Chapitre 7.
Elle revenait de sa scène de crime avec encore plus de questions que de réponses. Une victime de plus, et toujours aucun indice pouvant les aiguiller. Enervée, elle releva la manche de son blouson pour regarder sa montre et s'aperçut qu'il était déjà 16 heures. Elle avait rendez-vous avec Rick dans moins d'une heure, et elle savait d'ores et déjà qu'elle devrait annuler.
Elle ne pouvait pas se permettre de mettre l'enquête de coté pour discuter avec Castle. Le cœur lourd, elle prit son téléphone pour l'avertir de son empêchement, en espérant qu'il ne lui en tiendrait pas rigueur, quand son Capitaine l'interpella dès son arrivée au douzième.
- Beckett
- Oui, monsieur
- Dans mon bureau.
Son ton n'était pas des plus cordiaux, mais pas non plus sévère. Elle savait très bien que trois meurtres en aussi peu de temps n'était en pas du meilleur effet. Ils n'avaient aucune preuve et piétinaient toujours. Le commissaire et le maire du New-York devaient vouloir qu'elle leur rende des comptes, mais surtout des résultats…..résultats qu'elle était loin d'avoir.
Soupirant en s'attendant passer un mauvais quart d'heure, elle s'aperçut que le courrier des fans de Rick était arrivé et posé sur son bureau. Dix cartons de quarante par quarante complètement pleins. Déposant son manteau et ses clefs sur son bureau, elle partit en direction du Capitaine, en se faisant la réflexion qu'elle passerait la soirée à lire ces fichues lettres.
- Une troisième victime, autant dire que le maire n'est pas ravi. Des pistes ? demanda Montgomery sans préambule, avant même qu'elle ait le temps de fermer la porte
- Le meurtrier s'appuie toujours sur les mises en scène des livres de Mr Castle. Le meurtrier a tué notre victime et il l'a déposée comme les autres. On attend encore les résultats de labo pour le meurtre d'Allison Tisdale.
- Autrement dit, on n'a rien
- Je….oui, monsieur, acquiesça Kate en soupirant.
Elle n'aimait pas être dans une impasse. Elle détestait se sentir impuissante, et encore plus quand elle devait patiemment attendre que ce fichu laboratoire prenne en compte sa demande.
- En attendant les résultats de labo, je veux que vous vous penchiez sur le courrier des fans.
- J'allais le faire
- Bien
Sans attendre un autre mot de son capitaine, Kate s'apprêtait à sortir quand il l'interpella, le sourire aux lèvres cette fois-ci :
- Beckett ?
- Oui, monsieur ?
- J'allais oublier de vous dire. Apparemment, vous avez un nouveau fan.
- Un fan monsieur ?
- Rick Castle, déclara Roy, la voyant pâlir au nom de l'auteur
- Pardon ?
- Il aurait trouvé le personnage principal de ses futurs romans. Une femme lieutenant police, un peu froide mais très futée.
- Heu…c'est flatteur? répondit-elle, perdue en fronçant les sourcils
- Je n'en suis pas si sûr. Il a dit qu'il devait faire quelques recherches
- Oh non !
- Oh si
- Jamais
- Beckett, on ne m'a pas laissé le choix.
- Ecoutez, chef, on dirait un gamin de neuf ans dans un magasin de jouets, il est incapable de prendre ceci au sérieux. Sans parler que c'est un civil.
- Il serait là en tant que consultant. Mr Castle cherche depuis des mois un nouveau personnage, vous ne voudriez pas être la cause de son manque d'imagination, Beckett ?
Il plaisantait ? Son capitaine ne pouvait pas être sérieux à ce sujet. Elle savait très bien que Roy et Rick étaient amis, mais de là à cautionner la présence de l'auteur au sein du commissariat, elle avait peine à y croire.
Tournant la tête comme pour chercher une éventuelle trace d'un canular quelconque, elle soupira de frustration en se rendant compte que son capitaine était sérieux.
- Capitaine, Mr Castle est….
- Ceci n'est pas une requête, lieutenant Beckett, insista Montgomery , en se réinstallant à son bureau pour prendre un dossier en main, comme si elle ne se trouvait plus dans la pièce.
Sentant qu'elle n'aurait pas le choix, elle se frotta les tempes du bout des doigts en cherchant une solution à cette mascarade, et déclara sans le lâcher du regard :
- On a eu une relation
- Pardon ?
- Castle et moi. On a un passé. Je ne peux pas travailler avec lui. Je ne sais pas quelle idée lui est passée par la tête, mais….il ne peut pas nous suivre sur cette enquête ou sur toutes les autres.
Levant le regard devant sa déclaration, Montgomery se mit à sourire, l'observant avec des yeux amusés alors que Kate fronçait les sourcils en le scrutant.
Pourquoi semblait-il si heureux ?
Au bout de quelques secondes, elle siffla, exaspérée, en tapant du pied du droit lorsqu'elle découvrit le pot aux roses:
- Il vous a mis au courant !
- Oui. Castle a préféré me révéler cette information avant que je ne l'apprenne autrement, mais je suis heureux de constater que vous avez la même bonté, Beckett.
- C'est un cauchemar, dites-moi que tout ceci est un cauchemar
- Non. Ecoutez, je pense réellement que Rick Castle serait un atout dans cette équipe et…
- Pourquoi ça ? Nos résultats sont les meilleurs de toute la ville et…
- Et ils pourraient être encore meilleurs. Ecoutez, laissons Castle sur ce cas, et si à la fin de l'enquête, vous ne pensez pas que son aide au sein de ce commissariat soit nécessaire, je le congédierai. Je ne peux pas dire non à l'un des meilleurs auteurs de la ville simplement parce que vous avez eu une relation amicale qui s'est mal terminée.
Relation amicale ? Elle sentait la nausée la prendre. Alors c'est en ces termes que Castle avait révélé leur histoire. Une relation amicale qui s'était mal terminée ?
- Le maire pense que ça fera une très bonne pub pour le NYPD et le commissaire est ravi…et si le commissaire est ravi alors je suis ravi.
Soupirant, elle baissa la tête pour contempler le sol. Tout ceci était une blague…..une énorme blague. A quoi jouait Rick ? Fatiguée, elle releva le regard pour demander, sur un ton las et résigné à son capitaine :
- Quand doit-il commencer ?
- Il doit passer en fin d'après-midi pour signer une décharge afin de pouvoir vous suivre. Je pense que dès que la signature sera effective, Mr Castle fera partie de votre équipe. Vous pourrez alors le mettre au clair sur les procédures et sur l'affaire en cours.
- Super, souffla-t-elle la boule au ventre, en sortant du bureau du Capitaine avec l'intention de régler ses comptes.
XXXXXXXXXX
Assis sur la balançoire du parc en face de son immeuble. Rick observait d'un œil Alexis en train de s'amuser au toboggan, tout en cherchant anxieusement Kate du regard.
A cette heure-ci, elle devait être au courant….Roy avait dû la prévenir, et pourtant son cellulaire n'avait toujours pas bourdonné et donné signe de vie . C'était mauvais signe….très mauvais signe.
Soupirant en sentant son angoisse culminer, il vérifiait l'heure une centième fois quand une odeur de cerise lui coupa la respiration. Le regard au sol, il vit ses longues jambes s'installer sur la balançoire à ses côtés. Il observa ses talons aiguilles qui mériteraient d'être certainement dans le guiness book des records, et se remémora avec nostalgie le cours que Johanna avait donné à Kate pour son premier rendez-vous avec Allan Most.
Flashback
- Comment tu me trouves ? demanda anxieusement Kate pour la centième fois à Rick.
D'ici peu de temps, elle allait partir pour son tout premier rendez-vous. Elle était excitée et très nerveuse aussi. Elle avait passé toute son après-midi à choisir la robe qu'elle devrait porter avec Maddie, et désormais, elle se trouvait dans une très jolie robe d'été, les cheveux détachés à mi-dos, devant un Richard Rodgers sans voix.
S'apercevant que son meilleur ami ne pipait mot, elle se retourna pour le voir la bouche ouverte.
- Rick ?
- Ferme la bouche, chéri, chuchota Johanna en entrant dans la chambre de Kate, avant de l'enlacer. Tu es extraordinaire. Je ne sais pas si ton père va te laisser sortir avec une si jolie tenue ou si Richard va se remettre de la vue mais...tu es extraordinaire, Kathie.
- Maman , ronchonna Kate, mal à l'aise
- Ton rendez-vous est ici
- Quoi ? Déjà ?
- Du calme, du calme. Il patiente avec ton père
- Et c'est censé me rassurer ? déglutit Kate, anxieusement en pensant à tous les scénarios pouvant inclure son père et son futur petit ami.
- Pauvre Allan, ricana Rick, en retrouvant possession de ses moyens
- Tu vois ? maman, descends en bas le temps que je trouve mes ballerines, et assure-toi que papa ne lui est pas montré sa collection d'armes.
Souriant devant l'anxiété de sa fille, Johanna lui embrassa le front en humant sa délicieuse odeur de cerise, avant de sortir pour ramener une boite de chaussures.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une femme ne peut pas sortir à un rendez-vous sans talons, assura la matriarche en ouvrant son paquet
- Oh….Je…..
- Là c'est sûr, ton père ne te laissera jamais sortir
- Rick !
- Arrête donc d'écouter ses sottises et saute dans ces chaussures
- Je ne suis pas trop jeune pour porter ça ?
- Laisse-moi te dire quelque chose….il n'y a pas d'âge pour ça. Et puis c'est un rendez-vous, non ?
- Oui, sourit timidement Kate
- Tu sais, ces talons sont magiques
- Magiques ?
- Oh, là ça m'intéresse, fit Rick, tout ouïe, alors que Kate roulait des yeux.
- Il te donne un ascendant psychologique, les garçons sont obligés de lever la tête pour te parler…du coup ça te rendra plus sûre de toi. Et puis, rien n'empêche d'être sexy, sourit Johanna en faisant un clin d'œil à sa fille, qui rougit instantanément.
- Maman !
- Allez, mets ces chaussures que je vois combien mon bébé a grandi.
Timidement, Kate enfila la première paire sous les yeux plus que contemplatifs de son meilleur ami. Quand elle ajusta sa tenue et observa sa mère et Rick dans sa chambre, Kate se sentit plus femme, plus féminine.
Souriant jusqu'aux oreilles, elle enlaça sa mère en lui murmurant :
- Merci, tu as raison c'est magique.
Fin du Flashback.
Les yeux toujours sur ses talons hauts, il sourit bêtement devant les 7 cm de plus qu'elle avait rajoutés depuis l'adolescence. Doucement, il releva le regard pour tomber sur ses jolies iris verts teintés de colère, et il grimaça en attendant les hurlements :
- Je te demanderais bien une explication sur l'entretien que je viens d'avoir avec mon capitaine, mais je sens déjà la migraine me prendre
- Oh, tu sais, fit-il, étonné, en la dévisageant
- Oui
- Et …..tu ne cries pas ?
- Je t'avouerais que j'ai pensé à cette solution tout le long de la route. Surtout que j'allais devoir reporter notre rendez-vous pour les besoins de l'enquête….mais après ….. ;
- Oui
- Kate ?
- On est adultes, soupira-t-elle. Alors je préfère entendre ton explication avant de m'emporter
- Les besoins de l'enquête ? Il y a un nouveau meurtre ? demanda, intrigué, Castle, sans prêter attention à sa tirade
- Ne pousse pas ta chance, le prévint-elle l'œil noir. Alors à quoi tu joues Rick ?
- Je ne joue pas
- Non ? …Parce qu'on ne se voit pas pendant plus de dix ans et…. ;
- onze ans, deux mois et trois jours….pas que je compte, sourit il pour tenter de l'amadouer.
Il savait très bien qu'une Kate énervée en silence était de mauvais présage. Il n'aimait guère quand elle lui cachait le fond de sa pensée en se repliant sur elle-même. Avec un léger sourire, il la vit soupirer en baissant les yeux, tout en lui murmurant :
- Ma vie n'est pas un terrain de jeu
- Je le sais
- Tu le sais ? Comment ? On ne se parle plus, alors dis-moi comment peux-tu…
- Ton père. ….Oh, ne fait pas cette tête-là, tu sais très bien qu'on a gardé contact.
- Je ne savais pas que vos entretiens café ne tournaient qu'autour de moi
- Tu sais très bien que non…..Jim n'est pas comme ça…..Kate, je…je ne sais pas comment…ni pourquoi…mais pour la première fois depuis des mois…j'ai envie d'écrire.
- Tu viens tout juste de terminer Derrick Storm, alors l'excuse de la page blanche n'est…
- La saga Storm est terminée depuis des mois. Gina….mon éditrice a juste retardé la publication du livre en espérant que je reprenne raison et que je change la fin.
- Pourquoi avoir tué Derrick , si tu as du mal écrire ? demanda-t-elle avec curiosité, en le voyant mal à l'aise sur sa balançoire.
- Tu lis toujours mes romans ?
- Rick, siffla-t-elle, en attendant une réponse de sa part
- Parce que je m'ennuyais…..parce que le plaisir d'écrire s'est envolé….. je….
- Oui ?
- Quand je t'ai vue hier….et ce matin avec Tisdale, c'est comme si tu m'avais ouvert les yeux. Je vois déjà mon prochain livre…..je pourrais écrire toute une saga sur cette femme flic, j'ai juste besoin d'un peu plus d'authenticité pour lui donner vie…..j'ai besoin de toi pour lui donner vie, avoua-t-il avec un tel désespoir qu'elle en oublia sa colère. Kate, tu es celle qui m'a poussé vers l'écriture, qui m'a fait croire que j'étais bon là-dedans...je...j'ai encore besoin de toi.
- Femme flic, hein ? répéta-t-elle, en levant en sourcil en tentant de cacher les papillons dans son ventre qui virevoltaient à sa déclaration.
- Oui, j'ai déjà les grandes lignes et…
- Cette femme lieutenant dans ton histoire, à quel point va-t-elle me ressembler ? la coupa-t-elle anxieusement.
Elle ne savait pas à quel point cette idée la rebutait. Elle n'était pas du genre à s'exposer sous les feux des projecteurs et se mettre en avant. Kate aimait garder sa vie privée….privée, et l'idée même de devoir inspirer Castle pour un livre la rendait de plus en plus nerveuse.
Elle ne souhaitait pas non plus le vexer et l'éloigner une nouvelle fois . Elle venait tout juste de renouer avec lui et elle avait encore tellement de questions qu'elle ne voulait pas prendre le risque de le contrarier.
Et puis quelque part, l'idée de l'avoir près d'elle comme à leur adolescence l'enchantait. Elle aurait plus de temps pour discuter, pour s'expliquer et finalement pour retrouver son meilleur ami.
Sentant son intérêt pour son nouveau personnage culminer, Castle sourit et lui répondit sans la lâcher du regard, avec un soupçon d'amusement :
- Eh bien , elle n'est pas trop maligne, mais assez garce
- Crétin !
- Je plaisante, rit-il devant son effarement. Et puis , je suis plus un plaisantin qu'un crétin .
- Tu ne peux rien prendre au sérieux, non ?
- Kate….. ;tu n'as pas à t'inquiéter, elle sera vraiment….vraiment très maligne, vraiment très habile, très envoûtante…extrêmement compétente…et assez garce, conclut-il alors qu'il la voyait sourire au fur et à mesure
- Rick, tu….
- Papa ! les coupa une petite rouquine aux yeux bleus et au sourire enfantin.
- Eh, citrouille, tu t'amuses bien ?
- Oui….mais j'ai soif, répondit timidement Alexis, en observant la femme qui se trouvait près de son père.
Au regard de la fille de Rick sur elle, Kate sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle avait le même regard que lui étant enfant….et elle lui rappelait tout ce qu'elle avait manqué….elle avait manqué la naissance de sa fille….Castle était père.
- Citrouille, laisse-moi te présenter, mon amie Kate Beckett. Kate, voici Alexis.
La gorge nouée par l'émotion, Rick tentait de cacher son trouble à sa petite fille de 10 ans qui les étudiait avec beaucoup d'intérêt. Onze années, il aura fallu attendre onze ans pour que la femme qu'il aimait le plus au monde rencontre enfin sa fille.
Les larmes aux yeux, il observa Alexis tendre la main à Kate, qui semblait comme prise dans un raz de marrée d'émotions.
- Tu es de la police ? Papa a fait encore une bêtise ? demanda-t-elle en contemplant l'insigne de Kate à sa hanche
- Oh , je oui…..je suis lieutenant de police mais je ne suis pas là pour arrêter ton père. Je suis….j'étais son amie quand j'avais ton âge, déglutit-elle difficilement devant le regard bleuté de la jeune fille.
- Oh…..tu es Kate, sourit Alexis comme si elle la reconnaissait enfin. Gram's parle souvent de toi
- Ah oui ?
- Oui , elle n'arrête pas de demander à papa de t'appeler
- Citrouille, tiens ta bouteille d'eau , je pense que tes amis t'attendent, l'interrompit, rouge de honte, Castle alors que Kate levait un sourcil dans sa direction.
- Mais je voulais en apprendre plus
- Plus ? s'enquit Rick devant l'air renfrogné d'Alexis
- Oui. Le lieutenant Beckett doit avoir plein d'histoires sur toi quand tu étais petit
- Oh non, non, non, citrouille
- J'ai de très bonnes histoires, acquiesça, un peu plus à l'aise, Kate en souriant à la petite. De très , très bonnes à vrai dire.
- Oui !
- Chérie, je suis certain que Kate pourra te raconter quelques anecdotes à un autre moment
- On va se revoir ? sourit, toute excitée, Alexis
- Je pense que... oui
- Super !
- Allez Citrouille…..va donc t'amuser, j'ai un rendez-vous dans quelques minutes.
- Très bien. A bientôt lieutenant Beckett!
- A bientôt Alexis…et oh…tu peux m'appeler Kate, sourit gentiment la jeune femme, en passant une mèche de cheveux derrière son oreille
- A bientôt Kate, rectifia la petite rousse, avant de s'élancer vers l'aire de toboggans à quelques mètres de là.
- Je suis désolé, je ne voulais pas t'imposer sa présence mais..j'ai la garde exclusif d'Alexis et mère n'était pas disponible avant 17h30.
- C'est bon, Castle...je suis heureuse d'avoir enfin pu la raconter
- Ouais ? fit-il légèrement surpris
- Ouais.
Inspirant fortement, Castle se passa les mains sur son visage, tout en entendant Kate lui déclarer, de façon taquine :
- Alors Martha t'a demandé de m'appeler
- Hum
- Je suis contente d'avoir quelqu'un de mon côté.
Devant le regard qu'il lui lança, elle déglutit en lui avouant :
- Mon père n'a pas été arrêté de me harceler pour que je t'appelle...mois après mois, année après année.
- Oh
- Oui
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi ne pas avoir répondu à mes appels ? Pourquoi ne jamais avoir écouté ton père ? pourquoi ce silence Kate ? demanda-t-il, peiné, sans la lâcher du regard.
Alors elle y était...ils étaient enfin arrivés à la conversation tant redouter. La lèvre inférieure bloquée entre ses lèvres, elle réfléchissait à la meilleure réponse à lui donner. Pourquoi avait-elle agi ainsi ? Cette question, elle se l'était posée à de nombreuses reprises ces dernières années, et chaque fois la réponse avait été différente.
Soupirant, elle baissa la tête, pour tenter de donner une réponse franche sans apercevoir la tristesse dans ses yeux :
- Parce que….tu m'as fait mal...vraiment mal.
- Je…..
- J'étais amoureuse de toi, Rick
A sa déclaration, il blêmit un peu plus. Amoureuse ? Elle était amoureuse de lui ? Il avait toujours pensé que ses sentiments n'étaient pas partagés….il avait toujours cru qu'il était le seul dans cette relation. Le cœur démoli , il l'entendit lui expliquer, avec beaucoup de tristesse :
- Je venais de perdre ma mère…..et j'étais amoureuse de toi…tout ce que je voulais à l'époque, c'était toi…..mais…..tu m'as annoncé la grossesse de Meredith, juste après qu'on…..
- Oh mon dieu
- Ouais, renifla-t-elle les larmes aux yeux. Je pensais…je ne sais pas…..je pensais que cet instant qu'on avait partagé après l'enterrement avait une signification pour toi.
- Elle en avait une. Kate…..j'ai toujours pensé que tu ne cherchais que des bras pour oublier. J'ai toujours cru…..que je n'étais pas assez bien pour toi
- Comment peux-tu même …
- Je suis un idiot, je sais, soupira Rick, en se levant fou de rage contre lui-même.
Les mains dans ses cheveux, il tentait de faire le tri dans ses émotions, dans ses souvenirs alors que Kate sentait son cœur se briser un peu plus en repensant à ce moment-là de leur vie.
Flashback .
La cérémonie traînait en longueur. Debout près de la cheminée familiale, dans une robe noire et coiffée d'un chignon , Kate écoutait une à une chaque personne lui présenter ses condoléances. Le cœur meurtri, les mains tremblantes, elle n'arrivait pas à chasser de ses pensées la descente du cercueil de sa mère dans le caveau.
Comment tout ceci avait-il pu arriver ? Comment avait-elle pu perdre sa mère ? Elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds, que chaque respiration, chaque souffle était une torture sans elle à ses côtés.
Tentant de faire bonne figure devant tous ces gens qu'elle ne connaissait pas, elle sentait ses efforts s'amoindrir à chaque mot, chaque attention qu'on lui donnait.
A quelques mètres de là, un verre de whisky à la main, les yeux larmoyants, Jim observait sa fille unique perdre davantage pied de minutes en minutes. Il avait envie de chasser au loin toute cette bande de vautours, il avait envie de se blottir dans les bras de Kate pour lui donner l'amour dont elle avait besoin, il avait envie d'agir en père…..mais, il ne pouvait pas. Il n'en avait plus la force. L'amour de sa vie venait de perdre la vie.
Il ne pouvait pas être là pour Kate alors qu'il n'arrivait même pas à sortir du lit. C'est Rick qui l'avait aidé à s'habiller et à se doucher, c'est encore Rick qui avait géré les arrangements de la cérémonie avec Martha, et c'est toujours Rick qui avait veillé depuis quelques jours sur Kathie.
Le cœur lourd, il avalait d'une traite son verre quand il entendit Richard lui demander doucement :
- Mr Beckett ?
- Oui, soupira-t-il à bout de force, sans lâcher sa fille du regard
- Monsieur, avez-vous besoin de quelques choses ?
Ma femme…..il voulait lui rétorquer: ma femme, mais quand il se tourna pour observer le garçon qu'il avait appris à aimer comme son fils, il put voir le même visage ravagé et la même tristesse qui traversait Kate à cet instant….Et à cette constatation, il comprit : Lui aussi avait perdu une mère…..
Fermant les yeux, il tenta de garder sa rage et sa colère pour lui. Rick n'y était pour rien…il voulait simplement bien faire. Lentement, il se frotta le visage d'une main, avant de déposer son verre de wisky sur la table la plus proche, et il déclara à Richard en lui caressant la joue d'une façon très paternelle:
- Emmène Kathie
- Pardon ?
- Sortez d'ici tous les deux. Prends ma fille, Richard et…..fais ce que je ne peux pas faire pour elle en ce moment. S'il te plait, fiston.
Touché et ému par son appellation, Rick sentit les larmes lui monter aux yeux. Jim n'avait jamais eu de gestes ou de paroles très paternels contrairement à Johanna. Il était plus sur la réserve et en retenue, alors l'entendre le nommer ainsi lui serra l'estomac un peu plus.
Tentant de garder le peu de fierté qui lui restait ,Castle hocha simplement la tête avant de prendre Kate par la main pour la sortir de la maison.
Ils avaient roulé pendant plus d'une heure sans un mot. Castle avait emprunté la voiture de sa mère, et s'était engouffré dans la circulation New-Yorkaise sans que Kate n'ouvre la bouche. Il avait attendu qu'elle le réprimande de prendre la voiture sans permis, ou de l'avoir emmenée loin de la cérémonie sans son avis, mais à chaque kilomètre qu'il parcourait, il la sentait de plus en plus loin de lui.
Quand l'océan apparut dans son champ de vision, Rick eut une idée. Fatigué et le cœur en berne, il avait sorti de la voiture sa meilleure amie et l'avait déchaussée, avant de partir marcher sur le sable fin de Coney Island.
- Ne les perds pas, avait murmuré Kate
- Quoi ?
- Mes talons…ne les perds pas, pleura-t-elle, le cœur lourd , en s'avançant un peu plus loin sur la plage.
Baissant le regard, il regarda cette paire de chaussure en tentant de garder ses larmes pour lui.C'était les chaussures préférées de Johanna. Elle n'arrêtait pas de dire à Kate, que cette paire de talon réussissait à lui faire passer n'importe quelle journée. Les mains tremblantes, l'estomac noué, il les agrippa un peu plus avant de partir la rejoindre.
Côte à côte , ils avaient déambulé le long de la plage avant que Rick ne se stoppe pour se laisser choir sur le sable. Fatigué et démuni, il avait fermé les yeux devant le flot d'émotions qui le traversait. Il avait envie de pleurer, d'hurler...il avait envie...que son coeur ne lui fasse pas autant mal.
Soupirant, Kate l'avait rejoint en observant de loin l'horizon. Le visage en pleurs, les mains tremblantes autour de ses jambes, elle respirait difficilement.
- Kate ?
- Elle est morte, Rick, sanglota-t-elle, comme un animal blessé
- Je sais
- Ma mère est morte
- Je sais, soupira Castle en pleurant silencieusement à ses côtés
- Je…je…je ne peux pas respirer sans elle…..je ne peux pas…..
- Chut, chut, je suis là, l'interrompit-il en la berçant tendrement dans ses bras, alors qu'elle s'effondrait sans retenue.
- Je veux ma mère…..je veux juste ma maman.
Il se souvenait très bien de cette journée-là. Il ne pourrait jamais l'oublier. Parfois, il pouvait encore entendre dans ses rêves les pleurs de Kate.
Après avoir sangloté ensemble sur cette plage, ils avaient déambulé dans la ville avant de s'échouer dans un motel.
Oui, il se souvenait très bien de cette journée…..c'était la dernière fois où il avait vu Kate Beckett.
Fin Du Flashback.
- Je crois qu'au fil des années, je me suis trouvé des excuses, murmura Kate en le voyant déambuler devant elle. Ce n'était jamais le bon moment. Je ne voulais pas m'imposer à la naissance d'Alexis…pas après tout ce que je t'avais dit..ce qu'on avait fait.
- Tu aurais dû . Mon dieu, si j'avais connu tes sentiments à l'époque, je n'aurais pas….
- Tu serais quand même resté avec Meredith. C'était la meilleure décision, je le sais maintenant. Tu voulais simplement offrir le genre de famille que tu n'avais pas eue. J'aurai juste préféré qu'on ne franchisse pas cette ligne cette nuit-là.
- Je...je sais...mais sur le moment...Kate, tu as toujours été tellement plus que Meredith
- Ne dis pas ça, soupira-t-elle la boule au ventre
- Je t'assure, j'étais amoureux de toi...vraiment et je...
- Castle, l'eau à couler sur les ponts. Je ne vais pas t'en vouloir indéfiniment pour ce premier matin. C'est juste qu'à l'époque…c'était difficile. Avec….mon père ….c'était difficile. J'étais dans une mauvaise passe…..je...c'est pour ça que je n'ai jamais décroché ou rappelé .
- Et après ? Pourquoi ne pas m'avoir contacté après ?
- Après ….c'est le manque de courage…..j'avais peur de ta réaction, peur que tu m'aies oubliée
- Comment peux-tu même penser que j'aurais pu t'oublier ? s'indigna-t-il
- Tu as arrêté d'appeler….tu es devenu cet auteur riche et célèbre et…tu as arrêté d'appeler, Rick chuchota-t-elle, les larmes aux yeux.
- Je…, commença Castle, avant d'être interrompu par la sonnerie du téléphone. Je pensais que tu ne voulais plus rien avoir à faire avec moi. Et puis quand j'ai voulu te recontacter, tu avais refait ta vie avec…
Sa sonnerie de téléphone ne continuait pas de résonner, encore et encore. Se stoppant dans sa déclaration, il lui jeta un un regard d'excuse, avant de répondre à son interlocuteur, tandis que Kate se relevait en tentant de cacher ses yeux bouffis. Cette discussion l'avait ébranlée, sa rencontre avec Alexis aussi, elle ne savait pas où elle se situait dans sa vie désormais.
Elle ne savait pas ce qu'ils étaient. Des amis ? Des partenaires ? Plus ? …non….ils ne pouvaient pas être plus Ils avaient changé tous les deux, ils étaient deux personnes différentes désormais, et elle doutait que ses sentiments envers elle ne soit les mêmes qu'il y a onze ans. Ils n'étaient plus du même monde et elle était tellement brisée. Elle ne pouvait pas s'engager dans une relation avec lui...
L'estomac noué, elle regarda sa montre en s'apercevant qu'elle devrait rentrer au poste pour avancer sur l'affaire. Elle ne pouvait pas s'éterniser au parc alors que trois victimes attendaient à la morgue qu'on leur rende justice. Quand elle releva les yeux, elle vit Rick revenir vers elle et lui murmurer, mal à l'aise en raccrochant :
- C'était mon avocat
- Un souci ?
- Non…. Heu…il est au poste pour la signature de la décharge. Il m'attend.
- Oh
- Ecoute, si tu ne veux pas que j'intervienne dans ta vie professionnelle, je…..
- Non, non, c'est bon
- Sûr ?
- Sûre, soupira-telle , les mains dans les poches. Mais…..à une condition.
- Laquelle ?
- En fait deux, grimaça Kate, en pensant à toutes les raisons qui lui disaient que c'était une mauvaise idée. La première est que personne au poste ne doit connaitre la nature de notre relation
- Montgomery sait
- Je sais…mais je ne veux pas alimenter les cancans du poste. Alors, si tu veux me suivre dans les enquêtes, je ne veux pas que les gens sachent qu'on a un passé commun. Donc au commissariat, c'est lieutenant Beckett ou Beckett mais rien d'autres.
- D'accord…..et la seconde condition?
- Tu m'écoutes. Je suis sérieuse sur ce point. On n'est pas dans une de tes histoires que tu peux ré-écrire si la fin se passe mal. Si je te dis de rester dans la voiture, tu restes dans la voiture
- Mais c'est pas juste.
- Rick
- Mais l'authenticité du…..
- Tu sais ce que c'est que de perdre quelqu'un. N'inflige pas ça à Alexis.
- Ok, ok, marmonna-t-il à contre cœur.
- Bien…alors…je te vois au poste ?
- Oui. Je dépose Alexis à la maison et je prends la route.
- Ok…à tout à l'heure.
- Et Kate ?
- Oui ?
- Merci
Elle l'observa quelques secondes de plus avant de hocher la tête et de partir vers sa voiture. Comment avait-elle pu si facilement accepter sa présence à ses côtés au poste ? Comment et pourquoi ressentait-elle toujours le besoin de l'avoir près d'elle? Les larmes aux yeux, elle s'installa dans sa crown victoria, en sortant l'anneau de sa mère qui pendait autour d'une chaine et murmura :
- Qu'est-ce que je vais faire, maman.
blodi52: Je récupère une ou deux répilques , ici et là lol
chrisfancaskett: Le duo va se reformer dès le prochain chapitre, et on va compliquer un peu les choses, avec l'arrivé de quelqu'un.
caskettdensi7715: Les flashbacks nous font avancer dans l'histoire et comprendre un peu plus leurs ressentis.
AlwaysCaskett3012: Ne t'inquiète pas, il y'a toujours des chapitres qui touchent plus que d'autres.
sarha: C'est pourquoi certains épisodes de la saison 4 vont se mélanger ici. pas forcement dans l'ordre.
pau974: Elle l'accepte avec elle car les onze années sans lui ont été un calvaire. Mais ça ne veut pas dire que tout est gagné.
Emma11: Johanna et ses conseils maternels, elle a manqué à la série. J'aurai aimé un épisode avec des souvenirs
Melbea Enneb:C'est vrai double dose de Caskett comme ça ! moi aussi j'ai bien aimé la scène du baiser lol
caskett71: Vous faire languir ? Non c'est pas mon style mdr
mariaulemen84: Demming ou Josh...non...avant il y aura Sorenson lol
Julie91: Rick ne vas pas voler le dossier. Ce dossier le touche trop. Quelque chose va compliquer la donne au sujet du meurtre de Johanna. Je me base sur certaines scènes mais je les règles à ma sauce. Comme pour les éléphants
chris65: Oh, oh...on va voir sa réaction à la fin de l'enquête. En même temps, je ne suis pas sûr qu'il lui propose ce genre de chose avec leur passé commun
