CHAPITRE 8.


Il avait passé une bonne partie de cette fin d'après-midi à écouter les remontrances de son avocat, qui prenait d'un très mauvais œil son implication avec le NYPD.
Comme à son habitude, Rick avait utilisé l'humour pour dédramatiser la situation, tout en observant du coin de l'œil Beckett qui s'activait dans une salle, non loin, à lire son courrier de fans.

La façon avec laquelle elle se concentrait sur son travail le laissa sans voix. Il était complètement subjugué par elle. Le moindre de ses gestes, de ses soupirs était décortiqué, analysé, rangé dans son esprit.

Souriant en l'apercevant grimacer devant un string, qu'elle sortait d'une enveloppe, il fut sorti de sa rêverie par la voix d'Henry :

- Mr Castle, notez que s'il vous arrive quoi que ce soit, alors que vous aidez le lieutenant Beckett, vous ne pourrez pas vous retourner contre la ville, si on vous tire dessus, vous ne pourrez pas vous retourner contre la ville, si vous êtes tué
- Mon cadavre ne pourra pas se retourner contre la ville
- Vos héritiers, Mr Castle, grinça l'avocat devant son air amusé. Mr Castle, cette décharge de responsabilité est une affaire sérieuse, j'imagine que vous aimeriez en parler avec votre famille avant toute chose
- Vous rigolez ? Ma mère m'interdirait de signer une pareille chose , mais heureusement pour moi, elle n'est pas là aujourd'hui. Alors…où dois-je signer ? demanda-t-il, en se pinçant la lèvre devant la mine abattue de son avocat.
- Ici…..signez ici.

XXXXXXXXX

- Ce gars a vraiment une vie géniale
- Qui ça ? soupira Kate, fatiguée de tourner en rond au milieu de toutes ces lettres.

Elle venait de passer plus d'une heure à ouvrir une à une chaque enveloppe que Rick avait reçue. Si quelques-uns de ces contenus l'avaient épuisée, certains l'avaient surtout répugnée. Les fans de Castle étaient vraiment prêts à tout pour un signe de l'auteur.
Après plus d'une cinquantaine de minutes, ils avaient déjà récolté sept soutien-gorge, huit strings et plusieurs photos de nus dignes du magasine Playbloy.

Plus la soirée avançait,et plus Beckett doutait que leur meurtrier se cachait dans l'une de ces boîtes. Relevant le visage sur le tableau blanc où trônait les photos des trois victimes, elle vit Esposito, avec un dessous à la main, en train de l'observer :

- Castle, je parle de l'écrivain. Le mec est riche et il ne court pas après les filles
- On a des problèmes de cœur, Javi? le taquina Kate, en se laissant choir à l'arrière de sa chaise, avec un sourire amusé
- Non …jamais, sourit le latino. Mais je dois avouer que toutes ces femmes qui envoient des strings à gogo c'est…..
- Répugnant ? Effrayant ?
- Non….excitant, ricana-t-il, devant l'effarement de Beckett, alors que Rick rentrait dans la pièce tout sourire.
- Et les dessous, ce n'est rien, vous n'imaginez pas le nombre de femmes qui me supplient de signer leur poitrine
- Dios mio, sa vie est géniale
- Ou superficielle
- Aie, ça fait mal Beckett, grimaça, amusé, Rick en s'approchant du latino. Enchanté, je suis Rick Castle, je vais vous suivre pendant quelque temps sur vos enquêtes, pour le besoin d'un livre.
- Est-ce que je serai dans ce livre ?
- Oh…heu….oui
- Est-il possible que dans votre livre, je puisse recevoir un jour des dessous féminins ?
- Mon dieu, les hommes sont si pathétiques, soupira Beckett en ouvrant un nouveau courrier
- Heu…..oui, acquiesça Castle en voyant le sourire du latino s'accentuer
- Super. Alors je suis Javier Esposito, mec. Et voici le lieutenant Ryan, ajouta-t-il, alors que Kévin revenait du distributeur avec une canette de coca.
- Enchanté de vous connaître tous les deux. Alors où en êtes-vous ? demanda, tout heureux, Castle en observant avec attention le tableau blanc qui se trouvait devant ses yeux .

Relevant à nouveau le regard, Kate observa les gars exposer un rapport complet de l'enquête à Rick. Il semblait comme un enfant devant son sapin de noël. Le sourire aux lèvres, il les écoutait avec beaucoup d'attention, en contemplant de temps à autres Becket,t qui baissait le regard à chacune de ses interactions.

Quand Javi eut fini son exposé, Castle se tourna vers Kate, et lui demanda avec curiosité :

- Pourquoi lire mes lettres de fans ?
- Le tueur reproduit vos meurtres, il est donc très probable qu'il ai tenté de vous joindre par….
- Oui, mais…..ça n'a pas de sens
- Quoi donc ? soupira Kate
- Je n'ai rien avoir là-dedans…c'est elle, assura Rick en pointant du doigt la dépouille d'Allison Tisdale. C'est elle, la clé du mystère.
- Oh, on oublie son ego ici, Castle ? le taquina Kate
- Très drôle….Beckett, sourit Rick, heureux de leur joute verbale. Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il y a d'abord la première victime, Marvin Fisc, ensuite, il tue Alison Tisdale puis Kendra Pindney. Ils n'ont aucun rapport entre eux sauf les mises en scènes de mes meurtres…..seulement si le meurtrier était réellement un fan de mes bouquins, Fisc aurait du être tué avec un sac en plastique au lieu d'être étranglé avec une cravate, Allison aurait dû avoir les bonnes roses sur son cadavre et…..
- La robe de Kendra aurait dû être bleue , pas jaune, termina, intriguée, Kate en se levant pour observer de plus près les photos
- Oh, oh….j'ai une fan, fanfaronna Rick, alors que les gars ricanaient à côté
- Ne prenez pas vos rêves pour des réalités, Castle
- Oh, mais mes rêves se réalisent toujours lieutenant Beckett, s'amusa Rick, devant le regard noir de Kate. Ok, ok, abdiqua-t-il les mains en l'air. Je dis juste qu'un obsessionnel aurait forcement conservé tous ces détails.
- OK, mais pourquoi Allison Tisdale serait-elle la vraie victime ? demanda Ryan
- Eh bien heu….à cause de…
- Si vous me dites l'histoire, je jure que je vous mets une balle entre les deux yeux.
- Vous n'oseriez pas, ronchonna Rick
- Non ? Vous en êtes certain ? Vous avez bien signé cette foutue décharge ? s'amusa Kate
- Méchante…mais je n'allais pas dire l'histoire. Allison Tisdale était la seule victime, multimillionnaire. Je suis certain que le mobile est l'argent.
- Les gens ne tuent pas toujours pour l'argent, Castle
- Ah oui ? Demandez donc à ma mère si elle ne serait pas prête à me tuer pour pouvoir vivre de mes avoirs.
- Castle ! fit Kate , choquée qu'il puisse parler de Martha en ces termes
- Allison est la clé. Si c'est moi qui écrivais l'histoire, le coupable serait le frère. Vous avez parlé à Harrison Tistale ?
- Non mais c'est….
- Alors c'est parti !
- Parti? Toux doux Sonny Crockett, on n'est pas dans deux flics à Miami. Ce n'est pas parce que vous suspectez quelqu'un que vous devez l'interroger, déclara Beckett, en reprenant une lettre. En plus, pourquoi on ne ferait pas un truc qu'on appelle une enquête ? Rassembler des indices, établir les faits. Quelque chose qui tiendrait mieux devant la cour, que « c'est comme ça que j'écrirais l'histoire » !
- C'est dingue que vous dîtes ça, j'étais fan de la série » deux flics à Miami » étant enfant, s'amusa Castle, en s'installant devant elle comme si de rien n'était. Vous aussi lieutenant Beckett ? la taquina-t-il en tressautant les sourcils.

Relevant le regard pour tomber sur les yeux rieurs des gars, qui ne cessaient pas de les observer, Kate sentit son glock la démanger. Rick s'amusait littéralement avec elle. Elle s'en voulait d'avoir fait cette référence à cette fichue série qu'ils avaient vu un millier de fois étant adolescents. Elle avait juste espéré adoucir un peu sa rancœur en lui rappelant un de leurs moments, mais de toute évidence, la colère de Rick était bien loin désormais.

Il semblait détendu, amusé comme si une nouvelle flamme commençait à brûler en lui. La dernière fois qu'elle avait vu ce regard, c'est quand il lui avait montré la lettre de Black Pawn pour la publication de son premier livre, et cette constatation la troubla.

Flashback.

Il avait bossé pendant plus d'un an et demi sur son livre. Il connaissait chaque ligne, chaque paragraphe par cœur, mais quand ce fut le moment d'envoyer son travail aux différentes maison d'édition, pour voir ce que valait tout son travail, Rick s'était dégonflé.

La peur de l'échec, de décevoir, l'avait stoppé dans son élan. Il avait donc menti à Kate en lui déclarant avoir perdu tout son travail sur son ordinateur.
Il pourrait toujours se souvenir de son regard peiné et attristé pour lui, de ses bras qui l'avaient enlacé pour le réconforter, et de ses mots à cet instant.

Seulement quelques jours plus tard, Kate s'était faufilée dans sa chambre pour trouver une solution. Un de ces copains, doué en informatique, lui avait expliqué comment retrouver un travail perdu. Elle avait tenté de raisonner Castle de la laisser faire, mais après moult refus de sa part ,elle s'était glissée dans sa chambre pour essayer d'arranger les choses pour lui, malgré son refus.

Elle pensait que son refus catégorique était dû au fait qu'il ne souhaitait pas avoir de l'espoir pour rien. Elle ne le comprenait que trop bien. Plus d'une année entière de travail évaporée, et avec lui la concrétisation d'un rêve.

Les mains sur le clavier, elle avait souri en s'apercevant que son mot de passe était sa date de naissance (171179), mais elle se figea, aussitôt après, en apercevant un dossier au nom de « sous une pluie de balles ». Un dossier qu'elle ne connaissait que trop bien. Déglutissant péniblement, elle l'avait ouvert pour découvrir la supercherie.

Il lui avait menti…..Rick lui avait menti. Tout son travail était sur son ordinateur. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait raconté un mensonge pareil. Les larmes aux yeux, elle avait refermé son ordinateur de colère, et était partit lécher ses blessures chez elle, à l'abri des regards.
C'est sa mère qui l'avait retrouvée, un mouchoir à la main, le visage en pleurs, sur son lit en fin d'après-midi.
Après plusieurs tentatives, elle avait enfin réussi à faire sortir les vers du nez à sa fille.

- Pourquoi tu souris ? pleurnicha Kate, en s'apercevant que sa mère n'avait pas l'air affecté par le mensonge de Rick.
- Je ne souris pas, je t'écoute
- Mais tu sembles ravie. Tu as entendu ce que j'ai dit ? Il m'a menti. Il m'a dit qu'il avait perdu son travail, il m'a dit que….
- Chérie, tu apprendras avec l'âge que les garçons sont… ;
- Stupides ?
- Compliqués, rectifia Johanna, en séchant les larmes de sa fille tendrement. Ils n'aiment pas montrer ce qu'ils ressentent. Notamment la peur, l'amour. ..
- Je ne comprends rien, renifla Kate. Et je ne comprends pas pourquoi il m'a menti .
- Il avait peut-être peur de te décevoir
- Pardon ?
-Kathie, tu l'as aidé tout au long de cette année . Tu l'as épaulé à chaque fois qu'il trébuchait, et…
- C'est ce que font les amis, se défendit-elle. Il me ment parce que…
- Il a peur. Peur d'échouer. Peur de s'apercevoir que son travail n'est pas assez bon, peur de devoir te faire face après ça, et de voir de la déception dans tes yeux .
- Je ne serai jamais déçue s'il échoue, je suis déçue qu'il ne me fasse pas confiance et qu'il me mente.

Embrassant sa fille sur son front, Johanna la prit dans ses bras en humant son odeur de cerise, et lui chuchota sur le ton de la confidence :

- La peur nous fait faire des choses stupides. Il ne pensait pas à mal en te mentant. Il est juste terrifié.
- Alors quoi ? Je dis rien ? Je ne fais rien ? ronchonna Kate
- Tu pourrais peut-être faire ce qu'il n'arrive pas à faire, suggéra plutôt Johanna, avant de se lever pour laisser réfléchir sa fille.

Elle avait pensé que Kate comprendrait le sens de sa phrase. Que sa fille choisisse la vérité plutôt que le mensonge, et qu'elle fasse preuve de maturité en avouant à Rick les choses. Elle avait espéré que ces deux têtes de mules se parleraient de leurs problèmes. Mais Kate avait interprété dans un autre sens ses paroles, et avait envoyé, sans que Rick le sache, son manuscrit à toutes les maisons d'édition.

Elle avait eu le ventre noué pendant des semaines, elle osait à peine le regarder dans les yeux, mais quand les premières lettres de refus étaient arrivées et que la supercherie avait été révélée, elle aurait aimé pouvoir se cacher.

Elle avait vu la peine , la déception, la honte et la colère dans les yeux de son ami.

"Mr Rodgers, nous sommes dans l'incapacité de donner suite à votre demande,..."

Elle l'avait vu l'éviter des jours entiers jusqu'à cette fameuse lettre.

Elle se souviendrait toujours de la police d'écriture sur l'enveloppe, du regard fatigué et las de Rick quand il avait lu les premières lignes de la lettre qu'il avait reçue, et de son choc…. ,son émerveillement au dénouement .

Il avait une lueur dans les yeux qu'elle n'avait jamais vue, une fierté, une reconnaissance sans nom. Angoissée, elle lui avait demandé avec hésitation :

- C'est pas bon, c'est ça ?

C'est Kate qui avait reçu chacune des lettres à son domicile, et c'est elle qui les lui transmettait de semaines en semaines. Et comme à chaque fois, elle hésitait, elle redoutait le moment de la lecture, seulement cette fois-ci c'était différent. Il semblait différent.

- Oh mon dieu, blêmit Rick
- Quoi ? Quoi ?
- Kate...
- Quoi !
- Ils aiment, s'exclama-t-il en emportant dans ses bras sa meilleure amie. Ils aiment ce que j'ai fait, Kate !
- Quoi ? Attends, répète ! fit-elle, surprise, en le regardant dans les yeux

Tout heureux, Rick avait relâché son étreinte pour prendre la lettre en main, et lire à voix haute la fin du contenu à Kate

- Cher Monsieur Rodgers, votre manuscrit est une perle dans le monde de l'édition, si nous prenons en compte votre jeune âge . Vous avez un talent brut que nous aimerions aider à peaufiner. C'est pour cette raison que nous serions plus qu'heureux et honorés de publier votre livre.
- Publier ton livre ! s'écria Kate
- J'ai réussi ! J'ai réussi !
- Publier ton livre !
- Ils sont honorés, Kate ! Mon Dieu… ;ils sont honorés, pleura-t-il devant sa lettre, les mains tremblantes
- Tu vas publier « Sous une pluie balles »…..Whaou… Tu vas publier ton livre !...je suis tellement fière de toi, susurra-t-elle en le prenant dans les bras.
- Je vais être auteur…..je vais être auteur, répéta-t-il, sans oser y croire
- Tu vas être auteur
- Mon dieu…..j'aurais jamais pu y arriver sans toi
- Je suis tellement fière de toi
- Merci, Kate….merci d'avoir cru en moi quand je n'y croyais plus, chuchota-t-il, en la serrant tellement fort dans ses bras qu'elle en avait le souffle coupé.

Elle se souviendrait toujours de ce moment-là entre eux deux. De la soirée de beuverie qui en avait découlé, et comment le nom de Rick Castle avait vu le jour ensuite, grâce à quelques verres de Vodka.

Fin du Flashback.

C'est le même regard de reconnaissance qu'elle voyait en lui aujourd'hui. C'était comme s'il la remerciait d'accepter sa présence près d'elle. Roulant des yeux devant autant de reconnaissance, elle lui répliqua sur le ton de l'amusement, en tenant compte de la présence des gars dans la pièce :

- Je ne suis pas fan de deux flics à Miami, il n'y a que de très mauvais épisodes.
- D'abord, il n'y a jamais eu de mauvais épisodes de deux flics à Miami, ensuite, j'aurais juré que vous étiez fans étant gosse. Ma faute, fit-il en s'excusant de façon chevaleresque et théâtrale.

Souriant devant la joute verbale de Rick Castle et de Beckett, Esposito se recula de quelques pas pour répondre à son téléphone. Quand il revint dans la pièce , il déclara, amusé :

- L'écrivain a raison.
- Hum, j'aime cette phrase, s'extasia Rick, alors que Kate roulait des yeux
- Harrison Tisdale vient de quitter son travail prématurément après l'interrogatoire de Vélasquez, annonça Javi en mettant son manteau, suivi de Ryan et de Beckett ensuite
- Attendez, je croyais que vous n'aviez pas interrogé le frère ? demanda, perdu, Castle
- Moi non…. Mais j'ai mis une autre équipe dessus
- Mais je vous l'ai demandé, et vous…..
- J'ai répondu. La prochaine fois, énoncez correctement votre question, Castle , le taquina Kate en jubilant. Les mots pour un écrivain, ce n'est pas difficile à trouver, si?
- Ah ah, très drôle
- Là, sur ce coup-là, elle t'a eu, Bro, ricana Espo en sortant de la salle.

Souriant, Rick prit son manteau et la suivit, tout heureux :

- Je pourrai lui mettre les menottes aux poignets ?
- On ne va pas l'arrêter , simplement lui poser des questions. Et non, vous ne lui mettrez pas les menottes, vous n'êtes pas flic !
- Mais c'est moi qui ai trouvé le coupable!
- La présomption d'innocence, vous connaissez ?
- Oui, je l'invoque régulièrement à ma fille à chaque fois que la bombe de crème fouetté est vide, répliqua Rick, en observant Kate avec un sourire timide, la tête baissée.

XXXXXXXXX

Assis l'un à côté de l'autre dans la crown Victoria de Kate, ils écoutaient le compte rendu de l'interrogatoire d'Harrison Tisdale par l'équipe de Vélasquez. Apparemment, le frère de la victime n'était pas en ville pour tous les meurtres dont il était suspecté. Il avait même fourni, sans qu'on ne lui demande ou qu'on lui pose la question, son passeport justifiant de ses absences.

Soupirant alors que Beckett raccrochait, Rick lui demanda, l'enthousiasme éteint :

- Alors on retourne au poste et on continue dans les soutien-gorge et strings en tout genre?
- Non, pourquoi ça ?
- Il n'était pas sur Manhattan lors des meurtres, à quoi bon l'interroger, argumenta-t-il devant le sourire contemplatif de Kate. Quoi ?
- Rien
- Oh allez, je connais ce sourire…..c'est celui que tu as quand tu connais la réponse et pas moi.
- Non…c'est simplement celui que j'ai quand je pense « Mon dieu, ce que tu peux être naïf », pouffa-t-elle.
- Je te demande pardon ?
- Je t'en prie , il leur a raconté des cracks
- Quoi ?
- Ce n'est rien, tu n'es pas flic….tu es seulement un écrivain, sourit-elle jusqu'aux oreilles
- Oh allez, qu'est-ce que j'ai loupé ? ronchonna-t-il, en l'observant jubiler en se mordillant les lèvres.

A cet instant-là, son cœur fondit un peu plus devant l'image qu'elle lui renvoyait dans son enfance. Pour la première fois depuis qu'il l'avait revue, il revoyait en elle la jeune Kate Beckett qu'il avait laissée, ce matin-là , au motel. Il revoyait sa meilleure amie….son âme sœur.

Quelque part en lui, il avait peur que ce soit lui qui ait brisé cette étincelle dans son regard.
Déglutissant, il l'entendit lui rétorquer, amusée, sans tenir compte de son trouble :

- Je comprends qu'il se souvienne facilement où il était le soir du meurtre de sa sœur, mais il n'a même pas attendu qu'on lui demande pour les autres….pas une seconde. Il n'a pas demandé de date à Velasquez, il n'a même pas vérifié dans son agenda. Il avait préparé un alibi, et quand on est innocent, on ne se prépare pas d'alibi, tu comprends ? sourit-elle en s'engageant dans une rue bondée de monde
- Je….alors j'avais raison…..il est coupable !
- Tu ne retiens que ce que tu veux
- Je…
- Ecoute, on va aller l'interroger, mais s'il est parti précipitamment de son travail, c'est qu'il tente de cacher des preuves. Tu vas sagement rester dans la voiture, je ne sais pas s'il est armé ou non, le coupa Beckett en se garant
- Mais, je veux assister à ….
- On avait un marché. Soit tu obéis, soit ce partenariat…ou je ne sais pas exactement ce que c'est, est terminé, assura Kate en sortant de son véhicule pour enfiler son gilet par balles
- Et nous ne voudrions pas que ça se termine avant d'avoir commencé, hein ?
- Castle, grinça, peu encline à s'engager dans cette conversation avant un interrogatoire en plein centre ville
- Très bien, très bien…..mais je…
- Prêts ? les interrompirent les gars, armes à la main
- Prête. Castle s'est gentiment proposé de garder la voiture
- Que c'est gentil de ça part, ricana Ryan
- Un vrai mec, ajouta Espo

Prenant son glock en main, Kate s'avança près de Rick, et lui murmura, sans que les garçons n'entendent :

-Promis ?
- Parole de scout, soupira-t-il. Je reste dans la voiture .
- Tu n'as jamais été scout, sourit-elle en s'éloignant le cœur moins lourd à l'idée de l'écarter du danger.

XXXXXXXX

Elle était certaine d'avoir entendu du bruit quand ils s'étaient annoncés, mais quand ils rentrèrent à l'intérieur de l'appartement du frère de la victime, ils ne découvrirent qu'un tas de feuilles à terre, et une déchiqueteuse en marche.

Se baissant pour récupérer le reste d'un passeport , elle grimaça en s'apercevant que Rick tentait de l'appeler. Soupirant, elle allait lui dire qu'il pouvait monter quand il la coupa dans son élan :

- Il s'enfuit par l' escalier de secours !
- Quoi ? Où es-tu ! grinça-t-elle en se relevant à toute vitesse pour sortir de l'immeuble. Il s'enfuit par l'échelle de secours ! cria-t-elle aux gars
- Je suis en train de faire ma première course poursuite, tu devrais me voir, on dirait vraiment Sonny Crockett !
- Castle, ne bouge pas, cracha-t-elle, énervée, en l'apercevant par la fenêtre.
- Arrêtez, ne bougez plus ! hurla Rick en courant derrière Harrison Tisdale dans la ruelle.
- Castle ! non !...Argh !

Le plus rapidement qu'elle put , elle descendit quatre par quatre les marches des escaliers de secours, en tentant de rattraper son retard et avec l'intention de mettre personnellement à Rick une balle entre les deux yeux.
Qu'est-ce qu'il n'avait pas compris avec « reste dans la voiture » !

Le cœur tambourinant à l'idée qu'il pourrait lui arriver quelque chose, elle s'élançait dans la ruelle quand la vue d'un camion noir lui bloqua le visuel. Faisant discrètement un repérage de la situation, elle s'aperçut que le véhicule était stationné dans une voie sans issue. Le glock en main, elle avançait d'un pas lent et assuré, quand elle blêmit devant la vue de Rick tenu en joue par leur suspect.

- Reculez ! reculez ! ne vous approchez pas, c'est compris, cria Harrison en tenant fermement Castle contre son buste
- Posez votre arme à terre !
- Reculez ! Ne vous approchez pas ! Bougez plus !
- Lâchez-le tout de suite Harrison, cracha Kate, en sentant la nausée la prendre
- Reculez !
- On se détend…..on se détend, d'accord, tenta Rick, en s'apercevant que son agresseur perdait patience
- Rick, est-ce que ça va ? demanda Kate en ne lâchant pas le suspect de vue .

Elle pourrait l'abattre. Son dernier score au stand de tire démontrait bien à quel point elle était douée avec une arme. Mais il détenait Rick et à la seule pensée de le blesser dans l'exercice de ses fonctions annula toutes ses idées de tirs.

Le regard concentré, elle tentait de trouver une solution alors que Castle lui répondait avec désinvolture, ce qui l'agaça un peu plus :

- Ça va, à part son odeur d'haleine qui est vraiment épouvantable
- Ferme-là, cria Tisdale en raffermissant sa prise sur lui
- D'accord, grimaça Rick. Et Harrison, vous savez ce qui me tracasse ? Si vous aviez tellement besoin d'argent, pourquoi ne pas avoir demandé à votre père ?
- Rick, ferme-là ! s'énerva Beckett, en pensant qu'il s'amusait de la situation
- Vous savez ce que je crois ? Je crois que vous lui avez demandé, je crois que vous l'avez fait et qu'il a dit non. Je crois qu'il vous a toujours dit non. Un autodidacte comme lui devait penser que vous étiez un faible, c'est ça ?
- C'était lui, le faible ! rétorqua énervé Tisdale en laissant une petite fenêtre de tir à Kate qu'elle laissa passer pour ne pas mettre en danger Rick. Moi, j'essayais de faire quelque chose de ma vie, et lui tout ce qui l'intéressait, c'était sa fille adorée !
- C'est pour ça que vous l'avez tuée, jubila Rick, en comprenant enfin le fil de l'histoire de cette enquête. C'était pas que pour l'argent . Kate avait raison, il y a avait un autre mobile. Vous vouliez le punir avant qu'il meure. Lui enlever la seule chose qu'il l'aimait. C'est une super bonne histoire !
- Castle !
- Vous êtes qui, vous ? Cracha Tisdale, toujours l'arme pointée sur Rick . Et c'est qui, Kate ?
- Allez, c'est terminé Harrison, relâchez-le, déclara Beckett, en avançant l'arme en poing dans leur direction.
- Non, ce n'est pas terminé. C'est pas terminé ! Lâchez votre arme tout de suite , ou je jure que….

Ses menaces moururent sous le coup de tête arrière de Castle en pleine mâchoire, lorsqu'il pointa l'arme en direction de Kate. Sonné, Tisdale s'étala sur le sol alors que Rick se laissait choir contre le mur, en se frottant le tête en grimaçant, tout en récupérant l'arme d'Harrison au sol

- J'espère que tu as vu ça !

Sans perdre de temps, Beckett se positionna sur le corps du suspect en lui passant les menottes, sans lâcher Castle du regard.
Il grimaçait tout en souriant, et cette constatation l'énerva de plus belle. Terminant son arrestation, elle se jeta, la main contre le torse de Castle pour le pousser un peu plus contre le mur, et lui hurla dessus :

- Non mais à quoi tu joues ?
- Tu vas le mettre dans ton rapport ? La façon avec laquelle je l'ai désarmé et…..
- Tu veux te faire tuer ! grinça Beckett, folle de rage
- Quoi ? Non…..il n'avait même pas enlevé la sécurité, se défendit-il en lui tendant l'arme
- Tu sais que tu aurais pu me le dire !
- On se serait beaucoup moins marrés
- Marrés? …..marrés ? cracha-t-elle en se relevant, tout en le dévisageant. Dois-je te rappeler comment est morte ma mère ?
- Kate , non…..je suis désolé, se reprit-il, en s'apercevant de son erreur
- C'est vrai qu'elle a dû se marrer
- Kate...
- C'est pas un jeu ! Et quand un homme te menace avec une arme sous mes yeux, ce n'est pas un jeu !
- Je sais, je suis désolé. Je n'ai pas fait attention . Je voulais juste avoir ses aveux.
- Non, tu penses que tu peux venir ici et t'amuser pour écrire ton foutu bouquin
- Non, ce n'est pas ça, tu es injuste
- Injuste ? Alors pourquoi es-tu ici Rick ?déclara-t-elle, sèchement, les mains sur les hanches.

Elle avait tellement eu peur. Elle avait vu sa jeunesse avec lui défiler, elle avait vu sa mère étendue dans une ruelle….elle avait cru qu'elle allait le perdre comme elle l'avait perdue. La boule au ventre, elle attendait qu'il lui confirme qu'il était ici pour la recherche, pour son livre, quand il la surprit en se levant tout en lui murmurant :

- Pour toi. Je suis ici pour toi. Pour t'aider à retrouver qui tu es
- Je te demande pardon ?
- Tu n'es pas cette femme flic dure et froide. Tu es Kate Beckett ! Tu es celle qui peut me rendre le sourire même dans les pires journées, tu es celle qui fait chavirer mon cœur quand elle sourit., tu es…
- Je ne suis plus cette personne, Castle et tu ne peux pas...
- Si, tu l'es. Tu t'es juste oubliée en chemin. Je ne te mentirais pas si je te disais que le livre que je prévois d'écrire n'est pas une des raisons pour lesquelles je veux te suivre , mais…il n'est pas la raison principale.
- On avait dit que si cette enquête ne…..
- Ne m'éloigne pas…..pas encore.

Au moment ou elle allait répliquer, elle entendit la cavalerie arriver . Inspirant fortement, elle reprit un peu contenance avant de lever Harrison Tistale du sol, pour le remettre à ses confrères sous les yeux plaintifs de Rick. Elle avait besoin de prendre du recul, elle avait besoin de réfléchir à la situation, en restant un moment seule...sans lui. Mais ses mots, ses excuses faisaient leur effet...comme toujours, elle était prête à lui pardonner.

Il savait qu'il l'avait effrayée . Il ne voulait pas lui faire peur. Il s'était juste laissé emporter sur le moment, mais maintenant…en ayant vu la peur sur son visage, il le regrettait.
Fermant les yeux, il déglutit en entendant ses pas se rapprocher de lui . Son odeur de cerise chatouillant son nez, il avalait la boule d'angoisse qui se formait dans sa gorge, à l'idée de devoir lui dire au revoir une seconde fois, quand elle lui déclara :

- Bon je crois que c'est fini
- On est pas obligés de ce quitter comme ça, tu pourrais me donner une autre chance
- Pour que tu cours après encore plus de suspects ? demanda-t-elle, avec un air tellement indéchiffrable que Rick sentit son angoisse culminer.
- J'ai compris la leçon…..j'apprends vite tu sais et… ;
- Je sais
- Et je promets que…tu sais ? s'étonna Castle, en la voyant sourire
- Je sais. Je sais que tu ne pensais pas à mal….alors…..je veux bien te donner une seconde chance
- Whaou….je veux dire..merci, toussota Castle en la voyant le fusiller du regard devant sa stupéfaction.
- Bien…on se voit demain ? inspira Kate, en mettant ses mains dans ses poches
- On n'est pas obligés de se quitter tout de suite tu sais…on pourrait diner et combler ces dix années
- Combler ces dix années ?
- Hum….je te raconterais comment j'ai traversé deux divorces et une dizaine de Best-sellers et tu me raconterais…..eh ben…tout ce que je ne sais pas.
- Tout ce que tu ne sais pas ? sourit Kate, devant sa mine boudeuse
- Oui. Par exemple, pourquoi tu n'es pas mariée, ou pourquoi tu….
- Il nous faudrait bien plus qu'une soirée pour ça
- C'est un rendez-vous ? rétorqua Rick, en la voyant prête à partir.
- On se voit demain Castle.

Elle rêvait de pouvoir passer la soirée avec lui. De discuter comme au bon vieux temps, les yeux dans les yeux, et d'en apprendre plus sur ce qui il était devenu. Elle voulait tout savoir de lui, mais sa raison la stoppa.
Ils étaient différents désormais, il avait une fille , il était auteur à succès, il avait réussi là où elle avait pêché.
Elle ne voulait pas voir la déception dans ses yeux quand il découvrirait que sa vie était des plus banales et des plus ennuyeuses. Elle souhaitait entretenir le mystère qu'elle voyait dans ses yeux.

Elle ne voulait pas non plus se donner trop d'espoir. Elle était toujours amoureuse de lui…. après toutes ces années. Elle ne voulait pas qu'il brise son cœur comme il l'avait fait il y a onze ans. Elle souhaitait se protéger.

Déçu de son refus, Castle supposa que ses sentiments n'étaient pas partagés . Qu'elle ne souhaitait pas connaître son passé…connaître sa vie. Souriant malgré tout, il lui rétorqua sans la lâcher du regard :

- Dommage on se serait bien amusés

A sa réplique, Kate le dévisagea quelques secondes, en tentant de donner un sens à ses paroles. Il semblait tellement différent du jeune adolescent peu sûr de lui et timide. Ne souhaitant pas montrer que ses actions la touchaient, Kate s'avança tout doucement de lui, sans lâcher ses iris bleus des yeux, et dans un geste tendre, elle posa sa main sur son buste et murmura au coin de son oreille, tout en humant son odeur de menthe poivrée qui l'émoustilla un peu plus :

- Tu n'as aucune idée
- Kate..
- A demain, Castle.

Et sans un autre mot de sa part, il la vit partir rejoindre les officiers de police et les gars.
La journée ne s'était pas déroulée comme il l'avait espéré, mais une chose était sûre : Kate Beckett était toujours aussi extraordinaire.

Ce soir-là, Castle reprit son ordinateur en main et commença à écrire, les premières lignes de son nouveau Best-Seller :
« Elle adoptait toujours le même rituel pour aller voir le corps. Après avoir détaché sa ceinture de sécurité, pris le stylo coincé par un élastique sur le pare-soleil, passé ses long doigts sur sa hanche, pour sentir le réconfort de son arme de service, elle marquait toujours une pause. Pas très longue. Juste le temps de prendre une profonde inspiration. »


Un petit chapitre pour faire passer le dimanche. Bonne journée à tous et merci d'avance pour vos commentaires.

Chris65: Eh bien si elle a refusé. Mais pas pour longtemps promis. Plus de Caskett dans le prochain chapitre

ben40550: Oui à chaque Flashback, l'histoire prend un sens

Caskett706: Il y a eu une nuit Caskett, mais que s'est-il passé dans ce motel ? On le sera bientôt

sarha: Oui, Kate va vouloir se protéger. Le personnage public de Rick et ses dix années d'absences ne la rassurent pas non plus

Julie91:on va égayer les FlashBack dans le chapitre suivant.

Mariaulen84: On change un peu le contenu de l'histoire, je raccourci, je dérive mais je garde la trame de fond

Emma11: Je suis contente que l'histoire te plaise autant

Blodi52: Le Caskett va reprendre oui

Babelle62: Kate a peur, Rick est confus et que s'est-il passé dans ce motel ? Pleins de questions...c'est bon d'entretenir le suspens ...

Guest1: Oui, ce qui s'est passé dans le motel sera décrit

Laetitialfw: Un peu plus d'Alexis et Kate dans le prochain chapitre, je pense

chrisfancaskett: Oh si...n va voir les ex revenir..

Coco56: ce qui s'est passé dans ce motel, vous turlupine tous lol. On le sera bientot

sandie59: Moi aussi, j'aurai aimé voir un ou deux flashback avec Johanna, sur un épisode spéciale. Dommage

Torontosun : merci beaucoup. c'est une nouvelle façon d'abordé leur relation

Pau974: Le caskett au boulot est reconstitutionné mais le Caskett à la maison va prendre plus de temps. Des têtes de mules.

Bloupsie: Contente d'avoir une nouvelle lectrice. A très vite ?

Melbea Enneb: Alexis à 10 ans parce que j'ai rajeuni Rick. Oui, il y aura plus de Kate Alexis et oui, ils m'en restent encore sous le coude.