CHAPITRE 5.
La tête entre ses mains, elle inspirait doucement pour calmer le flot d'émotions qui la parcouraient à cet instant.
Comment avaient-ils pu être si proches avant et si éloignés désormais ?
Comment pouvait-il être si inconscient des sentiments qui l'animaient à l'époque ?
Comment pouvait-il croire qu'elle le percevait comme un gentil toutou ?
Le nœud dans l'estomac qu'elle ressentait depuis le début de la soirée ne faisait que se serrer davantage au fur et à mesure des heures. Leur rencontre, l'interrogatoire n'avaient été que des échecs cuisants.
Elle lui en voulait tellement pour cette amertume qu'il avait envers elle. Elle savait qu'elle avait des torts, mais il en avait aussi. Elle était amoureuse de lui…réellement, et elle venait de perdre sa mère.
Comment était-elle censée réagir à sa nouvelle ?
Comment pouvait-elle faire face au désastre de sa vie sans aucune rancune ?
La gorge nouée, elle soupira fortement en posant les yeux sur une photo de la victime. Les roses sur son corps, les tournesols sur ses yeux, et le positionnement du corps étaient exactement retranscrits comme dans le livre de Rick. Comment une assistante sociale et un avocat pouvaient-ils être en lien ?
Les yeux fatigués, elle les releva pour découvrir son Capitaine en train de revenir de la salle d'interrogation, seul...sans Rick.
Complètement alerte désormais, elle scrutait chaque recoin du commissariat du regard à la recherche d'une certaine silhouette, quand la voix de Montgomery la fit sursauter:
-Un souci, Beckett ?
-Heu…..non
-Vous en êtes certaine?
Il trouvait son comportement extrêmement étrange depuis son retour au preccint. Elle semblait sur ses gardes et beaucoup plus émotive, il aurait même juré que quelque chose se passait entre Richard et son lieutenant quand il était arrivé pour suivre l'interrogatoire.
Intrigué, il l'observa quelques secondes, quand elle lui répondit sur un ton qu'elle désirait indifférent, mais qui sonnait bien autrement :
-Où est Mr Castle ?
-Il est rentré
-Rentré ? Mais je ne l'ai pas vu sortir du…..
-Je l'ai laissé emprunter l'issue de derrière. C'est un problème ? ajouta-t-il devant son visage blême.
Parti…il était parti…..enfin il avait fui par l'issue de secours. Comment avait-il pu ? Comment avait-il pu partir comme ça ? Elle n'avait pas espéré une grande conversation, ni même un regard, mais son départ dans l'arrière-cour du commissariat avait un arrière-goût d'adieu.
L'estomac noué, elle tentait de garder bonne figure quand elle entendit Montgomery lui dire :
-Il ne souhaitait pas faire la une du Ledger. Un ou deux journalistes trainent déjà devant l'accueil du commissariat.
-Castle qui ne souhaite pas faire la page six ? C'est comme entendre que le Pape n'est pas catholique, marmonna-t-elle amèrement, en se levant pour enfiler son manteau.
A la réplique de son lieutenant, Montgomery eut à cœur de rectifier ces dires. Rick Castle était devenu au fur et à mesure des années, un ami et il n'aimait guère les propos sans justifications de son lieutenant.
-C'est un bon gars. Il se donne une image publique complètement fausse. Croyez-moi , Beckett, je connais Rick depuis des années maintenant , je n'ai jamais vu un homme aussi simple et loyal . Et pour couronner le tout….c'est un père formidable. Il se comporte parfois comme un gamin ou un playboy, mais ce sont juste des automatismes pour cacher une plus grande souffrance, assura Roy, avant de la laisser seule devant son bureau.
Pourquoi cette déclaration lui faisait-elle aussi mal ? Pourquoi avait-elle l'impression que son capitaine venait de remuer un couteau dans une vieille plaie ? Certainement parce que ces mots frappaient trop près de ses regrets.
Le Capitaine le connaissait mieux qu'elle désormais….il connaissait Richard Castle dans l'intimité, il connaissait sa fille…..alors qu'elle , elle ignorait tout ça.
C'était elle qui le connaissait le mieux, à une époque….c'était elle sur qui il pouvait compter…..et maintenant, elle devait entendre qui était réellement Richard Alexandre Rodgers d'une autre personne.
Les yeux en larmes, elle sortit du commissariat pour rentrer chez elle. Elle avait envie de pleurer, d'hurler….elle avait envie de retourner à cette époque où la vie était tellement simple avec lui…..où, d'un simple regard , elle le comprenait. Elle avait juste envie de retrouver son meilleur ami.
XXXXXXXX
Refermant la porte de son loft à Manhattan, Rick déposa son manteau dans l'entrée, en repensant à son entretien avec Kate. Tout ceci était tellement faux…tellement loin d'eux. Il n'avait jamais eu l'impression de ne pas être désiré dans sa vie, et pourtant ce soir…il avait la désagréable impression qu'elle aurait préféré ne pas être auprès de lui.
Il savait que son comportement n'avait pas été des plus cordiale,mais elle l'avait blessé avec ce fichu interrogatoire, et en niant leur relation à Roy.
Le regard fatigué, la démarche lourde, il se traînait jusqu'à la cuisine quand la voix de sa mère le fit sursauter derrière lui :
-Alors comment ça s'est passé avec Katherine !
-Mère, siffla Rick, excédé devant l'intrusion de sa mère
-Elle est ravissante et…..
-Mal, ça s'est mal passé, l'interrompit-il, pour couper court à son entrain.
Martha avait toujours eu de l'affection pour Kate. Elle était la belle-fille qu'elle aurait souhaitée pour lui. Il le savait bien, car à chacun de ses mariages, elle le lui l'avait subtilement placé avant d'aller à l'autel.
Il savait très bien que son passé avec Beckett n'était pas sans conséquence pour Martha ou pour Jim. Eux aussi avaient fait les frais de leur altercation. Chacun avait dû indirectement choisir un parti, et en toute logique, les deux parents avaient fait le choix de leur enfant. Mais à chaque évènement spécial, ou chagrin d'amour de l'un ou l'autre, Jim et Martha avaient tenté de glisser un mot à ces deux têtes de mules.
C'est donc sans surprise que Rick remarqua que sa mère ne relevait pas le désastre de sa soirée:
-Tu devrais l'appeler, maintenant que vous avez repris contact.
-Je n'ai pas repris contact , j'ai été arrêté
-Interrogé, le reprit Martha en soupirant.
-C'est la même chose. Si ce meurtrier n'avait pas copié mes livres, elle ne se serait jamais déplacée.
-Tu as raison, acquiesça Martha, au grand étonnement de Rick. Mais peut-être qu'elle attendait juste le moment adéquat ou….
-Pourquoi faut-il toujours que tu insistes quand il s'agit de Kate ?
-Et pourquoi n'insistes-tu pas ? Vous n'êtes plus des enfants.
-Ce n'était qu'une amitié de gamin. On a grandi, on n'a plus rien en commun.
-Richard
-Elle ne me veut pas dans sa vie.
-C'est ce qu'elle t'a dit ? fit, stupéfaite, la matriarche
-Non….mais elle me l'a très bien fait comprendre. Elle ne m'a pas présenté comme ami à son Capitaine, mais comme Rick Castle, l'écrivain, ronchonna Rick, désabusé, en se laissant choir sur son sofa, la tête entre ses mains.
Souriant devant cette perche que venait de lui lancer son fils, Martha s'installa en face de lui, et lui répondit gentiment :
-Elle n'a peut-être pas envie de mêler vie professionnelle et vie privée …..ou elle ne désire peut-être pas que son Capitaine lui retire l'affaire, au vu de votre implication….
-Mais….
-Et dois-je te rappeler que tu l'as présentée de la même manière à Gina?
-Quoi ?
-Tu as dit, « ce n'est qu'un lieutenant », depuis quand Katherine Beckett est seulement un lieutenant à tes yeux ? …..Je pense que tu devrais balayer devant ta porte avant de juger son comportement.
Effaré devant les mots de sa mère, Rick ouvrit et referma la bouche plusieurs fois. Elle n'avait pas tort. Il avait eu exactement le même comportement qu'elle. Il ne pouvait pas lui reprocher un automatisme de défense qu'il avait lui aussi appliqué.
Fatigué devant la situation, il marmonna :
-Elle a changé
-Toi aussi
-Oui….mais elle est différente…..elle est….
-Oui?
-Elle est froide et….distante. Elle n'est plus la Kate que je connais.
-Elle a perdu sa mère
-Je le sais, mais….
-Et elle a été seule pour faire face à sa perte. Elle a peut-être besoin de quelqu'un pour lui rappeler comment la vie peut être belle.
-Mère, soupira Rick en sentant où elle désirait en venir.
-Si tu ne le fais pas pour elle, fais-le pour Johanna. Là où elle se trouve, je suis sûre qu'elle ne cautionne pas vos agissements.
-C'est un coup bas
-Je ne te demande pas de l'épouser, je te demande juste une explication en tête à tête, et si tu juges que son amitié n'en vaut pas la peine, j'arrêterai de te harceler.
Au regard que Rick lui lança, Martha sourit en lui déclarant, avant de se retirer dans ses pénates pour le laisser à sa réflexion:
-Dois-je réellement te rappeler qui est Katherine Beckett ?
Non, bien sûr que non. Il n'avait pas besoin qu'elle le lui rappelle. Il savait très bien qui était Kate Beckett, et c'était le problème. Elle lui avait manqué pendant plus de dix ans….son sourire, son rire, ses discussions, ses étreintes, ses rituels…..tout chez elle lui avait énormément manqué. La main sur cellulaire, il déglutit en repensant à la façon dont il venait de la quitter.
Il avait été lâche…..et idiot. Elle méritait plus qu'une sortie furtive par la porte de derrière. Mais, est-ce qu'une simple discussion pouvait balayer douze années d'indifférence ? Et souhaitait-elle réellement une explication avec lui ?
Se frottant le visage vigoureusement, il soupira avant de prendre son téléphone fébrilement, en se demandant pourquoi il écoutait encore les conseils de sa mère.
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Allongée de tout son long dans son lit, les cheveux encore humides de sa douche , une serviette le long du corps , elle observait en pleurant silencieusement la peluche poilue de Star Wars qui se trouvait à ses côtés.
Douze ans…comment avait-elle pu attendre autant de temps avant de lui faire face ? Comment avait-elle pu devenir une étrangère à ses yeux ? Comment avait-elle pu oublier ce qu'il représentait à ses yeux ?
Soupirant, elle essuya son visage ravagé par les larmes en repensant à leur premier baiser :
Flashback.
ETE 1995
-Tu crois qu'il est gay?
-Qui ça ?
-Rick, soupira Maddie, en lorgnant sans vergogne sur le meilleur ami de Kate qui pianotait dans un coin, à l'abri des regards, sur son ordinateur.
-N'importe quoi, rit Beckett devant la nouvelle absurdité de son amie.
Assise sur les gradins du stade de foot, Kate et Madison prenaient le soleil, tout en se délectant de la vue qu'elles avaient devant elles. Les joueurs de l'équipe de football de leur lycée faisaient quelques étirements, et ne manquaient pas de flirter du regard avec elles de temps à autres.
Madison était une fille très populaire au lycée. Sa jovialité et son dynamisme n'étaient pas pour déplaire. Son physique n'était pas en reste, et même si Kate se comparait parfois à elle en ne se trouvant pas assez amusante ou mignonne, elle et Maddie étaient les meilleures amies.
Leurs caractères opposés en faisaient un duo hors du commun, selon Rick. Kate était la douceur, la raison, alors que Maddie était tout le contraire.
Beckett avait beaucoup hésité à rejoindre Maddie en cette fin d'après-midi, car elle avait pas mal de devoirs qui l'attendaient, mais la jovialité et l'enthousiasme de son amie avaient mis à mal très vite toutes ses résolutions.
Après tout, on était jeudi soir et la fin de semaine approchait à grand pas. Elle aurait tout le loisir de rattraper son retard ce week-end.
-Et puis pourquoi as-tu cette idée absurde ? reprit Kate en souriant timidement à Brad Kolt, le quaterback de l'école, qui lui faisait signe de la main
-Il m'a repoussée, soupira Maddie, en repensant à son baiser avorté à l'arrière des gradins, la semaine dernière . Tu te rends compte ? Personne ne me repousse.
-Je…quoi ?
-Il m'a repoussée, tu es sourde ou quoi ? …. Rhô ne fais pas cette tête, ce n'est pas parce que tu ne veux pas sortir avec lui que moi aussi, je dois être punie. L'amitié a ses limites.
-Punie ? la dévisagea-t-elle dorénavant, en oubliant le joli quaterback.
-Kate, il est canon ! Genre ….Canon ! Je ne comprends pas pourquoi tu ne tentes pas ta chance. A toi, il ne te refuse rien.
-N'importe quoi…..et puis de toute manière, je ne veux pas sortir avec Rick
-Ah oui et pourquoi ? A moins que tu aies un quelqu'un en vue ?
-Parce que…parce que….c'est Rick….je le connais depuis que j'ai huit ans, et tu ne devrais pas jeter ton dévolu sur lui.
-Tu as quelqu'un en vue ! s'exclama, amusée, Maddie en l'observant de plus près.
-Non
-Si! Allez Becks ! Crache le morceau !
Baissant le regard sur ses chaussures, Kate se triturait les doigts maladroitement, alors que sa meilleure amie observait le terrain de foot avec les yeux ronds.
-Je n'y crois pas !
-Quoi ? s'exaspéra Kate
-Brad Kolt ! Tu as des vues sur le quaterback du lycée !
-Je n'ai pas de vues sur…
-Rhô allez, avoue ! Pourquoi le mec le plus populaire du lycée te fait signe ? Et comment se fait-il que je ne l'aie pas remarqué avant ? ronchonna-t-elle
-Peut-être parce que tu n'arrêtes pas de bavasser, sourit Kate
-Je ne bavasse pas! Je raconte simplement à ma meilleure amie à qui mon coeur appartient
-A qui ton coeur appartient ? rit désormais Beckett. C'est si ….dramatique!
-Arrête de rire ! Il me plaît ….vraiment. Je pense que je pourrais tomber amoureuse de lui….et lui , il est gay.
-Il n'est pas gay, insista Kate en prenant la défense de son ami. Il est juste occupé avec son écriture. Et puis arrête donc de dire que tu es amoureuse.
-Hey!
-Maddie, tu es amoureuse toutes les semaines, soupira-t-elle devant l'air outrée de son amie, en passant une de ses mèches rebelles derrière les oreilles
-Ce n'est pas vrai
-Ah oui? Tu oublies ….Joe, Kyle, Andrew, Steve..
-Tu vas arrêter de nommer tous mes désastres sentimentaux, se lamenta la jeune blonde , une main sur le front, d'un air dramatique
-Désastres sentimentaux ? Maddie, on a seulement 16 ans et tu es déjà tombée plus souvent amoureuse que Meg Ryan dans tous ses films réunis
-Méchante!
-Et puis laisse Rick tranquille, bougonna Kate, une nouvelle fois en observant son meilleur ami complètement fasciné devant son ordinateur.
-Pourquoi ? Je croyais que tu ne le voulais pas
-Ce n'est pas le cas.
-C'est vrai, toi tu veux Brad, et apparemment il n'est pas contre non plus.
-ll m'a simplement souri, relativisa Kate, en tentant de cacher sa déception.
-Un sourire ? Un signe de la main, oui ! Je suis certaine qu'il va te demander de l'accompagner à la fête d'Andrew, samedi soir.
-En parlant de ça…, grimaça la brunette
-Non, non , non ! tu ne peux pas me laisser tomber !
-Parles-en à mes parents
-Tu n'as qu'à dire que tu es la maison
-Maddie, soupira Beckett. Ils ne sont pas nés de la dernière pluie.
-Alors dis que tu es chez Rick. Ils ne disent jamais non quand tu es chez lui.
Au regard qu'elle lui lança, Maddie fronça les sourcils et lui rétorqua :
-Quoi ?
-Tu penses vraiment que mon père va me laisser seule avec Rick , un samedi soir et pour toute une nuit ?
-Ce ne serait pas la première fois
-Oh arrête. La dernière fois, on avait….onze ans
-Pourquoi avez-vous….
-La puberté ? les hormones ? Ma poitrine qui devenait évidente aux yeux de mon père ? Ou le mot adolescent ? En tout cas , toutes ces choses réunies ont fait que les soirées pyjama chez Rick se sont stoppées.
-ça craint
-Oui. Je ne parle même pas de la troisième chambre que mon père à créée à la cabane cette été.
Levant le regard sur le terrain de foot, Kate contempla du coin de l'oeil le jeune Brad en train de s'étirer. Elle avait vraiment espéré pouvoir passer la soirée de samedi soir avec lui. Il était sympathique, et toujours enclin à lui rendre service ces dernières semaines. Perdue dans ses pensées, elle en fut sortie par la voix de sa meilleure amie :
-Dis la vérité à ton père…dis-lui que Rick est gay et que ta virginité est sauve
-Maddie!
-Quoi ? Il n'a pas besoin de savoir que Brad Kolt risque de te dépuceler sa….
-Si tu finis cette phrase , je jure que je t'étrangle!
-Ok, ok, rit, amusée, Maddie devant la pudeur de son amie.
-Et arrête de rire !
-C'est bon Becks, j'arrête.
-Et arrête de dire que Rick est gay. Ce n'est pas parce qu'un garçon refuse tes avances qu'il est forcément gay.
-Toujours prompte à défendre la veuve et l'orphelin. De toute manière, moi je te le dis, ton Rick est gay. D'ailleurs , en y réfléchissant, je crois ne l'avoir jamais vu avec une fille avant. Un mec aussi canon , ne peut pas rester célibataire. On a quoi 16 ans, pas 40 ans!
-Alors, tu es automatiquement gay si tu ne sors pas aussi souvent que toi ?
-Oui!
-Tu es impossible, soupira Kate, en observant au loin son ami fermer son ordinateur portable et se lever pour partir.
La discussion qu'elle venait d'avoir avec Maddie l'avait remuée. Son amie n'avait pas tort sur une chose. Elle n'avait jamais vu sortir Rick avec une fille.
Alors qu'elle fréquentait un bon nombre de garçons depuis quelques mois, elle n'avait jamais eu l'occasion de voir son meilleur ami en faire autant.
. Et entendre Maddie avancer son homosexualité la bouleversa quelque peu. Elle commençait à se demander si c'était vrai….et si c'était le cas , pourquoi il ne le lui l'avait jamais avoué? Ne lui faisait-il pas confiance ?
Intriguée, elle se leva à son tour en prenant sa sacoche, et déclara à Maddie, qui fronçait déjà les sourcils devant son action :
-Je dois y aller. J'aimerais réviser mon cours de littérature
-Dis-moi que tu te moques de moi!
-Non, pourquoi ? sourit Kate qui savait très bien ce que la jeune blonde avait en tête
-On est jeudi , Kate ! Tu ne peux pas partir sans regarder les gars devant leurs séances d'abdos ! Et Brad risque de mal le prendre.
Les jeudis soirs étaient toujours les mêmes. Les filles s'installaient sur les gradins pour refaire le monde, mais aussi pour baver littéralement sur les joueurs de l'équipe de foot qui s'exerçaient à faire des pompes sans les lâcher du regard…enfin sur Maddison.
C'est d'ailleurs l'un de ces jeudis soirs, que Brad Kolt avait remarqué les jolis yeux émeraudes de la jeune Beckett.
Souriant devant l'air outré de Maddie, Kate lui répondit sur un ton taquin:
-Brad Kolt n'est pas le centre du monde, et s'il est vraiment intéressé, il trouvera un moyen pour m'inviter en dehors de ces séances d'abdos.
-Tu reconnais donc que tu attends une invitation ? sourit malicieusement Maddie
-Je ne reconnais qu'une seule chose…je ne suis pas désespérée au point d'attendre pendant des heures un simple geste de la main
-Tu es dure, là Becks
-Hum, hum…..à demain ?
-à demain, ronchonna Madison, en s'installant un peu mieux sur les gradins pour ne rien rater du spectacle.
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Son livre de littérature entre ses mains, un crayon en papier entre ses lèvres, elle ne cessait d'observer Rick qui se trouvait sur le sol de sa chambre, l'ordinateur sur ses genoux et les doigts sur le clavier.
Après son entrevue avec Maddie, Kate était rentrée pour trouver Rick assis sur le perron de sa maison en train de siroter un thé glacé. Après avoir discuté quelques minutes avec lui, elle lui avait proposé qu'il se joint à elle pour réviser dans sa chambre.
Mais plus les minutes passaient, plus elle était tentée d'engager la conversation. Elle maudissait Maddie et ses idées farfelues…..et encore plus, elle se maudissait de pouvoir même envisager que son amie est raison.
Le regard fixé sur Rick, elle sursauta devant sa mine amusée quand il lui rétorqua le sourire aux lèvres :
-Arrête de me regarder…c'est effrayant.
-Pardon, déglutit-elle en posant ses yeux sur son livre.
Souriant devant son air soudainement timide, Rick ferma son ordinateur portable pour la contempler quelques secondes. Ses cheveux châtains descendaient jusqu'à mi-dos dorénavant, son bronzage de cet été lui donnait un teint halé et ses traits si fins lui faisaient chavirer le cœur.
Depuis quelques mois, ses sentiments à l'égard de Kate avaient changé. Il la voyait sous un autre regard. Elle était belle….trop belle…..et il avait peur de l'effrayer. Kate était populaire à l'école, elle changeait régulièrement de petit-ami et passait énormément de temps à sortir…..alors que lui…..il avait toujours la tête dans ses bouquins et il avait l'impression d'être gauche en permanence.
Troublée par ce crayon qu'elle mâchouillait depuis plusieurs minutes, il la vit relever les yeux et le regarder avec temps de tendresse et de dévotion, qu'il sentit son coeur s'accélérer. Souriant, en pensant que c'était peut-être sa chance d'avoir cette conversation qu'il redoutait depuis des mois, il blêmit devant sa question sortie de nulle part :
-Tu es gay ?
-Je…Quoi…..pardon ?
-Oublie-ça…c'était mal placé et…..oublie, gémit-elle en posant à nouveau ses yeux sur son livre de littérature rouge de honte.
Mais à quoi pensait-elle bon sang ! Lui demander s'il était gay ! Elle se sentait au comble de la gêne . Jamais encore , elle n'avait espéré pouvoir trouver un trou de souris et s'y cacher.
Rick lui la regardait avec des yeux ronds comme des soucoupes. Gay ? Venait-elle réellement de lui demander s'il était gay ? Il ne savait pas s'il devait rire de la situation ou se sentir offensé mais quand il observa avec qu'elle force elle s'obstinait à ne pas lever les yeux, il décida de la sortir de sa misère en lui déclarant , une main dans les cheveux :
-Je ne suis pas gay
-tu n'as pas a…tu es sûr? fit-elle surprise et intriguée en grimaçant automatiquement à sa dernière question.
-Je suis sûr…et pourquoi sembles-tu si persuadée que je sois gay ?
-Je…..laisse tomber, soupira Kate, qui s'en voulait d'avoir une nouvelle fois écouté les élucubrations de Maddie.
-Kate, plaida Rick, en l'observant se dandiner, mal à l'aise sur son lit.
-A cause de Maddie….
-Maddie? Qu'est-ce que Maddie vient faire dans la conversation ?...Kate ? répéta-t-il en la voyant mâchouiller nerveusement sa lèvre inférieure.
-Elle m'a raconté que tu l'avais repoussée sous les gradins la semaine dernière et…..
-Et tu t'es dit que j'étais gay ? fit-il outré et surpris
-Non….non….c'est elle qui s'est mis ça dans la tête
-Apparemment elle n'est pas la seule
-C'est pas ça….mais…..ok, elle m'a fait douter…..mais elle n'a pas tort sur certains points, déglutit-elle devant son regard. Tu…..je…..je ne t'ai jamais vu avec une fille….alors que moi, je…..
-Je suis peut-être plus discret, cracha-t-il, vexé
-Je…d'accord, acquiesça-t-elle, en se levant pour déposer son livre sur son bureau, alors qu'il se levait lui aussi du sol pour ajouter.
-Je ne suis pas gay
-Ok , très bien.
Baissant la tête, elle se frotta la nuque en lui tournant le dos. Comment cette conversation avait-elle pu tourner ainsi ? Elle ne voulait pas le blesser ou le vexer…elle souhaitait juste lui dire qu'elle ne le jugerait pas sur son style de vie. Déboussolée, elle soupira en lui murmurant :
-Si jamais c'était le cas, je ne te jugerais pas ou….
-Je ne suis pas gay! l'interrompit-il avec plus de force, alors qu'elle déglutissait devant son regard.
-Ok, je te crois.
-Bien
-Bien.
Mal à l'aise, elle se retournait une nouvelle fois pour ranger ses affaires, quand elle l'entendit lui avouer :
-J'ai éloigné Maddie parce que je ne voulais pas qu'elle se moque.
Anxieux…terrifié…..étaient les maitres mots qui qualifiaient le jeune Rick Castle à cet instant. Il sentait bien que son amie n'était pas dupe et qu'elle ne croyait qu'à moitié ses dires. il voulait lui expliquer pourquoi il était toujours célibataire, mais il était terrorisé à l'idée qu'elle se moque de lui aussi.
-Quoi ? fit, surprise, Kate en se tournant pour le voir se tortiller les mains dans ses poches.
-Je ne veux pas qu'elle se moque de moi….et toi, non plus.
-Rick, je ne vais pas me moquer de toi , si tu es…..
-Je ne suis pas gay. Je suis juste…..nul, soupira-t-il, la boule au ventre
-Nul ?
-J'ai embrassé Kylie Smith, il y a deux mois.
-Et? fit-elle, désormais intriguée, en levant un sourcil
-Et…..ça c'est mal passé. Je suis nul à ça….
-N'importe quoi , sourit-elle, attendrie devant sa mine de chien battu
-Elle me l'a dit, grimaça-t-il en repensant à cet instant désastreux
-Je suis sûre que tu as mal interprété ses mots et…..
-Mon dieu, arrête ça tout de suite, c'était un désastre, répéta-t-il, en posant des guillemets sur sa phrase avec ses doigts.
-Oh…..
-Oui, oh, gémit-il, en se laissant choir sur le lit de Kate, la tête entre ses mains. Je suis vraiment…..nul à ça.
Souriant devant son air si misérable, elle s'avança vers lui et lui murmura :
-Tu ne peux pas te laisser abattre par une mauvaise expérience
-Si …..oh si, crois-moi
-Rick, je suis certaine que moi aussi, j'ai été nulle lors de mon premier baiser
-Mais personne ne t'a fait la remarque
-Tu devrais ré-essayer
-Une humiliation par an, ça me suffit.
-Je pensais que tu voulais inviter Dobra Dobkins au bal de promo dans quelques semaines, tenta Kate, pour le sortir de sa misère
-Et alors….
Il ne voulait pas réellement emmener cette fille au bal. Mais Kate lui avait déjà avoué espérer que le quaterback de l'école l'accompagnerait, il ne se voyait pas donc pas y aller seul, et la voir au bras de ce footballeur pendant qu'il siroterait du punch tout seul.
-Le bal de promo se termine par un baiser, argumenta-t-elle gentiment
-Pas forcément
-Et avant ça, pour l'emmener au bal, il faudrait sortir avec elle…Rick, ce n'est qu'un baiser, sourit-elle devant son air accablé.
-Facile à dire quand personne ne se moque de toi, grinça-t-il mortifié, les mains sur son visage.
Embêtée par le désarroi de son ami, Kate réfléchit quelques secondes avant de lui déclarer :
-Ok, lève-toi
-Quoi?
-Lève-toi, j'ai dit
Soupirant, il s'exécuta en se plaçant devant elle, alors qu'elle lui prenait les mains et lui murmurait sur un ton moins certain :
-Embrasse-moi
-Pardon?
-Embrasse-moi….promis, je ne rirai pas.
-Non
-Rick, je vais juste te montrer que tu n'as pas besoin d'être effrayé. Allez, ce n'est qu'un baiser….et c'est moi.
Un baiser ? Ce n'était pas seulement q'un baiser pour lui ? C'était….c'était les lèvres de Kate, le corps de Kate…..c'était le saint graal. Déglutissant , en observant sa bouche puis ses yeux , il la vit se lever sur la pointe des pieds et lui chuchoter :
-Ne me fais pas supplier.
Doucement ses lèvres entrèrent en contact avec elle. Le baiser était doux…..et délicieux mais il était tellement stressé de faire mauvaise impression qu'il se retira en gémissant d'appréhension:
-Alors ?
Souriant devant son air si peu sûr de lui, elle lui caressa la joue et captura ses lèvres à nouveau. Elle voulait le rassurer, elle voulait pouvoir l'aider, alors sans lui laisser le temps de se rétracter, elle poussa sa langue à l'intérieur de sa bouche. Ses mains sur sa nuque, elle s'abandonnait au baiser quand il commença à bouger sa langue dans tous les sens et à saliver plus que de mesure. Elle avait l'impression qu'il tentait de la noyer.
Grimaçant, elle s'éloigna de lui et lui déclara doucement pour ne pas le vexer :
-Tu vas trop vite
-Pardon?, sourit-il sur un nuage… ….c'est toi qui a mis la langue, et…..
-Tu bouges ta langue trop vite et tu salives trop, ajouta-t-elle, alors qu'il blêmissait. Eh, ce n'est pas grave, on va ré-essayer et….
-Non, non….c'est bon, dit-il découragé d'avoir raté son premier baiser avec Kate.
Il pensait qu'elle avait apprécié, mais au regard qu'elle lui lança, il comprit qu'il était vraiment nul à cet exercice.
-Rick…..un baiser c'est comme une…..danse. On doit jouer sur le même tempo . Tu n'as pas besoin d'accélérer le mouvement. Suis juste…mon rythme.
-Je…..
-Allez, embrasse-moi à nouveau
-Kate, soupira-t-il alors qu'elle posait ses mains sur ses hanches.
-Si tu veux emmener Dobra Dobkins au bal, ou embrasser Maddie sous les gradins, embrasse-moi.
C'est toi que je veux embrasser, pensait-il…..c'est toi…..et seulement regard sur elle , il déglutit devant autant de beauté et de bonté. Doucement, il déposa ses lèvres sur les siennes en attendant qu'elle quémande l'entrée de sa bouche. Le baiser fut plus doux…..moins bâclé, et doucement, il se laissa bercer par la langue de Kate.
Son odeur de cerise, son corps plaqué contre le sien et son baiser si enivrant firent perdre tout ses sens à Rick.
Kate, elle n' était pas en reste. Si le premier baiser avait été un désastre , le second était simplement magique. La langue de Rick dansait à merveille avec la sienne et quand il la plaqua contre son corps tout en mordillant sa lèvre inférieure, elle ne put retenir un gémissement.
Les mains sur sa nuque, elle accentua le baiser, alors que les mains de Castle descendaient doucement sur le bas de son dos. Leurs souffles se mêlèrent, leurs respirations s'accélérèrent, et quand elle sentit sa langue pousser encore plus loin dans sa bouche, elle crut défaillir. Mon dieu, il apprenait vite et bien…..
Comment un simple baiser pouvait la transporter aussi loin, aussi haut ? Comment cette Kylie avait-elle pu se moquer de lui?
Alors que tous ces sentiments se bousculaient en elle, elle sortit de sa torpeur en entendant le cri effaré de son père qui se trouvait sur le seuil de la porte :
- Qu'est-ce que vous faites ? Jo ! …Jo…oh mon dieu, il faut que tu montes !
Et en une seule phrase, leur instant était passé. Rick avait reculé de plusieurs pas en baissant le regard, honteux, alors qu'elle tentait de s'expliquer avant que son père ne fasse une attaque :
-Du calme, je lui apprenais seulement en embrasser
-Oh mon dieu ! Jo ! Maintenant ! hurla-t-il en les dévisageant. Et tu comptes lui apprendre d'autres choses ?!
Elle ne faisait que lui apprendre…..cette phrase poussa tous les espoirs de Rick au loin. Il avait cru pendant un bref instant que le baiser lui avait plu…..réellement plu. Il aurait juré l'avoir entendu gémir…..mais ses mots , après ce qui avait été un moment extraordinaire, l'avaient profondément blessé.
Elle ne ressentait rien pour lui…il devait se faire une raison. Il devrait inviter cette Bobra Dobkins avant que son coeur ne se fasse piétiner.
Kate, elle était complètement retournée par leur baiser. Elle n'avait jamais imaginé que son corps pouvait être si puissant, que ses lèvres pouvaient êtres si coquines et que ses râles pouvaient être si sexy…..c'est à partir de cet instant-là qu'elle avait commencé à regarder Rick d'un nouvel oeil.
-Qu'est-ce qui se passe ici, soupira Johann , son attaché case encore en main
-Ta fille apprenait à Rick à embrasser
-Oh
-Je vous jure que ça n'allait pas aller plus loin, tenta Castle, mortifié, en prenant ses affaires au sol
-Plus loin ? Mais que pensais-tu pouvoir faire avec ma Kathie ? répondit froidement Jim
-Papa ! c'est bon. On s'embrassait , on ne faisait rien de mal
-Non, ce n'est pas bon, vous êtes consignés !
-Pour un baiser ! hurla Kate
-Consignés , c'est bien, acquiesça-t-il devant le regard noir de Kate. Quoi ? C'est mieux que démembré ou….
-Ne sois pas idiot ! Maman, s'il te plait, peux-tu raisonner papa !
Elle se souvenait très bien de ce moment et de celui qui suivit. Son père l'avait dévisagée pendant des jours, alors que sa mère lui avait fait tout un discours sur le sexe et la protection. Quant à Rick…..elle avait espéré que ce baiser avait signifié autant pour elle que pour lui, mais elle avait eu tort.
Deux jours après, il sortait avec Dobra Dobkins, laissant Kate seule et amoureuse…..
Fin du Flashback.
Le regard dans le vague, elle soupira en repensant à ce pan-là de sa vie. Leur premier baiser avait été une révélation pour elle. Rick Rodgers était devenu tellement plus pour elle par la suite…mais la vie ne leur avait pas donné l'occasion, ou la chance, de se rapprocher.
Observant Chewbacca à ses côtés, elle ruminait dans sa barbe en se levant pour trouver une tenue adaptée pour la nuit, quand son téléphone sonna.
Au son de la sonnerie, elle se figea, elle connaissait très bien son interlocuteur. Quand son père lui avait glissé discrètement le numéro de téléphone de Rick sur un papier bristol, Kate avait beaucoup hésité à l'enregistrer. Mais après moult et moult hésitations, elle avait sauté le pas, en lui ajoutant une sonnerie bien spécifique, celle de son film préféré : Star Wars.
Le cœur tambourinant, les mains tremblantes, elle déglutit avant de lire le message qu'il lui avait envoyé :
- Hey…..c'est Rick. Puis-je t'appeler ?
Et voilà un nouveau chapitre entre deux jours de boulot. J'espère qu'il vous plaira. Bonne soirée à tous et toutes et merci pour vos commentaires. A très vite.
