en parler à Kathie
-Oh mon dieu, soupira-t-il , la boule au ventre, à l'idée de la décevoir elle-aussi
-On va diner ce soir au restaurant, veux- tu te joindre à nous pour…
-Non,non….je…..j'ai juste besoin d'un peu de temps…..je vais parler avec Meredith
-Bien, sourit-elle pour lui donner le courage dont il avait besoin.

Doucement il sortit de son étreinte, et se leva en essuyant d'un revers de la main les larmes qui jonchaient son visage. D'un regard confiant, elle lui murmura en prenant les éléphants qu'il avait pris plus tôt dans les mains:

-J'ai toujours pensé que ces éléphants étaient comme ma famille, déclara-t-elle en caressant du bout des doigts les 5 mammifères. Ils sont comme ma famille, il y a moi, Jim, Kathie , toi….et j'ai attendu de nombreuses années pour nommer le dernier….tu as peut-être trouvé le nom de celui-là avec ce bébé, avoua-t-elle, pour le faire sourire.
-Un bébé…je vais avoir un bébé.
-Ne t'inquiète pas, je serai là à chaque moment…..chaque instant près de toi. Tout ira bien, trésor.

Fin du Flashback.

Elle n'a jamais pu tenir sa promesse. Le soir même Johanna Beckett fut assassinée dans une ruelle sombre, et, avec elle sa famille partit en fumée.

La boule au ventre, Rick prit les éléphants en main en caressant le dernier du troupeau, tout en murmurant :

- Alexis.
-Tout va bien, Rick ? s'inquiéta le capitaine, devant la mine défaite de son copain de poker.
-Oui…je…., balbutia l'auteur, avant de se retourner pour apercevoir Kate derrière lui, figée devant les mammifères dans ses mains.


Tous mes voeux de bonheur et de santé pour cette nouvelle année !

Rescator : merci à vous lecteurs de continuer à me lire

sarha: ce n'est jamais simple entre eux lol

julie91: maintenant place à l'interrogatoire ...

nounours7715: il y aura de très beaux moments familiaux avec ces flashback

chrisfancaskett: pas trop de folies ? Et ou serait l'amusement dans tout ça ? la vie est trop courte pour ne pas en profiter. Bonne année à toi aussi.

Mariaulemen84: on a eu la confrontation maintenant l'interrogatoire..

Babelle62: J'espère aussi avoir assez d'imagination pour continuer..

laetitialfw: Bonne année et bonne santé à toi aussi

Pau974: des reproches ? non...mdr...des non-dit oui !

Rhane: oh oui, nos émotions vont faire le yoyo

blodi52: Je ne pense pas révéler tout de suite le pourquoi de leur éloignement...on va en apprendre bride par bride.

gnagna31250: je vous remercie , je vous présente également tous mes voeux pour 2018

chris65: J'espère que ça restera prometteur

ArthuRrr: J'adore insérer tous ces flashback de leur passé, ça donne de l'authenticité à l'histoire. Inclure Johanna dans la Fic me plait beaucoup.

Harilinn: Mais de rien.