Surprise, deuxième chapitre pour essayer de me faire pardonner (si j'ai encore des lecteurs cela sera déjà inespéré ^^)

Chapitre IX : Interrogations

Belle courait presque dans les rues de Storybrooke, en direction de la bibliothèque. Elle sentait son esprit en ébullition depuis cinq heure du matin, et que le corps dont elle avait pris possession malgré elle était en tension constante. Alors qu'elle avançait à grandes foulées, toutes ses pensées étaient tournées vers la nouvelle qu'Emma lui avait annoncée si peu de temps auparavant. Elle avait essayé d'assimiler les nouvelles informations, mais tout était si compliqué dans cette situation…

Un enfant. Il se pouvait qu'elle, son corps, porte un enfant. Elle était partagée, ses émotions se contredisaient totalement. Tout d'abord, si elle était vraiment enceinte, elle était dans une position des plus malsaines. Emma portait son bébé. Cette pensée perturbante n'arrêtait pas de la tourmenter. Son corps, habité par Emma, abritait le fruit de son amour avec Rumple. Elle grimaça, se doutant que cela dérangeait Emma autant qu'elle, si ce n'était plus. Mais une fois encore, elles vivaient dans un monde où leur arbre généalogique s'était révélé des plus complexes. Son mari était le grand-père du fils d'Emma. Elle supposait que l'inversion de corps n'était pas la pire aventure qu'elles aient connue, l'une comme l'autre.

Cependant, au-delà du sortilège, cela signifiait qu'elle allait peut-être devenir mère dans quelques mois. Rumple et elle n'avaient jamais parlé d'avoir des enfants. Bien sûr, c'était la suite logique des choses après un mariage dans l'imaginaire collectif, mais ils n'avaient pas vraiment eu le temps d'y penser.

Était-elle prête à être mère ? Elle n'en était pas sûre. Si elle n'avait jamais pris le temps d'en parler avec Rumple, elle n'y avait jamais vraiment pensé. Son mari avait déjà un fils à l'époque, un fils plus âgé qu'elle. Cette quête pour retrouver ce premier enfant avait déjà une telle place dans le cœur de son mari qu'il ne lui aurait jamais traversé l'esprit de lui donner un autre bébé.

Elle devait bien admettre qu'elle avait déjà caressé cet espèce de mirage incertain d'elle-même en train de bercer une petite forme emmaillotée. Comme nombre de petites filles avant elle, Belle avait déjà rêvé d'un Prince Charmant et d'une grande famille. Elle avait espéré que son père choisirait un bon époux, ce qui l'aiderait à renoncer à ses rêves d'aventure. Au final, elle n'avait pas eu de prince, mais son mari demeurait quelqu'un de bien, et elle était libre de vivre ce qu'elle désirait, sans prison dorée. En pensant à cette future famille qu'elle avait toujours été préparée à avoir, la vision de cet enfant avait toujours été douce, mais floue. Un être, qu'elle pourrait appeler le sien, et dont les traits rappelleraient ceux qu'elle arborait, ainsi que celui de l'homme qu'elle avait choisi. Un bout d'humain et d'elle-même fragile, qu'elle protégerait et chérirait pour l'éternité. Ces rêveries enfantines lui revenaient peu à peu, et elle sentait au plus profond de son âme qu'elle voulait devenir mère. Mais elle n'aurait pas imaginé le devenir si tôt après son mariage, sans l'avoir prévu.

Et Rumple ? Voudrait-il d'un nouvel enfant ? N'aurait-il pas peur de recommencer cette nouvelle vie, si peu de temps après avoir perdu son fils aîné ? Elle savait qu'il avait été un père extraordinaire des années auparavant, selon les récits de Neal, et elle ne doutait pas une seule seconde qu'il le serait pour leur bébé s'ils en avaient un à leur tour, un jour. Mais était-il prêt lui aussi ? Neal avait été toute sa vie, et le perdre l'avait dévasté. Belle avait compris tout de suite que son deuil serait un de ceux qui ne se termine jamais véritablement. Et ce bébé – leur bébé – arrivait bien vite après cette blessure, et Belle avait peur qu'il n'ait pas envie de vivre cela avec elle.

Et pire encore, plus grave que ces interrogations effrayantes, une question bien plus primordiale se posait : comment Emma et elle allaient-elles pouvoir gérer le sort et une grossesse en même temps ?... Si retrouver son corps avait été sa principale préoccupation ces dernières semaines, il devenait urgent d'inverser le sortilège, et très vite.

Elle arriva finalement à la bibliothèque, où Emma – dans son corps, avec son bébé – l'attendait entre les rayonnages des livres. Oubliant complètement leur dispute de la dernière fois, elle se jeta presque sur elle, uniquement pour s'arrêter à quelques centimètres d'elle, louchant sur son propre ventre sans savoir comment aborder cette situation hors norme. Les regards des deux jeunes femmes finirent par se croiser, et les mots moururent dans leurs bouches. Ce fut Emma qui se remit en première.

« -Salut... »

Belle cligna des yeux, oubliant quelque peu ses bonnes manières, totalement oppressée par la nervosité. Elle approcha, mourant d'envie de toucher son propre ventre. Elle ressentit avec une acuité renouvelée le sentiment d'exclusion intense provoquée par ce sortilège. Se voir de l'extérieur, comme si un miroir était pendu par une main invisible pour la torturer, ne cessait de lui retourner le ventre.

Elle maudissait la magie, parfois. Elle avait été la raison pour laquelle elle avait perdu Rumple tant de fois, que la ville souffrait constamment. Et aujourd'hui, cette entité à part entière, lui faisait ressentir ses pouvoirs cruels en la privant des émotions qu'elle devrait être en train de ressentir en cette période de doute.

« -Bonjour, Emma. » Après quelques hésitations, elle osa poser la question qui lui brûlait les lèvres. « -Qu'est-ce qui te fait penser que…
-J'ai remarqué des symptômes. Les mêmes que ceux que j'avais lorsque j'attendais Henry. Je l'aurai peut-être vu plus tôt si je n'avais pas mis les nausées matinales sur le compte du sort. »

Belle hocha lentement la tête sans vraiment savoir quoi dire. Elle ne pouvait quitter le ventre recouvert par la robe rouge qu'elle aimait tant, et qui n'était pas sur elle. Belle parvenait tout de même à rencontrer les yeux d'Emma – ses yeux – de temps à autres.

« -Tu… Tu es sûre de toi ?...
-On ne peut jamais être sûre avant d'avoir fait un test, » répondit Emma en haussant les épaules d'un air résigné, tentant de cacher sa panique et les souvenirs qui menaçaient de l'envahir.

Belle mit sa tête dans ses mains et remit ses boucles blondes derrière ses oreilles, ignorant la grimace d'Emma. Elle s'assit lentement sur un des tabourets et leva la tête vers sa compagne d'infortune.

« -Que fait-on alors?... »

Emma alla vers elle, et Belle se leva instinctivement pour lui laisser la place. Et sa gentillesse innée n'était pas la seule responsable pour une fois. La Sauveuse la vit pincer les lèvres, mais ne fit aucune remarque. A la place, elle posa une main qui se voulait rassurante sur l'épaule de Belle, en espérant ne pas se faire repousser.

« -Pour l'heure, je pense qu'il vaut mieux vérifier ce qu'il en est. Il se peut que ce soit une fausse alerte, et en avoir le cœur net – quelle que soit la réponse – nous enlèvera d'un doute et nous permettra de se concentrer sur le reste. »

Belle ferma brièvement les yeux, submergée par tout ce qui était en train de leur arriver en si peu de temps.

« -Et si… si c'est bel et bien le cas ? »

Emma la regarda, d'un air compatissant, et essaya de lui offrir un sourire.

« -Nous verrons à ce moment-là. Ensemble », ajouta-t-elle après une hésitation. Belle la regarda d'abord sans répondre, avant d'hocher la tête et de sourire, sans vraiment de conviction mais en faisant l'effort d'essayer.

« -Ensemble. »

OoOoOoOoOo

Emma ne décrocha pas un mot tandis qu'elle garait la voiture du Sheriff devant l'épicerie de la ville. Celle des Gold n'était conduite que par le maître de maison – ce qui n'étonnait pas Emma, considérant la voiture en question. Elle préférait largement sa petite coccinelle jaune qui lui avait terriblement manqué, mais si elle possédait une Cadillac, elle aussi aurait peur de la prêter à Belle. Et si cette-dernière était convenable avec un volant, elle évitait de le faire autant que possible. Elle n'avait appris qu'assez récemment, et s'était soucié d'apprendre comment utiliser d'autres objets de la vie quotidienne avant les véhicules. Emma avait donc reconduit sa propre voiture – enfin dans la coccinelle ! – en évitant les grandes routes. Un habitant attentif remarquant Mrs Gold aux commandes de la célèbre voiture d'Emma Swan n'était pas dans leurs projets. Ce plan était risqué, mais moins que de laisser une Belle anxieuse conduire, et aller à pied jusqu'à l'épicerie depuis la bibliothèque n'était pas envisageable non plus.

Belle n'avait pas été la seule à réfléchir à la situation, et les pensées d'Emma était loin d'être plus joyeuses. Elle n'était certes pas réellement enceinte, mais elle était dans le corps d'une femme qui l'était peut-être, et cela revenait parfaitement au même. Outre l'aspect totalement malsain et horrible de leur situation, des souvenirs douloureux lui revenaient également. Elle se rappelait des premiers doutes qui l'avaient assaillie des années auparavant en prison. Quand les nausées matinales étaient devenues une habitude et que la nourriture la dégoûtait, et que l'envie d'une glace qui lui était interdite la tenaillait. Elle ne gardait pas un bon souvenir de sa grossesse, qui avait été marquée par les railleries des gardiennes comme des autres détenues. Les fameux neuf mois ayant précédés la naissance d'Henry n'avait pas laissé de place pour l'épanouissement de la future mère.

Cette nouvelle aventure, bien que différente, la replongeait dans les mêmes circonstances : elle se retrouvait à porter un enfant dont elle n'avait pas voulu. Enfin, si grossesse il y avait. Elle aimait à penser qu'elle avait tort et que Belle n'attendait aucun enfant, car Emma aurait aimé oublié l'identité du père une nouvelle fois.

Elle se frappa mentalement avant qu'un nouveau parallèle désagréable ne se forme dans son esprit, tandis que Belle était en train de complètement paniquer.

« -On ne peut pas faire cela, Emma…
-Je croyais que nous nous étions mises d'accord, » soupira Emma en roulant des yeux pour la énième fois. « C'est pour la bonne cause.
-Mais de là à voler quelque chose… »

Emma soupira et se tourna vers Belle.

« -Atchoum ne va pas seulement laisser l'une de nous deux acheter un test de grosses et tenir sa langue Belle. D'ici moins de deux minutes après notre achat, les autres nains seront mis au courant, puis la ville. Il n'y a pas d'autres solutions. »

Belle hocha la tête, nerveusement.

« -Je sais bien, mais je ne sais pas si je suis capable de faire cela… »

Emma la fixa, ébahie.

« -Tu as donné ta vie à un étranger sans hésiter mais tu ne penses pas pouvoir distraire un commerçant pendant quelques secondes ?...
-Mais ce n'est pas bien !... »

Mon dieu, cette famille allait causer sa perte, pensa Emma.

« -Tu veux savoir si tu es enceinte, oui ou non ? »

Vaincue, Belle hocha une nouvelle fois la tête, avant d'ouvrir la portière pour sortir, Emma sur ses talons.
Elle fut la première à entrer, et salua Atchoum d'un sourire bienveillant qu'elle avait vu Belle arborer maintes fois. Le nain enrhumé leva la tête vers elle, et leva la tête pour lui souhaiter la bienvenue avant de l'ignore complètement, comme Emma l'avait prédit.

Elle avait constaté de jour en jour que les habitants étaient soit terrifiée par Belle à cause de son mari, soit ne se souciait absolument pas d'elle. Ils appréciaient sa gentillesse, mais la jeune femme n'avait visiblement pas beaucoup d'amis. Cela avait été source de questionnement pour Emma, mais pour l'heure, cette information allait lui être utile.

Elle prit un sac de course et se dirigea vers les rayons. Elle ne se dirigea pas directement vers la partie pharmacie, qui était la seule qui l'intéressait, et se tourna vers les étalages de nourriture. Elle prit sans conviction plusieurs légumes, quelques morceaux de viandes et deux bouteilles de ketchup. Elle n'en revenait pas de faire ses courses selon les goûts de Mr. Gold. Dieu, que la cannelle lui manquait. Et les œufs en sauce dès le matin la dégoûtaient au plus haut point.

Maudite magie.

Enfin, elle entendit la clochette tinter, puis sa propre voix émanant du comptoir résonner quelques minutes après son arrivée.

« -Hey, Atchoum ! »

Elle entendit d'ici le nain se lever pour accueillir la fille de son amie et reine.

« -Emma ! Tu as besoin de quelque chose ? »

''Pourquoi les gens viennent-ils dans une épicerie ?'' pensa Emma avec un sarcasme qu'elle tentait de ne pas laisser ressortir avec ses proches. Atchoum était un marchand trop consciencieux pour laisser passer un vol. Même si Emma pensait qu'elle pourrait tout de même parvenir à ses fins sans elle, Belle renforçait leurs chances en le distrayant. Elle était Emma après tout, quelqu'un qu'Atchoum connaissait et appréciait grandement.

Elle se dirigea enfin vers le rayon pharmacie, où une femme qu'elle ne connaissait que de vue se tenait déjà. Elle grimaça. Avoir l'une des belles-sœurs diaboliques de Cendrillon dans les pattes n'allaient pas rendre les choses plus faciles.

« -Je voulais savoir si tu savais où était mon père », reprit Belle.
« -Tu ne peux pas l'appeler ?
-Mon téléphone n'a plus de batterie. »

Emma se bénit elle-même pour avoir réussi à faire retenir son texte à Belle. Pendant que son amie distrayait le vendeur, elle se tourna vers le rayon des médicaments, pendant que Javotte – ou Anastasie ? – s'éloignait. Elle prit ensuite le temps d'observer les alentours avant de glisser un test dans sa veste, laissant ses réflexes d'ancienne voleuse lui servir de nouveau. Elle grimaça en voyant une femme enceinte jusqu'au cou observer un test sur les cartons publicitaires. Sérieusement, elle se demandait qui était chargé du marketing.

« -Tiens, utilise le… » Eternuement, suivi d'un ''à tes souhaits'' poli : « …téléphone de la boutique.
-Merci, je… »

Emma approcha de la caisse, les interrompant. Il était temps, elle qui ne se voyait évidemment jamais, elle percevait le malaise de la fausse blonde. Belle devait vraiment apprendre à mentir.

« -Tu peux utiliser le mien, si tu le souhaites. »

Emma tendit le téléphone de Belle à cette dernière, qui le saisit sans vraiment savoir où se mettre. Pendant qu'elle faisait semblant d'appeler son père, Emma fit passer ses produits sur le tapis roulant puis paya pour le tout. Elle s'éloigna, et le portique sonna. Belle prit un air paniqué, et Emma se retint de lever les yeux au ciel.

Atchoum leva la tête vers elle.

« -Que…
-Je suis désolée, je pense qu'il s'agit de ma veste, elle est neuve et… excusez-moi. »

Emma espérait que son air innocent était convainquant, et qu'Atchoum allait laissait cela là. Il la fixa, et Emma craignit pendant une fraction de seconde qu'il ne l'ait vu ou qu'il doute trop pour que le vol fonctionne. Fort heureusement, il hocha presque immédiatement la tête.

« -Bien sûr, Belle. Merci, » il éternua. « Et bonne journée. »

Emma sortit d'un pas mesuré, remerciant tous les dieux que Belle soit jugée trop douce par tous pour être remise en doute. Elle se dirigea vers la voiture, et quelques minutes plus tard, Belle la rejoignit. Elles se dirigèrent ensuite vers la maison d'Emma.

OoOoOoOoOo

« -Alors, jeune homme, pourquoi avoir cambriolé les Gold et Regina Mills ? »

Pas de réponse. David commençait à se lasser d'interroger son prisonnier sans obtenir de réaction.

« -Aucun d'eux ne compte porter plainte, mais si l'un deux changent d'avis, il faudra que tu parles pour te sortir de là. »

En espérant que Gold et Regina ne retournent leur veste et aillent après le pauvre jeune. Le prisonnier resta assis dans la cellule, sans un regard pour le Sheriff. David soupira.

« -Bien, essayons quelque chose d'autre. Tu as eu une réaction quand Regina a révélé qui elle était. Tu n'avais pas l'air de savoir qui tu volais. Mais tu la connais de réputation. Tu viens donc de l'Autre Monde ? »

Il n'obtint toujours pas de réponse. David finit par renoncer et s'éloigner. Il espérait pouvoir aider le jeune homme avant de le relâcher. Après tout, il savait que cela allait finir par arriver, étant donné la volonté de donner une seconde chance à chacun. Mais David ne pouvait chasser le malaise qu'il ressentait en présence de cette nouvelle tête.

OoOoOoOoOo

Belle attendait devant la porte de la salle de bain. Elle faisait les cent pas, tandis qu'Emma était enfermée dedans depuis près de deux minutes seulement. A bien y réfléchir, elle aurait pu entrer elle-aussi. Il s'agissait de son corps et de son enfant, après tout. Mais mettre mal à l'aise tout le monde n'était pas la meilleure des idées.

L'heure de vérité était arrivée, et Belle ne parvenait pas à faire taire ses angoisses. Elle avait l'impression que des milliers de petites aiguilles s'enfonçaient dans son ventre, et que chacune d'elles représentaient une nouvelle seconde d'attente interminable. Elle s'efforçait de rester calme et de ne pas laisser ses peurs prendre le dessus sur sa raison, mais cela se révélait extrêmement difficile à accomplir. Elle se retenait de toquer à la porte de la salle de bain, juste pour s'assurer que tout allait bien. A chaque fois qu'elle s'apprêtait à le faire, elle se ravisait en se fustigeant. Presser Emma n'allait pas les aider.

Enfin, la blonde sortit de la pièce sous ses traits, le visage insondable. Belle se demanda ce que cela signifiait avec une crainte grandissante. Elle n'avait eu qu'une journée pour envisager cette possibilité, mais à bien y réfléchir, elle ne savait pas quelle réponse elle attendait réellement. Cette grossesse serait certes inattendue, mais également une merveilleuse nouvelle pour elle. D'un autre côté, elle annoncerait de grandes difficultés pour la suite, non seulement à propos du sortilège, mais pour le reste de sa vie.

Attendre cet enfant serait une bénédiction, ainsi qu'une constante source d'inquiétude. Apprendre qu'il n'en était rien serait un soulagement… ainsi qu'une déception.

Alors qu'elle réalisait cela en l'espace de quelques instants, Emma avait relevé la tête vers elle. Ses yeux bleus que Belle connaissait par cœur à force de les avoir vu dans le miroir toute sa vie se révélaient incroyablement difficile à lire. Tandis que la Sauveuse cherchait à formuler ses mots, Belle ne tenait plus, et hésitait à demander une réponse elle-même. Elle l'aurait sûrement fait si sa bouche n'était pas aussi sèche.

Finalement, Emma sourit lentement.

« -Félicitations. »

Une bouffée d'air frais envahit les poumons de Belle, et elle se surprit à enlacer Emma avant même de s'en rendre compte. Bien que surprise, la jeune femme lui rendit bien vite son entreinte, et Belle retenait à grand peine ses larmes. Qu'elles soient le fruit de sa joie ou de l'angoisse qu'elle avait supporté toute la journée, elles commençaient à couler malgré elle.

Plus tard, Belle comprendrait qu'apprendre la magie devenait plus urgent que jamais. Et qu'elle ne voulait pas que Rumple n'apprenne la nouvelle par une autre qu'elle. Emma ne serait pas celle qui lui annoncerait qu'il allait devenir père.

Il en était hors de question.

Elle finit par s'asseoir sur une des chaises de la cuisine, et Emma alla chercher instinctivement un pot de glace pour elles deux, retrouvant naturellement sa maison. Belle entama son pot sans grand enthousiasme, ne sachant que dire. Pour être honnête, elle était trop perdue dans ses pensées pour faire la conversation, et Emma ne cherchait pas à lui en imposer une.

Elles restèrent dans un silence confortable, avant que Belle ne se décide à cesser de penser à ce bébé qu'elle allait bientôt avoir si tout se déroulait selon leurs plans. De la joie qu'elle ressentirait en le prenant dans ses bras, et de la présence réconfortante de son époux à ses côtés dans ces moments de grâce.

Mais pour ce faire, il fallait régler un problème plus important.

« -Cela complique quelque peu les choses. »

Emma hocha laconiquement la tête. Elle prit deux grosses cuillères de la glace, et Belle se souvint qu'il n'y en avait habituellement jamais dans le congélateur des Gold. Elle ne doutait pas qu'Emma en ait acheté quelques-uns, mais avait dû se restreindre dans ses envies, néanmoins.

« -Nous trouverons une solution. Je te l'ai déjà dit. »

Belle baissa les yeux. Une solution, c'était exactement ce dont elles avaient besoin. Or, elles demeuraient dans cette situation inconfortable uniquement à cause d'elle et de son incapacité à réparer ce désastre.

« -Je suis désolée, » murmura-t-elle finalement. Devant l'air surpris d'Emma, elle poursuivit : « Pour la dernière fois. Nous restons ainsi à cause de moi. J'aurai dû comprendre que tu t'emportes au bout d'un moment. »

Emma la fixa, étonnée et un peu agacée par sa réaction. Elle eut tout de même la bonne grâce d'avoir l'air un peu coupable également.

« -Et je n'aurai pas dû reporter la faute sur toi. Tu n'y es pour rien non plus. »

Belle soutint son regard, et avec un échange plutôt long de paroles restées silencieuses, elles exprimèrent ce qu'il était inutile de dire. Qu'elles étaient désolées, qu'elles voulaient toutes deux retrouver leurs vies, mais aussi et surtout qu'elles avaient besoin l'une de l'autre.

Le silence retomba de nouveau, plus lourd cette fois. Belle hésitait entre continuer de regarder sa compagne, fixer son pot de glace ou laisser ses yeux errer sur la maison qu'elle avait apprise à connaître. Elle ne savait que dire, mais elle ne souhaitait pas prendre congé si tôt. Elle ne se sentait pas capable de rester seule pour le moment. Elle en aurait besoin, mais plus tard. Dans l'idéal, elle serait avec Rumple en ce moment précis, mais cela était malheureusement impossible. Alors, elle se contenterait d'une présence calme, loin de l'animation du Granny.

Ce fut Emma qui rompit une nouvelle fois le silence, mais après un long moment de silence. Belle lui en était presque reconnaissante, tellement l'atmosphère se faisait lourde.

« -Tu es inquiète pour le bébé. »

Belle soupira doucement.

« -Evidemment. Je ne pense pas qu'il pourrait en être autrement. Tu es moi, enfin… tout cela est fou.
-Je voulais dire, après que nous ayons réglé ce problème. Tu es inquiète pour la suite. »

''Oh,'' pensa Belle. Elle supposait que c'était vrai, elle n'avait cessé de se torturer l'esprit depuis que le doute s'était instillé chez elle. Se questionner sur ses capacités à être mère, sur le bébé surprise, sur Rumple et leur couple. Elle ne parvenait pas à se projeter, et des milliers de question l'assaillaient sans cesse.

« -Oui. Tout est tellement soudain, je ne sais pas quoi penser. »

Emma approuva d'un mouvement de tête. Belle releva les yeux quand la voix de son amie se fit lointaine, et que ses yeux étaient perdus elle ne savait où.

« -Quand j'ai découvert que j'étais enceinte d'Henry – même si ce n'est pas du tout la même situation – j'étais terrifiée. Je n'avais jamais envisagé d'être mère, Neal ne savait pas, et ne pouvait pas m'aider… ce fut les moments les plus durs de ma vie. Je ne savais pas quoi penser également. »

Elle sembla ensuite revenir à elle, et plongea son regard dans celui de Belle.

« -Je me demandais si je pouvais être une bonne mère. C'était l'une des nombreuses questions que je me posais. Je me suis torturée avec cette idée pendant des mois. Me demandant si je parviendrais à donner une meilleure enfance que la mienne à mon enfant. Si j'étais capable d'endosser cette responsabilité. Si je devais être assez égoïste pour élever moi-même cet enfant à qui je n'avais rien à offrir, ou me résoudre à ne pas le voir grandir en lui donnant ses meilleures chances. Je ne savais pas comment avoir être une famille. Toutes les femmes enceintes se posent cette question : pourrais-je rendre mon enfant heureux ?... »

Belle la fixa, pendue à ses lèvres, sans dire un mot. Elle était émue de voir Emma s'épancher sur un sujet si intime avec elle, et même si elle ne voyait pas encore où elle voulait en venir, Belle se retrouvait parfaitement dans ces paroles.

Emma reprit ensuite, les yeux droits dans ceux de Belle, après une courte pause où plusieurs images de la prison lui était revenues.

«… Mais c'est sûrement l'une des seules questions que toi, tu n'as pas à te poser. Tu t'en sortiras très bien. J'en suis persuadée. »

Belle sourit doucement à l'autre jeune femme, touchée par ses paroles. Sa confiance en elle l'honorait, et elle espérait qu'elle pourrait s'en montrer digne. Mais la peur lancinante qui la taraudait ne faisait que gagner en force : si elle ne parvenait pas à maîtriser la magie pour les aider, comment pourrait-elle réussir dans des buts plus grands encore ?

Elle continua d'y penser en parlant avec Emma, et n'arrêta pas avec le départ de la blonde. Elle ignorait où était Killian, et tarda à lui envoyer un message, trop occupée à réfléchir à ce bébé qu'elle ne pouvait qu'imaginer, et non sentir.

Elle s'essaya à la cuisine pour se distraire, et cela parvint à la calmer dans une certaine mesure, sans toutefois chasser ses pensées de son esprit une bonne fois pour toute. Mais elle dû reposer sa cuillère en bois pour répondre à la porte, quand la sonnette retentit dans toute la maison.

''Sûrement Killian qui a oublié sa clé,'' pensa-t-elle avec un sentiment désagréable de familiarité. Tout lui paraissait trop normal, dans cette vie qui n'était pas la sienne, dans ce cauchemar de complexité. Il était tant que tout cela s'arrête. Elle ouvrit la porte sans hésitation, seulement pour se retrouver nez-à-nez avec Regina Mills. ''Oh !..''

« -Bonsoir Emma. Puis-je entrer quelques instants ? »

Belle se mordit les lèvres. Bien que ses relations avec Regina se soit améliorées depuis leur retour de Camelot, il restait encore beaucoup à pardonner à l'ancienne Evil Queen. Qu'elle lui ait volé son cœur et abusé de sa confiance une nouvelle fois en faisait partie. Elle n'avait pas encore eu le temps de régler ses différends avec la compagne de Robin, et cela risquait de rendre l'entrevue extrêmement bizarre.

Mais en bonne actrice dans son rôle imposé, elle lui sourit et ouvrit la porte pour la laisser passer.

« -Bien sûr, entre. »

Regina ne se fit pas prier, et avança dans le salon, observant les alentours. Belle ignorait si Regina venait ici pour la première fois depuis la libération des Dark Ones. Emma ne lui avait jamais indiqué que Regina lui rendait souvent visite, et la bibliothécaire se retrouvait dès lors complètement au dépourvu.

« -Hum, puis-je t'offrir quelque chose à boire ? »

Regina se tourna vers elle et inclina la tête, l'air soucieux. Mais bien vite, ses yeux brillèrent d'un éclat qui déplut à Belle.

« -Oui, merci, je pense que nous en aurons besoin. Et par pitié, pas l'une des bouteilles infectes de Main Porte Manteau. »

Belle hocha la tête et se dirigea vers ce qu'elle avait compris être le meuble à liqueur. Si Killian ne buvait plus autant qu'auparavant, il s'autorisait quelques verres de rhum de temps à autre, et venait piocher ce dont il avait besoin dans cette malle.

Après avoir pris ce qui lui semblait être un alcool acceptable – après tout, ce n'était pas comme si Lacey avait été habituée à des boissons de bonne qualité – Belle revint vers Regina. Après les avoir servies, elles s'installèrent dans les fauteuils.

Belle s'efforça d'entamer une conversation ordinaire avec Regina, et cela lui parut surréaliste. Elle se retrouvait à parler de la pluie et du beau temps avec une femme qui lui avait pris vingt-huit de sa vie et qui n'avait cessé de se servir dès que cela l'arrangeait et à ses dépens. Belle ne savait rien d'elle, ne savait quoi lui dire ou quoi lui répondre.

Elle fit de son mieux pour lui poser des questions à propos de Robin, Roland et Zelena, et de répondre aux siennes sur les parents et le petit-ami d'Emma. Elle se sentait comme Ariel avec des nageoires sur terre : complètement hors de son élément. Elle commençait à se dire qu'elle ne s'en sortait pas si mal, quand Regina changea de ton.

« -Tu n'as rien à me dire ?... »

Si Belle avait été Emma, elle aurait retenu un juron dans un souffle. Elle n'avait aucune idée de ce à quoi la Reine faisait référence, et cela ne présageait rien de bon.

« -Je ne vois pas de quoi tu parles. »

Regina soupira, et si Belle ne la connaissait pas aussi bien, elle aurait pu croire que Mme le Maire avait l'air… blessé.

« -Après tout ce que nous avons traversé, je pensais que tu me ferais assez confiance pour m'en parler. »

Soudainement, elle laissa son verre tomber à terre, et se briser en mille morceaux. Belle recula dans un sursaut par réflexe, et fixa Regina en contenant difficilement sa colère.

« -Que ?!...
-Répare le. »

Belle devait sûrement avoir l'air ridicule, mais elle sentit sa mâchoire se décrocher.

« -Mais c'est toi qui… et comment veux-tu que je répare ce verre ?...
-Utilise la magie. »

Belle écarquilla les yeux et observa Regina pincer les lèvres de plus en plus fort.

« -C'est bien ce que je pensais. Il va falloir remédier à tout cela. »